⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
L’Afrique du Sud réclame 16 millions d’euros pour le rapatriement de migrants, tandis qu’Accra et Abuja exigent des réparations pour les préjudices subis par leurs ressortissants.. La demande de Pretoria se heurte à une vive contestation de la part du Nigeria et du Ghana, qui refusent d’assumer cette facture et réclament, à leur tour, des compensations pour les préjudices humains et matériels qu’auraient subis leurs ressortissants lors des opérations de contrôle, des expulsions et des épisodes de violences xénophobes. Le climat diplomatique en Afrique connaît une nouvelle montée de tension autour de la question migratoire. Au cœur du bras de fer : une facture de 16 millions d’euros, que l’Afrique du Sud entend faire supporter aux pays d’origine pour couvrir les frais liés à l’expulsion et au rapatriement de milliers de migrants en situation irrégulière. Une facture de 16 millions d’euros qui fait polémique Pour les autorités sud-africaines, la question relève d’abord de la responsabilité financière des États. Face à une pression croissante sur les services publics, à un chômage élevé et à l’augmentation du nombre de migrants en situation irrégulière, Pretoria a renforcé les opérations de contrôle, d’arrestation et de reconduite à la frontière. Les autorités mettent notamment en avant les dépenses liées à la détention des migrants, à leur transport, aux procédures administratives, aux contrôles biométriques ainsi qu’aux opérations de rapatriement. La facture avancée, évaluée à 16 millions d’euros, représente selon Pretoria le coût cumulé de ces opérations. Le gouvernement sud-africain estime que les États d’origine ne peuvent se soustraire indéfiniment à leur responsabilité lorsque leurs ressortissants se trouvent en situation irrégulière sur le territoire sud-africain. Derrière cette logique comptable se dessine cependant une question beaucoup plus sensible : jusqu’où peut aller la responsabilité d’un État lorsqu’il expulse des ressortissants étrangers, et qui doit répondre des éventuels abus commis au cours de ces opérations ? Quand la facture financière rencontre celle du sang C’est précisément sur ce terrain que le Nigeria et le Ghana entendent porter la riposte. Les gouvernements ouest-africains dénoncent des violences, des destructions de biens, des arrestations contestées ainsi que des traitements jugés incompatibles avec les droits fondamentaux de leurs ressortissants. Pour Abuja et Accra, le débat ne peut donc pas être réduit au coût des billets d’avion, de la détention ou du transport des personnes expulsées. Les États doivent également répondre des préjudices causés à leurs citoyens lorsqu’ils se trouvent sous leur juridiction. Afrique du Sud, réclamation de 16 millions d’euros. Frais de détention, transport, procédures et rapatriements. Le Nigeria demande des compensations. Pertes humaines, violences, pillages et destructions de commerces, et le Ghana de son côté aussi demande des réparations, violations présumées des droits humains, expulsions brutales et pertes matérielles de ces ressortissants. Les épisodes de violences xénophobes ayant régulièrement ciblé des ressortissants étrangers en Afrique du Sud ont profondément détérioré les relations entre Pretoria et plusieurs capitales africaines. Les ressortissants nigérians et ghanéens figurent depuis plusieurs années parmi les communautés étrangères particulièrement présentes dans le pays. Certains ont été victimes d’agressions, tandis que des commerces appartenant à des étrangers ont été attaqués ou pillés lors de flambées de violences communautaires. Pour Abuja et Accra, une éventuelle facture adressée aux États d’origine ne saurait être dissociée de cette réalité. Abuja et Accra contre-attaquent La position du Nigeria est particulièrement ferme. Abuja rappelle le poids historique de ses relations avec l’Afrique du Sud et le rôle joué par le Nigeria dans la lutte contre le régime d’apartheid. Pour les autorités nigérianes, la contribution de leurs ressortissants à l’économie sud-africaine ne peut être ignorée, pas plus que les aides humaines et matérielles enregistrées au cours des épisodes de violences visant les étrangers. Les demandes de compensation portent notamment sur trois catégories de préjudices. Premièrement, les pertes humaines. Les familles des ressortissants tués ou blessés lors des violences pourraient réclamer réparation lorsque la responsabilité des autorités est établie. Deuxièmement, les pertes matérielles. Commerces, véhicules, marchandises et autres biens détruits ou pillés constituent un autre volet du contentieux. Troisièmement, les atteintes aux droits fondamentaux. Arrestations arbitraires, mauvais traitements, conditions de détention et éventuelles spoliations font également partie des griefs soulevés. Le Ghana, de son côté, entend défendre ses ressortissants contre ce qu’il considère comme des mesures disproportionnées et des pratiques incompatibles avec les principes de solidarité africaine. Une contradiction qui embarrasse l’intégration africaine Cette confrontation intervient alors que l’Union africaine défend depuis des années une plus grande mobilité des personnes et une intégration accrue du continent. