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C’est une note fouillée et factuelle de l’Institut français des relations internationales (Ifri), parue le 18 décembre 2025, qui tire la sonnette d’alarme. Tant et si bien que le journaliste Vincent Hugeux, fin connaisseuse de l’Afrique, s’est fendu d’un éditorial indigné le jour suivant sur la chaîne d‘informations en continu LCI. Éric Topona. Elle est intitulée La politique russe de recrutement de combattants et d’ouvrières en Afrique subsaharienne et est signée des chercheurs Thierry Vircoulon (chercheur associé au Centre Afrique de l’Ifri, expert à la Global Initiative Against Transnational Organised Crime) et Ignacio Givone (chercheur spécialiste du Cameroun). Ce n’est pas la première publication concernant ce sujet sur lequel évitent de se pencher les médias les plus influents en Afrique subsaharienne. Pourtant, sur les réseaux sociaux, les cris de détresse de jeunes Africains retenus captifs sur le théâtre de la guerre russo-ukrainienne ou de familles éplorées parce qu’elles sont depuis longtemps sans nouvelles de leur progéniture partie en Russie à la quête d’une vie meilleure sont devenus légion. La plupart des gouvernements de ces migrants ou les acteurs de la société civile qui sont de fervents défenseurs des droits humains se gardent bien de mener des plaidoyers sur cette triste réalité qui suscite pourtant émoi et indignation des Africains sur les réseaux sociaux. Respect de la dignité humaine Dans des combats de longue durée ou aux grands enjeux, la plupart des armées ont recours à des combattants étrangers pour venir en appui à leurs forces armées nationales. Toutefois, dans le monde actuel, ces renforts se font suivant des normes qui ont pour finalité le respect de la dignité humaine. Comme le souligne cette note de l’Institut français des relations internationales (Ifri), il existe une Légion étrangère ukrainienne, constituée sur des bases claires et au sein de laquelle les volontaires s’engagent en parfaite lucidité. Vivier pour une chair à canon Toutefois, ce qui se passe en Russie n’est plus de l’ordre du recrutement, mais de l’enrôlement. L’Afrique subsaharienne est ainsi devenue, pour l’effort de guerre russe en mal de mobilisation de ses propres citoyens, un vivier pour une chair à canon d’Africains et d’ouvrières africaines corvéables à souhait, notamment dans les usines russes de fabrication de drones : « Les autorités ukrainiennes affirmaient, en novembre 2025, qu’elles avaient identifié plus de 1 400 combattants africains du côté russe, originaires de 36 pays différents. Un officiel ukrainien, lors de l’événement Crimea Global en octobre 2025 affirmait qu’il y avait 18 000 combattants étrangers dans les rangs russes », souligne cette note. Le besoin de combattants étrangers est devenu crucial pour l’armée russe, à telle enseigne que Vladimir Poutine, toujours selon l’Ifri citant des textes officiels russes, a signé, le 7 juillet 2025, un « décret autorisant des ressortissants étrangers à servir dans l’armée russe, non seulement pendant l’état d’urgence ou la loi martiale, mais aussi pendant la période de mobilisation » et, le 5 novembre 2025, l’Oukase no 821 qui stipule que « tout homme étranger âgé de 18 à 65 ans devra s’engager dans l’armée pour espérer obtenir un permis de séjour ou une naturalisation en Russie ». Programme trompeur Quel concert d’indignations ne se serait pas fait entendre dans ces mêmes pays d’Afrique subsaharienne, si soucieux dans les discours de la souveraineté des pays africains et du respect de la dignité de leurs ressortissants à l’étranger, si, en Europe, les conditions de régularisation de ressortissants étrangers pour un permis de séjour avaient été conditionnées par un engagement obligatoire dans l’armée ! Et pire… jusqu’à 65 ans ! Aux hommes, il est proposé des salaires mensuels pouvant s’élever jusqu’à 2 500 dollars et, quant aux femmes, recrutées pour la plupart à travers le