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Moscou tisse sa toile à Lomé

Moscou tisse sa toile à Lomé. Article écrit par Éric Topona. Publié le 29 juillet 2026à 08h00

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

Éric Topona analyse le renforcement progressif de l’influence russe au Togo et, plus largement, dans le golfe de Guinée.   La rencontre entre Vladimir Poutine et Faure Gnassingbé à Moscou en novembre 2025 a marqué une nouvelle étape dans ce rapprochement, avec la volonté affichée de renforcer la coopération politique, économique, éducative et sécuritaire. . Le 8 décembre 2025, s’ouvrait à Lomé le 9ᵉ Congrès panafricain autour du thème : « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales ». Cette rencontre, organisée un siècle après la première du genre à Accra (sous l’impulsion de l’un des pères fondateurs du mouvement panafricaniste, Kwame N’krumah), a drainé grand monde. À l’invitation de Robert Dussey, le chef de la diplomatie togolaise, plusieurs activistes de la galaxie panafricaniste furent conviés en même temps que de nombreux universitaires et des activistes de la diaspora africaine. Il faut relever que parmi ceux-ci, certains sont notoirement connus pour leur proximité avec Moscou depuis l’ère Evgueni Prigojine jusqu’aux régimes actuels de l’Alliance des États du Sahel (AES). Proximité avec la propagande russe Il faut relever que depuis quelques années, la diplomatie togolaise s’est particulièrement illustrée par sa mobilisation pour la promotion de ce mouvement qui se présente comme un cadre d’impulsion de la « Renaissance africaine ». Un concept aux contours flous, promu en son temps par l’ex-chef d’État sud-africain Thabo Mbeki. Mais s’il y a une orientation de ce discours que ses promoteurs présentent comme la voie vers un renouveau idéologique en Afrique, c’est sa proximité avec la propagande officielle russe.  Celle-ci, dans son catéchisme actuel, vante son anticolonialisme comme contrepoids aux relations séculaires entre l’Afrique et l’Occident, notamment l’Europe, et prétend accompagner les peuples africains dans leur combat pour une « libération effective » de l’Afrique, et leur accession à une « souveraineté véritable ». Il faut donc remonter à la préparation de ce terrain idéologique, pour comprendre la nouvelle orientation que semble prendre la diplomatie togolaise dans sa relation avec Moscou. En effet, comme preuve en fut faite depuis l’année 2025, le Togo ne s’illustre pas seulement comme l’un des nouveaux terrains du déploiement de la diplomatie russe en Afrique. Le pays de Faure Gnassingbé est aussi devenu l’une de ses portes d’entrée vers les partenaires africains de Moscou que pénalise l’impossibilité géostratégique d’accès à la mer. À cet égard, l’implantation d’une unité de l’Africa Corps à Lomé est loin d’être anodine, au-delà de la dynamique diplomatique enclenchée en 2025 par les présidents Vladimir Poutine et Faure Gnassingbé, à travers la signature d’accords de coopération dans des domaines aussi divers que l’agriculture, la formation, le renseignement. Montée en puissance du volet militaire de la coopération avec la Russie  Il n’en demeure pas moins que le volet militaire de cette coopération ne cesse de monter en puissance.  Il ne s’agit pas seulement des intérêts militaires entre les deux pays. Mais aussi, et surtout, du déploiement de Moscou vers les voisins de Lomé. C’est ainsi que le Togo a été mis à contribution en juin 2025 pour la livraison d’une cargaison d’armes à Conakry, en dépit des sanctions américaines.   Dans un passé récent, un navire russe, le Britinev, a accosté au port de Lomé pour une livraison de matériel militaire destiné aux troupes russes de l’Africa Corps. Si l’intensification de la coopération militaire entre les deux pays s’inscrit dans le droit souverain pour le Togo de diversifier ses partenaires, y compris au plan militaire, on ne peut pas manquer de s’interroger sur l’avenir de ce rapprochement. Des interrogations sur l’efficacité d’Africa Corps Certes, il faut relever que le Togo, à l’instar de la quasi-totalité des pays de l’Afrique de l’Ouest, se heurte à ses frontières à la montée de la menace régionale qu’incarne le terrorisme djihadiste. Toutefois, le choix de ce rapprochement par Lomé ne manque pas de susciter des interrogations au moment où l’efficacité des actions de l’Africa Corps est largement remise en question dans les pays voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les échecs cuisants de ses hommes sur les théâtres d’opérations, les difficultés que continuent d’éprouver les forces de défense et de sécurité de ces pays dans la fourniture par la Russie d’un renseignement prévisionnel de qualité, ne sont pas étrangers à la progression des groupes terroristes dans ces pays. Tant et si bien qu’au sein des troupes des pays de l’AES, du commandement militaire, des populations, le mythe de l’invincibilité des Russes ne cesse de décliner. L’image de la Russie écornée Mais outre ce discrédit rampant, l’enrôlement dans les forces armées russes de migrants africains a considérablement écorné l’image de la Russie sur le continent africain. Au prétexte fallacieux de répondre à une immigration de travail, de nombreux Africains ont été déportés sur le front de guerre où certains se verront contraints de servir de chair à canon ; lorsqu’ils ne se seront pas vu imposer des tâches logistiques des plus ingrates. Les « maisons de la Russie », qui étaient supposées servir à la diffusion d’un « soft power » russe et slave en Afrique, sont de plus en plus perçues comme des antichambres d’une mobilisation militaire d’Africains, pour une guerre qui n’a jamais été le motif de leur volonté d’émigration. Ce nouvel âge de la coopération entre Lomé et Moscou n’est pas sans lien avec les ambitions stratégiques de la Russie de Vladimir Poutine en Afrique. Cependant, on peut douter qu’elles connaîtront les mêmes dérives que dans les pays voisins. La résilience du peuple togolais, et les limites factuelles de l’efficacité de la coopération militaire de la Russie avec l’Afrique, permettent d’en douter. Ce d’autant plus que l’enlisement de la Russie dans sa guerre d’agression contre l’Ukraine suscite d’ores et déjà doutes et perplexité au sein de sa propre population. C’est pourquoi, fin juillet 2026, plusieurs partis d’opposition togolais et organisations de la société civile ont publiquement dénoncé la présence présumée de membres de l’Africa Corps russe ainsi que d’éléments de la société militaire privée turque Sadat dans le nord du Togo..

