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Les démocrates africains en étaient encore à s’indigner du "vrai-faux coup d’État" en Guinée-Bissau et de l’interruption brutale du processus électoral dans ce pays, que la mise à mort de la démocratie en Afrique – démocratie qui semble décidément avoir de beaux jours devant elle – franchissait une étape nouvelle là où on s’y attendait le moins, au Bénin. Éric Topona.. Alors que l’Afrique se réveille, ce dimanche 7 décembre, les médias internationaux diffusent partout des images de la Société de radio et de télévision du Bénin, où apparaissent des militaires qui annoncent le renversement des institutions légales, notamment la destitution du chef de l’État, Patrice Talon. Ce séisme institutionnel dans le ciel politique africain est tout aussi surprenant que stupéfiant, car Patrice Talon est quasiment arrivé à la fin de son second et dernier mandatconstitutionnel et a clairement annoncé son départ du pouvoir à l’issue de l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Ce qui n’est pas le cas dans certains autres pays où les tentatives de coup d’État – ou des coups de force réussis – ont pris pour prétexte des scrutins violemment contestés. Chapelets d’insatisfactions intenables Comme chez tous les putschistes, ceux de Cotonou ont évoqué tout un chapelet d’insatisfactions, de frustrations à l’origine de leur décision de s’emparer du pouvoir par la force. Chaque démarche de cette nature a toujours ses bonnes raisons. C’est d’ailleurs une constante lorsqu’une dictature ou un autoritarisme se met en place. Ses têtes pensantes ou ses leaders exécutifs présentent toujours à leurs peuples un narratif dans lequel ils s’affirment comme les sauveurs ultimes face à un chaos prétendument imminent. Or, s’il faut s’en tenir à l’expérience des coups d’État en Afrique, notamment depuis la démocratisation des espaces politiques, au début des années 1990, on se rend à l’évidence que les putschistes ont rarement apporté des solutions aux problèmes parfois réels qu’ils étaient censés résoudre. Espoir déçu Les exemples les plus récents sont ceux des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les dirigeants aux affaires dans ces pays ont fait à leurs peuples la promesse de bâtir des sociétés au sein desquelles ils vivraient enfin à l’abri de la peur et du besoin. Rétrospectivement, dans les trois États membres de cette nouvelle confédération, la peur n’a jamais aussi été présente ; et la satisfaction des besoins essentiels se fait toujours attendre. Les libertés fondamentales sont supprimées et la contradiction politique est interdite. Le terrorisme djihadiste, qui est la première menace sécuritaire dans ces pays, n’a jamais engrangé autant de victoires. À telle enseigne que l’État régalien, ou ce qui en tient lieu, ne cesse de perdre du terrain au profit des terroristes salafistes qui, dans certaines régions, imposent la loi islamique et posent allègrement les jalons d’un futur califat. Tout aussi préoccupant, au sein même de ces juntes militaires, de graves dissensions sont apparues, conduisant à des chasses aux sorcières, voire des purges à l’encontre des voix critiques considérées comme telles au sein même de ce qui tenait lieu de premier cercle du pouvoir. Si l’alternance est l’une des caractéristiques essentielles de la démocratie, c’est justement pour permettre à la critique constructive ou à la contestation de faire valoir leurs thèses à travers le suffrage universel. Des enseignements à tirer du putsch raté au Bénin Au-delà des raisons avancées par les putschistes béninois et qui ne résistent guère à l’analyse, des questions, et non des moindres, demeurent sans réponses et des enseignements doivent être tirés de cette séquence dramatique que vient de vivre ce pays qui fut jusqu’à présent considéré comme le laboratoire de la démocratie en Afrique. À qui aurait profité le putsch ? Sa mise en scène ne manque pas de susciter troubles et interrogations. Dès l’apparition, à