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Soudan du Sud : le spectre d’un « Super El Niño » assombrit une crise alimentaire déjà critique selon l’ONU

Soudan du Sud : le spectre d’un « Super El Niño » assombrit une crise alimentaire déjà critique selon l’ONU. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 16 septembre 2026à 08h27

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

Au Soudan du Sud, la faim gagne du terrain sur un sol déjà fragilisé par les conflits, les déplacements de populations, les inondations et la sécheresse. Alors que 7,8 millions de personnes peinent actuellement à satisfaire leurs besoins alimentaires, le Programme alimentaire mondial (PAM) redoute qu’un nouvel épisode climatique majeur ne vienne aggraver une situation humanitaire parmi les plus préoccupantes de la région.. L’alerte a été lancée le 15 septembre 2026 par l’agence des Nations unies, qui observe avec inquiétude les conséquences possibles d’un phénomène El Niño particulièrement intense. Selon le PAM, un « Super El Niño » pourrait provoquer des précipitations inférieures aux normales et une hausse importante des températures, avec des répercussions sur les récoltes et l’accès à l’alimentation. Le risque ne se limite pas au Soudan du Sud. Le Soudan, l’Érythrée, l’Éthiopie, l’Ouganda et le Kenya pourraient également subir les conséquences de conditions météorologiques extrêmes. « Cela va avoir un impact encore plus important sur la sécurité alimentaire dans toute la région », a averti Matthew Hollingworth, directeur exécutif adjoint chargé des opérations du PAM. Des terres agricoles prises au piège La menace climatique n’est pas une perspective abstraite pour les populations sud-soudanaises. Elle se manifeste déjà dans plusieurs régions du pays, où les communautés agricoles doivent composer avec des phénomènes apparemment contradictoires : trop d’eau à certains endroits, pas assez ailleurs. De retour d’une mission au Soudan du Sud, Matthew Hollingworth a constaté les effets de ces dérèglements sur le terrain. Dans certaines zones considérées comme parmi les plus productives du pays, la sécheresse a déjà provoqué des pertes de récoltes et réduit les rendements agricoles. À Canal Pigi, dans l’État de Jonglei, la situation apparaît encore plus paradoxale. Des terres agricoles sont toujours submergées plusieurs années après les grandes inondations qui ont frappé la région. Des familles qui dépendaient autrefois de ces terres ne peuvent donc plus les exploiter normalement. Les parcelles qui échappent aux eaux ne sont toutefois pas épargnées. Elles sont désormais confrontées au manque de pluie et à la sécheresse. « Des communautés qui, autrefois, pouvaient produire leur propre nourriture, ne peuvent plus rien cultiver », a expliqué le responsable du PAM. Ces populations se retrouvent ainsi prises entre des eaux persistantes et une pluviométrie insuffisante. Cette situation traduit une vulnérabilité climatique particulièrement forte. Dans un pays où l’agriculture constitue une source essentielle de subsistance, la dégradation des conditions météorologiques peut rapidement se transformer en crise alimentaire. 7,8 millions de personnes confrontées à la faim L’ampleur des besoins donne une idée de la fragilité du pays. Selon le PAM, environ 7,8 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population sud-soudanaise, rencontrent aujourd’hui des difficultés pour se nourrir. La situation nutritionnelle des enfants et des femmes est également alarmante. Quelque 2,2 millions d’enfants ainsi que 1,2 million de femmes enceintes ou allaitantes ont besoin d’une assistance nutritionnelle d’urgence. À cette crise intérieure s’ajoute l’impact de la guerre qui ravage le Soudan voisin. Chaque semaine, environ 3 000 réfugiés et personnes retournant au Soudan du Sud franchissent la frontière. Ces nouveaux arrivants ont besoin de nourriture, d’eau, d’abris et de services essentiels, exerçant une pression supplémentaire sur des communautés d’accueil elles-mêmes vulnérables. Le conflit régional contribue ainsi à amplifier une crise qui dépasse largement les frontières sud-soudanaises. L’aide humanitaire de plus en plus difficile à acheminer Même lorsque des ressources sont disponibles, leur acheminement constitue un autre défi majeur. Les produits alimentaires transportés par le Nil sont confrontés à de nombreux obstacles. Des