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ambitionne de supprimer progressivement les barrières commerciales entre les États. Mais l’intégration économique ne peut durablement prospérer si la circulation des personnes reste soumise à des tensions diplomatiques permanentes. Le paradoxe est saisissant : l’Afrique veut abolir les frontières économiques tout en continuant à se déchirer sur la circulation de ses propres citoyens. La question migratoire demeure ainsi l’un des points faibles du projet d’intégration continentale. Entre souveraineté nationale, lutte contre l’immigration irrégulière, protection des travailleurs étrangers et respect des droits humains, les États peinent encore à trouver une ligne commune. Le risque d’un précédent diplomatique Au-delà des 16 millions d’euros, c’est donc un précédent qui se joue. Si Pretoria parvient à faire reconnaître le principe selon lequel les États d’origine doivent systématiquement prendre en charge les coûts d’expulsion de leurs ressortissants, d’autres pays pourraient être tentés d’adopter la même approche. À l’inverse, si Abuja et Accra obtiennent des réparations pour les préjudices subis par leurs citoyens, la question de la responsabilité des États dans la protection des migrants étrangers pourrait prendre une nouvelle dimension sur le continent. La médiation diplomatique apparaît dès lors comme la seule voie susceptible d’éviter une escalade. Car derrière les millions d’euros réclamés de part et d’autre, il y a des familles endeuillées, des commerçants ruinés, des migrants expulsés et une question politique essentielle : quelle Afrique veut-on construire lorsque ses propres citoyens deviennent, de part et d’autre des frontières, une facture à payer plutôt que des citoyens à protéger ? Le contentieux entre Pretoria, Abuja et Accra dépasse ainsi largement une simple querelle financière. Il met à l’épreuve la solidarité africaine, la responsabilité des États et la crédibilité du projet d’intégration continentale..⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
La demande de Pretoria se heurte à une vive contestation de la part du Nigeria et du Ghana, qui refusent d’assumer cette facture et réclament, à leur tour, des compensations pour les préjudices humains et matériels qu’auraient subis leurs ressortissants lors des opérations de contrôle, des expulsions et des épisodes de violences xénophobes.
Le climat diplomatique en Afrique connaît une nouvelle montée de tension autour de la question migratoire. Au cœur du bras de fer : une facture de 16 millions d’euros, que l’Afrique du Sud entend faire supporter aux pays d’origine pour couvrir les frais liés à l’expulsion et au rapatriement de milliers de migrants en situation irrégulière.
Pour les autorités sud-africaines, la question relève d’abord de la responsabilité financière des États. Face à une pression croissante sur les services publics, à un chômage élevé et à l’augmentation du nombre de migrants en situation irrégulière, Pretoria a renforcé les opérations de contrôle, d’arrestation et de reconduite à la frontière.
Les autorités mettent notamment en avant les dépenses liées à la détention des migrants, à leur transport, aux procédures administratives, aux contrôles biométriques ainsi qu’aux opérations de rapatriement.
La facture avancée, évaluée à 16 millions d’euros, représente selon Pretoria le coût cumulé de ces opérations. Le gouvernement sud-africain estime que les États d’origine ne peuvent se soustraire indéfiniment à leur responsabilité lorsque leurs ressortissants se trouvent en situation irrégulière sur le territoire sud-africain.
Derrière cette logique comptable se dessine cependant une question beaucoup plus sensible : jusqu’où peut aller la responsabilité d’un État lorsqu’il expulse des ressortissants étrangers, et qui doit répondre des éventuels abus commis au cours de ces opérations ?
C’est précisément sur ce terrain que le Nigeria et le Ghana entendent porter la riposte.
Les gouvernements ouest-africains dénoncent des violences, des destructions de biens, des arrestations contestées ainsi que des traitements jugés incompatibles avec les droits fondamentaux de leurs ressortissants.
Pour Abuja et Accra, le débat ne peut donc pas être réduit au coût des billets d’avion, de la détention ou du transport des personnes expulsées. Les États doivent également répondre des préjudices causés à leurs citoyens lorsqu’ils se trouvent sous leur juridiction.
Afrique du Sud, réclamation de 16 millions d’euros. Frais de détention, transport, procédures et rapatriements.
