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Tchad : l’ombre de l’impunité plane sur les enquêtes judiciaires

Tchad : l’ombre de l’impunité plane sur les enquêtes judiciaires. Article écrit par Blaise Dariustone. Publié le 9 avril 2026à 12h48

⏱ Temps de lecture estimé : 4 minutes

Dans un contexte déjà tendu, la récente attaque au drone à Tiné (dans l'est du Tchad) et qui a coûté la vie à 20 civils, a ravivé des interrogations. Notamment au sujet de l’efficacité et l’engagement de la justice tchadienne. Blaise Darisutone à N'Djaména.. Alors que le Parquet de N’Djaména a présenté des conclusions partielles de l’enquête, il est difficile de ne pas voir un schéma récurrent : des enquêtes prometteuses qui, souvent, n’aboutissent à rien. Ce phénomène soulève des questions sur la volonté réelle des autorités d’instaurer la transparence et la justice dans un pays où l’impunité semble être la norme. Un drame au cœur de l’enquête Trois semaines après l’attaque de Tiné, les premières constatations évoquent un drone présumé lancé depuis le Soudan. Les munitions, courantes dans le conflit soudanais, soulèvent des inquiétudes quant à une implication régionale. Faute d’une expertise nationale adéquate, la justice tchadienne a décidé de faire appel à une expertise internationale. Cependant, les Tchadiens ne peuvent s’empêcher de se demander si cette démarche ne suivra pas le même chemin que les nombreuses enquêtes restées sans suite. Depuis l’accession au pouvoir du Maréchal Mahamat Idriss Déby en avril 2021, le Tchad a été témoin de tragédies répétées, laissant une empreinte indélébile sur la société. Malgré les promesses de justice, le fait est que la réalité est celle d’une justice muette, incapable de répondre aux attentes de la population. Des promesses d’enquête, mais pas de résultats L’enquête sur la mort du Maréchal Idriss Déby Itno, ouverte en avril 2021, illustre parfaitement cette problématique. Malgré les pressions internationales, aucune clarté n’a été apportée sur les circonstances de son décès. Les événements tragiques du 20 octobre 2022, où des manifestations pacifiques ont été réprimées dans le sang, témoignent également de cette impasse. Les bilans divergent, mais les enquêtes, quant à elles, ont été étouffées par une loi d’amnistie générale (ndlr,en novembre 2023 une loi d’amnistie générale pour les personnes impliquées dans les violences du 20 octobre 2022 (« jeudi noir »), qui ont fait entre 73 et plus de 300 morts lors de manifestations contre la prolongation de la transition). L’assassinat de l’opposant Yaya Dillo fin février 2024 a également suscité une vive indignation, mais encore une fois, l’enquête internationale promise est restée sans suite. De même, l’attaque du Palais présidentiel le 8 janvier 2025, qui a coûté la vie à au moins 20  personnes, a laissé les Tchadiens dans l’attente de réponses. Qui sont les véritables responsables de ces actes ? La justice tchadienne semble souvent plus apte à agir contre ses opposants, comme en témoigne l’enquête éclair sur les événements de Mandakao (dans le sud du Tchad) que lorsqu’il s’agit d’élucider les incidents tragiques. Un système d’impunité est mis en place Ce paradoxe soulève une question inquiétante : pourquoi la justice tchadienne est-elle si prompte à agir contre les opposants, mais si lente à enquêter sur des faits d’une gravité extrême ? Ce refus, ou cette incapacité, d’aller jusqu’au bout des enquêtes, s’apparente à une stratégie délibérée visant à maintenir un système d’impunité. Les conséquences de ce comportement sont désastreuses pour la cohésion sociale et la stabilité du pays. Il est à craindre que l’effritement de la cohésion sociale soit une technique de gouvernance pour les nouveaux maîtres du Tchad. Pendant que ceux-ci passent des nuits paisibles dans leurs bunkers, le peuple, lui, continue de souffrir dans l’indifférence. Les autorités doivent prendre conscience de cette réalité et veiller à ce que les enquêtes aboutissent à des poursuites concrètes, des condamnations et des réparations. Pour éviter de tomber dans un cycle de violence et d’impunité, la justice au Tchad doit être réformée et réhabilitée. L’absence de justice ne peut que renforcer les tensions et les divisions au sein de la société. Comme un proverbe populaire : « Là où la justice faiblit, le désordre prospère »..

