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Niger : trois ans après le coup d’État, les droits humains pris dans l’étau de la junte et de la guerre

Niger : trois ans après le coup d’État, les droits humains pris dans l’étau de la junte et de la guerre. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 24 septembre 2026à 17h07

⏱ Temps de lecture estimé : 10 minutes

Depuis le renversement de Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023, le Niger connaît une profonde contraction de son espace civique. Détentions arbitraires, restrictions contre les médias, pression sur la société civile et attaques meurtrières de groupes armés se conjuguent dans un pays où la sécurité est devenue le principal argument de justification du pouvoir militaire. L’arrivée des instructeurs russes puis l’implication croissante d’Africa Corps ajoutent une nouvelle dimension à cette équation sécuritaire.. Trois ans après le coup d’État qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, le Niger présente un visage où la question sécuritaire et celle des droits humains s’entremêlent dangereusement. D’un côté, les groupes armés continuent de frapper les populations civiles, particulièrement dans la région de Tillabéri. De l’autre côté, les autorités militaires ont progressivement réduit l’espace laissé à l’opposition, aux organisations de la société civile et aux médias. Les constats d’Human Rights Watch et d’Amnesty International convergent sur un point : depuis juillet 2023, les libertés publiques ont subi un recul important. Dans son rapport publié en mars 2025, Amnesty International documentait déjà la détérioration de l’espace civique et les violations des droits civils et politiques intervenues depuis le coup d’État. Human Rights Watch, dans son bilan publié en juillet 2026, décrit de son côté une consolidation du pouvoir militaire et une intensification de la répression. Bazoum et son épouse, symbole d’une détention qui s’éternise Le cas de Mohamed Bazoum demeure emblématique. Renversé le 26 juillet 2023, l’ancien président est toujours détenu à Niamey avec son épouse, Hadiza Bazoum. En février 2025, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a conclu au caractère arbitraire de leur détention et appelé les autorités nigériennes à les libérer. Human Rights Watch rappelle également que la procédure ayant conduit à la levée de l’immunité présidentielle de Bazoum n’a pas respecté, selon l’organisation, les garanties d’une procédure régulière. Cette situation ne relève donc pas seulement d’un bras de fer politique entre la junte et l’ancien président. Elle soulève une question juridique majeure : jusqu’où un régime issu d’un coup d’État peut-il maintenir un ancien chef de l’État privé de liberté sans garanties judiciaires conformes aux normes internationales ? La confusion mérite d’ailleurs d’être évitée : ce n’est pas la Cour européenne des droits de l’homme qui a ordonné sa libération. C’est la Cour de justice de la CEDEAO qui avait rendu, en décembre 2023, une décision concernant notamment la libération de Mohamed Bazoum et de sa famille. Journalistes, militants et opposants sous pression La restriction de l’espace civique ne se limite pas à l’ancien président. Les journalistes et défenseurs des droits humains sont également concernés. Amnesty International a documenté des arrestations, des poursuites et des restrictions visant des professionnels des médias et des acteurs de la société civile. Human Rights Watch souligne pour sa part que des journalistes ont été arrêtés en vertu d’une législation sur la cybercriminalité dont certaines dispositions sont formulées en termes suffisamment larges pour permettre, selon l’organisation, de sanctionner des expressions critiques du pouvoir. Le cas de Moussa Kaka illustre les inquiétudes les plus récentes. Le journaliste, ancien correspondant de Radio France Internationale et directeur général de Radio Télévision Saraounia, a disparu après avoir quitté son bureau de Niamey le 31 août 2026. Au 4 septembre, sa famille et ses collègues n’avaient obtenu aucune information sur son lieu de détention ou sa situation. Human Rights Watch a évoqué la possibilité d’une disparition forcée et demandé aux autorités de révéler immédiatement où il se trouve. Cette affaire intervient après l’arrestation, en octobre 2025, de Moussa Kaka et de cinq autres journalistes à la suite de l’annonce d’une conférence de presse consacrée à un fonds de solidarité destiné à soutenir les opérations des forces de sécurité. Plusieurs journalistes avaient ensuite été libérés sous caution ou remis en liberté. Quand la nationalité devient un instrument de pression Autre évolution particulièrement préoccupante : le recours à la privation provisoire de nationalité contre des opposants ou critiques vivant à l’étranger. En octobre 2024, neuf personnes liées à l’ancien président Bazoum avaient déjà été provisoirement privées de leur nationalité par décret. En juin 2026, une nouvelle mesure avait visé l’opposante Mariama Djibrine. Le 17 septembre 2026, cinq autres personnalités vivant en exil ont été concernées : l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, trois anciens conseillers de Bazoum et un militant critique de la junte. Selon Human Rights Watch, ces mesures s’appuient sur une ordonnance de 2024 créant un fichier national des personnes suspectées d’actes terroristes. L’organisation estime que les garanties procédurales sont insuffisantes et que le dispositif comporte un risque de rendre certaines personnes apatrides. La liste des personnes concernées atteindrait désormais 25, selon l’agence de presse