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Au Niger, la confrontation entre le pouvoir militaire et ses opposants franchit une nouvelle étape. Le général Abdourahamane Tiani a signé, jeudi 17 septembre 2026, un décret portant déchéance provisoire de la nationalité nigérienne de cinq personnes. Parmi elles figure Ouhoumoudou Mahamadou, ancien Premier ministre de Mohamed Bazoum. Par Éric Ngarlem Toldé.. L’annonce qui a été faite dans la soirée par les autorités nigériennes s’inscrit dans un dispositif juridique mis en place après le coup d’État de juillet 2023. En effet, depuis octobre 2024, la nationalité est devenue l’un des instruments utilisés par les autorités de Niamey contre des personnes qu’elles accusent d’activités portant atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État ou à la sécurité publique. Cinq Nigériens dans le viseur Le décret signé par Abdourahamane Tiani vise Amadou, dit Ange Barou Chekaraou, Ouhoumoudou Mahamadou, Oumarou Moussa Ibrahim, Ousmane Abdoul Moumouni et Boubacar Seyni Souley. L’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou est la figure politique la plus connue de cette nouvelle liste. Selon l’Agence nigérienne de presse, qui rapporte les termes du décret, les cinq personnes sont notamment poursuivies pour diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, « intelligence avec des puissances étrangères », diffamation par voie de communication électronique, participation à une entreprise de démoralisation de l’armée et de la Nation, atteinte à la sûreté de l’État et activités susceptibles de perturber la paix et la sécurité publiques selon l’Agence nigérienne de presse. Toutefois, ces qualifications correspondent aux griefs retenus par les autorités. Elles ne doivent donc pas être présentées comme des condamnations judiciaires définitives. Un dispositif installé depuis 2024 Cette nouvelle mesure ne tombe pas du ciel. Elle repose sur l’ordonnance nᵒ 2024-43 du 27 août 2024, modifiée et complétée par l’ordonnance nᵒ 2024-46 du 7 octobre 2024. Le texte a institué un fichier concernant des personnes, groupes ou entités accusés d’être impliqués dans des actes terroristes ou d’autres infractions portant atteinte aux intérêts stratégiques ou fondamentaux de la Nation, ou susceptibles de troubler gravement la tranquillité et la sécurité publiques. Le pouvoir du général Tiani a commencé à appliquer ce mécanisme à l’automne 2024. Le 10 octobre de cette année-là, neuf personnalités, parmi lesquelles d’anciens responsables politiques et militaires du régime de Mohamed Bazoum, avaient déjà été provisoirement déchues de leur nationalité. Quelques semaines plus tard, d’autres responsables, dont les anciens ministres Hassoumi Massaoudou et Alkache Alhada, figuraient à leur tour parmi les personnes concernées. Une mesure qui s’élargit au fil des mois Le mécanisme n’est manifestement pas resté cantonné aux premières vagues de 2024. En avril 2026, deux nouvelles personnes, Aminata Takoubakoye et Yaya Djibo, avaient fait l’objet d’une déchéance provisoire. Les autorités leur reprochaient notamment la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, ainsi que, dans le cas mentionné par le communiqué, des faits qualifiés d’apologie du terrorisme. En juin 2026, Mariama Djibrine, alias Mayra, avait également été provisoirement déchue de sa nationalité. Le gouvernement lui reprochait notamment la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, l’incitation à la révolte et une prétendue intelligence avec une puissance étrangère. Avec les cinq nouveaux cas annoncés le 17 septembre, le nombre total atteint désormais 25 personnes provisoirement déchues de leur nationalité depuis la mise en place du dispositif, selon l’Agence nigérienne de presse. Une déchéance encore provisoire Il convient toutefois de ne pas confondre déchéance provisoire et perte définitive de la nationalité. Le dispositif nigérien prévoit une procédure dont les effets peuvent évoluer en fonction de l’issue judiciaire des affaires concernées. Autrement dit, les cinq personnes visées par le décret du 17 septembre ne sont pas, à ce stade, définitivement privées de leur nationalité. La mesure annoncée par le pouvoir est provisoire et s’inscrit dans la procédure prévue par les textes adoptés en 2024. Cette nuance juridique est importante. Elle permet de distinguer la décision