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Depuis le coup d’État de juillet 2023, Niamey a profondément rebattu les cartes de ses alliances militaires. France, États-Unis et autres partenaires occidentaux ont progressivement quitté le dispositif sécuritaire nigérien, tandis que la Russie, l’Algérie et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont gagné en influence. Mais sur le terrain, la menace jihadiste demeure et les tensions internes à l’appareil militaire rappellent que changer d’alliés ne suffit pas nécessairement à changer une situation sécuritaire. Par la rédaction.. Le Niger a changé de cap. Depuis l’arrivée au pouvoir du général Abdourahamane Tiani à la faveur du coup d’État du 26 juillet 2023, le pays a entrepris une spectaculaire recomposition de ses partenariats stratégiques. Le départ des forces françaises, puis la rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, ont marqué la fin d’une longue coopération sécuritaire avec les puissances européennes. À Niamey, le discours officiel met désormais en avant la souveraineté nationale, la diversification des partenariats et la capacité du Niger à prendre en main sa propre défense. La Russie est devenue un interlocuteur majeur, notamment à travers l’Africa Corps. L’Algérie, de son côté, a renforcé sa coopération avec son voisin sahélien. Dans le même temps, le Niger s’appuie davantage sur le Mali et le Burkina Faso dans le cadre de l’AES. Sur le papier, le changement est spectaculaire. Dans les faits, la principale question demeure : ces nouvelles alliances ont-elles permis de réduire durablement l’insécurité ? Le départ des Occidentaux n’a pas fait disparaître la menace. La rupture avec la France et le retrait progressif d’autres partenaires occidentaux ont été présentés par les autorités nigériennes comme une étape nécessaire pour reprendre le contrôle de la politique sécuritaire du pays. Mais le départ des anciennes forces étrangères n’a pas entraîné la disparition des groupes armés actifs dans les zones frontalières. Le Niger reste exposé aux violences jihadistes, particulièrement dans les régions proches du Mali et du Burkina Faso, mais également dans la zone du bassin du lac Tchad. Des groupes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara et à Al-Qaïda au Sahel continuent d’exploiter les fragilités des espaces ruraux, les difficultés de contrôle des frontières et les tensions communautaires. La question n’est donc plus seulement celle du choix d’un partenaire étranger. Elle porte aussi sur la capacité des forces nigériennes à assurer durablement la sécurité du territoire, à protéger les populations et à empêcher les groupes armés de reconstituer leurs réseaux. C’est précisément sur ce point que le nouveau dispositif sécuritaire nigérien reste observé avec attention. La Russie, partenaire stratégique ou bouclier du pouvoir ? L’arrivée de l’Africa Corps russe a constitué l’un des changements les plus visibles de la nouvelle politique de défense de Niamey. Pour les autorités nigériennes, cette coopération répond à la volonté de diversifier les soutiens militaires et de réduire la dépendance envers les puissances occidentales. Mais cette présence alimente également un débat plus large : quelle part de ce partenariat est consacrée à la lutte contre les groupes armés et quelle part contribue à la sécurisation du pouvoir militaire ? La question s’est retrouvée au centre des discussions d’Africanews Debates consacrées à l’évolution de la stratégie sécuritaire nigérienne. Les échanges ont notamment porté sur le risque de confondre protection du régime et protection du territoire. La distinction est importante. Une armée peut renforcer la sécurité des institutions sans pour autant parvenir à réduire les violences dans les zones rurales. De même, l’arrivée de nouveaux instructeurs, équipements ou conseillers étrangers ne garantit pas automatiquement une amélioration de la situation sur le terrain. La coopération russe constitue ainsi une rupture politique majeure, mais son efficacité sécuritaire doit être appréciée à partir de résultats concrets et durables. Une mutinerie qui vient brouiller le récit de stabilité La question prend une dimension particulière après les événements survenus à Niamey à la fin du mois d’août. Une mutinerie impliquant des militaires a exposé des tensions au sein même de l’appareil sécuritaire. Les forces restées loyales aux autorités ont finalement repris le contrôle des sites concernés. Mais l’épisode a rappelé une réalité parfois occultée par les débats sur les alliances internationales : la stabilité d’un régime militaire dépend également de sa cohésion interne. Pour le pouvoir de Niamey, la maîtrise de la chaîne de commandement constitue donc un enjeu aussi important que la coopération avec Moscou ou Alger. Quelques semaines plus tard, le général Tiani a d’ailleurs procédé à un remaniement de la hiérarchie militaire. Cette réorganisation illustre les préoccupations liées au contrôle de l’appareil de défense après les tensions apparues au sein des forces armées. La sécurité du Niger se joue ainsi sur deux fronts : contre les groupes