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La guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023 ne se joue plus seulement entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR). Un rapport de la mission d’établissement des faits de l’ONU montre l’existence des réseaux transnationaux qui recrutent des combattants, acheminent des armes et fournissent un appui logistique aux belligérants. Une internationalisation qui, selon les enquêteurs, contribue directement à l’aggravation des violences contre les civils.. Le conflit soudanais vient de franchir un nouveau palier. Derrière les combats qui opposent depuis plus de trois ans les Forces armées soudanaises aux paramilitaires des Forces de soutien rapide se dessine désormais une architecture internationale faite de recruteurs, d’intermédiaires, de sociétés privées, de circuits logistiques et de fournisseurs d’équipements militaires. Dans un rapport rendu public jeudi 3 septembre 2026 à Genève, la mission d’établissement des faits sur le Soudan affirme avoir identifié des réseaux opérant dans plusieurs pays et participant au recrutement, à la formation et au déploiement de combattants étrangers aux côtés des FSR. Ces mêmes réseaux auraient également contribué à la circulation d’armes, de munitions, de technologies militaires et de moyens logistiques. L’enquête onusienne décrit ainsi une guerre qui ne se nourrit plus uniquement des ressources disponibles à l’intérieur du Soudan. Elle dépend également de soutiens extérieurs capables de renforcer les capacités opérationnelles des groupes armés et de prolonger un conflit qui a déjà provoqué une catastrophe humanitaire d’une ampleur exceptionnelle. Jusqu’à 2 000 anciens militaires colombiens Parmi les révélations les plus marquantes figure la présence d’anciens contractuels de l’armée colombienne engagés aux côtés des FSR. Selon la mission, leur nombre pourrait atteindre 2 000 combattants. Ils auraient été déployés notamment dans les régions du Darfour et du Kordofan. Le phénomène dépasse toutefois la seule question du recrutement. Les enquêteurs ont documenté l’existence d’un véritable système transnational destiné à faciliter le déplacement des combattants et l’acheminement du matériel militaire. La Colombie et les Émirats arabes unis sont notamment cités dans le rapport comme des espaces à partir desquels des recruteurs et intermédiaires auraient opéré. Plusieurs points de transit auraient ensuite été utilisés pour faire circuler personnel et équipements : le Tchad, le Sud-Est de la Libye et Bosaso, en Somalie. Cette cartographie donne une nouvelle dimension à la guerre soudanaise. Les frontières ne constituent plus seulement des lignes géographiques séparant les zones de combat. Elles deviennent également des couloirs permettant aux hommes, aux armes et aux ressources de rejoindre les différents fronts. Le Tchad cité comme point de transit La mention du Tchad dans le rapport est particulièrement sensible. Le pays partage une longue frontière avec le Soudan et accueille depuis le déclenchement de la guerre des centaines de milliers de réfugiés ayant fui les violences, notamment au Darfour. Selon la mission, certains réseaux auraient utilisé des points de transit situés au Tchad pour faciliter l’acheminement de personnel et d’armes destinés aux FSR. Cette affirmation ne signifie pas que l’État tchadien soit lui-même désigné comme responsable de ces opérations, mais elle souligne l’importance stratégique du territoire dans les mouvements liés au conflit soudanais. La frontière entre les deux pays est devenue un espace particulièrement vulnérable. Le conflit, les déplacements massifs de populations et les échanges transfrontaliers y rendent difficile le contrôle des mouvements de personnes et de marchandises. La révélation intervient également dans un contexte régional déjà extrêmement tendu. La guerre soudanaise menace de déborder davantage sur les pays voisins, alors que les flux de réfugiés et les tensions sécuritaires pèsent lourdement sur les capacités des États frontaliers. Des accusations rejetées par les Émirats arabes unis Les accusations visant les réseaux opérant depuis les Émirats arabes unis ont immédiatement suscité une réaction de la représentation émiratie à Genève. Abou Dhabi rejette catégoriquement toute implication dans le conflit. Les autorités émiraties affirment ne fournir ni armes ni équipements militaires à aucune des parties depuis le début de la guerre. Elles défendent également l’idée d’un élargissement de l’embargo international sur les armes à l’ensemble du territoire soudanais. Les