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Le procès de l’ancien chef rebelle centrafricain Abdoulaye Miskine et de ses coaccusés est entré, ce vendredi 4 septembre 2026, dans une phase particulièrement tendue. Après trois jours de suspension, la première chambre de la cour criminelle a repris ses audiences à 10 h 09, heure de N'Djamena (Tchad). Au menu : exceptions de procédure, débats houleux entre avocats et plaidoiries des parties civiles. Une bataille judiciaire où chaque camp tente de faire vaciller l’argumentaire de l’autre.. Dès l’ouverture de cette quatrième journée, la défense a donné le ton. Les avocats d’Abdoulaye Miskine et de ses coaccusés ont multiplié les exceptions, contestant notamment la compétence de la juridiction tchadienne pour connaître de faits qui auraient été commis en dehors du territoire national. Pour les conseils de la défense, la question de la compétence territoriale constitue un préalable incontournable. Ils estiment que la justice tchadienne ne saurait se prononcer sur des faits dont le théâtre principal se situerait hors des frontières du Tchad. Autrement dit, avant de discuter de la culpabilité ou de l’innocence des accusés, encore faut-il, selon eux, établir que les juges saisis sont juridiquement habilités à connaître de l’affaire. La défense est allée plus loin en mettant en doute la capacité objective de la juridiction à statuer sur un dossier aussi complexe. Textes de loi à l’appui, les avocats ont soutenu que certains éléments du dossier nécessitent une maîtrise de cadres juridiques et factuels qui, selon eux, ne seraient pas suffisamment établis devant la juridiction saisie. La partie civile sommée de clarifier son mandat L’offensive de la défense ne s’est toutefois pas limitée à la compétence de la cour. Les conseils ont également demandé à la partie civile de clarifier sa qualité et ses intérêts dans cette procédure. Ils ont exigé que celle-ci précise clairement si elle intervient au nom de CASIDO ou au nom de l’État tchadien avant de poursuivre ses interventions. Une demande qui a rapidement transformé l’audience en véritable bras de fer entre les différents protagonistes. Pendant plusieurs heures, les échanges entre les avocats de la défense et ceux de la partie civile ont été particulièrement vifs. Les objections, répliques et contre-répliques se sont succédé, donnant à cette quatrième journée des allures de duel judiciaire. La tension était telle que les débats ont largement porté sur des questions préalables, retardant l’examen de fond des accusations. Face à cette confrontation, le président de la cour a finalement tranché : la parole a été accordée aux avocats des parties civiles pour qu’ils présentent leurs plaidoiries. CASIDO au nom des victimes À la barre, les avocats des parties civiles ont commencé par lever l’ambiguïté soulevée par la défense. Ils ont officialisé leur mandat et expliqué intervenir par l’intermédiaire de CASIDO, afin de représenter les victimes, notamment celles originaires du département concerné par les faits évoqués devant la cour. Les conseils ont ensuite remonté le fil de la procédure judiciaire. Selon leur rappel, l’affaire trouve notamment son origine dans des plaintes déposées en 2020 à Sarh contre Abdoulaye Miskine et plusieurs de ses hommes. Ces plaintes avaient conduit à l’arrestation des personnes aujourd’hui poursuivies. Pour la partie civile, cette procédure ne relève donc ni d’une initiative improvisée ni d’un contentieux apparu récemment. Elle serait l’aboutissement d’une démarche engagée par des victimes réclamant justice pour des faits qu’elles considèrent comme particulièrement graves. Les avocats ont alors détaillé les violations qu’ils imputent aux éléments dirigés par Abdoulaye Miskine entre 2002 et 2003. Leur démonstration vise à établir que les actes reprochés ne peuvent être considérés comme de simples opérations militaires ou comme les conséquences ordinaires d’un conflit armé. La thèse de la « mission officielle » rejetée L’un des points de friction majeurs concerne la version défendue par Abdoulaye Miskine sur le contexte dans lequel les faits auraient été commis. L’accusé aurait notamment invoqué une mission officielle menée sous la présidence de l’ancien chef de l’État centrafricain François Bozizé. Une justification catégoriquement rejetée par les représentants des victimes. Pour la partie civile, cette présentation ne saurait servir de couverture juridique aux exactions dénoncées. Les avocats soutiennent, au contraire, que les opérations en question relevaient d’une entreprise officieuse destinée à commettre des violences de