⏱ Temps de lecture estimé : 4 minutes

Dans un contexte déjà tendu, la récente attaque au drone à Tiné (dans l’est du Tchad) et qui a coûté la vie à 20 civils, a ravivé des interrogations. Notamment au sujet de l’efficacité et l’engagement de la justice tchadienne. Blaise Darisutone à N’Djaména.

Alors que le Parquet de N’Djaména a présenté des conclusions partielles de l’enquête, il est difficile de ne pas voir un schéma récurrent : des enquêtes prometteuses qui, souvent, n’aboutissent à rien. Ce phénomène soulève des questions sur la volonté réelle des autorités d’instaurer la transparence et la justice dans un pays où l’impunité semble être la norme.

Un drame au cœur de l’enquête

Trois semaines après l’attaque de Tiné, les premières constatations évoquent un drone présumé lancé depuis le Soudan. Les munitions, courantes dans le conflit soudanais, soulèvent des inquiétudes quant à une implication régionale.
Faute d’une expertise nationale adéquate, la justice tchadienne a décidé de faire appel à une expertise internationale. Cependant, les Tchadiens ne peuvent s’empêcher de se demander si cette démarche ne suivra pas le même chemin que les nombreuses enquêtes restées sans suite.

Depuis l’accession au pouvoir du Maréchal Mahamat Idriss Déby en avril 2021, le Tchad a été témoin de tragédies répétées, laissant une empreinte indélébile sur la société. Malgré les promesses de justice, le fait est que la réalité est celle d’une justice muette, incapable de répondre aux attentes de la population.

Des promesses d’enquête, mais pas de résultats

L’enquête sur la mort du Maréchal Idriss Déby Itno, ouverte en avril 2021, illustre parfaitement cette problématique. Malgré les pressions internationales, aucune clarté n’a été apportée sur les circonstances de son décès. Les événements tragiques du 20 octobre 2022, où des manifestations pacifiques ont été réprimées dans le sang, témoignent également de cette impasse. Les bilans divergent, mais les enquêtes, quant à elles, ont été étouffées par une loi d’amnistie générale (ndlr,en novembre 2023 une loi d’amnistie générale pour les personnes impliquées dans les violences du 20 octobre 2022 (« jeudi noir »), qui ont fait entre 73 et plus de 300 morts lors de manifestations contre la prolongation de la transition).

L’assassinat de l’opposant Yaya Dillo fin février 2024 a également suscité une vive indignation, mais encore une fois, l’enquête internationale promise est restée sans suite. De même, l’attaque du Palais présidentiel le 8 janvier 2025, qui a coûté la vie à au moins 20  personnes, a laissé les Tchadiens dans l’attente de réponses. Qui sont les véritables responsables de ces actes ? La justice tchadienne semble souvent plus apte à agir contre ses opposants, comme en témoigne l’enquête éclair sur les événements de Mandakao (dans le sud du Tchad) que lorsqu’il s’agit d’élucider les incidents tragiques.

Un système d’impunité est mis en place

Ce paradoxe soulève une question inquiétante : pourquoi la justice tchadienne est-elle si prompte à agir contre les opposants, mais si lente à enquêter sur des faits d’une gravité extrême ? Ce refus, ou cette incapacité, d’aller jusqu’au bout des enquêtes, s’apparente à une stratégie délibérée visant à maintenir un système d’impunité. Les conséquences de ce comportement sont désastreuses pour la cohésion sociale et la stabilité du pays.

Il est à craindre que l’effritement de la cohésion sociale soit une technique de gouvernance pour les nouveaux maîtres du Tchad. Pendant que ceux-ci passent des nuits paisibles dans leurs bunkers, le peuple, lui, continue de souffrir dans l’indifférence. Les autorités doivent prendre conscience de cette réalité et veiller à ce que les enquêtes aboutissent à des poursuites concrètes, des condamnations et des réparations.

Pour éviter de tomber dans un cycle de violence et d’impunité, la justice au Tchad doit être réformée et réhabilitée. L’absence de justice ne peut que renforcer les tensions et les divisions au sein de la société. Comme un proverbe populaire : « Là où la justice faiblit, le désordre prospère ».

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