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Qui soutient réellement la Centrafrique ?

Qui soutient réellement la Centrafrique ?. Article écrit par Abel Ndembassa-Keté. Publié le 12 juin 2026à 07h00

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

​Dans cette tribune, Abel Ndembassa-Keté, chercheur et analyste politique,​ revient sur la nature des partenariats noués par la République centrafricaine et leurs conséquences dans la marche du pays.. En 2025, 2,4 millions de personnes, soit 38 % de la population centrafricaine, avaient besoin d’une aide humanitaire d’urgence. En février 2025, plus de 460 000 personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, et plus de 439 000 avaient fui vers les pays voisins[1][2]. Les partenaires étrangers apportent une aide décisive, mais ils ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Tandis que l’Union européenne est le premier bailleur humanitaire du pays[3], la Russie, présente via Wagner, profite de la situation pour piller la Centrafrique. Sous couvert de partenariat sécuritaire, Wagner pille la Centrafrique Face à l’instabilité chronique, la Russie s’est imposée comme un partenaire, non pour aider la population mais pour en tirer profit. L’arrivée du groupe Wagner en 2018 a coïncidé avec l’attribution de licences minières d’or et de diamants à des sociétés liées à Prigozhin[4]. En février 2023, l’ambassadeur russe à Bangui, Alexandre Bikantov, a lui-même confirmé la présence de 1 890 « instructeurs » russes dans le pays, selon l’agence russe d’État RIA Novosti[5]. Ce que ces « instructeurs » font réellement a été documenté. Wagner, via ses sociétés écrans Lobaye Invest et Diamville, a pris le contrôle de mines d’or et de diamants, souvent en chassant violemment les mineurs artisanaux. Ses opérations minières génèrent environ 1 milliard de dollars par an, le gouvernement centrafricain ayant exempté Wagner du paiement de taxes sur les ressources extraites[6]. En outre, la mine d’or de Ndassima, entièrement gérée par Wagner via la société écran Midas Resources et représentant un immense potentiel aurifère, est sous concession russe pour 25 ans[7]. Au total, les sociétés liées à Wagner ont engrangé plus de 2 milliards de dollars de profits issus de l’exploitation illicite des mines centrafricaines en quelques années seulement, finançant ainsi les opérations militaires russes, y compris en Ukraine[1]. En juin 2023, le Trésor américain a sanctionné Midas Resources, estimant que la mine de Ndassima contient de l’or évalué à plus d’un milliard de dollars. Wagner avait même interdit aux autorités centrafricaines d’inspecter le site[2]… Les Centrafricains paient également le prix fort de la présence russe en termes de respect des droits humains. En Centrafrique (et aussi au Mali), les violences commises par Wagner contre les civils sont bien plus meurtrières que celles des groupes rebelles ou des forces étatiques[3]. En Centrafrique spécifiquement, plus de 900 civils ont été tués depuis 2020 dans des opérations liées aux mercenaires russes[4]. Par ailleurs, les Nations unies ont documenté plusieurs cas où les mercenaires de Wagner ont participé à des combats actifs et ont été impliqués dans de graves violations des droits humains[5]. Alors que Wagner transforme l’insécurité centrafricaine en source de profits, d’autres acteurs internationaux comme l’Union européenne tentent d’orienter leurs ressources vers les besoins les plus urgents des Centrafricains. L’Union européenne, premier partenaire de la Centrafrique L’Union européenne assume la plus grande partie de l’aide humanitaire délivrée à la Centrafrique, avec un engagement financier croissant. En 2022, l’UE a alloué 17 millions d’euros à la Centrafrique en aide humanitaire directe, dans le cadre d’une enveloppe régionale de 175 millions pour l’Afrique de l’Ouest et centrale[1]. En 2023, cette dotation est passée à 20,5 millions d’euros pour le seul pays[2]. En avril 2026, l’UE a annoncé 22 millions d’euros supplémentaires, ciblant l’aide alimentaire, la santé, la nutrition, l’éducation en urgence et la protection des civils, quand 2,3 