la télévision, des putschistes annonçant la destitution de Patrice Talon, on a vu essaimé sur les réseaux sociaux des figures cybernétiques bien connues, pour se réjouir du coup d’État et féliciter cette junte militaire de plus en Afrique de l’Ouest. Reconnus pour se revendiquer d’un panafricanisme de circonstance, voire de façade, ces influenceurs, qui ont en commun leur proximité affichée et revendiquée avec Moscou, sont par ailleurs notoirement connus pour mener leurs campagnes de désinformation contre la France ou l’Europe tout entière, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes depuis l’ère d’Evgueni Prigojine (le fondateur du groupe paramilitaire Wagner décédé le 23 août 2023, dans le crash d’un avion d’affaires allant de Moscou à Saint-Pétersbourg et transportant neuf autres personnes, dont le numéro deux du groupe, Dmitri Outkine). Quelques-uns par ailleurs, dans le même temps où se déroulaient les événements de Cotonou, donnaient de la voix à Lomé à l’occasion du 9e Congrès panafricain. Alerte La mise en échec de ce coup de force, s’il faut la saluer, doit sonner comme une alerte grave dont il faut prendre dès à présent la juste mesure. Il est plus que jamais temps, pour les gouvernants africains soucieux de défendre des institutions démocratiques, de mettre en place des mécanismes efficaces de protection et de défense desdites institutions, par la promotion d’une gouvernance exemplaire et véritablement inclusive, d’une part, et des forces de défense et de sécurité véritablement républicaines, d’autre part. Il faut saluer la solidarité entre les pays membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) promptement accourus au secours du Bénin. Déjà, il faut se souvenir qu’au Niger le coup d’État contre Mohamed Bazoum, démocratiquement élu, n’a pu être mis en échec parce que la CEDEAO n’était pas en mesure de conduire une telle opération sans une aide militaire extérieure. Des lendemains peut-être plus sombres sont à prévoir. Car, comme l’affirme au journal Le Monde l’intellectuel camerounais Achille Mbembe : « Nous allons assister à davantage de coups d’État en Afrique ». Enfin, la loyauté des forces armées béninoises restées républicaines est à saluer. Elle a permis d’éviter le pire à ce pays qui a jeté aux orties son passé putschiste depuis les années 1970..⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
Alors que l’Afrique se réveille, ce dimanche 7 décembre, les médias internationaux diffusent partout des images de la Société de radio et de télévision du Bénin, où apparaissent des militaires qui annoncent le renversement des institutions légales, notamment la destitution du chef de l’État, Patrice Talon.
Ce séisme institutionnel dans le ciel politique africain est tout aussi surprenant que stupéfiant, car Patrice Talon est quasiment arrivé à la fin de son second et dernier mandatconstitutionnel et a clairement annoncé son départ du pouvoir à l’issue de l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Ce qui n’est pas le cas dans certains autres pays où les tentatives de coup d’État – ou des coups de force réussis – ont pris pour prétexte des scrutins violemment contestés.
Comme chez tous les putschistes, ceux de Cotonou ont évoqué tout un chapelet d’insatisfactions, de frustrations à l’origine de leur décision de s’emparer du pouvoir par la force. Chaque démarche de cette nature a toujours ses bonnes raisons. C’est d’ailleurs une constante lorsqu’une dictature ou un autoritarisme se met en place. Ses têtes pensantes ou ses leaders exécutifs présentent toujours à leurs peuples un narratif dans lequel ils s’affirment comme les sauveurs ultimes face à un chaos prétendument imminent.
Or, s’il faut s’en tenir à l’expérience des coups d’État en Afrique, notamment depuis la démocratisation des espaces politiques, au début des années 1990, on se rend à l’évidence que les putschistes ont rarement apporté des solutions aux problèmes parfois réels qu’ils étaient censés résoudre.
