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Ouganda : plus de 328 millions de dollars pour faire face à l’explosion du nombre de réfugiés

Ouganda : plus de 328 millions de dollars pour faire face à l’explosion du nombre de réfugiés. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 21 septembre 2026à 07h32

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

L’Ouganda s’apprête à consacrer d’importants moyens à un défi devenu majeur : l’accueil d’une population réfugiée qui a connu une progression spectaculaire en moins d’une décennie. À partir d’octobre 2026, Kampala doit lancer la deuxième phase du Development Response to Displacement Impacts Project (DRDIP II), un programme de 328 millions de dollars sur cinq ans destiné à quelque 3 millions de réfugiés et de membres des communautés d’accueil.. L’objectif affiché par les autorités est de réduire les conséquences économiques, sociales et environnementales liées aux déplacements forcés, tout en renforçant les infrastructures et les activités économiques dans les territoires concernés. Le programme doit couvrir 14 districts et bénéficiera notamment du soutien de la Banque mondiale. De 220 000 à près de 2 millions de réfugiés depuis deux ans Les chiffres donnent la mesure du changement auquel l’Ouganda est confronté. De 2016 à 2025, le nombre de réfugiés présents sur son territoire est passé d’environ 220 000 à près de 2 millions, selon les données de la Banque mondiale citées par les autorités. En l’espace de neuf ans, la population réfugiée a donc été multipliée par huit. Une progression qui exerce une pression considérable sur les services publics, les infrastructures et les ressources naturelles des zones qui accueillent ces populations. Le phénomène est principalement lié aux crises qui secouent les pays voisins. Le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo (RDC) fournissent la majorité des réfugiés installés en Ouganda. D’autres viennent notamment de Somalie, du Burundi, de l’Érythrée, du Rwanda, du Soudan et de l’Éthiopie. Autre caractéristique de cette population : les femmes et les enfants en représentent environ 80 %, ce qui accentue les besoins en matière d’éducation, de santé, de protection et d’accès aux moyens de subsistance. Les communautés locales également concernées Le nouveau programme ne cible pas exclusivement les réfugiés. Une part importante des investissements doit bénéficier aux communautés ougandaises qui vivent dans les zones d’accueil. L’arrivée de centaines de milliers de personnes supplémentaires entraîne mécaniquement une demande accrue en écoles, centres de santé, points d’eau, routes, infrastructures d’assainissement et services sociaux. Dans des régions où les ressources sont déjà limitées, cette situation peut également accroître la pression sur les terres agricoles, les forêts et les autres moyens de subsistance. Le DRDIP II entend donc adopter une approche combinée : améliorer les conditions de vie des réfugiés tout en renforçant les capacités des communautés qui les accueillent. Kampala mise sur l’emploi et les revenus Présenté devant la Commission des affaires présidentielles du Parlement le 15 septembre, le programme doit également favoriser l’activité économique. Le ministre ougandais chargé de la Préparation aux catastrophes et des Réfugiés, Sam Engola, a indiqué que le DRDIP II financera des investissements dans les infrastructures sociales et économiques, les moyens de subsistance et les opportunités économiques. La Banque mondiale prévoit notamment la création de 60 000 emplois ou opportunités d’emploi, ainsi que 6,1 millions de journées de travail sur la durée du programme. L’enjeu consiste à éviter que les populations réfugiées restent durablement dépendantes de l’aide humanitaire. Le développement d’activités économiques doit permettre à davantage de personnes de disposer de revenus et de participer à l’économie locale. Pour les communautés d’accueil, l’objectif est également de créer des infrastructures et des opportunités susceptibles de bénéficier directement aux populations locales. L’environnement, autre front de la crise La pression démographique ne se limite pas aux services publics. Elle se fait également sentir sur l’environnement. Dans les zones rurales accueillant de nombreux réfugiés, l’augmentation des besoins en bois, en terres agricoles et en eau peut accentuer la dégradation des ressources naturelles. À cette pression s’ajoutent les conséquences des changements climatiques et des conditions météorologiques défavorables. Pour les populations dont les revenus dépendent largement de l’agriculture, les mauvaises conditions climatiques peuvent fragiliser davantage les moyens de subsistance. Le DRDIP II prévoit donc un volet consacré à la gestion environnementale et au renforcement de la résilience des communautés. L’idée est de permettre aux populations de mieux résister aux chocs climatiques tout en favorisant une utilisation plus durable des ressources disponibles. Une crise régionale qui alimente l’afflux La hausse du nombre de réfugiés en Ouganda est directement liée aux crises qui persistent dans plusieurs pays de la région. Au Soudan du Sud, les violences et l’instabilité continuent de provoquer des déplacements de populations. La proximité géographique avec l’Ouganda en fait naturellement l’une des principales destinations pour les personnes cherchant à échapper aux violences. En RDC, la situation sécuritaire particulièrement fragile dans l’est du pays pousse également de nombreuses familles à franchir la frontière. Cette dimension régionale complique la planification à long terme. Tant que les conflits persistent dans les pays voisins, l’Ouganda doit se préparer à de nouveaux arrivants, alors même que les populations déjà installées ont besoin de solutions durables. Les autorités ougandaises soulignent également que les troubles au Soudan du Sud et les difficultés climatiques contribuent à accentuer les pressions économiques et sociales auxquelles sont confrontées les communautés d’accueil. Un programme né de l’expérience Le DRDIP II n’est pas une initiative entièrement nouvelle. Il constitue la deuxième étape d’un programme lancé en 2017. La première phase devait initialement s’achever en 2021, mais sa mise en œuvre a été prolongée jusqu’en 2024. Elle visait notamment à améliorer l’accès aux services sociaux et économiques de base, à développer les opportunités économiques et à renforcer la gestion de l’environnement dans les territoires accueillant des réfugiés. Avec la nouvelle enveloppe de 328 millions de dollars, Kampala entend désormais élargir et approfondir cette approche. Le programme devra notamment permettre de poursuivre les investissements dans les infrastructures, de renforcer les moyens de subsistance et de développer des activités économiques susceptibles de profiter aux réfugiés comme aux populations locales. L’Ouganda fait face à un défi qui pourrait durer Avec près de 2 millions de réfugiés en 2025, l’Ouganda figure parmi les principaux pays d’accueil du continent. Cette situation constitue à la fois un défi humanitaire, économique, social et environnemental. Le DRDIP II représente une tentative de répondre à ces différentes dimensions en privilégiant les investissements de long terme plutôt qu’une réponse limitée à l’urgence. Mais l’équation reste complexe. L’efficacité des 328 millions de dollars dépendra notamment de la réalisation effective des infrastructures annoncées, de la création des emplois prévus et de la capacité à préserver les ressources naturelles dans les zones les plus sollicitées. Pour Kampala, le défi est désormais évident : continuer à accueillir les populations fuyant les conflits tout en évitant que le poids de cet accueil ne fragilise davantage les communautés locales..