millions de personnes restaient toujours dans le besoin[3]. Dès 2016, lors d’une conférence à Bruxelles, 80 pays et organisations avaient promis 2,06 milliards d’euros sur quatre ans en faveur du Plan national global de redressement et de consolidation de la paix des autorités, dont plus de 700 millions d’euros de l’UE seule[4]. Sur la période 2019-2023, la Centrafrique a reçu au total 286,4 millions de dollars d’aide publique au développement[5], dont l’UE et ses États membres constituent le socle solide. C’est cet argent qui finance les cliniques de brousse, les distributions alimentaires, les abris pour déplacés. Aide alimentaire, santé, protection des civils… ou extraction et pillage des ressources. La Centrafrique illustre une réalité inquiétante : tous les partenaires étrangers ne se valent pas et ne poursuivent pas les mêmes objectifs   Sources : [1] : https://www.acaps.org/en/countries/car [2] : https://civil-protection-humanitarian-aid.ec.europa.eu/where/africa/central-african-republic_en [3] : « Les opérations minières du groupe Wagner en République centrafricaine aident la Russie à contourner les sanctions. » Africa Defense Forum Magazine, 2 mai 2023. https://adf-magazine.com/2023/05/wagner-groups-car-mining-operations-help-russia-evade-sanctions/ [4] : Federica Saini Fasanotti, 8 février 2022. « Le groupe Wagner russe en Afrique : influence, concessions commerciales, violations des droits humains et échec de la lutte contre l’insurrection. » Brookings Institution. https://www.brookings.edu/articles/russias-wagner-group-in-africa-influence-commercial-concessions-rights-violations-and-counterinsurgency-failure/ [5] : « Un envoyé russe affirme que 1 890 « instructeurs » russes se trouvent en République centrafricaine. » Al Jazeera, 3 février 2023. https://www.aljazeera.com/amp/news/2023/2/3/russian-envoy-says-1890-russian-instructors-in-central-african-republic-ria [6] : https://adf-magazine.com/2023/05/wagner-groups-car-mining-operations-help-russia-evade-sanctions/ [7] : Debora Patta et Sarah Carter, 16 mai 2023. « Comment le groupe Wagner russe finance son rôle dans la guerre menée par Poutine en Ukraine en pillant les ressources de l’Afrique. » CBS News. https://www.cbsnews.com/news/russia-wagner-group-ukraine-war-putin-prigozhin-africa-plundering-resources/ [8] : Sarah Shoer, 11 octobre 2024. « Pouvoir d’influence et minéraux précieux : l’empreinte croissante de la Russie en Afrique par le biais du groupe Wagner. » Inter Populum. https://interpopulum.org/proxy-power-and-precious-minerals-russias-growing-footprint-in-africa-through-the-wagner-group-a-case-study-of-the-central-african-republic-and-mali/ [9] : https://home.treasury.gov/news/press-releases/jy1581 [10] : https://2021-2025.state.gov/the-wagner-groups-atrocities-in-africa-lies-and-truth/ [11] : « Or et arbalètes : comment les mercenaires russes facilitent les activités illégales en Afrique ». Transparency International, 3 juillet 2025. https://ti-russia.org/en/2025/07/03/gold-and-crossbows-how-russian-mercenaries-enable-dirty-business-in-africa/ [12] : https://www.hrw.org/world-report/2025/country-chapters/central-african-republic [13] : https://reliefweb.int/report/nigeria/eu-announces-175-million-eu-humanitarian-aid-west-and-central-africa [14] : https://reliefweb.int/report/mali/west-and-central-africa-eu-allocates-eu1815-million-humanitarian-aid-2023 [15] : « L’UE annonce une aide humanitaire de 235 millions d’euros pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. » Commission européenne, Direction générale de la protection civile européenne et des opérations d’aide humanitaire (ECHO), 22 avril 2026. https://civil-protection-humanitarian-aid.ec.europa.eu/news-stories/news/eu-announces-eu235-million-humanitarian-aid-west-and-central-africa-2026-04-22_en [16] : https://reliefweb.int/report/central-african-republic/206-billion-support-central-african-republic-brussels-conference [17] : Alecsondra Kieren Si, 5 novembre 2025. « Quel est le montant de l’aide destinée à l’Afrique centrale ? » Devex. https://www.devex.com/news/how-much-aid-goes-to-central-africa-111133.