nigérienne citée par HRW. Une telle évolution pose une question qui dépasse largement les querelles politiques : la nationalité est-elle encore un statut juridique protégé ou peut-elle devenir une sanction administrative contre la dissidence ? Dans l’ouest du pays, les civils pris entre djihadistes et impuissance sécuritaire À cette crise politique s’ajoute une réalité autrement plus sanglante : les populations de Tillabéri continuent de subir les attaques des groupes armés. Human Rights Watch a documenté en 2025 au moins cinq attaques attribuées à l’État islamique au Sahel dans cette région. Plus de 127 villageois et fidèles musulmans auraient été exécutés sommairement, tandis que des habitations étaient incendiées et pillées. L’organisation affirme également que l’armée nigérienne n’a pas toujours répondu de manière adéquate aux alertes lancées par les populations avant certaines attaques. Le 21 mars 2025, l’attaque de la mosquée de Fambita avait fait au moins 44 morts selon Amnesty International, tandis que le bilan retenu par Human Rights Watch dans son rapport mondial est d’au moins 46 fidèles tués. Le 13 mai, à Dani Fari, cinq hommes et deux garçons ont été tués et plusieurs maisons incendiées. Puis, le 21 juin, Manda a été frappé à son tour. Plus de 70 fidèles ont été tués dans une mosquée, selon Human Rights Watch, et au moins une vingtaine de personnes blessées. La violence ne s’est pas arrêtée là. En février 2026, HRW rapportait encore la mort de 30 civils, dont quatre enfants, dans deux attaques commises dans l’ouest du Niger depuis janvier. Les Russes arrivent, mais la question des responsabilités demeure. C’est dans ce contexte que Niamey s’est progressivement tourné vers Moscou. En avril 2024, la télévision publique nigérienne annonçait l’arrivée d’instructeurs militaires russes et d’un système de défense antiaérienne. Cette coopération s’est développée après la rupture progressive des accords militaires avec les partenaires occidentaux et le retrait des forces américaines de la base aérienne 101 de Niamey. Il convient toutefois de distinguer les faits établis des amalgames. La présence d’Africa Corps au Niger est désormais documentée, et Human Rights Watch a notamment rapporté son intervention aux côtés des forces loyales à la junte lors de la tentative de soulèvement militaire des 28-30 août 2026, avec l’utilisation de drones armés. Mais les massacres de civils attribués directement à Africa Corps et abondamment documentés par les organisations de défense des droits humains concernent surtout le Mali. Il serait donc imprudent de transférer mécaniquement au Niger les accusations établies au Mali. En matière de droits humains, la rigueur commence précisément là : distinguer ce qui est documenté de ce qui est seulement allégué. Cela ne dispense évidemment pas les forces étrangères ou nationales de répondre de leurs actes lorsqu’ils sont établis. Toute opération militaire menée contre des groupes armés reste soumise au droit international humanitaire et à l’obligation de protéger les civils. La sécurité ne peut devenir un permis de gouverner sans contrôle. Les autorités nigériennes justifient leur politique par la nécessité de restaurer la souveraineté et de combattre les groupes armés. Le contexte sécuritaire est réel et particulièrement lourd. Les attaques de l’État islamique au Sahel, du JNIM et d’autres organisations armées constituent une menace majeure pour les populations. Mais la lutte contre le terrorisme n’efface pas les obligations de l’État en matière de droits humains. Or, depuis le coup d’État, les autorités ont dissous des partis politiques, suspendu des organisations de la société civile, restreint les médias et détenu des opposants et défenseurs des droits humains. En 2026, la junte a également prolongé la transition politique sans feuille de route électorale, selon Human Rights Watch. Le paradoxe est désormais manifeste : le pouvoir militaire invoque l’insécurité pour justifier la concentration du pouvoir, tandis que l’insécurité elle-même demeure une menace quotidienne pour les citoyens. Une crise qui dépasse le seul Niger La trajectoire du Niger s’inscrit enfin dans un mouvement régional plus large. Avec le Mali et le Burkina Faso, le pays a quitté la CEDEAO en janvier 2025 et renforcé son rapprochement au sein de l’Alliance des États du Sahel. En 2025, les trois États ont également annoncé leur intention de se retirer du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale. Pour les organisations de défense des droits humains, ce recul des mécanismes régionaux et internationaux de contrôle risque de réduire davantage les possibilités de recours pour les victimes. Le Niger se retrouve ainsi face à une équation particulièrement difficile : combattre des groupes armés qui massacrent des civils, tout en garantissant que les opérations de sécurité ne deviennent pas elles-mêmes une source de violations ; renforcer la souveraineté nationale sans transformer cette souveraineté en immunité ; protéger l’État sans étouffer la société. Trois ans après le 26 juillet 2023, la question n’est donc plus seulement de savoir si la junte a réussi à rompre avec l’ancien ordre politique. Elle est de savoir si le nouvel ordre qui se construit permet encore aux citoyens, aux journalistes, aux magistrats, aux défenseurs des droits humains et aux opposants de disposer d’espaces effectifs pour contester, enquêter et demander des comptes. Car une sécurité qui exige le silence permanent finit par poser une question embarrassante : protège-t-elle réellement les citoyens, ou protège-t-elle surtout ceux qui exercent le pouvoir ?.