administrative ou politique prise par les autorités des éventuelles condamnations judiciaires qui pourraient intervenir ultérieurement. Le bras de fer avec les opposants se durcit Depuis la prise du pouvoir par les militaires en juillet 2023, le Niger connaît une profonde recomposition de son paysage politique. Le général Abdourahamane Tiani, arrivé à la tête du pays après le renversement de Mohamed Bazoum, dirige depuis lors les autorités de transition regroupées au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). La rupture avec l’ancien pouvoir demeure particulièrement forte. Plusieurs responsables de l’ancien régime et personnalités critiques du pouvoir militaire se trouvent hors du pays, tandis que les autorités de Niamey continuent de leur reprocher diverses activités considérées comme hostiles à l’État. La déchéance provisoire de nationalité ajoute ainsi une dimension particulièrement lourde à cette confrontation. Elle ne touche plus seulement aux libertés politiques ou aux poursuites judiciaires : elle atteint directement le lien juridique entre l’individu et l’État. À Niamey, une pratique désormais installée Avec 25 personnes provisoirement concernées depuis 2024, la procédure n’apparaît plus comme une mesure exceptionnelle isolée. Elle est devenue un mécanisme régulièrement mobilisé par les autorités nigériennes. Le gouvernement présente ces décisions comme l’application de textes destinés à protéger la sécurité nationale, les intérêts fondamentaux de la Nation et la stabilité du pays. Les personnes visées, elles, sont principalement associées, selon les différentes décisions publiées, à des activités que les autorités considèrent comme hostiles ou dangereuses pour l’État. Le cas d’Ouhoumoudou Mahamadou donne cependant une portée politique particulière à la nouvelle décision. Ancien Premier ministre de Mohamed Bazoum, il appartient aux figures les plus importantes de l’ancien pouvoir. Dans ce bras de fer entre Tiani et ses opposants, la nationalité devient donc un nouvel espace de confrontation. Le pouvoir militaire affirme y voir un outil de protection de l’État. Ses détracteurs peuvent y voir, eux, une nouvelle pression exercée sur les voix dissidentes. Une chose est désormais établie : depuis 2024, la déchéance provisoire de nationalité fait partie de l’arsenal juridique utilisé par les autorités nigériennes contre certaines personnes qu’elles accusent de menacer les intérêts ou la sécurité du pays..⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
L’annonce qui a été faite dans la soirée par les autorités nigériennes s’inscrit dans un dispositif juridique mis en place après le coup d’État de juillet 2023. En effet, depuis octobre 2024, la nationalité est devenue l’un des instruments utilisés par les autorités de Niamey contre des personnes qu’elles accusent d’activités portant atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État ou à la sécurité publique.
Le décret signé par Abdourahamane Tiani vise Amadou, dit Ange Barou Chekaraou, Ouhoumoudou Mahamadou, Oumarou Moussa Ibrahim, Ousmane Abdoul Moumouni et Boubacar Seyni Souley. L’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou est la figure politique la plus connue de cette nouvelle liste.
Selon l’Agence nigérienne de presse, qui rapporte les termes du décret, les cinq personnes sont notamment poursuivies pour diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, « intelligence avec des puissances étrangères », diffamation par voie de communication électronique, participation à une entreprise de démoralisation de l’armée et de la Nation, atteinte à la sûreté de l’État et activités susceptibles de perturber la paix et la sécurité publiques selon l’Agence nigérienne de presse.
Toutefois, ces qualifications correspondent aux griefs retenus par les autorités. Elles ne doivent donc pas être présentées comme des condamnations judiciaires définitives.
Cette nouvelle mesure ne tombe pas du ciel. Elle repose sur l’ordonnance nᵒ 2024-43 du 27 août 2024, modifiée et complétée par l’ordonnance nᵒ 2024-46 du 7 octobre 2024. Le texte a institué un fichier concernant des personnes, groupes ou entités accusés d’être impliqués dans des actes terroristes ou d’autres infractions portant atteinte aux intérêts stratégiques ou fondamentaux de la Nation, ou susceptibles de troubler gravement la tranquillité et la sécurité publiques.