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

​Dans cette tribune, Abel Ndembassa-Keté, chercheur et analyste politique,​ revient sur la nature des partenariats noués par la République centrafricaine et leurs conséquences dans la marche du pays.

En 2025, 2,4 millions de personnes, soit 38 % de la population centrafricaine, avaient besoin d’une aide humanitaire d’urgence. En février 2025, plus de 460 000 personnes étaient déplacées à l’intérieur du pays, et plus de 439 000 avaient fui vers les pays voisins[1][2].

Les partenaires étrangers apportent une aide décisive, mais ils ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Tandis que l’Union européenne est le premier bailleur humanitaire du pays[3], la Russie, présente via Wagner, profite de la situation pour piller la Centrafrique.

Sous couvert de partenariat sécuritaire, Wagner pille la Centrafrique

Face à l’instabilité chronique, la Russie s’est imposée comme un partenaire, non pour aider la population mais pour en tirer profit.

L’arrivée du groupe Wagner en 2018 a coïncidé avec l’attribution de licences minières d’or et de diamants à des sociétés liées à Prigozhin[4]. En février 2023, l’ambassadeur russe à Bangui, Alexandre Bikantov, a lui-même confirmé la présence de 1 890 « instructeurs » russes dans le pays, selon l’agence russe d’État RIA Novosti[5].

Ce que ces « instructeurs » font réellement a été documenté. Wagner, via ses sociétés écrans Lobaye Invest et Diamville, a pris le contrôle de mines d’or et de diamants, souvent en chassant violemment les mineurs artisanaux. Ses opérations minières génèrent environ 1 milliard de dollars par an, le gouvernement centrafricain ayant exempté Wagner du paiement de taxes sur les ressources extraites[6]. En outre, la mine d’or de Ndassima, entièrement gérée par Wagner via la société écran Midas Resources et représentant un immense potentiel aurifère, est sous concession russe pour 25 ans[7].

Au total, les sociétés liées à Wagner ont engrangé plus de 2 milliards de dollars de profits issus de l’exploitation illicite des mines centrafricaines en quelques années seulement, finançant ainsi les opérations militaires russes, y compris en Ukraine[1]. En juin 2023, le Trésor américain a sanctionné Midas Resources, estimant que la mine de Ndassima contient de l’or évalué à plus d’un milliard de dollars. Wagner avait même interdit aux autorités centrafricaines d’inspecter le site[2]

Les Centrafricains paient également le prix fort de la présence russe en termes de respect des droits humains. En Centrafrique (et aussi au Mali), les violences commises par Wagner contre les civils sont bien plus meurtrières que celles des groupes rebelles ou des forces étatiques[3]. En Centrafrique spécifiquement, plus de 900 civils ont été tués depuis 2020 dans des opérations liées aux mercenaires russes[4]. Par ailleurs, les Nations unies ont documenté plusieurs cas où les mercenaires de Wagner ont participé à des combats actifs et ont été impliqués dans de graves violations des droits humains[5].

Alors que Wagner transforme l’insécurité centrafricaine en source de profits, d’autres acteurs internationaux comme l’Union européenne tentent d’orienter leurs ressources vers les besoins les plus urgents des Centrafricains.

L’Union européenne, premier partenaire de la Centrafrique

L’Union européenne assume la plus grande partie de l’aide humanitaire délivrée à la Centrafrique, avec un engagement financier croissant.

En 2022, l’UE a alloué 17 millions d’euros à la Centrafrique en aide humanitaire directe, dans le cadre d’une enveloppe régionale de 175 millions pour l’Afrique de l’Ouest et centrale[1].

En 2023, cette dotation est passée à 20,5 millions d’euros pour le seul pays[2].

En avril 2026, l’UE a annoncé 22 millions d’euros supplémentaires, ciblant l’aide alimentaire, la santé, la nutrition, l’éducation en urgence et la protection des civils, quand 2,3 millions de personnes restaient toujours dans le besoin[3].

Dès 2016, lors d’une conférence à Bruxelles, 80 pays et organisations avaient promis 2,06 milliards d’euros sur quatre ans en faveur du Plan national global de redressement et de consolidation de la paix des autorités, dont plus de 700 millions d’euros de l’UE seule[4].

