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​​Qui gouverne le Sénégal ?

​​Qui gouverne le Sénégal ?. Article écrit par Éric Topona. Publié le 19 mars 2026à 15h11

⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes

"Le pouvoir ne se partage pas !" Cet adage venu du fond des âges est de ceux que les faits ne démentent jamais, sous tous les cieux et de tous temps.​ L'éditorial d'Éric Topona. ​L’architecture actuelle du pouvoir d’​État au Sénégal et l’opposition frontale entre les deux figures de l’exécutif​ gagne chaque jour en intensité dramatique. Tant et si bien que le pays tout entier retient son souffle et l’opinion internationale aussi. Ce conflit d’autorité et de pouvoir suscite d’autant plus d’attention et d’inquiétude​ que  la campagne électorale victorieuse ​a conduit le duo Sonko-Diomaye tout droit du bagne de Rebeuss aux plus hautes marches du pouvoir​. C’était au terme d’un combat politique épique contre le chef de l’​État sortant, Macky Sall – un animal politique ​r​edouté. Cette prouesse est sans précédent en Afrique, voire dans l’histoire politique moderne. ​L’accession triomphale au pouvoir suprême​ de ce duo a été d’autant plus saluée par des millions de Sénégalais, y compris par certains de leurs adversaires politiques, que Bassirou Diomaye Faye ​et Ousmane Sonko n’avaient guère exercé de fonctions ​ politiques par le passé. L’un comme l’autre ont donné de leur personne, sacrifié leurs carrières et même leurs familles au nom d’idéaux républicains et pour l’avènement d’un Sénégal ​nouveau. Jeunes, ils sont à l’image d’une Afrique en profonde mutation dont la jeunesse constitue la composante démographique majoritaire et le fer-de-lance. Tout était trop beau pour espérer voir ce binôme gagnant à la tête du Sénégal prouver à la jeunesse de leur pays comme à celle de l’Afrique tout entière ​q​u’une Afrique conquérante et performante est possible. Mais l’exercice du pouvoir suprême a ses réalités qui échappent à l’entendement et aux discernements les plus perspicaces. ​L’observation​ de la scénographie de l’exercice du pouvoir, dans les premiers jours qui ont suivi l’entrée en fonction des deux hommes, était annonciatrice du drame politique dont le Sénégal est actuellement le théâtre. Il n’aura échappé à personne que, dans la quasi-totalité des déplacements importants, les deux têtes de l’exécutif s’y rendaient ensemble. Même parfois à l’étranger, à l’exemple de leur premier déplacement en Côte d’Ivoire à la rencontre d’Alassane Ouattara​, fin mai 2025. Or, il s’agit là d’une mission de souveraineté qui relève des prérogatives exclusives du chef de l’​État. Certains y ont vu la preuve d’une symbiose, d’une entente cordiale au sommet de l’exécutif, alors que d’autres n’ont pas tardé à souligner qu’il s’agit d’une dyarchie de fait, qui ne pourrait pas perdurer ; et l’avenir leur donne aujourd’hui raison. Ce conflit d’autorité, qui aura débuté par des querelles à fleurets mouchetés entre leurs partisans respectifs, s’est mué aujourd’hui en confrontation ouverte entre le chef de l’État et son ​Premier ministre. Quelle en sera l’issue ? L’histoire nous enseigne qu’elle n’a jamais été pacifique. ​Primo: leur pays, le Sénégal, a connu une bataille de pouvoir similaire sur fond de divergence idéologique entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, laquelle s’est soldée au désavantage de ce dernier, qui connaîtra la déchéance et le cachot. ​ ​Deuxio​: en  terre sénégalaise est inhumé Ahmadou Ahidjo, le premier ​président de la République du Cameroun, condamné à mort par contumace par la justice ​d​e son pays, le 28 février 1984​ pour tentative de coup d’État contre son successeur constitutionnel, Paul Biya, à qui il avait pourtant cédé, à la surprise générale, les rênes du pouvoir en 1982. ​ Il était accusé de complot contre la sécurité de l’État, un an et demi seulement après avoir démissionné​ volontairement ​d​e ses fonctions. ​T​ertio: au Burkina Faso, dans une conjoncture bien plus tragique et singulièrement sanglante, toute l’Afrique garde en mémoire le dénouement de la divergence idéologique, en 1987, entre Blaise Compaoré et son « frère jumeau », Thomas Sankara. Ce fut aussi la fin d’une expérience révolutionnaire unique en Afrique, conduite par des hommes politiques tout aussi jeunes qu’Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye. ​Quarto ​: dans la Côte d’Ivoire actuelle, le divorce politique entre l’actuel chef de l’​État, Alassane​ Dramane Ouattara, et celui qui passait alors pour son dauphin, ​Guillaume Kigbafori Soro, s’est dénoué par le bannissement et l’exil de ce dernier​. Il a été condamné à la prison à perpétuité le 23 juin 2021 par le tribun​al criminel d’Abidjan pour « atteinte à la sûreté de l’État » et complot de tentative de coup d’État en décembre 2019. Cette peine inclut la confiscation de ses biens et la dissolution de son mouvement, Générations et peuples solidaires (GPS). Qu’en sera-t-il de la crise politique actuelle au sommet de l’​État sénégalais ? Elle est d’abord le fait des hommes, donc égotique. ​À défaut d’un apaisement concerté entre les deux têtes de l’exécutif, il faudra que l’un des deux s’engage dans une telle démarche, avant u​n possible naufrage collectif que nul ne souhaite au Sénégal. Il est encore temps.​.

⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes

« Le pouvoir ne se partage pas ! » Cet adage venu du fond des âges est de ceux que les faits ne démentent jamais, sous tous les cieux et de tous temps.​ L’éditorial d’Éric Topona

​L’architecture actuelle du pouvoir d’​État au Sénégal et l’opposition frontale entre les deux figures de l’exécutif​ gagne chaque jour en intensité dramatique. Tant et si bien que le pays tout entier retient son souffle et l’opinion internationale aussi.

Ce conflit d’autorité et de pouvoir suscite d’autant plus d’attention et d’inquiétude​ que  la campagne électorale victorieuse ​a conduit le duo Sonko-Diomaye tout droit du bagne de Rebeuss aux plus hautes marches du pouvoir​. C’était au terme d’un combat politique épique contre le chef de l’​État sortant, Macky Sall – un animal politique ​r​edouté. Cette prouesse est sans précédent en Afrique, voire dans l’histoire politique moderne.

​L’accession triomphale au pouvoir suprême​ de ce duo a été d’autant plus saluée par des millions de Sénégalais, y compris par certains de leurs adversaires politiques, que Bassirou Diomaye Faye ​et Ousmane Sonko n’avaient guère exercé de fonctions ​ politiques par le passé. L’un comme l’autre ont donné de leur personne, sacrifié leurs carrières et même leurs familles au nom d’idéaux républicains et pour l’avènement d’un Sénégal ​nouveau.

Jeunes, ils sont à l’image d’une Afrique en profonde mutation dont la jeunesse constitue la composante démographique majoritaire et le fer-de-lance.

Tout était trop beau pour espérer voir ce binôme gagnant à la tête du Sénégal prouver à la jeunesse de leur pays comme à celle de l’Afrique tout entière ​q​u’une Afrique conquérante et performante est possible. Mais l’exercice du pouvoir suprême a ses réalités qui échappent à l’entendement et aux discernements les plus perspicaces.

​L’observation​ de la scénographie de l’exercice du pouvoir, dans les premiers jours qui ont suivi l’entrée en fonction des deux hommes, était annonciatrice du drame politique dont le Sénégal est actuellement le théâtre. Il n’aura échappé à personne que, dans la quasi-totalité des déplacements importants, les deux têtes de l’exécutif s’y rendaient ensemble. Même parfois à l’étranger, à l’exemple de leur premier déplacement en Côte d’Ivoire à la rencontre d’Alassane Ouattara​, fin mai 2025. Or, il s’agit là d’une mission de souveraineté qui relève des prérogatives exclusives du chef de l’​État. Certains y ont vu la preuve d’une symbiose, d’une entente cordiale au sommet de l’exécutif, alors que d’autres n’ont pas tardé à souligner qu’il s’agit d’une dyarchie de fait, qui ne pourrait pas perdurer ; et l’avenir leur donne aujourd’hui raison.

Ce conflit d’autorité, qui aura débuté par des querelles à fleurets mouchetés entre leurs partisans respectifs, s’est mué aujourd’hui en confrontation ouverte entre le chef de l’État et son ​Premier ministre.

Quelle en sera l’issue ? L’histoire nous enseigne qu’elle n’a jamais été pacifique.

​Primo: leur pays, le Sénégal, a connu une bataille de pouvoir similaire sur fond de divergence idéologique entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia, laquelle s’est soldée au désavantage de ce dernier, qui connaîtra la déchéance et le cachot. ​

​Deuxio​: en  terre sénégalaise est inhumé Ahmadou Ahidjo, le premier ​président de la République du Cameroun, condamné à mort par contumace par la justice ​d​e son pays, le 28 février 1984​ pour tentative de coup d’État contre son successeur constitutionnel, Paul Biya, à qui il avait pourtant cédé, à la surprise générale, les rênes du pouvoir en 1982. ​ Il était accusé de complot contre la sécurité de l’État, un an et demi seulement après avoir démissionné​ volontairement ​d​e ses fonctions.

​T​ertio: au Burkina Faso, dans une conjoncture bien plus tragique et singulièrement sanglante, toute l’Afrique garde en mémoire le dénouement de la divergence idéologique, en 1987, entre Blaise Compaoré et son « frère jumeau », Thomas Sankara. Ce fut aussi la fin d’une expérience révolutionnaire unique en Afrique, conduite par des hommes politiques tout aussi jeunes qu’Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye.

​Quarto ​: dans la Côte d’Ivoire actuelle, le divorce politique entre l’actuel chef de l’​État, Alassane​ Dramane Ouattara, et celui qui passait alors pour son dauphin, ​Guillaume Kigbafori Soro, s’est dénoué par le bannissement et l’exil de ce dernier​. Il a été condamné à la prison à perpétuité le 23 juin 2021 par le tribun​al criminel d’Abidjan pour « atteinte à la sûreté de l’État » et complot de tentative de coup d’État en décembre 2019. Cette peine inclut la confiscation de ses biens et la dissolution de son mouvement, Générations et peuples solidaires (GPS).

Qu’en sera-t-il de la crise politique actuelle au sommet de l’​État sénégalais ?

Elle est d’abord le fait des hommes, donc égotique. ​À défaut d’un apaisement concerté entre les deux têtes de l’exécutif, il faudra que l’un des deux s’engage dans une telle démarche, avant u​n possible naufrage collectif que nul ne souhaite au Sénégal.

Il est encore temps.​

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