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

L’Ouganda s’apprête à consacrer d’importants moyens à un défi devenu majeur : l’accueil d’une population réfugiée qui a connu une progression spectaculaire en moins d’une décennie. À partir d’octobre 2026, Kampala doit lancer la deuxième phase du Development Response to Displacement Impacts Project (DRDIP II), un programme de 328 millions de dollars sur cinq ans destiné à quelque 3 millions de réfugiés et de membres des communautés d’accueil.

L’objectif affiché par les autorités est de réduire les conséquences économiques, sociales et environnementales liées aux déplacements forcés, tout en renforçant les infrastructures et les activités économiques dans les territoires concernés. Le programme doit couvrir 14 districts et bénéficiera notamment du soutien de la Banque mondiale.

De 220 000 à près de 2 millions de réfugiés depuis deux ans

Les chiffres donnent la mesure du changement auquel l’Ouganda est confronté. De 2016 à 2025, le nombre de réfugiés présents sur son territoire est passé d’environ 220 000 à près de 2 millions, selon les données de la Banque mondiale citées par les autorités.

En l’espace de neuf ans, la population réfugiée a donc été multipliée par huit. Une progression qui exerce une pression considérable sur les services publics, les infrastructures et les ressources naturelles des zones qui accueillent ces populations.

Le phénomène est principalement lié aux crises qui secouent les pays voisins. Le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo (RDC) fournissent la majorité des réfugiés installés en Ouganda. D’autres viennent notamment de Somalie, du Burundi, de l’Érythrée, du Rwanda, du Soudan et de l’Éthiopie. Autre caractéristique de cette population : les femmes et les enfants en représentent environ 80 %, ce qui accentue les besoins en matière d’éducation, de santé, de protection et d’accès aux moyens de subsistance.

Les communautés locales également concernées

Le nouveau programme ne cible pas exclusivement les réfugiés. Une part importante des investissements doit bénéficier aux communautés ougandaises qui vivent dans les zones d’accueil. L’arrivée de centaines de milliers de personnes supplémentaires entraîne mécaniquement une demande accrue en écoles, centres de santé, points d’eau, routes, infrastructures d’assainissement et services sociaux. Dans des régions où les ressources sont déjà limitées, cette situation peut également accroître la pression sur les terres agricoles, les forêts et les autres moyens de subsistance.

