Le souffle de l'info en un clic

Présidentielle 2025 au Cameroun : les inquiétudes des pays voisins

Présidentielle 2025 au Cameroun : les inquiétudes des pays voisins. Article écrit par Éric Topona. Publié le 1 septembre 2025à 06h00

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

À l'approche de l'élection présidentielle du 12 octobre au Cameroun, les pays voisins dont le Tchad sont inquiets. Une déstabilisation du pays aura des conséquences incalculables pour toute la sous-région et au-delà.. La prochaine élection présidentielle ​du 12 octobre au Cameroun est l’une des plus importantes que connaîtra ce pays depuis son retour au multipartisme à l’aube des années 1990. ​ C’est pourquoi les pays voisins redoutent une éventuelle déflagration et retiennent leur souffle. C​ette élection présidentielle est importante, tout d’abord en raison des fortes possibilités d’alternance qui se profilent, notamment en raison de l’âge très avancé du chef de l’État et candidat sortant, Paul Biya, aujourd’hui âgé de 92 ans. Réélu pour un mandat de 7 ans en ​octobre 2018, son exercice du pouvoir durant la mandature qui s’achève a laissé paraître des signes évidents de diminution de ses capacités physiques, précisément à l’occasion de quelques-unes de ses rares sorties publiques pour assumer les devoirs de représentation inhérents à sa fonction. Délégation de signature S’agissant de la conduite des affaires de l’État, à peine a-t-il été réélu qu’il aura accordé une délégation permanente de signature au secrétaire général de la présidence de la République, ​Ferdinand Ngoh Ngoh, devenu ainsi le numéro deux de l’exécutif qui dispose, ​« sur très haute instruction du chef de l’État », de larges pouvoirs dans tous les domaines de la gestion de l’État. Cet effacement du président sortant a conduit de nombreux acteurs et observateurs politiques, y compris parmi les alliés politiques de longue date de Paul Biya, à conclure que l​e capitaine ne tient plus le navire et que sa candidature à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 est une manœuvre de son très proche entourage pour exercer durant les 7 prochaines années le pouvoir d’État par procuration et sur de prétendues « hautes instructions ». Des alliés de poids prennent leurs distances Des figures politiques de poids, les ministres ​Bello Bouba Maïgari et ​Issa Tchiroma Bakary, originaires du septentrion du Cameroun, ont non seulement remis leur démission du gouvernement, mais se sont déclarés candidats à la prochaine élection présidentielle. Ces deux candidatures, toutes originaires d’une région dont le vote a toujours été décisif dans les victoires antérieures de Paul Biya, sont une mauvaise nouvelle pour le ​ Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC au pouvoir),  en dépit de l’invalidation de la candidature du Pr Maurice Kamto, poids lourds de l’opposition et prétendant sérieux au fauteuil présidentiel. Issue incertaine et… Ce décor rend très incertaine l’issue de cette élection présidentielle. En effet, la dynamique de rapprochement en cours des principales figures de l’opposition camerounaise, si elle se poursuit jusqu’au prochain scrutin, est de nature à compromettre gravement les chances de réélection de Paul Biya. Mais, au-delà même de l’adversité de l’opposition politique actuelle, le parti au pouvoir est traversé par des luttes de clans qui s’affirment au grand jour, tant et si bien que la machine RDPC n’est plus ce grand bloc solide, soudé derrière son chef tutélaire, comme lors des précédents scrutins nationaux. S’ils ne le reconnaissent pas à voix haute, tous pensent à l’après Biya qui se rapproche chaque jour un peu plus et à une forte cadence. « L’homme-lion fait de moins en moins peur à ceux que l’opinion désigne comme ses successeurs putatifs. » La question qui dès lors hante tous les esprits est celle de savoir si cette élection se déroulera dans les conditions de transparence requises et s’il n’y a pas lieu de redouter des risques de troubles, voire de déstabilisation en cas de contestation des résultats. … et craintes des voisins Cette inquiétude ne concerne pas seulement les Camerounais, mais l’Afrique centrale tout entière, notamment le Tchad avec lequel le Cameroun entretient des liens anciens et vitaux​ – la frontière entre le Tchad et le Cameroun est une frontière internationale continue de 1 094 kilomètres​. Considéré comme « l’Afrique en miniature », le Cameroun, du fait de ses façades maritimes, notamment côté atlantique, est la porte d’entrée des importations destinées à la République centrafricaine et au Tchad qui n’ont pas d’accès à la mer. À cet égard, 80 % des importations tchadiennes passent par le port de Douala​. C’est dire que la stabilité intérieure du Cameroun et celle du Tchad sont intrinsèquement liées. Autant le port de Douala est d’une importance vitale pour l’économie camerounaise, autant il l’est pour l’économie du Tchad. Réputée pour être un bastion de l’opposition, la ville de Douala, capitale économique du Cameroun, est toujours scrutée avec une attention particulière par les autorités camerounaises chaque fois que semblent germer les risques de fronde. Des troubles dans cette ​v​ille du Cameroun n’auraient pas seulement des conséquences économiques, mais aussi sociales pour ces deux pays. Sécurisation des frontières Il y a également lieu de se préoccuper de la sécurisation des frontières entre le Cameroun et le Tchad. Ces deux pays font face à des menaces sécuritaires communes, celles des menées déstabilisatrices des terroristes djihadistes de Boko Haram, comme celles plus récentes du ​Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM, son acronyme arabe)​ qui rêvent d’instaurer un califat en Afrique centrale. Ces groupes terroristes ont pour stratégie d’attaque d’établir des bases arrière dans l’un ou l’autre pays. Qu’adviendrait-il pour le Tchad si le Cameroun se retrouvait, à l’issue de cette élection présidentielle, dans une situation de flottement institutionnel, sans autorité véritable sur ce pays d’une extrême complexité ? Ce n’est pas seulement le Tchad qui retient son souffle, mais l’Afrique centrale tout entière dont le Cameroun est le pays pivot en termes de poids économique et démographique. En ce qui concerne le Tchad, les conséquences immédiates qui sont à redouter charrient des enjeux multiples et considérables, qu’il faut espérer voir conjurer dans un ciel politique camerounais qui ne cesse de s’assombrir à l’approche de la présidentielle du 12 octobre 2025.  .