armés qui opèrent dans le pays et autour de ses frontières, mais aussi dans la capacité du pouvoir à maintenir une armée cohérente et disciplinée. L’AES veut construire une autre architecture sécuritaire. Autre pilier de la nouvelle stratégie : l’Alliance des États du Sahel. Créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’AES ambitionne de transformer leur coopération en alternative aux dispositifs régionaux et occidentaux qui prévalaient avant les coups d’État militaires dans ces trois pays. Les trois gouvernements ont progressivement renforcé leur coopération militaire et politique, avec l’objectif affiché de mutualiser leurs capacités face aux groupes armés. L’enjeu est considérable. Les frontières entre les trois pays sont immenses et difficiles à contrôler. Les groupes jihadistes profitent depuis des années de cette continuité géographique pour circuler, recruter et mener des attaques. Une meilleure coordination entre les armées pourrait donc constituer un levier important. Mais elle ne règle pas automatiquement les difficultés liées au renseignement, à la logistique, à la présence de l’État dans les zones rurales ou à la protection des populations. L’AES doit également démontrer que sa coopération peut produire des résultats mesurables au-delà des déclarations politiques et des cérémonies officielles. Souveraineté : le nouveau mot d’ordre La stratégie de Niamey repose finalement sur une équation complexe : renforcer la souveraineté tout en ayant recours à des partenaires étrangers. Le paradoxe n’est qu’apparent. Aucun État sahélien ne peut aujourd’hui ignorer les partenariats extérieurs, qu’ils concernent les armes, la formation, le renseignement, les équipements ou le financement. La véritable question est donc de savoir dans quelle mesure ces partenariats renforcent les capacités nationales plutôt que de créer une nouvelle dépendance. Le Niger affirme avoir tourné la page de l’ancien modèle sécuritaire. La Russie, l’Algérie et l’AES occupent désormais une place centrale dans son dispositif stratégique. Mais les populations attendent moins des changements de drapeaux que des résultats : moins d’attaques, davantage de sécurité et une présence effective de l’État. Pour l’heure, le bilan reste difficile à dissocier des nombreuses variables qui traversent le Sahel. La menace jihadiste demeure, les tensions militaires internes ont fait irruption dans le débat et la nouvelle architecture régionale doit encore démontrer sa capacité à produire une sécurité durable. Niamey a donc changé de partenaires. Reste à savoir si cette nouvelle carte diplomatique et militaire modifiera réellement la réalité vécue par les populations. Car en matière de sécurité, le changement d’allié peut être spectaculaire ; le changement de résultat, lui, se mesure sur le terrain..⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
Le Niger a changé de cap. Depuis l’arrivée au pouvoir du général Abdourahamane Tiani à la faveur du coup d’État du 26 juillet 2023, le pays a entrepris une spectaculaire recomposition de ses partenariats stratégiques. Le départ des forces françaises, puis la rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, ont marqué la fin d’une longue coopération sécuritaire avec les puissances européennes.
À Niamey, le discours officiel met désormais en avant la souveraineté nationale, la diversification des partenariats et la capacité du Niger à prendre en main sa propre défense. La Russie est devenue un interlocuteur majeur, notamment à travers l’Africa Corps. L’Algérie, de son côté, a renforcé sa coopération avec son voisin sahélien. Dans le même temps, le Niger s’appuie davantage sur le Mali et le Burkina Faso dans le cadre de l’AES.
Sur le papier, le changement est spectaculaire. Dans les faits, la principale question demeure : ces nouvelles alliances ont-elles permis de réduire durablement l’insécurité ?
Le départ des Occidentaux n’a pas fait disparaître la menace.
La rupture avec la France et le retrait progressif d’autres partenaires occidentaux ont été présentés par les autorités nigériennes comme une étape nécessaire pour reprendre le contrôle de la politique sécuritaire du pays. Mais le départ des anciennes forces étrangères n’a pas entraîné la disparition des groupes armés actifs dans les zones frontalières.
Le Niger reste exposé aux violences jihadistes, particulièrement dans les régions proches du Mali et du Burkina Faso, mais également dans la zone du bassin du lac Tchad. Des groupes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara et à Al-Qaïda au Sahel continuent d’exploiter les fragilités des espaces ruraux, les difficultés de contrôle des frontières et les tensions communautaires.
La question n’est donc plus seulement celle du choix d’un partenaire étranger. Elle porte aussi sur la capacité des forces nigériennes à assurer durablement la sécurité du territoire, à protéger les populations et à empêcher les groupes armés de reconstituer leurs réseaux.
C’est précisément sur ce point que le nouveau dispositif sécuritaire nigérien reste observé avec attention.
La Russie, partenaire stratégique ou bouclier du pouvoir ?