Le Nigeria demande des compensations. Pertes humaines, violences, pillages et destructions de commerces, et le Ghana de son côté aussi demande des réparations, violations présumées des droits humains, expulsions brutales et pertes matérielles de ces ressortissants.
Les épisodes de violences xénophobes ayant régulièrement ciblé des ressortissants étrangers en Afrique du Sud ont profondément détérioré les relations entre Pretoria et plusieurs capitales africaines.
Les ressortissants nigérians et ghanéens figurent depuis plusieurs années parmi les communautés étrangères particulièrement présentes dans le pays. Certains ont été victimes d’agressions, tandis que des commerces appartenant à des étrangers ont été attaqués ou pillés lors de flambées de violences communautaires.
Pour Abuja et Accra, une éventuelle facture adressée aux États d’origine ne saurait être dissociée de cette réalité.
La position du Nigeria est particulièrement ferme. Abuja rappelle le poids historique de ses relations avec l’Afrique du Sud et le rôle joué par le Nigeria dans la lutte contre le régime d’apartheid.
Pour les autorités nigérianes, la contribution de leurs ressortissants à l’économie sud-africaine ne peut être ignorée, pas plus que les aides humaines et matérielles enregistrées au cours des épisodes de violences visant les étrangers.
Les demandes de compensation portent notamment sur trois catégories de préjudices.
Premièrement, les pertes humaines. Les familles des ressortissants tués ou blessés lors des violences pourraient réclamer réparation lorsque la responsabilité des autorités est établie.
Deuxièmement, les pertes matérielles. Commerces, véhicules, marchandises et autres biens détruits ou pillés constituent un autre volet du contentieux.
Troisièmement, les atteintes aux droits fondamentaux. Arrestations arbitraires, mauvais traitements, conditions de détention et éventuelles spoliations font également partie des griefs soulevés.
Le Ghana, de son côté, entend défendre ses ressortissants contre ce qu’il considère comme des mesures disproportionnées et des pratiques incompatibles avec les principes de solidarité africaine.
Une contradiction qui embarrasse l’intégration africaine
Cette confrontation intervient alors que l’Union africaine défend depuis des années une plus grande mobilité des personnes et une intégration accrue du continent.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ambitionne de supprimer progressivement les barrières commerciales entre les États. Mais l’intégration économique ne peut durablement prospérer si la circulation des personnes reste soumise à des tensions diplomatiques permanentes.
Le paradoxe est saisissant : l’Afrique veut abolir les frontières économiques tout en continuant à se déchirer sur la circulation de ses propres citoyens.
La question migratoire demeure ainsi l’un des points faibles du projet d’intégration continentale. Entre souveraineté nationale, lutte contre l’immigration irrégulière, protection des travailleurs étrangers et respect des droits humains, les États peinent encore à trouver une ligne commune.
Au-delà des 16 millions d’euros, c’est donc un précédent qui se joue.
Si Pretoria parvient à faire reconnaître le principe selon lequel les États d’origine doivent systématiquement prendre en charge les coûts d’expulsion de leurs ressortissants, d’autres pays pourraient être tentés d’adopter la même approche.
À l’inverse, si Abuja et Accra obtiennent des réparations pour les préjudices subis par leurs citoyens, la question de la responsabilité des États dans la protection des migrants étrangers pourrait prendre une nouvelle dimension sur le continent.
La médiation diplomatique apparaît dès lors comme la seule voie susceptible d’éviter une escalade.
Car derrière les millions d’euros réclamés de part et d’autre, il y a des familles endeuillées, des commerçants ruinés, des migrants expulsés et une question politique essentielle : quelle Afrique veut-on construire lorsque ses propres citoyens deviennent, de part et d’autre des frontières, une facture à payer plutôt que des citoyens à protéger ?
Le contentieux entre Pretoria, Abuja et Accra dépasse ainsi largement une simple querelle financière. Il met à l’épreuve la solidarité africaine, la responsabilité des États et la crédibilité du projet d’intégration continentale.
Pour offrir les meilleures expériences, nous et nos partenaires utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations de l’appareil. Le consentement à ces technologies nous permettra, ainsi qu’à nos partenaires, de traiter des données personnelles telles que le comportement de navigation ou des ID uniques sur ce site et afficher des publicités (non-) personnalisées. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut nuire à certaines fonctionnalités et fonctions.
Cliquez ci-dessous pour accepter ce qui précède ou faites des choix détaillés. Vos choix seront appliqués uniquement à ce site. Vous pouvez modifier vos réglages à tout moment, y compris le retrait de votre consentement, en utilisant les boutons de la politique de cookies, ou en cliquant sur l’onglet de gestion du consentement en bas de l’écran.