Sur la période 2019-2023, la Centrafrique a reçu au total 286,4 millions de dollars d’aide publique au développement[5], dont l’UE et ses États membres constituent le socle solide. C’est cet argent qui finance les cliniques de brousse, les distributions alimentaires, les abris pour déplacés.

Aide alimentaire, santé, protection des civils… ou extraction et pillage des ressources. La Centrafrique illustre une réalité inquiétante : tous les partenaires étrangers ne se valent pas et ne poursuivent pas les mêmes objectifs

 

Sources :

[1] : https://www.acaps.org/en/countries/car

[2] : https://civil-protection-humanitarian-aid.ec.europa.eu/where/africa/central-african-republic_en

[3] : « Les opérations minières du groupe Wagner en République centrafricaine aident la Russie à contourner les sanctions. » Africa Defense Forum Magazine, 2 mai 2023. https://adf-magazine.com/2023/05/wagner-groups-car-mining-operations-help-russia-evade-sanctions/

[4] : Federica Saini Fasanotti, 8 février 2022. « Le groupe Wagner russe en Afrique : influence, concessions commerciales, violations des droits humains et échec de la lutte contre l’insurrection. » Brookings Institution. https://www.brookings.edu/articles/russias-wagner-group-in-africa-influence-commercial-concessions-rights-violations-and-counterinsurgency-failure/

[5] : « Un envoyé russe affirme que 1 890 « instructeurs » russes se trouvent en République centrafricaine. » Al Jazeera, 3 février 2023. https://www.aljazeera.com/amp/news/2023/2/3/russian-envoy-says-1890-russian-instructors-in-central-african-republic-ria

[6] : https://adf-magazine.com/2023/05/wagner-groups-car-mining-operations-help-russia-evade-sanctions/

[7] : Debora Patta et Sarah Carter, 16 mai 2023. « Comment le groupe Wagner russe finance son rôle dans la guerre menée par Poutine en Ukraine en pillant les ressources de l’Afrique. » CBS News. https://www.cbsnews.com/news/russia-wagner-group-ukraine-war-putin-prigozhin-africa-plundering-resources/

[8] : Sarah Shoer, 11 octobre 2024. « Pouvoir d’influence et minéraux précieux : l’empreinte croissante de la Russie en Afrique par le biais du groupe Wagner. » Inter Populum. https://interpopulum.org/proxy-power-and-precious-minerals-russias-growing-footprint-in-africa-through-the-wagner-group-a-case-study-of-the-central-african-republic-and-mali/

[9] : https://home.treasury.gov/news/press-releases/jy1581

[10] : https://2021-2025.state.gov/the-wagner-groups-atrocities-in-africa-lies-and-truth/

[11] : « Or et arbalètes : comment les mercenaires russes facilitent les activités illégales en Afrique ». Transparency International, 3 juillet 2025. https://ti-russia.org/en/2025/07/03/gold-and-crossbows-how-russian-mercenaries-enable-dirty-business-in-africa/

[12] : https://www.hrw.org/world-report/2025/country-chapters/central-african-republic

[13] : https://reliefweb.int/report/nigeria/eu-announces-175-million-eu-humanitarian-aid-west-and-central-africa

[14] : https://reliefweb.int/report/mali/west-and-central-africa-eu-allocates-eu1815-million-humanitarian-aid-2023

[15] : « L’UE annonce une aide humanitaire de 235 millions d’euros pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. » Commission européenne, Direction générale de la protection civile européenne et des opérations d’aide humanitaire (ECHO), 22 avril 2026. https://civil-protection-humanitarian-aid.ec.europa.eu/news-stories/news/eu-announces-eu235-million-humanitarian-aid-west-and-central-africa-2026-04-22_en

[16] : https://reliefweb.int/report/central-african-republic/206-billion-support-central-african-republic-brussels-conference

[17] : Alecsondra Kieren Si, 5 novembre 2025. « Quel est le montant de l’aide destinée à l’Afrique centrale ? » Devex. https://www.devex.com/news/how-much-aid-goes-to-central-africa-111133

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