postes de contrôle illégaux et des prélèvements imposés par des soldats tout au long des itinéraires ralentissent les convois et renchérissent considérablement le coût du transport. La situation est particulièrement visible à Malakal. Hormis quelques productions locales — notamment les tomates, les gombos, les piments et les oignons —, une grande partie des denrées destinées à la consommation des familles doit désormais être acheminée par voie aérienne. Le transport par route ou par péniche a fortement diminué, voire pratiquement cessé sur certains axes, en raison de coûts devenus prohibitifs. Les multiples taxes illégales imposées aux transporteurs alourdissent davantage la facture. Pour une organisation humanitaire déjà confrontée à un manque de financement, chaque obstacle logistique représente donc un problème supplémentaire. « Cela commence non seulement à faire grimper les coûts, mais cela commence aussi à coûter des vies humaines », a déclaré Matthew Hollingworth. Selon lui, même lorsque l’aide atteint les communautés, celles-ci continuent de subir une pression croissante. Le PAM face au mur du financement À cette succession de crises s’ajoute une difficulté financière qui pourrait compromettre les opérations humanitaires dans les prochains mois. Le PAM indique actuellement accuser un déficit de financement de 86 millions de dollars pour ses opérations au Soudan du Sud. Pour couvrir ses besoins au cours des six prochains mois, l’agence estime qu’elle devra disposer de 416 millions de dollars. L’enjeu est considérable : faute de financements supplémentaires, plus d’un million de personnes pourraient perdre, dès octobre, l’accès à une assistance alimentaire et nutritionnelle jugée vitale. Les conséquences pourraient être particulièrement sévères dans l’État de Jonglei. Dans au moins quatre localités où les populations sont déjà exposées au risque de famine, la diminution de l’aide pourrait avoir des conséquences dramatiques. Le PAM prévient donc qu’il se trouve à un moment critique. L’organisation doit répondre à des besoins humanitaires qui atteignent, selon ses responsables, leur niveau le plus élevé depuis plus d’une décennie, tout en se préparant à un éventuel choc climatique supplémentaire. « Nous sommes sur le point de basculer dans le précipice financier », a averti Matthew Hollingworth, soulignant le contraste entre l’augmentation des besoins et la diminution des ressources disponibles. Une crise à plusieurs visages Au Soudan du Sud, la menace d’un « Super El Niño » intervient donc dans un contexte déjà extrêmement fragile. Le climat n’est pas l’unique cause de l’insécurité alimentaire, mais il risque d’en amplifier les effets. Les conflits perturbent la production et les déplacements. Les inondations détruisent ou rendent inutilisables certaines terres. La sécheresse menace les parcelles encore cultivables. Les mouvements de populations liés à la guerre au Soudan voisin accroissent les besoins. Les obstacles sur les routes commerciales et humanitaires renchérissent les approvisionnements. Et le manque de financement menace désormais directement les opérations d’assistance. Le pays se trouve ainsi confronté à une équation particulièrement difficile : nourrir une population déjà durement éprouvée, accueillir de nouveaux déplacés et réfugiés, maintenir les programmes nutritionnels destinés aux enfants et aux femmes, tout en anticipant de nouveaux chocs climatiques. Dans les centres de nutrition soutenus par le PAM, cette crise prend un visage concret. Des enfants souffrant de malnutrition reçoivent des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi pour tenter de reprendre des forces. Dans les zones rurales, des familles cherchent de l’eau et tentent de sauver ce qui peut encore l’être de leurs récoltes. Si les prévisions climatiques se confirment et que les financements ne suivent pas, le Soudan du Sud pourrait donc voir s’aggraver une crise alimentaire qui est déjà à un niveau critique. L’alerte du PAM po​rte finalement sur deux fronts : le ciel, avec la menace d’un épisode climatique susceptible de perturber davantage les récoltes, et les caisses, avec des ressources humanitaires qui s’amenuisent au moment même où les besoins explosent. Dans ce pays où certaines communautés sont déjà coincées entre les eaux et la sécheresse, le véritable danger serait que l’aide, elle aussi, finisse par manquer..