Les exemples les plus récents sont ceux des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les dirigeants aux affaires dans ces pays ont fait à leurs peuples la promesse de bâtir des sociétés au sein desquelles ils vivraient enfin à l’abri de la peur et du besoin. Rétrospectivement, dans les trois États membres de cette nouvelle confédération, la peur n’a jamais aussi été présente ; et la satisfaction des besoins essentiels se fait toujours attendre. Les libertés fondamentales sont supprimées et la contradiction politique est interdite. Le terrorisme djihadiste, qui est la première menace sécuritaire dans ces pays, n’a jamais engrangé autant de victoires. À telle enseigne que l’État régalien, ou ce qui en tient lieu, ne cesse de perdre du terrain au profit des terroristes salafistes qui, dans certaines régions, imposent la loi islamique et posent allègrement les jalons d’un futur califat.
Tout aussi préoccupant, au sein même de ces juntes militaires, de graves dissensions sont apparues, conduisant à des chasses aux sorcières, voire des purges à l’encontre des voix critiques considérées comme telles au sein même de ce qui tenait lieu de premier cercle du pouvoir.
Si l’alternance est l’une des caractéristiques essentielles de la démocratie, c’est justement pour permettre à la critique constructive ou à la contestation de faire valoir leurs thèses à travers le suffrage universel.
Au-delà des raisons avancées par les putschistes béninois et qui ne résistent guère à l’analyse, des questions, et non des moindres, demeurent sans réponses et des enseignements doivent être tirés de cette séquence dramatique que vient de vivre ce pays qui fut jusqu’à présent considéré comme le laboratoire de la démocratie en Afrique.
À qui aurait profité le putsch ? Sa mise en scène ne manque pas de susciter troubles et interrogations. Dès l’apparition, à la télévision, des putschistes annonçant la destitution de Patrice Talon, on a vu essaimé sur les réseaux sociaux des figures cybernétiques bien connues, pour se réjouir du coup d’État et féliciter cette junte militaire de plus en Afrique de l’Ouest. Reconnus pour se revendiquer d’un panafricanisme de circonstance, voire de façade, ces influenceurs, qui ont en commun leur proximité affichée et revendiquée avec Moscou, sont par ailleurs notoirement connus pour mener leurs campagnes de désinformation contre la France ou l’Europe tout entière, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes depuis l’ère d’Evgueni Prigojine (le fondateur du groupe paramilitaire Wagner décédé le 23 août 2023, dans le crash d’un avion d’affaires allant de Moscou à Saint-Pétersbourg et transportant neuf autres personnes, dont le numéro deux du groupe, Dmitri Outkine).
Quelques-uns par ailleurs, dans le même temps où se déroulaient les événements de Cotonou, donnaient de la voix à Lomé à l’occasion du 9e Congrès panafricain.
La mise en échec de ce coup de force, s’il faut la saluer, doit sonner comme une alerte grave dont il faut prendre dès à présent la juste mesure. Il est plus que jamais temps, pour les gouvernants africains soucieux de défendre des institutions démocratiques, de mettre en place des mécanismes efficaces de protection et de défense desdites institutions, par la promotion d’une gouvernance exemplaire et véritablement inclusive, d’une part, et des forces de défense et de sécurité véritablement républicaines, d’autre part.
Il faut saluer la solidarité entre les pays membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) promptement accourus au secours du Bénin.
Déjà, il faut se souvenir qu’au Niger le coup d’État contre Mohamed Bazoum, démocratiquement élu, n’a pu être mis en échec parce que la CEDEAO n’était pas en mesure de conduire une telle opération sans une aide militaire extérieure.
Des lendemains peut-être plus sombres sont à prévoir. Car, comme l’affirme au journal Le Monde l’intellectuel camerounais Achille Mbembe : « Nous allons assister à davantage de coups d’État en Afrique ».
Enfin, la loyauté des forces armées béninoises restées républicaines est à saluer. Elle a permis d’éviter le pire à ce pays qui a jeté aux orties son passé putschiste depuis les années 1970.
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