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

À l’approche de l’élection présidentielle du 12 octobre au Cameroun, les pays voisins dont le Tchad sont inquiets. Une déstabilisation du pays aura des conséquences incalculables pour toute la sous-région et au-delà.

La prochaine élection présidentielle ​du 12 octobre au Cameroun est l’une des plus importantes que connaîtra ce pays depuis son retour au multipartisme à l’aube des années 1990. ​ C’est pourquoi les pays voisins redoutent une éventuelle déflagration et retiennent leur souffle.

C​ette élection présidentielle est importante, tout d’abord en raison des fortes possibilités d’alternance qui se profilent, notamment en raison de l’âge très avancé du chef de l’État et candidat sortant, Paul Biya, aujourd’hui âgé de 92 ans. Réélu pour un mandat de 7 ans en ​octobre 2018, son exercice du pouvoir durant la mandature qui s’achève a laissé paraître des signes évidents de diminution de ses capacités physiques, précisément à l’occasion de quelques-unes de ses rares sorties publiques pour assumer les devoirs de représentation inhérents à sa fonction.

Délégation de signature

S’agissant de la conduite des affaires de l’État, à peine a-t-il été réélu qu’il aura accordé une délégation permanente de signature au secrétaire général de la présidence de la République, ​Ferdinand Ngoh Ngoh, devenu ainsi le numéro deux de l’exécutif qui dispose, ​« sur très haute instruction du chef de l’État », de larges pouvoirs dans tous les domaines de la gestion de l’État.

Cet effacement du président sortant a conduit de nombreux acteurs et observateurs politiques, y compris parmi les alliés politiques de longue date de Paul Biya, à conclure que l​e capitaine ne tient plus le navire et que sa candidature à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 est une manœuvre de son très proche entourage pour exercer durant les 7 prochaines années le pouvoir d’État par procuration et sur de prétendues « hautes instructions ».