Émirats ont déjà été accusés à plusieurs reprises de soutenir les FSR, notamment dans le cadre d’informations faisant état de transferts d’armes et de matériel. Abou Dhabi a toujours démenti ces accusations. Le rapport de la mission de l’ONU vient néanmoins remettre cette question au centre du débat international : peut-on réellement espérer mettre fin à la guerre si les réseaux qui alimentent les belligérants continuent de fonctionner depuis l’étranger ? Le Darfour et El-Facher au cœur des inquiétudes Pour les enquêteurs, l’internationalisation du conflit n’est pas une donnée abstraite. Elle a des conséquences directes sur les populations civiles. Mona Rishmawi, membre de la mission, évoque une « chaîne transnationale de réseaux » active dans plusieurs pays. Selon elle, ce soutien aurait contribué aux opérations des FSR dans le camp de Zamzam, puis lors de leur offensive sur El-Facher. La mission affirme avoir documenté dans ces zones de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire. Elle évoque également des crimes internationaux, dont certains actes présentant les caractéristiques d’un génocide. Ces accusations donnent une gravité particulière aux conclusions du rapport. Elles suggèrent que l’arrivée de combattants étrangers et de moyens militaires supplémentaires ne fait pas que prolonger les hostilités : elle pourrait également renforcer la capacité des forces engagées dans les offensives à commettre des exactions contre les populations civiles. L’armée également mise en cause Le rapport ne cible cependant pas exclusivement les FSR. La mission affirme disposer de « motifs raisonnables » de croire que l’armée soudanaise a utilisé, au cours de ses opérations, des drones fournis par des acteurs étrangers. Les deux camps sont par ailleurs accusés d’avoir commis de graves violations lors d’opérations impliquant des drones. Certains actes pourraient, selon les enquêteurs, être qualifiés de crimes de guerre. Cette mise en cause des deux belligérants rappelle que la crise soudanaise ne peut être réduite à un affrontement entre un camp présenté comme légitime et un autre considéré comme responsable de toutes les atrocités. Pour la mission, la protection des civils impose de regarder l’ensemble de la chaîne qui permet au conflit de se poursuivre. Plus de 12 millions de déplacés Sur le terrain, les conséquences de cette guerre sont vertigineuses. Plus de 200 000 personnes auraient été tuées, selon les travailleurs humanitaires, tandis que plus de 12 millions de Soudanais ont été déplacés. Des villes détruites, des infrastructures sanitaires à terre, des populations privées d’aide humanitaire et des millions de personnes dépendantes de l’assistance internationale : le Soudan est devenu le symbole d’une guerre dont les victimes dépassent largement les lignes de front. L’ONU considère cette situation comme la plus grave crise humanitaire au monde. Et chaque nouvelle livraison d’armes ou chaque arrivée de combattants étrangers risque d’allonger encore la liste des victimes. Mohamed Chande Othman, président de la mission, estime ainsi que la protection des civils exige de s’attaquer non seulement aux acteurs qui combattent directement, mais aussi aux personnes, entreprises et réseaux qui leur permettent de poursuivre la guerre. L’embargo sur les armes au bord d’un tournant Face au risque d’une régionalisation accrue du conflit, les États-Unis ont récemment proposé d’étendre à l’ensemble du Soudan l’embargo sur les armes actuellement appliqué au Darfour. La mesure intervient à quelques jours d’une échéance importante. Sans nouvel accord, l’embargo existant doit arriver à expiration le 12 septembre prochain. L’enjeu dépasse donc largement le cadre diplomatique. Pour les enquêteurs de l’ONU, tarir les circuits d’approvisionnement pourrait constituer l’un des rares moyens de réduire les capacités militaires des protagonistes et, à terme, de créer les conditions d’une désescalade. Mais la difficulté est immense. Les réseaux identifiés traversent plusieurs États et impliquent des acteurs privés, des recruteurs, des intermédiaires et des infrastructures logistiques dispersées sur plusieurs territoires..⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes
Le conflit soudanais vient de franchir un nouveau palier. Derrière les combats qui opposent depuis plus de trois ans les Forces armées soudanaises aux paramilitaires des Forces de soutien rapide se dessine désormais une architecture internationale faite de recruteurs, d’intermédiaires, de sociétés privées, de circuits logistiques et de fournisseurs d’équipements militaires.
