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Sadibou Marong : « Moussa Kaka a toujours été un journaliste persécuté

Sadibou Marong : « Moussa Kaka a toujours été un journaliste persécuté. Article écrit par Sandra Topona. Publié le 15 septembre 2026à 09h39

⏱ Temps de lecture estimé : 9 minutes

Depuis le 31 août, le journaliste nigérien Moussa Kaka, directeur de la radio-télévision Sarraounia, est porté disparu. Alors que les circonstances de sa disparition restent floues, les inquiétudes grandissent sur son sort et sur les risques auxquels sont confrontés les professionnels des médias au Niger. Dans un pays marqué par de fortes tensions politiques et sécuritaires, cette affaire ravive une question essentielle : jusqu’où peut encore s’exercer librement le métier de journaliste ? Pour décrypter la situation, nous avons recueilli les propos de Sadibou Marong, ​responsable du bureau Afrique subsaharienne​ de Reporters sans frontières ​(RSF).. Vent d’Afrique : Moussa Kaka est porté disparu depuis le 31 août. Que sait aujourd’hui Reporters sans frontières sur les circonstances de sa disparition ? Sadibou Marong : Il appartient aux autorités de dire quelles sont les circonstances et de le faire sans délai. Nous leur avons rappelé qu’il est de leur responsabilité de communiquer sur les circonstances de cette disparition, d’en expliquer les raisons et, surtout, d’être transparents sur le lieu où Moussa Kaka pourrait être détenu. Elles doivent dire à la famille, aux collègues et aux amis de Moussa Kaka, ainsi qu’au monde tout entier, où se trouve le journaliste. Vent d’Afrique : Qu’est-ce qui vous inquiète particulièrement dans cette disparition et avez-vous des informations permettant de savoir où se trouve actuellement le journaliste ? Sadibou Marong : Nous sommes inquiets puisque nous n’avons pas d’informations venant des autorités. Moussa Kaka est un journaliste particulièrement persécuté, au moins depuis octobre de l’année dernière. Maintenant, si l’on pousse l’analyse, on perçoit une pratique que nous avions observée au Niger il y a un an pour les cas de journalistes et d’activistes, ou en tout cas de voix perçues comme discordantes. On vient vous chercher chez vous, vous êtes détenu secrètement à la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), qui est l’un des services de renseignement nigériens. Vous pouvez faire plusieurs allers-retours à la Cellule de lutte antiterroriste et, au bout de quelques jours, vous êtes présenté à un procureur. C’est à ce moment-là que vous pouvez voir un avocat. Mais, ce qui est exceptionnel dans le cas de Moussa Kaka, c’est que même son véhicule n’a pas encore été retrouvé. L’enjeu fondamental, face à tous ces constats, réside dans une seule chose : le droit de savoir. Si Moussa Kaka a été suivi, enlevé et détenu dans les locaux de la DGDSE, les autorités doivent le dire en toute transparence. Autrement, la responsabilité des autorités sera fortement engagée s’il arrivait quelque chose à Moussa Kaka. Vent d’Afrique : Human Rights Watch évoque la possibilité d’une disparition forcée. RSF partage-t-elle cette inquiétude ? Sadibou Marong : Oui, tout à fait. Surtout si nous avons des raisons de penser que les autorités ou des éléments qui leur sont liés y sont pour quelque chose. Et, en tout état de cause, leur responsabilité est engagée. Mais le fait est qu’en l’état, son sort et sa situation restent inconnus et que les autorités n’en disent rien et n’enquêtent pas sérieusement. On peut donc bien parler d’une disparition forcée. Vent d’Afrique : Moussa Kaka avait déjà été emprisonné dans le passé en raison de son activité journalistique. Pensez-vous que son travail puisse être à l’origine de sa disparition actuelle ? Sadibou Marong : Nous n’en avons pas la certitude. Mais nous savons que Moussa Kaka subissait des pressions de la part des autorités militaires depuis octobre de l’année dernière, puisqu’il a été interpellé ainsi que cinq autres journalistes après qu’ils eurent annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse au sujet d’un fonds de solidarité créé par le gouvernement pour lever des fonds destinés à soutenir les opérations des forces de sécurité de l’État. Les autorités les avaient inculpés de « complicité de diffusion de document de nature à troubler l’ordre public », en vertu de la loi sur la cybercriminalité. En novembre, un tribunal a libéré Kaka et deux autres sous caution, tandis que deux autres ont été libérés le 15 juillet, et un autre, Ibro Chaibou, le 28 août. Vent d’Afrique : sa disparition intervient dans un contexte politique très tendu au Niger. RSF dispose-t-elle d’éléments permettant d’établir un lien entre ce contexte et sa disparition ? Sadibou Marong : C’est difficile à établir. Nous savons que la disparition de Moussa Kaka survient dans un contexte particulièrement tendu au Niger, quelques jours après la tentative avortée de coup d’État du 29 août à Niamey, qui a notamment visé le palais présidentiel et des sites militaires. Vent d’Afrique : Vous avez demandé aux autorités nigériennes d’ouvrir immédiatement