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« Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne », écrivait Victor Hugo dans Les quatre vents de l’esprit. Cette maxime poétique et politique trouve une résonance toute particulière au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) en cette période de rentrée des classes. Par Éric Topona.. Affichant leur volonté commune d’ancrer dans les esprits l’idée d’une harmonisation progressive de leurs institutions, le Mali et le Burkina Faso ont arrêté la date de la rentrée scolaire au 1ᵉʳ octobre 2026. Mais sur le terrain, un gouffre vertigineux sépare les proclamations d’intention des dirigeants des tristes réalités quotidiennes. Au Mali, près de 12 000 établissements scolaires n’ont pas pu ouvrir leurs portes aux élèves. L’hémorragie des fermetures d’écoles et de collèges n’a cessé de s’accélérer depuis 2020, atteignant des proportions alarmantes dans plusieurs régions. Dans celle de Kidal, 84 % des structures éducatives demeurent hors d’usage, tandis que la région de Ménaka enregistre un taux de paralysie de 50 %. Au Niger, plus de 1 000 écoles restent closes, privant près de 80 000 enfants d’accès à l’instruction en raison des violences perpétrées par les groupes armés jihadistes. Ce constat amer prévaut malgré les déclarations rassurantes de la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Shérif, qui promettait : « Aux familles des enfants vivant dans les localités confrontées aux défis sécuritaires, l’État maintiendra tout au long de l’année qui s’annonce sa présence à vos côtés (…) ». Au Burkina Faso, pas moins d’un quart des établissements scolaires resteront fermés. Pour y faire face, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) tentent, tant bien que mal et de manière intermittente, de sécuriser quelques sites. Cette déscolarisation massive au sein de l’AES pose une question fondamentale : quel est le bilan réel de la lutte contre l’insécurité depuis l’arrivée au pouvoir des régimes actuels, alors même que la protection des populations constituait le premier de leurs engagements ? Combien d’années faudra-t-il encore attendre pour que la sécurité pour tous cesse d’être un simple slogan propagandiste ? L’ampleur de la crise suscite une vive inquiétude pour l’avenir. Livrée à elle-même et sans perspectives d’éducation, cette jeunesse vulnérable risque fort de devenir une réserve de recrutement privilégiée pour les groupes terroristes. Dès lors, quel avenir réserver à la formation citoyenne de ces générations pour qui la notion de « République » n’aura jamais été qu’un vain mot de discours officiel ? .⏱ Temps de lecture estimé : 3 minutes
Affichant leur volonté commune d’ancrer dans les esprits l’idée d’une harmonisation progressive de leurs institutions, le Mali et le Burkina Faso ont arrêté la date de la rentrée scolaire au 1ᵉʳ octobre 2026. Mais sur le terrain, un gouffre vertigineux sépare les proclamations d’intention des dirigeants des tristes réalités quotidiennes.
Au Mali, près de 12 000 établissements scolaires n’ont pas pu ouvrir leurs portes aux élèves. L’hémorragie des fermetures d’écoles et de collèges n’a cessé de s’accélérer depuis 2020, atteignant des proportions alarmantes dans plusieurs régions. Dans celle de Kidal, 84 % des structures éducatives demeurent hors d’usage, tandis que la région de Ménaka enregistre un taux de paralysie de 50 %.
Au Niger, plus de 1 000 écoles restent closes, privant près de 80 000 enfants d’accès à l’instruction en raison des violences perpétrées par les groupes armés jihadistes. Ce constat amer prévaut malgré les déclarations rassurantes de la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Shérif, qui promettait : « Aux familles des enfants vivant dans les localités confrontées aux défis sécuritaires, l’État maintiendra tout au long de l’année qui s’annonce sa présence à vos côtés (…) ».
Au Burkina Faso, pas moins d’un quart des établissements scolaires resteront fermés. Pour y faire face, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) tentent, tant bien que mal et de manière intermittente, de sécuriser quelques sites.
Cette déscolarisation massive au sein de l’AES pose une question fondamentale : quel est le bilan réel de la lutte contre l’insécurité depuis l’arrivée au pouvoir des régimes actuels, alors même que la protection des populations constituait le premier de leurs engagements ? Combien d’années faudra-t-il encore attendre pour que la sécurité pour tous cesse d’être un simple slogan propagandiste ?
L’ampleur de la crise suscite une vive inquiétude pour l’avenir. Livrée à elle-même et sans perspectives d’éducation, cette jeunesse vulnérable risque fort de devenir une réserve de recrutement privilégiée pour les groupes terroristes. Dès lors, quel avenir réserver à la formation citoyenne de ces générations pour qui la notion de « République » n’aura jamais été qu’un vain mot de discours officiel ?