programme trompeur « Alaguga Start », elles s’engagent pour « un salaire allant de 500 à 1 380 dollars, avec la possibilité d’évoluer dans une carrière et de développer des compétences professionnelles. Il couvre les billets d’avion aller-retour, ainsi que les frais de séjour et l’assurance médicale dans la ZES d’Alabuga. Un brevet confirmant les compétences professionnelles et un certificat de connaissance de la langue russe sont délivrés à la fin du programme ». Mais là où commence le drame et s’enchaînent les désillusions, ces hommes et ces femmes, au départ de leurs pays, ne savent pas, pour la plupart, à quels emplois ils seront destinés. Porte de non-retour Pour les combattants partis à la quête d’un mieux-être en Russie, déplore cette note, les probabilités sont grandes pour qu’ils ne reviennent plus jamais dans leurs familles, encore moins pour s’épanouir en Russie à la fin de ce conflit, à cause des tâches qui leur sont imposées : « Au front, ils sont soumis à des conditions de combat extrêmement difficiles : manque de nourriture, mauvais traitements, absence de permissions, absence de soutien médical et exposition constante à l’artillerie, aux mines et aux drones ukrainiens. Ils servent parfois « d’appâts humains » pour détecter les positions ennemies. Ils ont été déployés dans des zones de combat de haute intensité comme Bakhmout, Zaporijia, Donetsk, où les pertes étaient très élevées. » Déni des droits du travail Les ouvrières ne sont guère soumises à meilleure enseigne. Elles se voient obligées de travailler dans des usines de fabrication de drones, au mépris de leur formation initiale, du contrat qu’elles ont signé et des droits élémentaires du travail tels que codifiés par les conventions internationales auxquelles la Russie est partie prenante. Ces exemples dramatiques de violations des droits humains au service de l’effort de guerre russe ne sont certainement que la partie émergée d’un iceberg encore plus profond. Et ce d’autant plus que, déplore cette note de l’Ifri : « Malgré les disparitions, des plaintes de familles et la médiatisation croissante de ce problème, les gouvernements, à quelques exceptions près, n’ont pas encore véritablement pris des mesures pour prévenir ces recrutements abusifs dont la conclusion aété fatale pour quelques centaines d’Africains. ».⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
Elle est intitulée La politique russe de recrutement de combattants et d’ouvrières en Afrique subsaharienne et est signée des chercheurs Thierry Vircoulon (chercheur associé au Centre Afrique de l’Ifri, expert à la Global Initiative Against Transnational Organised Crime) et Ignacio Givone (chercheur spécialiste du Cameroun).
Ce n’est pas la première publication concernant ce sujet sur lequel évitent de se pencher les médias les plus influents en Afrique subsaharienne. Pourtant, sur les réseaux sociaux, les cris de détresse de jeunes Africains retenus captifs sur le théâtre de la guerre russo-ukrainienne ou de familles éplorées parce qu’elles sont depuis longtemps sans nouvelles de leur progéniture partie en Russie à la quête d’une vie meilleure sont devenus légion. La plupart des gouvernements de ces migrants ou les acteurs de la société civile qui sont de fervents défenseurs des droits humains se gardent bien de mener des plaidoyers sur cette triste réalité qui suscite pourtant émoi et indignation des Africains sur les réseaux sociaux.
Dans des combats de longue durée ou aux grands enjeux, la plupart des armées ont recours à des combattants étrangers pour venir en appui à leurs forces armées nationales. Toutefois, dans le monde actuel, ces renforts se font suivant des normes qui ont pour finalité le respect de la dignité humaine. Comme le souligne cette note de l’Institut français des relations internationales (Ifri), il existe une Légion étrangère ukrainienne, constituée sur des bases claires et au sein de laquelle les volontaires s’engagent en parfaite lucidité.