une enquête. Qu’attendez-vous concrètement de cette enquête ? Sadibou Marong : RSF suit la situation avec attention et appelle les autorités nigériennes à ouvrir immédiatement une enquête afin de le retrouver et d’établir sans délai les circonstances de sa disparition. Vent d’Afrique : au-delà du cas de Moussa Kaka, comment RSF évalue-t-elle aujourd’hui la situation de la liberté de la presse au Niger ? Sadibou Marong : Dans notre monitoring, nous avons actuellement le journaliste activiste Moussa Tchangari en prison, de même que Serge Mathurin, qui était présentateur du journal dans un média local, Canal 3. Je rappelle enfin que le Niger connaît la baisse la plus importante au classement mondial de la liberté de la presse en 2026, avec une chute de 37 places, à la 120ᵉ position. Les journalistes ont été poursuivis en vertu de la loi sur la cybercriminalité. L’année 2025 a aussi été marquée par une coopération accrue entre les trois États de l’AES, qui se sont dotés de leur propre radio, télévision et agence de presse. L’objectif est simple : un alignement des narratifs entre les États du Sahel. Les médias des différents services publics travaillent également à faire rayonner les narratifs propagés par l’État. Dans le même temps, le journalisme de chien de garde, qui agit comme contre-pouvoir, creuse sa tombe. Vent d’Afrique : les journalistes nigériens peuvent-ils exercer leur métier librement, ou assiste-t-on à une forme d’autocensure par peur de représailles ? Sadibou Marong : Certains s’y efforcent et il faut saluer leur résilience et leur courage. Mais aujourd’hui, au Niger comme dans l’AES, force est de constater que les autorités ont réussi leur pari : imposer leur narratif via leurs médias et réduire au silence les journalistes considérés comme dissidents. Face à ce triste constat, la profession est contrainte de pratiquer l’autocensure. L’accès à l’information y est de plus en plus difficile. Par exemple, traiter de la situation sécuritaire du pays sans se référer aux sources gouvernementales est assez risqué et il devient de plus en plus compliqué de vérifier factuellement, et dans le détail, certains cas d’enlèvement. Vent d’Afrique : quelles actions RSF peut-elle concrètement entreprendre pour contribuer à retrouver Moussa Kaka et protéger les journalistes nigériens ? Sadibou Marong : Nous continuerons le plaidoyer pour que Moussa Kaka retrouve sa famille, ses amis et reprenne son travail. Il est connu et respecté par sa corporation, a mené plusieurs actions pour le métier, y compris en fondant un média. Nous avons tous l’obligation d’interpeller les autorités sur son sort. Elles doivent être transparentes. Nous en informerons les mécanismes de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, mais aussi le Groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées. Vent d’Afrique : Pour terminer, quel message souhaitez-vous adresser aux autorités nigériennes, à la famille de Moussa Kaka et à l’ensemble des journalistes du Niger ? Sadibou Marong : Nous sommes solidaires de la famille, des amis et des collègues de Moussa Kaka. Nous sommes à leurs côtés en ces moments difficiles. Nous réaffirmons notre appel aux autorités pour ouvrir une enquête sur le sort de Moussa Kaka. De plus, dans le cadre de la mise en œuvre de la campagne « Protéger les journalistes et promouvoir le droit à l’information au Sahel », nous avons soumis aux autorités sahéliennes et à celles des autres pays, pour signature, la Déclaration pour le droit à l’information au Sahel, lancée au siège de l’Union africaine et présentée aux États pour signature. Elle contient dix engagements basés sur des principes de protection permettant aux journalistes de remplir leur fonction sociale en travaillant librement. À ce jour, la Déclaration est signée par quatre États, dont la Mauritanie et la Côte d’Ivoire, et l’objectif est de la faire signer par les États de l’AES et les autres États d’Afrique de l’Ouest. Nous continuons nos réponses d’urgence en faveur des médias du Sahel, nos soutiens aux radios communautaires de la région, comme le montre le documentaire lancé l’année dernière et l’Appel pour la protection des radios communautaires, ainsi que nos actions d’assistance aux journalistes en exil et à ceux en détention. Entretien réalisé par Sandra Topona.  .

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Depuis le 31 août, le journaliste nigérien Moussa Kaka, directeur de la radio-télévision Sarraounia, est porté disparu. Alors que les circonstances de sa disparition restent floues, les inquiétudes grandissent sur son sort et sur les risques auxquels sont confrontés les professionnels des médias au Niger. Dans un pays marqué par de fortes tensions politiques et sécuritaires, cette affaire ravive une question essentielle : jusqu’où peut encore s’exercer librement le métier de journaliste ? Pour décrypter la situation, nous avons recueilli les propos de Sadibou Marong, ​responsable du bureau Afrique subsaharienne​ de Reporters sans frontières ​(RSF).
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