⏱ Temps de lecture estimé : 10 minutes

Depuis le renversement de Mohamed Bazoum, le 26 juillet 2023, le Niger connaît une profonde contraction de son espace civique. Détentions arbitraires, restrictions contre les médias, pression sur la société civile et attaques meurtrières de groupes armés se conjuguent dans un pays où la sécurité est devenue le principal argument de justification du pouvoir militaire. L’arrivée des instructeurs russes puis l’implication croissante d’Africa Corps ajoutent une nouvelle dimension à cette équation sécuritaire.

Trois ans après le coup d’État qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum, le Niger présente un visage où la question sécuritaire et celle des droits humains s’entremêlent dangereusement. D’un côté, les groupes armés continuent de frapper les populations civiles, particulièrement dans la région de Tillabéri. De l’autre côté, les autorités militaires ont progressivement réduit l’espace laissé à l’opposition, aux organisations de la société civile et aux médias.

Les constats d’Human Rights Watch et d’Amnesty International convergent sur un point : depuis juillet 2023, les libertés publiques ont subi un recul important. Dans son rapport publié en mars 2025, Amnesty International documentait déjà la détérioration de l’espace civique et les violations des droits civils et politiques intervenues depuis le coup d’État. Human Rights Watch, dans son bilan publié en juillet 2026, décrit de son côté une consolidation du pouvoir militaire et une intensification de la répression.

Bazoum et son épouse, symbole d’une détention qui s’éternise

Le cas de Mohamed Bazoum demeure emblématique. Renversé le 26 juillet 2023, l’ancien président est toujours détenu à Niamey avec son épouse, Hadiza Bazoum.

En février 2025, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a conclu au caractère arbitraire de leur détention et appelé les autorités nigériennes à les libérer. Human Rights Watch rappelle également que la procédure ayant conduit à la levée de l’immunité présidentielle de Bazoum n’a pas respecté, selon l’organisation, les garanties d’une procédure régulière.

