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Des tirs nourris, des explosions, des drones chargés d’explosifs et des avions de combat dans le ciel : Baidoa a de nouveau été le théâtre de violents affrontements lundi 28 septembre. Au moins trois personnes ont été tuées et 69 blessées, selon Médecins sans frontières (MSF). Une nouvelle flambée de violence qui illustre l’aggravation de la crise politique et sécuritaire entre le gouvernement fédéral somalien et les forces fidèles à l’ancien dirigeant de l’État du Sud-Ouest, Abdiaziz Laftagareen. Par Éric Ngarlem Toldé.. Baidoa a encore payé le prix fort de la crise politique somalienne. Dans la matinée du lundi 28 septembre, la capitale de l’État du Sud-Ouest a été secouée par des combats particulièrement intenses opposant les forces du gouvernement fédéral à des combattants loyaux à l’ancien président régional Abdiaziz Hassan Mohamed Laftagareen. Selon Médecins sans frontières, trois personnes ont perdu la vie et 69 blessés ont été pris en charge à l’hôpital régional de Bay, parmi lesquels cinq enfants. Un professionnel de santé figure parmi les personnes tuées. Une structure sanitaire aurait également été gravement endommagée, tandis qu’une ambulance a été pillée. Deux membres du personnel médical travaillant avec les équipes de MSF ont par ailleurs été victimes de vols et l’un d’eux a été blessé. Pour l’organisation humanitaire, l’épisode constitue déjà la troisième reprise des combats à Baidoa depuis le 17 août. « Les civils et les services de santé » se retrouvent une nouvelle fois pris dans les affrontements, alors que les routes conduisant aux établissements hospitaliers ont été bloquées, compliquant sérieusement l’accès aux soins. Une ville prise entre deux camps Les affrontements ont éclaté dans plusieurs quartiers de Baidoa après l’entrée dans la ville de combattants favorables à Laftagareen. L’armée fédérale affirme avoir repoussé l’offensive et repris le contrôle des positions attaquées. Le haut gradé Mohamed Ali, cité par l’AFP, affirme que les forces loyales à l’ancien dirigeant régional ont mené l’attaque avec le concours de combattants islamistes shebab. Selon lui, les assaillants auraient utilisé des véhicules chargés d’explosifs ainsi que des drones kamikazes. Les forces fédérales affirment leur avoir infligé de lourdes pertes avant de les repousser hors de la ville. Cette accusation est toutefois catégoriquement rejetée par le camp de Laftagareen. Ugaas Hassan, porte-parole des forces favorables à l’ancien dirigeant, affirme qu’aucune alliance avec les shebab n’existe et présente les affrontements comme une confrontation directe avec les forces fédérales et leurs alliés. Les deux camps revendiquent ainsi une lecture radicalement différente de la bataille. Pour Mogadiscio, il s’agit d’une attaque menée par des milices auxquelles seraient associés les insurgés shebab. Pour les partisans de Laftagareen, il s’agit d’un affrontement politique et militaire contre les forces fédérales venues imposer leur contrôle sur Baidoa. Des avions de combat dans le ciel La particularité de cette nouvelle confrontation tient également à l’utilisation rapportée de moyens militaires plus sophistiqués. Des témoins ont fait état de la présence d’avions de combat turcs dans le ciel de Baidoa. Des habitants ont décrit le bruit des appareils survolant la ville ainsi que plusieurs explosions entendues en périphérie. Le camp de Laftagareen accuse la Turquie d’avoir apporté un soutien aérien aux forces fédérales. Ces accusations ont également circulé dans les déclarations de responsables et de témoins locaux, mais les détails concernant les frappes et leurs conséquences restent difficiles à vérifier indépendamment. Du côté des autorités locales, le porte-parole Mohamed Sheikh Abdullahi affirme que les assaillants ont utilisé des « drones kamikazes » et des véhicules chargés d’explosifs. Un garde du palais du gouverneur, cité par l’AFP, a lui aussi évoqué la présence de drones explosifs. L’utilisation de tels engins ajoute une dimension nouvelle aux affrontements qui secouent Baidoa. Elle témoigne surtout de la militarisation progressive d’un conflit qui, à l’origine, plonge ses racines dans une crise politique entre les autorités fédérales et celles de l’État du Sud-Ouest. Les civils encore en première ligne Dans les rues de Baidoa, les habitants ont vécu plusieurs heures de combats intenses. Des témoins interrogés par l’AFP ont décrit des tirs nourris et des explosions dans différents secteurs de la ville. « Les combats ont été très violents », a raconté un habitant cité par l’AFP, évoquant des affrontements parmi les plus intenses observés récemment dans la ville. D’autres habitants ont fait état d’explosions et du survol d’avions de combat. Mais derrière les déclarations militaires et les revendications politiques, les conséquences humanitaires