masse. Derrière cette opposition se trouve une question fondamentale : peut-on invoquer une mission ou une autorité politique pour exonérer de leur responsabilité pénale les auteurs présumés de crimes graves ? Pour les parties civiles, la réponse est clairement négative. La compétence tchadienne au cœur du bras de fer La bataille s’est également déplacée sur le terrain du droit international. Les avocats des victimes ont défendu la compétence de la justice tchadienne en s’appuyant notamment sur les dispositions nationales relatives aux crimes contre l’humanité. Ils ont cité les articles 292 et 295 du Code pénal, invoqués pour soutenir leur argumentation sur la qualification des faits et les peines encourues. Mais la partie civile a surtout brandi un élément qu’elle considère comme particulièrement embarrassant pour la défense : les propres déclarations d’Abdoulaye Miskine au cours de ses dépositions. Selon les avocats des victimes, l’ancien chef rebelle aurait lui-même déclaré souhaiter être jugé par une juridiction tchadienne. Une déclaration que la partie civile utilise aujourd’hui pour contester la demande de la défense tendant à écarter la compétence des juridictions tchadiennes au profit de la justice centrafricaine. Pour les plaignants, difficile de soutenir aujourd’hui que la justice tchadienne est incompétente tout en ayant précédemment demandé à être jugé par cette même justice. Cet argument constitue, à leurs yeux, l’un des principaux points faibles des exceptions soulevées par la défense. La CPI s’invite dans les débats Autre sujet sensible : l’éventualité d’une intervention de la Cour pénale internationale (CPI). Les avocats des parties civiles ont averti que si la justice tchadienne devait se déclarer incompétente, la question d’une éventuelle saisine de la juridiction internationale pourrait être posée. Une perspective toutefois entourée de nombreuses interrogations, notamment en raison du retrait formel du Tchad du Statut de Rome. Les conseils des victimes ont également rappelé qu’Abdoulaye Miskine aurait lui-même soutenu par le passé que la CPI ne pouvait pas se saisir de faits qui lui étaient reprochés. Là encore, la partie civile cherche à mettre en évidence ce qu’elle considère comme des contradictions dans les positions successives de l’accusé et de sa défense. Le recours au droit international dans les plaidoiries montre surtout que le procès dépasse désormais le simple cadre d’un contentieux pénal classique. Derrière les exceptions de compétence se joue une question beaucoup plus large : celle de la capacité d’une juridiction nationale à juger des faits présentant une dimension transfrontalière et impliquant des accusations de crimes particulièrement graves. Une bataille judiciaire loin d’être terminée Après plusieurs heures de débats tendus, la partie civile a donc tenté de démonter, point par point, les exceptions soulevées par les avocats de la défense. Elle maintient que la juridiction tchadienne dispose des bases légales nécessaires pour connaître de l’affaire et que les victimes ont qualité pour participer à la procédure. La défense, de son côté, n’a pas encore livré sa dernière salve. Ses plaidoiries sont attendues et pourraient donner lieu à une nouvelle confrontation sur les mêmes questions : compétence de la cour, qualification juridique des faits, portée des textes invoqués et responsabilité des accusés. Une chose est désormais certaine : à ce stade du procès, les positions sont diamétralement opposées. D’un côté, la défense cherche à faire tomber la procédure avant même que la cour ne tranche le fond. De l’autre côté, les parties civiles veulent maintenir le dossier devant les juges tchadiens et obtenir que les accusations soient examinées jusqu’au bout. Le procès d’Abdoulaye Miskine se joue donc désormais autant sur le terrain des faits que sur celui du droit. Et dans cette bataille d’exceptions et de plaidoiries, chaque article de loi devient une arme, chaque déclaration antérieure un projectile et chaque hésitation procédurale une brèche à exploiter. La prochaine étape s’annonce décisive avec les plaidoiries de la défense, qui devront répondre aux arguments développés par les représentants des victimes et tenter de convaincre la cour de faire droit à leurs exceptions..⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes
Dès l’ouverture de cette quatrième journée, la défense a donné le ton. Les avocats d’Abdoulaye Miskine et de ses coaccusés ont multiplié les exceptions, contestant notamment la compétence de la juridiction tchadienne pour connaître de faits qui auraient été commis en dehors du territoire national.
