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Dans un entretien accordé à un média de la sous-région, Senfo Tonkam, qui s'exprime sous le nom de « Maât révolutionnaire », présente une initiative qui se réclame de Thomas Sankara et des reines guerrières du Sahel.. Le Sahel n’a pas connu de révolution, mais une « confiscation », estime l’analyste géopolitique Senfo Tonkam. Lors d’un entretien accordé à un média de la sous-région, il a présenté la plateforme « Reconquérir le Sahel », qu’il décrit comme un espace de solidarité avec « les vrais révolutionnaires » sahéliens. Une plateforme lancée le jour de l’anniversaire de l’assassinat de Sankara Selon le texte de lancement publié le 14 octobre sur le site reclaimingtheafricanrevolution.com, l’initiative a été annoncée à l’occasion du 39ᵉ anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara. Elle se donne pour but de soutenir les révolutionnaires sahéliens dans leur lutte contre quatre catégories d’acteurs : les impérialistes occidentaux, les juntes militaires, les groupes djihadistes et les puissances étrangères qui, selon ses auteurs, soutiennent les juntes et les djihadistes. Interrogé sur la nécessité d’une structure supplémentaire, l’analyste, qui soutient déjà des activistes, intellectuels et journalistes persécutés, répond que la lutte se mène « dans un contexte de grande confusion idéologique ». Selon lui, le panafricanisme actuel, les théories libérales et les approches de gauche ont « montré leurs limites ». Il plaide pour un retour à « l’éthique révolutionnaire ancestrale » et aux « traditions maâtiques ». Critique des « panafricanistes CNN » et des juntes Senfo Tonkam vise deux catégories qu’il nomme « panafricanistes CNN » et « anti-globalistes Russian TV ». Il leur reproche de s’être intéressés au Sahel seulement lorsque la région est devenue « sexy » dans les médias internationaux, par opportunisme. Il juge que le panafricanisme sert désormais, selon ses termes, « de prétexte et de cache-sexe à des pratiques autoritaristes », et il situe le début de cette dérive au moment où des panafricanistes ont soutenu Barack Obama. Il qualifie les juntes militaires de « criminelles, incompétentes, arrogantes et peureuses ». Le texte de la plateforme les accuse d’avoir « confisqué le pouvoir » et d’avoir échoué face au terrorisme djihadiste. Trois hommes, trois femmes L’invité s’appuie sur trois figures masculines, Modibo Keïta, Thomas Sankara et Djibo Bakary, qu’il juge « méritantes » tout en rappelant leurs erreurs et leurs limites. Il invoque aussi trois figures féminines : Yennenga, Sengho et Sarraounia. Selon lui, les hommes africains n’ont pas toujours montré le leadership nécessaire dans les moments décisifs, alors que ces compétences « se trouvent chez les femmes africaines ». À la question de savoir si les femmes sauveront le Sahel, il répond : « Absolument. » L’unité africaine comme cause Sur l’unité du continent, il inverse la question : les crises sécuritaires ne seraient pas un obstacle à l’unité, mais en découleraient. Il pose cependant une condition, car cette unité serait impossible avec des autocrates qui confisquent « les ressources, les privilèges et la parole du peuple ». Contre l’extractivisme et le capitalisme À propos de l’or, de l’uranium ou du pétrole, il récuse la notion de « ressources stratégiques », qui trahirait selon lui un « logiciel impérialiste ». Il se déclare « contre l’extractivisme et contre le capitalisme » et dit se réserver le droit de ne rien exporter ni exploiter. Son modèle repose, dit-il, sur « la matière grise et les compétences humaines ». Deux mesures et un « nouvel État Nubia-Kemet » Interrogé sur ses trois premières décisions en cas de prise de pouvoir, il n’en cite que deux. La première serait une réconciliation nationale, avec la fin des lois d’exception, le retour des exilés et la réunion des peuples sahéliens de l’intérieur et de la diaspora. La seconde serait l’instauration d’un « nouvel État Nubia-Kemet », qui associerait directement les peuples aux décisions, y compris dans la lutte contre le terrorisme. Sur les institutions concrètes, il renvoie à l’étape suivante, qui viendrait « après la révolution ». Il écarte le risque d’anarchie, qu’il qualifie de « piège » tendu par les Occidentaux et les élites néocoloniales, et affirme que c’est le système actuel qui est anarchique..⏱ Temps de lecture estimé : 4 minutes
Le Sahel n’a pas connu de révolution, mais une « confiscation », estime l’analyste géopolitique Senfo Tonkam. Lors d’un entretien accordé à un média de la sous-région, il a présenté la plateforme « Reconquérir le Sahel », qu’il décrit comme un espace de solidarité avec « les vrais révolutionnaires » sahéliens.
