Abuja, 22 juil 2026 (AFP) – Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a achevé mercredi une visite de deux jours au Nigeria, Berlin cherchant à consolider ses partenariats économiques en Afrique sur fond de repli isolationniste des Etats-Unis et de pressions géopolitiques exercées par la Russie et la Chine.
Johann Wadephul a appelé à « renforcer les échanges commerciaux et les investissements » lors d’une rencontre à Abuja, la capitale, avec son homologue nigériane Bianca Odumegwu-Ojukwu, après avoir passé la journée de mardi à Lagos, la capitale économique du pays.
Cette visite intervient alors que « nous avons désespérément besoin de nouveaux partenaires… pour lutter contre les seigneurs de guerre en politique, contre ces Trump, Poutine et Xi », a déclaré à l’AFP Claudia Roth, députée écologiste accompagnant M. Wadephul.
Première puissance économique d’Europe, l’Allemagne cherche à développer sa coopération économique avec plusieurs pays africains, dont le Nigeria, le pays le plus peuplé du continent avec plus de 230 millions d’habitants, et premier producteur de pétrole du continent.
Les tensions diplomatiques et commerciales se sont accrues entre les Etats-Unis et l’Europe depuis que le président américain Donald Trump a bouleversé la politique commerciale mondiale et menacé de remettre en cause l’alliance militaire de l’Otan.
L’économie européenne est mise aussi sous pression par ce qu’elle considère comme des pratiques commerciales chinoises déloyales, tandis que l’invasion russe en l’Ukraine entre dans sa cinquième année.
La Chine et la Russie ont également développé respectivement des liens économiques et sécuritaires en Afrique.
Mais M. Wadephul, qui effectue son troisième déplacement en Afrique cette année, a estimé que « le potentiel de notre partenariat économique est loin d’être épuisé » au Nigeria, « notamment dans les technologies de l’information et le secteur dynamique des start-up ».
Les échanges commerciaux bilatéraux ont progressé d’environ 10% l’an dernier, a-t-il indiqué.
– Recul de l’aide internationale –
Cette évolution intervient alors que le président Bola Tinubu a engagé une série de réformes saluées par les économistes et les investisseurs, parmi lesquelles la libéralisation du taux de change du naira, une refonte du système fiscal et la suppression d’une coûteuse subvention aux carburants.
Ces réformes économiques ont suscité des frustrations au sein de la population nigériane, après avoir provoqué une forte inflation.
Le ministre allemand a cité « les matières premières critiques, les énergies renouvelables et l’industrie pharmaceutique » parmi les secteurs présentant un potentiel de croissance.
Le chef de la diplomatie allemande a également salué le rôle du Nigeria, qui lutte depuis 2009 contre une insurrection jihadiste dont l’épicentre se trouve dans le nord-est, pour avoir été « en première ligne dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent ».
La promesse de M. Wadephul de poursuivre la coopération en matière de sécurité et d’aide humanitaire intervient toutefois alors que le budget allemand consacré à l’aide au développement a été régulièrement réduit.
Alors que les Etats-Unis sont critiqués pour le démantèlement de leur principale agence d’aide internationale, l’USAID, les pays occidentaux connaissent plus largement un recul de leur engagement dans l’aide extérieure ces dernières années.
Mme Roth a affirmé que l’aide humanitaire de l’Allemagne resterait à l’ordre du jour.
La Mauritanie, où la délégation allemande s’est rendue lundi, « en a désespérément besoin », a-t-elle déclaré, évoquant les centaines de milliers de réfugiés arrivés du Mali voisin « parce que la situation au Sahel est si dangereuse ».
« Nous ne venons pas du Nord pour faire la leçon aux gens, mais pour leur dire : +nous ne savons pas mieux que vous, nous devons apprendre de vous+ », a-t-elle ajouté.
La tournée de M. Wadephul en Afrique doit prendre fin jeudi en Afrique du Sud.