Cette situation ne relève donc pas seulement d’un bras de fer politique entre la junte et l’ancien président. Elle soulève une question juridique majeure : jusqu’où un régime issu d’un coup d’État peut-il maintenir un ancien chef de l’État privé de liberté sans garanties judiciaires conformes aux normes internationales ?

La confusion mérite d’ailleurs d’être évitée : ce n’est pas la Cour européenne des droits de l’homme qui a ordonné sa libération. C’est la Cour de justice de la CEDEAO qui avait rendu, en décembre 2023, une décision concernant notamment la libération de Mohamed Bazoum et de sa famille.

Journalistes, militants et opposants sous pression

La restriction de l’espace civique ne se limite pas à l’ancien président. Les journalistes et défenseurs des droits humains sont également concernés.

Amnesty International a documenté des arrestations, des poursuites et des restrictions visant des professionnels des médias et des acteurs de la société civile. Human Rights Watch souligne pour sa part que des journalistes ont été arrêtés en vertu d’une législation sur la cybercriminalité dont certaines dispositions sont formulées en termes suffisamment larges pour permettre, selon l’organisation, de sanctionner des expressions critiques du pouvoir.

Le cas de Moussa Kaka illustre les inquiétudes les plus récentes. Le journaliste, ancien correspondant de Radio France Internationale et directeur général de Radio Télévision Saraounia, a disparu après avoir quitté son bureau de Niamey le 31 août 2026. Au 4 septembre, sa famille et ses collègues n’avaient obtenu aucune information sur son lieu de détention ou sa situation. Human Rights Watch a évoqué la possibilité d’une disparition forcée et demandé aux autorités de révéler immédiatement où il se trouve.

Cette affaire intervient après l’arrestation, en octobre 2025, de Moussa Kaka et de cinq autres journalistes à la suite de l’annonce d’une conférence de presse consacrée à un fonds de solidarité destiné à soutenir les opérations des forces de sécurité. Plusieurs journalistes avaient ensuite été libérés sous caution ou remis en liberté.

Quand la nationalité devient un instrument de pression

Autre évolution particulièrement préoccupante : le recours à la privation provisoire de nationalité contre des opposants ou critiques vivant à l’étranger.

En octobre 2024, neuf personnes liées à l’ancien président Bazoum avaient déjà été provisoirement privées de leur nationalité par décret. En juin 2026, une nouvelle mesure avait visé l’opposante Mariama Djibrine. Le 17 septembre 2026, cinq autres personnalités vivant en exil ont été concernées : l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, trois anciens conseillers de Bazoum et un militant critique de la junte.

Selon Human Rights Watch, ces mesures s’appuient sur une ordonnance de 2024 créant un fichier national des personnes suspectées d’actes terroristes. L’organisation estime que les garanties procédurales sont insuffisantes et que le dispositif comporte un risque de rendre certaines personnes apatrides.

La liste des personnes concernées atteindrait désormais 25, selon l’agence de presse nigérienne citée par HRW. Une telle évolution pose une question qui dépasse largement les querelles politiques : la nationalité est-elle encore un statut juridique protégé ou peut-elle devenir une sanction administrative contre la dissidence ?

Dans l’ouest du pays, les civils pris entre djihadistes et impuissance sécuritaire

À cette crise politique s’ajoute une réalité autrement plus sanglante : les populations de Tillabéri continuent de subir les attaques des groupes armés.

Human Rights Watch a documenté en 2025 au moins cinq attaques attribuées à l’État islamique au Sahel dans cette région. Plus de 127 villageois et fidèles musulmans auraient été exécutés sommairement, tandis que des habitations étaient incendiées et pillées. L’organisation affirme également que l’armée nigérienne n’a pas toujours répondu de manière adéquate aux alertes lancées par les populations avant certaines attaques.

Le 21 mars 2025, l’attaque de la mosquée de Fambita avait fait au moins 44 morts selon Amnesty International, tandis que le bilan retenu par Human Rights Watch dans son rapport mondial est d’au moins 46 fidèles tués. Le 13 mai, à Dani Fari, cinq hommes et deux garçons ont été tués et plusieurs maisons incendiées.