Toutefois, ce qui se passe en Russie n’est plus de l’ordre du recrutement, mais de l’enrôlement. L’Afrique subsaharienne est ainsi devenue, pour l’effort de guerre russe en mal de mobilisation de ses propres citoyens, un vivier pour une chair à canon d’Africains et d’ouvrières africaines corvéables à souhait, notamment dans les usines russes de fabrication de drones : « Les autorités ukrainiennes affirmaient, en novembre 2025, qu’elles avaient identifié plus de 1 400 combattants africains du côté russe, originaires de 36 pays différents. Un officiel ukrainien, lors de l’événement Crimea Global en octobre 2025 affirmait qu’il y avait 18 000 combattants étrangers dans les rangs russes », souligne cette note.
Le besoin de combattants étrangers est devenu crucial pour l’armée russe, à telle enseigne que Vladimir Poutine, toujours selon l’Ifri citant des textes officiels russes, a signé, le 7 juillet 2025, un « décret autorisant des ressortissants étrangers à servir dans l’armée russe, non seulement pendant l’état d’urgence ou la loi martiale, mais aussi pendant la période de mobilisation » et, le 5 novembre 2025, l’Oukase no 821 qui stipule que « tout homme étranger âgé de 18 à 65 ans devra s’engager dans l’armée pour espérer obtenir un permis de séjour ou une naturalisation en Russie ».
Quel concert d’indignations ne se serait pas fait entendre dans ces mêmes pays d’Afrique subsaharienne, si soucieux dans les discours de la souveraineté des pays africains et du respect de la dignité de leurs ressortissants à l’étranger, si, en Europe, les conditions de régularisation de ressortissants étrangers pour un permis de séjour avaient été conditionnées par un engagement obligatoire dans l’armée ! Et pire… jusqu’à 65 ans !
Aux hommes, il est proposé des salaires mensuels pouvant s’élever jusqu’à 2 500 dollars et, quant aux femmes, recrutées pour la plupart à travers le programme trompeur « Alaguga Start », elles s’engagent pour « un salaire allant de 500 à 1 380 dollars, avec la possibilité d’évoluer dans une carrière et de développer des compétences professionnelles. Il couvre les billets d’avion aller-retour, ainsi que les frais de séjour et l’assurance médicale dans la ZES d’Alabuga. Un brevet confirmant les compétences professionnelles et un certificat de connaissance de la langue russe sont délivrés à la fin du programme ».
Mais là où commence le drame et s’enchaînent les désillusions, ces hommes et ces femmes, au départ de leurs pays, ne savent pas, pour la plupart, à quels emplois ils seront destinés.
Pour les combattants partis à la quête d’un mieux-être en Russie, déplore cette note, les probabilités sont grandes pour qu’ils ne reviennent plus jamais dans leurs familles, encore moins pour s’épanouir en Russie à la fin de ce conflit, à cause des tâches qui leur sont imposées : « Au front, ils sont soumis à des conditions de combat extrêmement difficiles : manque de nourriture, mauvais traitements, absence de permissions, absence de soutien médical et exposition constante à l’artillerie, aux mines et aux drones ukrainiens. Ils servent parfois « d’appâts humains » pour détecter les positions ennemies. Ils ont été déployés dans des zones de combat de haute intensité comme Bakhmout, Zaporijia, Donetsk, où les pertes étaient très élevées. »
Les ouvrières ne sont guère soumises à meilleure enseigne. Elles se voient obligées de travailler dans des usines de fabrication de drones, au mépris de leur formation initiale, du contrat qu’elles ont signé et des droits élémentaires du travail tels que codifiés par les conventions internationales auxquelles la Russie est partie prenante.
Ces exemples dramatiques de violations des droits humains au service de l’effort de guerre russe ne sont certainement que la partie émergée d’un iceberg encore plus profond. Et ce d’autant plus que, déplore cette note de l’Ifri : « Malgré les disparitions, des plaintes de familles et la médiatisation croissante de ce problème, les gouvernements, à quelques exceptions près, n’ont pas encore véritablement pris des mesures pour prévenir ces recrutements abusifs dont la conclusion aété fatale pour quelques centaines d’Africains. »
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