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

Éric Topona analyse le renforcement progressif de l’influence russe au Togo et, plus largement, dans le golfe de Guinée.   La rencontre entre Vladimir Poutine et Faure Gnassingbé à Moscou en novembre 2025 a marqué une nouvelle étape dans ce rapprochement, avec la volonté affichée de renforcer la coopération politique, économique, éducative et sécuritaire. 

Le 8 décembre 2025, s’ouvrait à Lomé le 9ᵉ Congrès panafricain autour du thème : « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales ». Cette rencontre, organisée un siècle après la première du genre à Accra (sous l’impulsion de l’un des pères fondateurs du mouvement panafricaniste, Kwame N’krumah), a drainé grand monde. À l’invitation de Robert Dussey, le chef de la diplomatie togolaise, plusieurs activistes de la galaxie panafricaniste furent conviés en même temps que de nombreux universitaires et des activistes de la diaspora africaine. Il faut relever que parmi ceux-ci, certains sont notoirement connus pour leur proximité avec Moscou depuis l’ère Evgueni Prigojine jusqu’aux régimes actuels de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Proximité avec la propagande russe

Il faut relever que depuis quelques années, la diplomatie togolaise s’est particulièrement illustrée par sa mobilisation pour la promotion de ce mouvement qui se présente comme un cadre d’impulsion de la « Renaissance africaine ». Un concept aux contours flous, promu en son temps par l’ex-chef d’État sud-africain Thabo Mbeki.

Mais s’il y a une orientation de ce discours que ses promoteurs présentent comme la voie vers un renouveau idéologique en Afrique, c’est sa proximité avec la propagande officielle russe.  Celle-ci, dans son catéchisme actuel, vante son anticolonialisme comme contrepoids aux relations séculaires entre l’Afrique et l’Occident, notamment l’Europe, et prétend accompagner les peuples africains dans leur combat pour une « libération effective » de l’Afrique, et leur accession à une « souveraineté véritable ».