Pour les conseils de la défense, la question de la compétence territoriale constitue un préalable incontournable. Ils estiment que la justice tchadienne ne saurait se prononcer sur des faits dont le théâtre principal se situerait hors des frontières du Tchad. Autrement dit, avant de discuter de la culpabilité ou de l’innocence des accusés, encore faut-il, selon eux, établir que les juges saisis sont juridiquement habilités à connaître de l’affaire.
La défense est allée plus loin en mettant en doute la capacité objective de la juridiction à statuer sur un dossier aussi complexe. Textes de loi à l’appui, les avocats ont soutenu que certains éléments du dossier nécessitent une maîtrise de cadres juridiques et factuels qui, selon eux, ne seraient pas suffisamment établis devant la juridiction saisie.
La partie civile sommée de clarifier son mandat
L’offensive de la défense ne s’est toutefois pas limitée à la compétence de la cour. Les conseils ont également demandé à la partie civile de clarifier sa qualité et ses intérêts dans cette procédure.
Ils ont exigé que celle-ci précise clairement si elle intervient au nom de CASIDO ou au nom de l’État tchadien avant de poursuivre ses interventions. Une demande qui a rapidement transformé l’audience en véritable bras de fer entre les différents protagonistes.
Pendant plusieurs heures, les échanges entre les avocats de la défense et ceux de la partie civile ont été particulièrement vifs. Les objections, répliques et contre-répliques se sont succédé, donnant à cette quatrième journée des allures de duel judiciaire. La tension était telle que les débats ont largement porté sur des questions préalables, retardant l’examen de fond des accusations.
Face à cette confrontation, le président de la cour a finalement tranché : la parole a été accordée aux avocats des parties civiles pour qu’ils présentent leurs plaidoiries.
À la barre, les avocats des parties civiles ont commencé par lever l’ambiguïté soulevée par la défense. Ils ont officialisé leur mandat et expliqué intervenir par l’intermédiaire de CASIDO, afin de représenter les victimes, notamment celles originaires du département concerné par les faits évoqués devant la cour.
Les conseils ont ensuite remonté le fil de la procédure judiciaire. Selon leur rappel, l’affaire trouve notamment son origine dans des plaintes déposées en 2020 à Sarh contre Abdoulaye Miskine et plusieurs de ses hommes. Ces plaintes avaient conduit à l’arrestation des personnes aujourd’hui poursuivies.
Pour la partie civile, cette procédure ne relève donc ni d’une initiative improvisée ni d’un contentieux apparu récemment. Elle serait l’aboutissement d’une démarche engagée par des victimes réclamant justice pour des faits qu’elles considèrent comme particulièrement graves.
Les avocats ont alors détaillé les violations qu’ils imputent aux éléments dirigés par Abdoulaye Miskine entre 2002 et 2003. Leur démonstration vise à établir que les actes reprochés ne peuvent être considérés comme de simples opérations militaires ou comme les conséquences ordinaires d’un conflit armé.
L’un des points de friction majeurs concerne la version défendue par Abdoulaye Miskine sur le contexte dans lequel les faits auraient été commis.
L’accusé aurait notamment invoqué une mission officielle menée sous la présidence de l’ancien chef de l’État centrafricain François Bozizé. Une justification catégoriquement rejetée par les représentants des victimes.