Puis, le 21 juin, Manda a été frappé à son tour. Plus de 70 fidèles ont été tués dans une mosquée, selon Human Rights Watch, et au moins une vingtaine de personnes blessées.

La violence ne s’est pas arrêtée là. En février 2026, HRW rapportait encore la mort de 30 civils, dont quatre enfants, dans deux attaques commises dans l’ouest du Niger depuis janvier.

Les Russes arrivent, mais la question des responsabilités demeure.

C’est dans ce contexte que Niamey s’est progressivement tourné vers Moscou.

En avril 2024, la télévision publique nigérienne annonçait l’arrivée d’instructeurs militaires russes et d’un système de défense antiaérienne. Cette coopération s’est développée après la rupture progressive des accords militaires avec les partenaires occidentaux et le retrait des forces américaines de la base aérienne 101 de Niamey.

Il convient toutefois de distinguer les faits établis des amalgames.

La présence d’Africa Corps au Niger est désormais documentée, et Human Rights Watch a notamment rapporté son intervention aux côtés des forces loyales à la junte lors de la tentative de soulèvement militaire des 28-30 août 2026, avec l’utilisation de drones armés. Mais les massacres de civils attribués directement à Africa Corps et abondamment documentés par les organisations de défense des droits humains concernent surtout le Mali.

Il serait donc imprudent de transférer mécaniquement au Niger les accusations établies au Mali. En matière de droits humains, la rigueur commence précisément là : distinguer ce qui est documenté de ce qui est seulement allégué.

Cela ne dispense évidemment pas les forces étrangères ou nationales de répondre de leurs actes lorsqu’ils sont établis. Toute opération militaire menée contre des groupes armés reste soumise au droit international humanitaire et à l’obligation de protéger les civils.

La sécurité ne peut devenir un permis de gouverner sans contrôle.

Les autorités nigériennes justifient leur politique par la nécessité de restaurer la souveraineté et de combattre les groupes armés. Le contexte sécuritaire est réel et particulièrement lourd. Les attaques de l’État islamique au Sahel, du JNIM et d’autres organisations armées constituent une menace majeure pour les populations.

Mais la lutte contre le terrorisme n’efface pas les obligations de l’État en matière de droits humains.

Or, depuis le coup d’État, les autorités ont dissous des partis politiques, suspendu des organisations de la société civile, restreint les médias et détenu des opposants et défenseurs des droits humains. En 2026, la junte a également prolongé la transition politique sans feuille de route électorale, selon Human Rights Watch.

Le paradoxe est désormais manifeste : le pouvoir militaire invoque l’insécurité pour justifier la concentration du pouvoir, tandis que l’insécurité elle-même demeure une menace quotidienne pour les citoyens.

Une crise qui dépasse le seul Niger

La trajectoire du Niger s’inscrit enfin dans un mouvement régional plus large. Avec le Mali et le Burkina Faso, le pays a quitté la CEDEAO en janvier 2025 et renforcé son rapprochement au sein de l’Alliance des États du Sahel. En 2025, les trois États ont également annoncé leur intention de se retirer du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale.

Pour les organisations de défense des droits humains, ce recul des mécanismes régionaux et internationaux de contrôle risque de réduire davantage les possibilités de recours pour les victimes.

Le Niger se retrouve ainsi face à une équation particulièrement difficile : combattre des groupes armés qui massacrent des civils, tout en garantissant que les opérations de sécurité ne deviennent pas elles-mêmes une source de violations ; renforcer la souveraineté nationale sans transformer cette souveraineté en immunité ; protéger l’État sans étouffer la société.

Trois ans après le 26 juillet 2023, la question n’est donc plus seulement de savoir si la junte a réussi à rompre avec l’ancien ordre politique. Elle est de savoir si le nouvel ordre qui se construit permet encore aux citoyens, aux journalistes, aux magistrats, aux défenseurs des droits humains et aux opposants de disposer d’espaces effectifs pour contester, enquêter et demander des comptes.

Car une sécurité qui exige le silence permanent finit par poser une question embarrassante : protège-t-elle réellement les citoyens, ou protège-t-elle surtout ceux qui exercent le pouvoir ?

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