Il faut donc remonter à la préparation de ce terrain idéologique, pour comprendre la nouvelle orientation que semble prendre la diplomatie togolaise dans sa relation avec Moscou.

En effet, comme preuve en fut faite depuis l’année 2025, le Togo ne s’illustre pas seulement comme l’un des nouveaux terrains du déploiement de la diplomatie russe en Afrique. Le pays de Faure Gnassingbé est aussi devenu l’une de ses portes d’entrée vers les partenaires africains de Moscou que pénalise l’impossibilité géostratégique d’accès à la mer. À cet égard, l’implantation d’une unité de l’Africa Corps à Lomé est loin d’être anodine, au-delà de la dynamique diplomatique enclenchée en 2025 par les présidents Vladimir Poutine et Faure Gnassingbé, à travers la signature d’accords de coopération dans des domaines aussi divers que l’agriculture, la formation, le renseignement.

Montée en puissance du volet militaire de la coopération avec la Russie

 Il n’en demeure pas moins que le volet militaire de cette coopération ne cesse de monter en puissance.  Il ne s’agit pas seulement des intérêts militaires entre les deux pays. Mais aussi, et surtout, du déploiement de Moscou vers les voisins de Lomé. C’est ainsi que le Togo a été mis à contribution en juin 2025 pour la livraison d’une cargaison d’armes à Conakry, en dépit des sanctions américaines.   Dans un passé récent, un navire russe, le Britinev, a accosté au port de Lomé pour une livraison de matériel militaire destiné aux troupes russes de l’Africa Corps. Si l’intensification de la coopération militaire entre les deux pays s’inscrit dans le droit souverain pour le Togo de diversifier ses partenaires, y compris au plan militaire, on ne peut pas manquer de s’interroger sur l’avenir de ce rapprochement.

Des interrogations sur l’efficacité d’Africa Corps

Certes, il faut relever que le Togo, à l’instar de la quasi-totalité des pays de l’Afrique de l’Ouest, se heurte à ses frontières à la montée de la menace régionale qu’incarne le terrorisme djihadiste. Toutefois, le choix de ce rapprochement par Lomé ne manque pas de susciter des interrogations au moment où l’efficacité des actions de l’Africa Corps est largement remise en question dans les pays voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les échecs cuisants de ses hommes sur les théâtres d’opérations, les difficultés que continuent d’éprouver les forces de défense et de sécurité de ces pays dans la fourniture par la Russie d’un renseignement prévisionnel de qualité, ne sont pas étrangers à la progression des groupes terroristes dans ces pays. Tant et si bien qu’au sein des troupes des pays de l’AES, du commandement militaire, des populations, le mythe de l’invincibilité des Russes ne cesse de décliner.

L’image de la Russie écornée

Mais outre ce discrédit rampant, l’enrôlement dans les forces armées russes de migrants africains a considérablement écorné l’image de la Russie sur le continent africain. Au prétexte fallacieux de répondre à une immigration de travail, de nombreux Africains ont été déportés sur le front de guerre où certains se verront contraints de servir de chair à canon ; lorsqu’ils ne se seront pas vu imposer des tâches logistiques des plus ingrates. Les « maisons de la Russie », qui étaient supposées servir à la diffusion d’un « soft power » russe et slave en Afrique, sont de plus en plus perçues comme des antichambres d’une mobilisation militaire d’Africains, pour une guerre qui n’a jamais été le motif de leur volonté d’émigration.

Ce nouvel âge de la coopération entre Lomé et Moscou n’est pas sans lien avec les ambitions stratégiques de la Russie de Vladimir Poutine en Afrique. Cependant, on peut douter qu’elles connaîtront les mêmes dérives que dans les pays voisins. La résilience du peuple togolais, et les limites factuelles de l’efficacité de la coopération militaire de la Russie avec l’Afrique, permettent d’en douter. Ce d’autant plus que l’enlisement de la Russie dans sa guerre d’agression contre l’Ukraine suscite d’ores et déjà doutes et perplexité au sein de sa propre population.

C’est pourquoi, fin juillet 2026, plusieurs partis d’opposition togolais et organisations de la société civile ont publiquement dénoncé la présence présumée de membres de l’Africa Corps russe ainsi que d’éléments de la société militaire privée turque Sadat dans le nord du Togo.

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