Dans un rapport rendu public jeudi 3 septembre 2026 à Genève, la mission d’établissement des faits sur le Soudan affirme avoir identifié des réseaux opérant dans plusieurs pays et participant au recrutement, à la formation et au déploiement de combattants étrangers aux côtés des FSR. Ces mêmes réseaux auraient également contribué à la circulation d’armes, de munitions, de technologies militaires et de moyens logistiques.
L’enquête onusienne décrit ainsi une guerre qui ne se nourrit plus uniquement des ressources disponibles à l’intérieur du Soudan. Elle dépend également de soutiens extérieurs capables de renforcer les capacités opérationnelles des groupes armés et de prolonger un conflit qui a déjà provoqué une catastrophe humanitaire d’une ampleur exceptionnelle.
Parmi les révélations les plus marquantes figure la présence d’anciens contractuels de l’armée colombienne engagés aux côtés des FSR. Selon la mission, leur nombre pourrait atteindre 2 000 combattants. Ils auraient été déployés notamment dans les régions du Darfour et du Kordofan.
Le phénomène dépasse toutefois la seule question du recrutement. Les enquêteurs ont documenté l’existence d’un véritable système transnational destiné à faciliter le déplacement des combattants et l’acheminement du matériel militaire.
La Colombie et les Émirats arabes unis sont notamment cités dans le rapport comme des espaces à partir desquels des recruteurs et intermédiaires auraient opéré. Plusieurs points de transit auraient ensuite été utilisés pour faire circuler personnel et équipements : le Tchad, le Sud-Est de la Libye et Bosaso, en Somalie.
Cette cartographie donne une nouvelle dimension à la guerre soudanaise. Les frontières ne constituent plus seulement des lignes géographiques séparant les zones de combat. Elles deviennent également des couloirs permettant aux hommes, aux armes et aux ressources de rejoindre les différents fronts.
La mention du Tchad dans le rapport est particulièrement sensible. Le pays partage une longue frontière avec le Soudan et accueille depuis le déclenchement de la guerre des centaines de milliers de réfugiés ayant fui les violences, notamment au Darfour.
Selon la mission, certains réseaux auraient utilisé des points de transit situés au Tchad pour faciliter l’acheminement de personnel et d’armes destinés aux FSR. Cette affirmation ne signifie pas que l’État tchadien soit lui-même désigné comme responsable de ces opérations, mais elle souligne l’importance stratégique du territoire dans les mouvements liés au conflit soudanais.
La frontière entre les deux pays est devenue un espace particulièrement vulnérable. Le conflit, les déplacements massifs de populations et les échanges transfrontaliers y rendent difficile le contrôle des mouvements de personnes et de marchandises.
La révélation intervient également dans un contexte régional déjà extrêmement tendu. La guerre soudanaise menace de déborder davantage sur les pays voisins, alors que les flux de réfugiés et les tensions sécuritaires pèsent lourdement sur les capacités des États frontaliers.
Les accusations visant les réseaux opérant depuis les Émirats arabes unis ont immédiatement suscité une réaction de la représentation émiratie à Genève.
Abou Dhabi rejette catégoriquement toute implication dans le conflit. Les autorités émiraties affirment ne fournir ni armes ni équipements militaires à aucune des parties depuis le début de la guerre. Elles défendent également l’idée d’un élargissement de l’embargo international sur les armes à l’ensemble du territoire soudanais.