L’arrivée de l’Africa Corps russe a constitué l’un des changements les plus visibles de la nouvelle politique de défense de Niamey. Pour les autorités nigériennes, cette coopération répond à la volonté de diversifier les soutiens militaires et de réduire la dépendance envers les puissances occidentales.
Mais cette présence alimente également un débat plus large : quelle part de ce partenariat est consacrée à la lutte contre les groupes armés et quelle part contribue à la sécurisation du pouvoir militaire ?
La question s’est retrouvée au centre des discussions d’Africanews Debates consacrées à l’évolution de la stratégie sécuritaire nigérienne. Les échanges ont notamment porté sur le risque de confondre protection du régime et protection du territoire.
La distinction est importante. Une armée peut renforcer la sécurité des institutions sans pour autant parvenir à réduire les violences dans les zones rurales. De même, l’arrivée de nouveaux instructeurs, équipements ou conseillers étrangers ne garantit pas automatiquement une amélioration de la situation sur le terrain.
La coopération russe constitue ainsi une rupture politique majeure, mais son efficacité sécuritaire doit être appréciée à partir de résultats concrets et durables.
Une mutinerie qui vient brouiller le récit de stabilité
La question prend une dimension particulière après les événements survenus à Niamey à la fin du mois d’août. Une mutinerie impliquant des militaires a exposé des tensions au sein même de l’appareil sécuritaire.
Les forces restées loyales aux autorités ont finalement repris le contrôle des sites concernés. Mais l’épisode a rappelé une réalité parfois occultée par les débats sur les alliances internationales : la stabilité d’un régime militaire dépend également de sa cohésion interne.
Pour le pouvoir de Niamey, la maîtrise de la chaîne de commandement constitue donc un enjeu aussi important que la coopération avec Moscou ou Alger.
Quelques semaines plus tard, le général Tiani a d’ailleurs procédé à un remaniement de la hiérarchie militaire. Cette réorganisation illustre les préoccupations liées au contrôle de l’appareil de défense après les tensions apparues au sein des forces armées.
La sécurité du Niger se joue ainsi sur deux fronts : contre les groupes armés qui opèrent dans le pays et autour de ses frontières, mais aussi dans la capacité du pouvoir à maintenir une armée cohérente et disciplinée.
L’AES veut construire une autre architecture sécuritaire.
Autre pilier de la nouvelle stratégie : l’Alliance des États du Sahel. Créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’AES ambitionne de transformer leur coopération en alternative aux dispositifs régionaux et occidentaux qui prévalaient avant les coups d’État militaires dans ces trois pays.
Les trois gouvernements ont progressivement renforcé leur coopération militaire et politique, avec l’objectif affiché de mutualiser leurs capacités face aux groupes armés.
L’enjeu est considérable. Les frontières entre les trois pays sont immenses et difficiles à contrôler. Les groupes jihadistes profitent depuis des années de cette continuité géographique pour circuler, recruter et mener des attaques.
Une meilleure coordination entre les armées pourrait donc constituer un levier important. Mais elle ne règle pas automatiquement les difficultés liées au renseignement, à la logistique, à la présence de l’État dans les zones rurales ou à la protection des populations.
L’AES doit également démontrer que sa coopération peut produire des résultats mesurables au-delà des déclarations politiques et des cérémonies officielles.
Souveraineté : le nouveau mot d’ordre
La stratégie de Niamey repose finalement sur une équation complexe : renforcer la souveraineté tout en ayant recours à des partenaires étrangers.
Le paradoxe n’est qu’apparent. Aucun État sahélien ne peut aujourd’hui ignorer les partenariats extérieurs, qu’ils concernent les armes, la formation, le renseignement, les équipements ou le financement. La véritable question est donc de savoir dans quelle mesure ces partenariats renforcent les capacités nationales plutôt que de créer une nouvelle dépendance.
Le Niger affirme avoir tourné la page de l’ancien modèle sécuritaire. La Russie, l’Algérie et l’AES occupent désormais une place centrale dans son dispositif stratégique. Mais les populations attendent moins des changements de drapeaux que des résultats : moins d’attaques, davantage de sécurité et une présence effective de l’État.
Pour l’heure, le bilan reste difficile à dissocier des nombreuses variables qui traversent le Sahel. La menace jihadiste demeure, les tensions militaires internes ont fait irruption dans le débat et la nouvelle architecture régionale doit encore démontrer sa capacité à produire une sécurité durable.
Niamey a donc changé de partenaires. Reste à savoir si cette nouvelle carte diplomatique et militaire modifiera réellement la réalité vécue par les populations. Car en matière de sécurité, le changement d’allié peut être spectaculaire ; le changement de résultat, lui, se mesure sur le terrain.