Pour la partie civile, cette présentation ne saurait servir de couverture juridique aux exactions dénoncées. Les avocats soutiennent, au contraire, que les opérations en question relevaient d’une entreprise officieuse destinée à commettre des violences de masse.
Derrière cette opposition se trouve une question fondamentale : peut-on invoquer une mission ou une autorité politique pour exonérer de leur responsabilité pénale les auteurs présumés de crimes graves ? Pour les parties civiles, la réponse est clairement négative.
La bataille s’est également déplacée sur le terrain du droit international. Les avocats des victimes ont défendu la compétence de la justice tchadienne en s’appuyant notamment sur les dispositions nationales relatives aux crimes contre l’humanité.
Ils ont cité les articles 292 et 295 du Code pénal, invoqués pour soutenir leur argumentation sur la qualification des faits et les peines encourues.
Mais la partie civile a surtout brandi un élément qu’elle considère comme particulièrement embarrassant pour la défense : les propres déclarations d’Abdoulaye Miskine au cours de ses dépositions.
Selon les avocats des victimes, l’ancien chef rebelle aurait lui-même déclaré souhaiter être jugé par une juridiction tchadienne. Une déclaration que la partie civile utilise aujourd’hui pour contester la demande de la défense tendant à écarter la compétence des juridictions tchadiennes au profit de la justice centrafricaine.
Pour les plaignants, difficile de soutenir aujourd’hui que la justice tchadienne est incompétente tout en ayant précédemment demandé à être jugé par cette même justice. Cet argument constitue, à leurs yeux, l’un des principaux points faibles des exceptions soulevées par la défense.
Autre sujet sensible : l’éventualité d’une intervention de la Cour pénale internationale (CPI).
Les avocats des parties civiles ont averti que si la justice tchadienne devait se déclarer incompétente, la question d’une éventuelle saisine de la juridiction internationale pourrait être posée. Une perspective toutefois entourée de nombreuses interrogations, notamment en raison du retrait formel du Tchad du Statut de Rome.
Les conseils des victimes ont également rappelé qu’Abdoulaye Miskine aurait lui-même soutenu par le passé que la CPI ne pouvait pas se saisir de faits qui lui étaient reprochés. Là encore, la partie civile cherche à mettre en évidence ce qu’elle considère comme des contradictions dans les positions successives de l’accusé et de sa défense.
Le recours au droit international dans les plaidoiries montre surtout que le procès dépasse désormais le simple cadre d’un contentieux pénal classique. Derrière les exceptions de compétence se joue une question beaucoup plus large : celle de la capacité d’une juridiction nationale à juger des faits présentant une dimension transfrontalière et impliquant des accusations de crimes particulièrement graves.
Après plusieurs heures de débats tendus, la partie civile a donc tenté de démonter, point par point, les exceptions soulevées par les avocats de la défense. Elle maintient que la juridiction tchadienne dispose des bases légales nécessaires pour connaître de l’affaire et que les victimes ont qualité pour participer à la procédure.
La défense, de son côté, n’a pas encore livré sa dernière salve. Ses plaidoiries sont attendues et pourraient donner lieu à une nouvelle confrontation sur les mêmes questions : compétence de la cour, qualification juridique des faits, portée des textes invoqués et responsabilité des accusés.
Une chose est désormais certaine : à ce stade du procès, les positions sont diamétralement opposées. D’un côté, la défense cherche à faire tomber la procédure avant même que la cour ne tranche le fond. De l’autre côté, les parties civiles veulent maintenir le dossier devant les juges tchadiens et obtenir que les accusations soient examinées jusqu’au bout.
Le procès d’Abdoulaye Miskine se joue donc désormais autant sur le terrain des faits que sur celui du droit. Et dans cette bataille d’exceptions et de plaidoiries, chaque article de loi devient une arme, chaque déclaration antérieure un projectile et chaque hésitation procédurale une brèche à exploiter.
La prochaine étape s’annonce décisive avec les plaidoiries de la défense, qui devront répondre aux arguments développés par les représentants des victimes et tenter de convaincre la cour de faire droit à leurs exceptions.
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