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

Au Soudan du Sud, la faim gagne du terrain sur un sol déjà fragilisé par les conflits, les déplacements de populations, les inondations et la sécheresse. Alors que 7,8 millions de personnes peinent actuellement à satisfaire leurs besoins alimentaires, le Programme alimentaire mondial (PAM) redoute qu’un nouvel épisode climatique majeur ne vienne aggraver une situation humanitaire parmi les plus préoccupantes de la région.

L’alerte a été lancée le 15 septembre 2026 par l’agence des Nations unies, qui observe avec inquiétude les conséquences possibles d’un phénomène El Niño particulièrement intense. Selon le PAM, un « Super El Niño » pourrait provoquer des précipitations inférieures aux normales et une hausse importante des températures, avec des répercussions sur les récoltes et l’accès à l’alimentation.

Le risque ne se limite pas au Soudan du Sud. Le Soudan, l’Érythrée, l’Éthiopie, l’Ouganda et le Kenya pourraient également subir les conséquences de conditions météorologiques extrêmes.

« Cela va avoir un impact encore plus important sur la sécurité alimentaire dans toute la région », a averti Matthew Hollingworth, directeur exécutif adjoint chargé des opérations du PAM.

Des terres agricoles prises au piège

La menace climatique n’est pas une perspective abstraite pour les populations sud-soudanaises. Elle se manifeste déjà dans plusieurs régions du pays, où les communautés agricoles doivent composer avec des phénomènes apparemment contradictoires : trop d’eau à certains endroits, pas assez ailleurs.

De retour d’une mission au Soudan du Sud, Matthew Hollingworth a constaté les effets de ces dérèglements sur le terrain. Dans certaines zones considérées comme parmi les plus productives du pays, la sécheresse a déjà provoqué des pertes de récoltes et réduit les rendements agricoles.

À Canal Pigi, dans l’État de Jonglei, la situation apparaît encore plus paradoxale. Des terres agricoles sont toujours submergées plusieurs années après les grandes inondations qui ont frappé la région. Des familles qui dépendaient autrefois de ces terres ne peuvent donc plus les exploiter normalement.

Les parcelles qui échappent aux eaux ne sont toutefois pas épargnées. Elles sont désormais confrontées au manque de pluie et à la sécheresse.

« Des communautés qui, autrefois, pouvaient produire leur propre nourriture, ne peuvent plus rien cultiver », a expliqué le responsable du PAM. Ces populations se retrouvent ainsi prises entre des eaux persistantes et une pluviométrie insuffisante.

Cette situation traduit une vulnérabilité climatique particulièrement forte. Dans un pays où l’agriculture constitue une source essentielle de subsistance, la dégradation des conditions météorologiques peut rapidement se transformer en crise alimentaire.

7,8 millions de personnes confrontées à la faim

L’ampleur des besoins donne une idée de la fragilité du pays. Selon le PAM, environ 7,8 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population sud-soudanaise, rencontrent aujourd’hui des difficultés pour se nourrir.

La situation nutritionnelle des enfants et des femmes est également alarmante. Quelque 2,2 millions d’enfants ainsi que 1,2 million de femmes enceintes ou allaitantes ont besoin d’une assistance nutritionnelle d’urgence.

À cette crise intérieure s’ajoute l’impact de la guerre qui ravage le Soudan voisin. Chaque semaine, environ 3 000 réfugiés et personnes retournant au Soudan du Sud franchissent la frontière. Ces nouveaux arrivants ont besoin de nourriture, d’eau, d’abris et de services essentiels, exerçant une pression supplémentaire sur des communautés d’accueil elles-mêmes vulnérables.

Le conflit régional contribue ainsi à amplifier une crise qui dépasse largement les frontières sud-soudanaises.

L’aide humanitaire de plus en plus difficile à acheminer

Même lorsque des ressources sont disponibles, leur acheminement constitue un autre défi majeur.