sont immédiates. Les routes menant aux hôpitaux étant bloquées, de nombreux blessés n’ont pas pu accéder rapidement aux soins. MSF estime que les 69 patients arrivés à l’hôpital régional de Bay ne représentent probablement qu’une partie des personnes touchées par les violences. Cette situation n’est pas nouvelle. Lors des combats du 17 août, les équipes médicales de l’hôpital régional de Bay avaient pris en charge 94 blessés, dont 20 enfants et 29 femmes, avec quatre décès enregistrés. Le 3 septembre, une nouvelle vague de violences avait fait 71 blessés pris en charge et un mort. En quelques semaines, Baidoa est donc devenue le théâtre récurrent d’une confrontation qui ne laisse guère de répit à la population. Une crise politique derrière les armes La violence actuelle trouve son origine dans la profonde détérioration des relations entre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud et Abdiaziz Laftagareen, qui dirigeait l’État du Sud-Ouest. Le gouvernement fédéral avait destitué Laftagareen et envoyé des forces à Baidoa dans un contexte de tensions croissantes autour de son maintien au pouvoir et de la légitimité de sa réélection. Depuis, ses partisans cherchent à reprendre pied dans la capitale régionale. Les affrontements du 28 septembre constituent ainsi une nouvelle étape dans cette confrontation. La crise dépasse cependant le seul cas du Sud-Ouest. Le président Hassan Sheikh Mohamud fait face à une opposition croissante de plusieurs États fédérés, notamment le Puntland et le Jubbaland, qui l’accusent de chercher à renforcer excessivement le pouvoir central au détriment des compétences des entités fédérées. La réforme constitutionnelle adoptée en mars a encore tendu les relations. Elle a notamment porté de quatre à cinq ans la durée du mandat présidentiel, une modification que ses opposants considèrent comme un moyen de prolonger le mandat actuel du chef de l’État. Baidoa, nouveau symbole de la fragmentation somalienne Le calme est finalement revenu dans la ville après le retrait des forces favorables à Laftagareen, selon des habitants et des responsables militaires cités par l’AFP. Les forces fédérales affirment avoir repris le contrôle de Baidoa. Mais le retour au calme ne signifie pas la fin de la crise. Les précédents affrontements montrent au contraire que la ville reste extrêmement fragile. Avec trois morts officiellement recensés par MSF, 69 blessés pris en charge, un soignant tué, des infrastructures sanitaires endommagées et des accès aux hôpitaux coupés, la journée du 28 septembre rappelle une réalité brutale : en Somalie, les rivalités politiques entre pouvoirs fédéral et régionaux continuent de se traduire par des affrontements armés dont les civils paient directement le prix..⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
Baidoa a encore payé le prix fort de la crise politique somalienne. Dans la matinée du lundi 28 septembre, la capitale de l’État du Sud-Ouest a été secouée par des combats particulièrement intenses opposant les forces du gouvernement fédéral à des combattants loyaux à l’ancien président régional Abdiaziz Hassan Mohamed Laftagareen.
Selon Médecins sans frontières, trois personnes ont perdu la vie et 69 blessés ont été pris en charge à l’hôpital régional de Bay, parmi lesquels cinq enfants. Un professionnel de santé figure parmi les personnes tuées. Une structure sanitaire aurait également été gravement endommagée, tandis qu’une ambulance a été pillée. Deux membres du personnel médical travaillant avec les équipes de MSF ont par ailleurs été victimes de vols et l’un d’eux a été blessé.
Pour l’organisation humanitaire, l’épisode constitue déjà la troisième reprise des combats à Baidoa depuis le 17 août. « Les civils et les services de santé » se retrouvent une nouvelle fois pris dans les affrontements, alors que les routes conduisant aux établissements hospitaliers ont été bloquées, compliquant sérieusement l’accès aux soins.
Les affrontements ont éclaté dans plusieurs quartiers de Baidoa après l’entrée dans la ville de combattants favorables à Laftagareen. L’armée fédérale affirme avoir repoussé l’offensive et repris le contrôle des positions attaquées.
Le haut gradé Mohamed Ali, cité par l’AFP, affirme que les forces loyales à l’ancien dirigeant régional ont mené l’attaque avec le concours de combattants islamistes shebab. Selon lui, les assaillants auraient utilisé des véhicules chargés d’explosifs ainsi que des drones kamikazes. Les forces fédérales affirment leur avoir infligé de lourdes pertes avant de les repousser hors de la ville.
Cette accusation est toutefois catégoriquement rejetée par le camp de Laftagareen. Ugaas Hassan, porte-parole des forces favorables à l’ancien dirigeant, affirme qu’aucune alliance avec les shebab n’existe et présente les affrontements comme une confrontation directe avec les forces fédérales et leurs alliés.