Des alliés de poids prennent leurs distances

Des figures politiques de poids, les ministres ​Bello Bouba Maïgari et ​Issa Tchiroma Bakary, originaires du septentrion du Cameroun, ont non seulement remis leur démission du gouvernement, mais se sont déclarés candidats à la prochaine élection présidentielle. Ces deux candidatures, toutes originaires d’une région dont le vote a toujours été décisif dans les victoires antérieures de Paul Biya, sont une mauvaise nouvelle pour le ​ Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC au pouvoir),  en dépit de l’invalidation de la candidature du Pr Maurice Kamto, poids lourds de l’opposition et prétendant sérieux au fauteuil présidentiel.

Issue incertaine et…

Ce décor rend très incertaine l’issue de cette élection présidentielle.

En effet, la dynamique de rapprochement en cours des principales figures de l’opposition camerounaise, si elle se poursuit jusqu’au prochain scrutin, est de nature à compromettre gravement les chances de réélection de Paul Biya. Mais, au-delà même de l’adversité de l’opposition politique actuelle, le parti au pouvoir est traversé par des luttes de clans qui s’affirment au grand jour, tant et si bien que la machine RDPC n’est plus ce grand bloc solide, soudé derrière son chef tutélaire, comme lors des précédents scrutins nationaux. S’ils ne le reconnaissent pas à voix haute, tous pensent à l’après Biya qui se rapproche chaque jour un peu plus et à une forte cadence. « L’homme-lion fait de moins en moins peur à ceux que l’opinion désigne comme ses successeurs putatifs. »

La question qui dès lors hante tous les esprits est celle de savoir si cette élection se déroulera dans les conditions de transparence requises et s’il n’y a pas lieu de redouter des risques de troubles, voire de déstabilisation en cas de contestation des résultats.

… et craintes des voisins

Cette inquiétude ne concerne pas seulement les Camerounais, mais l’Afrique centrale tout entière, notamment le Tchad avec lequel le Cameroun entretient des liens anciens et vitaux​ – la frontière entre le Tchad et le Cameroun est une frontière internationale continue de 1 094 kilomètres​.

Considéré comme « l’Afrique en miniature », le Cameroun, du fait de ses façades maritimes, notamment côté atlantique, est la porte d’entrée des importations destinées à la République centrafricaine et au Tchad qui n’ont pas d’accès à la mer.

À cet égard, 80 % des importations tchadiennes passent par le port de Douala​. C’est dire que la stabilité intérieure du Cameroun et celle du Tchad sont intrinsèquement liées. Autant le port de Douala est d’une importance vitale pour l’économie camerounaise, autant il l’est pour l’économie du Tchad.

Réputée pour être un bastion de l’opposition, la ville de Douala, capitale économique du Cameroun, est toujours scrutée avec une attention particulière par les autorités camerounaises chaque fois que semblent germer les risques de fronde. Des troubles dans cette ​v​ille du Cameroun n’auraient pas seulement des conséquences économiques, mais aussi sociales pour ces deux pays.

Sécurisation des frontières

Il y a également lieu de se préoccuper de la sécurisation des frontières entre le Cameroun et le Tchad. Ces deux pays font face à des menaces sécuritaires communes, celles des menées déstabilisatrices des terroristes djihadistes de Boko Haram, comme celles plus récentes du ​Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM, son acronyme arabe)​ qui rêvent d’instaurer un califat en Afrique centrale.

Ces groupes terroristes ont pour stratégie d’attaque d’établir des bases arrière dans l’un ou l’autre pays. Qu’adviendrait-il pour le Tchad si le Cameroun se retrouvait, à l’issue de cette élection présidentielle, dans une situation de flottement institutionnel, sans autorité véritable sur ce pays d’une extrême complexité ?

Ce n’est pas seulement le Tchad qui retient son souffle, mais l’Afrique centrale tout entière dont le Cameroun est le pays pivot en termes de poids économique et démographique. En ce qui concerne le Tchad, les conséquences immédiates qui sont à redouter charrient des enjeux multiples et considérables, qu’il faut espérer voir conjurer dans un ciel politique camerounais qui ne cesse de s’assombrir à l’approche de la présidentielle du 12 octobre 2025.

 

Facebook
Twitter
LinkedIn