Les Émirats ont déjà été accusés à plusieurs reprises de soutenir les FSR, notamment dans le cadre d’informations faisant état de transferts d’armes et de matériel. Abou Dhabi a toujours démenti ces accusations.
Le rapport de la mission de l’ONU vient néanmoins remettre cette question au centre du débat international : peut-on réellement espérer mettre fin à la guerre si les réseaux qui alimentent les belligérants continuent de fonctionner depuis l’étranger ?
Pour les enquêteurs, l’internationalisation du conflit n’est pas une donnée abstraite. Elle a des conséquences directes sur les populations civiles.
Mona Rishmawi, membre de la mission, évoque une « chaîne transnationale de réseaux » active dans plusieurs pays. Selon elle, ce soutien aurait contribué aux opérations des FSR dans le camp de Zamzam, puis lors de leur offensive sur El-Facher.
La mission affirme avoir documenté dans ces zones de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire. Elle évoque également des crimes internationaux, dont certains actes présentant les caractéristiques d’un génocide.
Ces accusations donnent une gravité particulière aux conclusions du rapport. Elles suggèrent que l’arrivée de combattants étrangers et de moyens militaires supplémentaires ne fait pas que prolonger les hostilités : elle pourrait également renforcer la capacité des forces engagées dans les offensives à commettre des exactions contre les populations civiles.
Le rapport ne cible cependant pas exclusivement les FSR. La mission affirme disposer de « motifs raisonnables » de croire que l’armée soudanaise a utilisé, au cours de ses opérations, des drones fournis par des acteurs étrangers.
Les deux camps sont par ailleurs accusés d’avoir commis de graves violations lors d’opérations impliquant des drones. Certains actes pourraient, selon les enquêteurs, être qualifiés de crimes de guerre.
Cette mise en cause des deux belligérants rappelle que la crise soudanaise ne peut être réduite à un affrontement entre un camp présenté comme légitime et un autre considéré comme responsable de toutes les atrocités. Pour la mission, la protection des civils impose de regarder l’ensemble de la chaîne qui permet au conflit de se poursuivre.
Sur le terrain, les conséquences de cette guerre sont vertigineuses. Plus de 200 000 personnes auraient été tuées, selon les travailleurs humanitaires, tandis que plus de 12 millions de Soudanais ont été déplacés.
Des villes détruites, des infrastructures sanitaires à terre, des populations privées d’aide humanitaire et des millions de personnes dépendantes de l’assistance internationale : le Soudan est devenu le symbole d’une guerre dont les victimes dépassent largement les lignes de front.
L’ONU considère cette situation comme la plus grave crise humanitaire au monde. Et chaque nouvelle livraison d’armes ou chaque arrivée de combattants étrangers risque d’allonger encore la liste des victimes.
Mohamed Chande Othman, président de la mission, estime ainsi que la protection des civils exige de s’attaquer non seulement aux acteurs qui combattent directement, mais aussi aux personnes, entreprises et réseaux qui leur permettent de poursuivre la guerre.
Face au risque d’une régionalisation accrue du conflit, les États-Unis ont récemment proposé d’étendre à l’ensemble du Soudan l’embargo sur les armes actuellement appliqué au Darfour.
La mesure intervient à quelques jours d’une échéance importante. Sans nouvel accord, l’embargo existant doit arriver à expiration le 12 septembre prochain.
L’enjeu dépasse donc largement le cadre diplomatique. Pour les enquêteurs de l’ONU, tarir les circuits d’approvisionnement pourrait constituer l’un des rares moyens de réduire les capacités militaires des protagonistes et, à terme, de créer les conditions d’une désescalade.
Mais la difficulté est immense. Les réseaux identifiés traversent plusieurs États et impliquent des acteurs privés, des recruteurs, des intermédiaires et des infrastructures logistiques dispersées sur plusieurs territoires.
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