Le pouvoir du général Tiani a commencé à appliquer ce mécanisme à l’automne 2024. Le 10 octobre de cette année-là, neuf personnalités, parmi lesquelles d’anciens responsables politiques et militaires du régime de Mohamed Bazoum, avaient déjà été provisoirement déchues de leur nationalité.
Quelques semaines plus tard, d’autres responsables, dont les anciens ministres Hassoumi Massaoudou et Alkache Alhada, figuraient à leur tour parmi les personnes concernées.
Le mécanisme n’est manifestement pas resté cantonné aux premières vagues de 2024. En avril 2026, deux nouvelles personnes, Aminata Takoubakoye et Yaya Djibo, avaient fait l’objet d’une déchéance provisoire. Les autorités leur reprochaient notamment la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, ainsi que, dans le cas mentionné par le communiqué, des faits qualifiés d’apologie du terrorisme.
En juin 2026, Mariama Djibrine, alias Mayra, avait également été provisoirement déchue de sa nationalité. Le gouvernement lui reprochait notamment la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public, l’incitation à la révolte et une prétendue intelligence avec une puissance étrangère.
Avec les cinq nouveaux cas annoncés le 17 septembre, le nombre total atteint désormais 25 personnes provisoirement déchues de leur nationalité depuis la mise en place du dispositif, selon l’Agence nigérienne de presse.
Il convient toutefois de ne pas confondre déchéance provisoire et perte définitive de la nationalité. Le dispositif nigérien prévoit une procédure dont les effets peuvent évoluer en fonction de l’issue judiciaire des affaires concernées.
Autrement dit, les cinq personnes visées par le décret du 17 septembre ne sont pas, à ce stade, définitivement privées de leur nationalité. La mesure annoncée par le pouvoir est provisoire et s’inscrit dans la procédure prévue par les textes adoptés en 2024.
Cette nuance juridique est importante. Elle permet de distinguer la décision administrative ou politique prise par les autorités des éventuelles condamnations judiciaires qui pourraient intervenir ultérieurement.
Depuis la prise du pouvoir par les militaires en juillet 2023, le Niger connaît une profonde recomposition de son paysage politique. Le général Abdourahamane Tiani, arrivé à la tête du pays après le renversement de Mohamed Bazoum, dirige depuis lors les autorités de transition regroupées au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).
La rupture avec l’ancien pouvoir demeure particulièrement forte. Plusieurs responsables de l’ancien régime et personnalités critiques du pouvoir militaire se trouvent hors du pays, tandis que les autorités de Niamey continuent de leur reprocher diverses activités considérées comme hostiles à l’État.
La déchéance provisoire de nationalité ajoute ainsi une dimension particulièrement lourde à cette confrontation. Elle ne touche plus seulement aux libertés politiques ou aux poursuites judiciaires : elle atteint directement le lien juridique entre l’individu et l’État.
Avec 25 personnes provisoirement concernées depuis 2024, la procédure n’apparaît plus comme une mesure exceptionnelle isolée. Elle est devenue un mécanisme régulièrement mobilisé par les autorités nigériennes.
Le gouvernement présente ces décisions comme l’application de textes destinés à protéger la sécurité nationale, les intérêts fondamentaux de la Nation et la stabilité du pays. Les personnes visées, elles, sont principalement associées, selon les différentes décisions publiées, à des activités que les autorités considèrent comme hostiles ou dangereuses pour l’État.
Le cas d’Ouhoumoudou Mahamadou donne cependant une portée politique particulière à la nouvelle décision. Ancien Premier ministre de Mohamed Bazoum, il appartient aux figures les plus importantes de l’ancien pouvoir.
Dans ce bras de fer entre Tiani et ses opposants, la nationalité devient donc un nouvel espace de confrontation. Le pouvoir militaire affirme y voir un outil de protection de l’État. Ses détracteurs peuvent y voir, eux, une nouvelle pression exercée sur les voix dissidentes. Une chose est désormais établie : depuis 2024, la déchéance provisoire de nationalité fait partie de l’arsenal juridique utilisé par les autorités nigériennes contre certaines personnes qu’elles accusent de menacer les intérêts ou la sécurité du pays.