Selon le texte de lancement publié le 14 octobre sur le site reclaimingtheafricanrevolution.com, l’initiative a été annoncée à l’occasion du 39ᵉ anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara. Elle se donne pour but de soutenir les révolutionnaires sahéliens dans leur lutte contre quatre catégories d’acteurs : les impérialistes occidentaux, les juntes militaires, les groupes djihadistes et les puissances étrangères qui, selon ses auteurs, soutiennent les juntes et les djihadistes.
Interrogé sur la nécessité d’une structure supplémentaire, l’analyste, qui soutient déjà des activistes, intellectuels et journalistes persécutés, répond que la lutte se mène « dans un contexte de grande confusion idéologique ». Selon lui, le panafricanisme actuel, les théories libérales et les approches de gauche ont « montré leurs limites ». Il plaide pour un retour à « l’éthique révolutionnaire ancestrale » et aux « traditions maâtiques ».
Senfo Tonkam vise deux catégories qu’il nomme « panafricanistes CNN » et « anti-globalistes Russian TV ». Il leur reproche de s’être intéressés au Sahel seulement lorsque la région est devenue « sexy » dans les médias internationaux, par opportunisme. Il juge que le panafricanisme sert désormais, selon ses termes, « de prétexte et de cache-sexe à des pratiques autoritaristes », et il situe le début de cette dérive au moment où des panafricanistes ont soutenu Barack Obama.
Il qualifie les juntes militaires de « criminelles, incompétentes, arrogantes et peureuses ». Le texte de la plateforme les accuse d’avoir « confisqué le pouvoir » et d’avoir échoué face au terrorisme djihadiste.
L’invité s’appuie sur trois figures masculines, Modibo Keïta, Thomas Sankara et Djibo Bakary, qu’il juge « méritantes » tout en rappelant leurs erreurs et leurs limites. Il invoque aussi trois figures féminines : Yennenga, Sengho et Sarraounia. Selon lui, les hommes africains n’ont pas toujours montré le leadership nécessaire dans les moments décisifs, alors que ces compétences « se trouvent chez les femmes africaines ». À la question de savoir si les femmes sauveront le Sahel, il répond : « Absolument. »
Sur l’unité du continent, il inverse la question : les crises sécuritaires ne seraient pas un obstacle à l’unité, mais en découleraient. Il pose cependant une condition, car cette unité serait impossible avec des autocrates qui confisquent « les ressources, les privilèges et la parole du peuple ».
À propos de l’or, de l’uranium ou du pétrole, il récuse la notion de « ressources stratégiques », qui trahirait selon lui un « logiciel impérialiste ». Il se déclare « contre l’extractivisme et contre le capitalisme » et dit se réserver le droit de ne rien exporter ni exploiter. Son modèle repose, dit-il, sur « la matière grise et les compétences humaines ».
Interrogé sur ses trois premières décisions en cas de prise de pouvoir, il n’en cite que deux. La première serait une réconciliation nationale, avec la fin des lois d’exception, le retour des exilés et la réunion des peuples sahéliens de l’intérieur et de la diaspora. La seconde serait l’instauration d’un « nouvel État Nubia-Kemet », qui associerait directement les peuples aux décisions, y compris dans la lutte contre le terrorisme.
Sur les institutions concrètes, il renvoie à l’étape suivante, qui viendrait « après la révolution ». Il écarte le risque d’anarchie, qu’il qualifie de « piège » tendu par les Occidentaux et les élites néocoloniales, et affirme que c’est le système actuel qui est anarchique.