Les produits alimentaires transportés par le Nil sont confrontés à de nombreux obstacles. Des postes de contrôle illégaux et des prélèvements imposés par des soldats tout au long des itinéraires ralentissent les convois et renchérissent considérablement le coût du transport.

La situation est particulièrement visible à Malakal. Hormis quelques productions locales — notamment les tomates, les gombos, les piments et les oignons —, une grande partie des denrées destinées à la consommation des familles doit désormais être acheminée par voie aérienne.

Le transport par route ou par péniche a fortement diminué, voire pratiquement cessé sur certains axes, en raison de coûts devenus prohibitifs. Les multiples taxes illégales imposées aux transporteurs alourdissent davantage la facture.

Pour une organisation humanitaire déjà confrontée à un manque de financement, chaque obstacle logistique représente donc un problème supplémentaire.

« Cela commence non seulement à faire grimper les coûts, mais cela commence aussi à coûter des vies humaines », a déclaré Matthew Hollingworth. Selon lui, même lorsque l’aide atteint les communautés, celles-ci continuent de subir une pression croissante.

Le PAM face au mur du financement

À cette succession de crises s’ajoute une difficulté financière qui pourrait compromettre les opérations humanitaires dans les prochains mois.

Le PAM indique actuellement accuser un déficit de financement de 86 millions de dollars pour ses opérations au Soudan du Sud. Pour couvrir ses besoins au cours des six prochains mois, l’agence estime qu’elle devra disposer de 416 millions de dollars.

L’enjeu est considérable : faute de financements supplémentaires, plus d’un million de personnes pourraient perdre, dès octobre, l’accès à une assistance alimentaire et nutritionnelle jugée vitale.

Les conséquences pourraient être particulièrement sévères dans l’État de Jonglei. Dans au moins quatre localités où les populations sont déjà exposées au risque de famine, la diminution de l’aide pourrait avoir des conséquences dramatiques.

Le PAM prévient donc qu’il se trouve à un moment critique. L’organisation doit répondre à des besoins humanitaires qui atteignent, selon ses responsables, leur niveau le plus élevé depuis plus d’une décennie, tout en se préparant à un éventuel choc climatique supplémentaire.

« Nous sommes sur le point de basculer dans le précipice financier », a averti Matthew Hollingworth, soulignant le contraste entre l’augmentation des besoins et la diminution des ressources disponibles.

Une crise à plusieurs visages

Au Soudan du Sud, la menace d’un « Super El Niño » intervient donc dans un contexte déjà extrêmement fragile. Le climat n’est pas l’unique cause de l’insécurité alimentaire, mais il risque d’en amplifier les effets.

Les conflits perturbent la production et les déplacements. Les inondations détruisent ou rendent inutilisables certaines terres. La sécheresse menace les parcelles encore cultivables. Les mouvements de populations liés à la guerre au Soudan voisin accroissent les besoins. Les obstacles sur les routes commerciales et humanitaires renchérissent les approvisionnements. Et le manque de financement menace désormais directement les opérations d’assistance.

Le pays se trouve ainsi confronté à une équation particulièrement difficile : nourrir une population déjà durement éprouvée, accueillir de nouveaux déplacés et réfugiés, maintenir les programmes nutritionnels destinés aux enfants et aux femmes, tout en anticipant de nouveaux chocs climatiques.

Dans les centres de nutrition soutenus par le PAM, cette crise prend un visage concret. Des enfants souffrant de malnutrition reçoivent des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi pour tenter de reprendre des forces. Dans les zones rurales, des familles cherchent de l’eau et tentent de sauver ce qui peut encore l’être de leurs récoltes.

Si les prévisions climatiques se confirment et que les financements ne suivent pas, le Soudan du Sud pourrait donc voir s’aggraver une crise alimentaire qui est déjà à un niveau critique.

L’alerte du PAM po​rte finalement sur deux fronts : le ciel, avec la menace d’un épisode climatique susceptible de perturber davantage les récoltes, et les caisses, avec des ressources humanitaires qui s’amenuisent au moment même où les besoins explosent.

Dans ce pays où certaines communautés sont déjà coincées entre les eaux et la sécheresse, le véritable danger serait que l’aide, elle aussi, finisse par manquer.

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