Les deux camps revendiquent ainsi une lecture radicalement différente de la bataille. Pour Mogadiscio, il s’agit d’une attaque menée par des milices auxquelles seraient associés les insurgés shebab. Pour les partisans de Laftagareen, il s’agit d’un affrontement politique et militaire contre les forces fédérales venues imposer leur contrôle sur Baidoa.
La particularité de cette nouvelle confrontation tient également à l’utilisation rapportée de moyens militaires plus sophistiqués.
Des témoins ont fait état de la présence d’avions de combat turcs dans le ciel de Baidoa. Des habitants ont décrit le bruit des appareils survolant la ville ainsi que plusieurs explosions entendues en périphérie.
Le camp de Laftagareen accuse la Turquie d’avoir apporté un soutien aérien aux forces fédérales. Ces accusations ont également circulé dans les déclarations de responsables et de témoins locaux, mais les détails concernant les frappes et leurs conséquences restent difficiles à vérifier indépendamment.
Du côté des autorités locales, le porte-parole Mohamed Sheikh Abdullahi affirme que les assaillants ont utilisé des « drones kamikazes » et des véhicules chargés d’explosifs. Un garde du palais du gouverneur, cité par l’AFP, a lui aussi évoqué la présence de drones explosifs.
L’utilisation de tels engins ajoute une dimension nouvelle aux affrontements qui secouent Baidoa. Elle témoigne surtout de la militarisation progressive d’un conflit qui, à l’origine, plonge ses racines dans une crise politique entre les autorités fédérales et celles de l’État du Sud-Ouest.
Dans les rues de Baidoa, les habitants ont vécu plusieurs heures de combats intenses. Des témoins interrogés par l’AFP ont décrit des tirs nourris et des explosions dans différents secteurs de la ville.
« Les combats ont été très violents », a raconté un habitant cité par l’AFP, évoquant des affrontements parmi les plus intenses observés récemment dans la ville. D’autres habitants ont fait état d’explosions et du survol d’avions de combat.
Mais derrière les déclarations militaires et les revendications politiques, les conséquences humanitaires sont immédiates. Les routes menant aux hôpitaux étant bloquées, de nombreux blessés n’ont pas pu accéder rapidement aux soins. MSF estime que les 69 patients arrivés à l’hôpital régional de Bay ne représentent probablement qu’une partie des personnes touchées par les violences.
Cette situation n’est pas nouvelle. Lors des combats du 17 août, les équipes médicales de l’hôpital régional de Bay avaient pris en charge 94 blessés, dont 20 enfants et 29 femmes, avec quatre décès enregistrés. Le 3 septembre, une nouvelle vague de violences avait fait 71 blessés pris en charge et un mort.
En quelques semaines, Baidoa est donc devenue le théâtre récurrent d’une confrontation qui ne laisse guère de répit à la population.
La violence actuelle trouve son origine dans la profonde détérioration des relations entre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud et Abdiaziz Laftagareen, qui dirigeait l’État du Sud-Ouest.
Le gouvernement fédéral avait destitué Laftagareen et envoyé des forces à Baidoa dans un contexte de tensions croissantes autour de son maintien au pouvoir et de la légitimité de sa réélection. Depuis, ses partisans cherchent à reprendre pied dans la capitale régionale. Les affrontements du 28 septembre constituent ainsi une nouvelle étape dans cette confrontation.
La crise dépasse cependant le seul cas du Sud-Ouest. Le président Hassan Sheikh Mohamud fait face à une opposition croissante de plusieurs États fédérés, notamment le Puntland et le Jubbaland, qui l’accusent de chercher à renforcer excessivement le pouvoir central au détriment des compétences des entités fédérées.
La réforme constitutionnelle adoptée en mars a encore tendu les relations. Elle a notamment porté de quatre à cinq ans la durée du mandat présidentiel, une modification que ses opposants considèrent comme un moyen de prolonger le mandat actuel du chef de l’État.
Le calme est finalement revenu dans la ville après le retrait des forces favorables à Laftagareen, selon des habitants et des responsables militaires cités par l’AFP. Les forces fédérales affirment avoir repris le contrôle de Baidoa.
Mais le retour au calme ne signifie pas la fin de la crise. Les précédents affrontements montrent au contraire que la ville reste extrêmement fragile.
Avec trois morts officiellement recensés par MSF, 69 blessés pris en charge, un soignant tué, des infrastructures sanitaires endommagées et des accès aux hôpitaux coupés, la journée du 28 septembre rappelle une réalité brutale : en Somalie, les rivalités politiques entre pouvoirs fédéral et régionaux continuent de se traduire par des affrontements armés dont les civils paient directement le prix.