Le DRDIP II entend donc adopter une approche combinée : améliorer les conditions de vie des réfugiés tout en renforçant les capacités des communautés qui les accueillent.

Kampala mise sur l’emploi et les revenus

Présenté devant la Commission des affaires présidentielles du Parlement le 15 septembre, le programme doit également favoriser l’activité économique. Le ministre ougandais chargé de la Préparation aux catastrophes et des Réfugiés, Sam Engola, a indiqué que le DRDIP II financera des investissements dans les infrastructures sociales et économiques, les moyens de subsistance et les opportunités économiques. La Banque mondiale prévoit notamment la création de 60 000 emplois ou opportunités d’emploi, ainsi que 6,1 millions de journées de travail sur la durée du programme.

L’enjeu consiste à éviter que les populations réfugiées restent durablement dépendantes de l’aide humanitaire. Le développement d’activités économiques doit permettre à davantage de personnes de disposer de revenus et de participer à l’économie locale. Pour les communautés d’accueil, l’objectif est également de créer des infrastructures et des opportunités susceptibles de bénéficier directement aux populations locales.

L’environnement, autre front de la crise

La pression démographique ne se limite pas aux services publics. Elle se fait également sentir sur l’environnement. Dans les zones rurales accueillant de nombreux réfugiés, l’augmentation des besoins en bois, en terres agricoles et en eau peut accentuer la dégradation des ressources naturelles. À cette pression s’ajoutent les conséquences des changements climatiques et des conditions météorologiques défavorables. Pour les populations dont les revenus dépendent largement de l’agriculture, les mauvaises conditions climatiques peuvent fragiliser davantage les moyens de subsistance. Le DRDIP II prévoit donc un volet consacré à la gestion environnementale et au renforcement de la résilience des communautés. L’idée est de permettre aux populations de mieux résister aux chocs climatiques tout en favorisant une utilisation plus durable des ressources disponibles.

Une crise régionale qui alimente l’afflux

La hausse du nombre de réfugiés en Ouganda est directement liée aux crises qui persistent dans plusieurs pays de la région. Au Soudan du Sud, les violences et l’instabilité continuent de provoquer des déplacements de populations. La proximité géographique avec l’Ouganda en fait naturellement l’une des principales destinations pour les personnes cherchant à échapper aux violences. En RDC, la situation sécuritaire particulièrement fragile dans l’est du pays pousse également de nombreuses familles à franchir la frontière. Cette dimension régionale complique la planification à long terme. Tant que les conflits persistent dans les pays voisins, l’Ouganda doit se préparer à de nouveaux arrivants, alors même que les populations déjà installées ont besoin de solutions durables.

Les autorités ougandaises soulignent également que les troubles au Soudan du Sud et les difficultés climatiques contribuent à accentuer les pressions économiques et sociales auxquelles sont confrontées les communautés d’accueil.

Un programme né de l’expérience

Le DRDIP II n’est pas une initiative entièrement nouvelle. Il constitue la deuxième étape d’un programme lancé en 2017.

La première phase devait initialement s’achever en 2021, mais sa mise en œuvre a été prolongée jusqu’en 2024. Elle visait notamment à améliorer l’accès aux services sociaux et économiques de base, à développer les opportunités économiques et à renforcer la gestion de l’environnement dans les territoires accueillant des réfugiés. Avec la nouvelle enveloppe de 328 millions de dollars, Kampala entend désormais élargir et approfondir cette approche.

Le programme devra notamment permettre de poursuivre les investissements dans les infrastructures, de renforcer les moyens de subsistance et de développer des activités économiques susceptibles de profiter aux réfugiés comme aux populations locales.

L’Ouganda fait face à un défi qui pourrait durer

Avec près de 2 millions de réfugiés en 2025, l’Ouganda figure parmi les principaux pays d’accueil du continent. Cette situation constitue à la fois un défi humanitaire, économique, social et environnemental. Le DRDIP II représente une tentative de répondre à ces différentes dimensions en privilégiant les investissements de long terme plutôt qu’une réponse limitée à l’urgence. Mais l’équation reste complexe. L’efficacité des 328 millions de dollars dépendra notamment de la réalisation effective des infrastructures annoncées, de la création des emplois prévus et de la capacité à préserver les ressources naturelles dans les zones les plus sollicitées.

Pour Kampala, le défi est désormais évident : continuer à accueillir les populations fuyant les conflits tout en évitant que le poids de cet accueil ne fragilise davantage les communautés locales.

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