Paris (France), 21 juil 2026 (AFP) – Quelque 645 millions de personnes ont encore souffert de la faim l’an dernier, soit 7,8% de la population mondiale, une légère amélioration qui risque de se heurter cette année aux chocs de la guerre au Moyen-Orient et du climat, estime mardi la FAO.
Cette prévalence de 7,8%, la plus faible jamais enregistrée, « montre que la faim n’est pas inévitable », a souligné le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, devant la presse. « Mais les progrès restent lents, inégaux et fragiles ».
La situation est particulièrement critique en Afrique, où 20% de la population est sujette à une sous-alimentation (manque chronique de calories), indique le rapport.
Après la crise économique post-Covid, qui avait plongé dans la faim des millions de personnes supplémentaires (688 millions d’êtres humains concernés en 2022), la situation s’est redressée, mais sans retrouver les niveaux d’avant la pandémie, selon l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture.
En 2015, environ 600 millions de personnes étaient touchées la faim. En 2030, l’ONU prévoit entre 510 et 520 millions de personnes sous-nourries, dont plus de la moitié en Afrique.
« Le centre de gravité de la faim s’est déplacé de l’Asie jusqu’en Afrique », décrit à l’AFP David Laborde, directeur de la division économie agroalimentaire à la FAO. « Il y a 25 ans, la Chine avait encore un problème de faim, ils l’ont réglé; l’Inde met aussi beaucoup d’efforts ».
« Les agriculteurs, les systèmes alimentaires ont fait preuve de résilience: on a des conflits internationaux, des chocs climatiques, le Covid qui est une crise macro-économique d’ampleur… et on n’a pas des famines majeures comme on avait vu dans les années 80. Mais il y a une capacité d’absorption des systèmes » limitée, met-il en garde.
– Retards de croissance et obésité –
Les chocs climatiques sont ressentis particulièrement durement en Afrique.
« Des conflits comme le Soudan, ce qui se passe dans la région sahélienne, en République démocratique du Congo, pèsent aussi lourdement sur des gens qui ne peuvent avoir accès à leur terre ou n’ont plus de revenus », poursuit M. Laborde.
Quant au rebond économique post-Covid, il a laissé « un monde économiquement plus inégal », dit-il: « la croissance est revenue, mais ses fruits ne sont pas arrivés dans les assiettes de tout le monde ».
A la faim, s’ajoutent 2,1 milliards de personnes (25,8%) en insécurité alimentaire modérée ou sévère: les calories peuvent être suffisantes, mais les repas sont irréguliers, leur composition limitée…
Quelque 2,69 milliards de personnes – près d’une personne sur trois – ne peuvent s’offrir une alimentation saine, les coûts ayant crû de 25% en cinq ans.
Des retards de croissance affectent environ un quart des enfants de moins de 5 ans (150 millions en 2024 contre 180 millions en 2012).
En revanche, l’obésité chez les adultes continue de croître, à 16,2% en 2024 (et 18,6% projetés en 2030).
Des événements récents comme l’explosion du prix des engrais générée par la guerre dans le Golfe, « menacent de saper les progrès » en Afrique et en Asie, alerte le rapport.
La FAO se dit aussi « vigilante » quant à l’impact du phénomène climatique El Niño sur les récoltes, en Inde, en Afrique ou dans le « corridor sec » de l’Amérique du Sud.
Tout cela « pourrait entraîner une nouvelle flambée des prix alimentaires en 2026 », a réagi le groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES Food), qui appelle à construire des capacités de production alimentaire plus autonomes.
L’ONG Action contre la Faim (ACF) s’est elle dite « très pessimiste dans un avenir proche », avec « l’intensification des conflits, notamment au Moyen-Orient, l’épidémie d’Ebola en RDC, les coupes dans l’aide publique au développement ».
ACF indique avoir arrêté plus de 50 projets secourant des centaines de milliers de personnes et d’enfants dans 20 pays.
Mi-juin, la FAO et le Programme alimentaire mondial ont lancé un appel à l’aide préventive pour protéger neuf millions de personnes face à El Niño.
« C’est le rôle de la finance internationale, des banques de développement, des pays donateurs de comprendre que certains pays sont très vulnérables, que, en particulier cette année, ils ont une crise pour laquelle ils n’ont aucune responsabilité », souligne M. Laborde. « La guerre dans le Golfe, le Malawi n’y est pour rien. S’il doit trouver un prêt pour payer ses fertilisants, c’est bien que la communauté internationale essaie d’absorber » le choc, a-t-il donné en exemple.