Le souffle de l'info en un clic

Moral économique : l’Afrique reprend confiance… mais le Tchad reste dans le rouge

Moral économique : l’Afrique reprend confiance… mais le Tchad reste dans le rouge. Article écrit par Èric Ngarlem Toldé. Publié le 11 août 2026à 12h21

⏱ Temps de lecture estimé : 13 minutes

L’optimisme économique gagne du terrain chez les jeunes Africains. Entre 2024 et 2026, la proportion des 18-24 ans estimant que l’économie de leur pays évolue dans la bonne direction a presque doublé, passant de 26 % à 45 %. Mais derrière cette embellie continentale se dessine une fracture saisissante : pendant que le Burkina Faso, le Rwanda, la Somalie ou encore le Ghana affichent des niveaux de confiance élevés, plusieurs grandes économies et marchés de consommation restent englués dans le pessimisme. Le Tchad figure parmi les plus mal classés. Par Éric Ngarlem Toldé.. Le moral économique de la jeunesse africaine connaît un spectaculaire redressement. Après plusieurs années marquées par l’inflation, la crise du pouvoir d’achat, les difficultés d’accès à l’emploi et les incertitudes politiques, les jeunes du continent semblent retrouver une partie de leur confiance dans l’avenir. Selon les résultats de l’African Youth Survey 2026, cités par l’Agence Ecofin, 45 % des Africains âgés de 18 à 24 ans considèrent désormais que l’économie de leur pays va dans la bonne direction. Ils n’étaient que 26 % à partager cette opinion en 2024. Le mouvement est d’autant plus significatif que la période écoulée a été particulièrement éprouvante pour de nombreux ménages africains. L’inflation, la dépréciation de certaines monnaies, la hausse du coût des denrées alimentaires et les difficultés d’insertion professionnelle ont fortement pesé sur les perspectives de la jeunesse. Pourtant, l’édition 2026 de l’enquête révèle un retournement du sentiment général. La proportion des jeunes qui se disent optimistes ou enthousiastes quant à l’avenir de leur pays est passée de 35 % en 2024 à 51 % en 2026. Autrement dit, en deux ans, l’Afrique des 18-24 ans semble avoir retrouvé une bonne dose d’espoir. Une enquête menée dans 16 pays africains Cette évolution ressort de l’African Youth Survey, une enquête biennale réalisée par le cabinet d’études PSB Insights pour la Ichikowitz Family Foundation, fondation sud-africaine à l’origine de cette étude consacrée aux perceptions et aux aspirations de la jeunesse africaine. L’édition 2026 a été réalisée en mars dernier. Au total, 4 901 jeunes âgés de 18 à 24 ans ont été interrogés en face à face dans 16 pays africains, soit environ 300 personnes par pays. L’enquête permet ainsi de mesurer non seulement l’état d’esprit actuel de cette génération, mais également son évolution par rapport aux précédentes éditions. Et le constat général est plutôt encourageant : la confiance progresse. Cette embellie subjective n’est d’ailleurs pas totalement déconnectée de la réalité macroéconomique. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance de 4,3 % en Afrique subsaharienne en 2026, contre 3,2 % en 2023. Selon les projections citées par l’Agence Ecofin, 21 pays africains devraient enregistrer une croissance supérieure à 5 %. Sur le front des prix, la situation reste également moins explosive qu’au plus fort de la crise inflationniste. L’inflation régionale, qui avait atteint environ 22 % en 2024, son niveau le plus élevé depuis 1994, devrait se stabiliser autour de 9 % en 2026, selon les données de la Banque mondiale rapportées par Ecofin. Ces indicateurs contribuent à expliquer pourquoi une partie de la jeunesse africaine commence à regarder l’avenir avec davantage de confiance. Mais cette moyenne continentale cache une réalité autrement plus contrastée. Burkina Faso, Rwanda, Somalie : le trio de tête Tous les jeunes Africains ne partagent pas le même degré d’optimisme. Dans certains pays, la confiance atteint des niveaux particulièrement élevés. Le Burkina Faso arrive en tête : 83 % des jeunes interrogés estiment que l’économie de leur pays évolue dans la bonne direction. Le Rwanda et la Somalie suivent avec 79 %. Le Ghana, autrefois confronté à de sévères difficultés économiques, affiche également un niveau d’optimisme remarquable, avec 72 % des jeunes qui considèrent l’orientation économique de leur pays comme positive. Ces chiffres traduisent un phénomène important : l’amélioration du moral économique ne se limite pas à quelques économies traditionnellement considérées comme les plus performantes du continent. Elle touche également des pays qui ont traversé des périodes de fortes turbulences économiques et sociales. Le Ghana constitue à cet égard un cas particulièrement intéressant. La progression du sentiment positif y accompagne une diminution de certaines préoccupations liées à l’emploi et aux perspectives économiques. La jeunesse ne regarde donc pas uniquement les indicateurs de croissance. Elle évalue surtout ce qu’elle ressent dans sa vie quotidienne : possibilité de trouver un emploi, capacité à subvenir à ses besoins, perspective d’améliorer son niveau de vie et confiance dans l’avenir. C’est précisément sur ce terrain que les écarts entre pays deviennent particulièrement révélateurs. Le Tchad parmi les pays où le pessimisme domine Si l’Afrique reprend confiance, le Tchad, lui, semble regarder cette embellie depuis le bord du chemin. Selon les données de l’African Youth Survey 2026 citées par Ecofin, 77 % des jeunes Tchadiens interrogés considèrent que l’économie de leur pays va dans la mauvaise direction. Le Tchad se retrouve ainsi parmi les pays affichant les niveaux de pessimisme les plus élevés de l’échantillon. Il est devancé, dans cette catégorie, par le Mozambique, où 82 % des jeunes jugent l’économie mal orientée, et par le Kenya, avec 79 %. Le Nigeria suit avec 76 %, tandis que l’Afrique du Sud atteint 74 %. Le contraste est saisissant Pendant que le Burkina Faso affiche 83 % de perceptions positives, le Tchad enregistre 77 % de perceptions négatives. À quelques milliers de kilomètres de distance, deux jeunesses africaines semblent donc regarder le même continent à travers deux fenêtres radicalement différentes. Cette situation pose une question centrale : pourquoi la dynamique continentale de reprise du moral économique ne semble-t-elle pas bénéficier de la même manière aux jeunes Tchadiens ? L’enquête ne fournit pas, à elle seule, toutes les réponses. Mais elle donne une indication essentielle : l’emploi demeure l’un des principaux facteurs susceptibles de faire basculer l’opinion. L’emploi, le véritable thermomètre du moral Pour comprendre les évolutions observées entre 2024 et 2026, il faut regarder du côté du marché du travail. Dans plusieurs pays, la baisse des inquiétudes liées au chômage s’accompagne directement d’une amélioration de la perception générale de la situation nationale. En Éthiopie, la préoccupation liée au chômage recule de 44 points par rapport à 2024. Dans le même temps, le sentiment positif sur la direction du pays progresse fortement. Même phénomène en Zambie, où la préoccupation liée au chômage baisse de 41 points. Au Ghana, elle recule de 34 points, tandis qu’au Nigeria, la diminution atteint 31 points. Ces évolutions ne semblent donc pas relever d’un simple changement d’humeur. « Ces bascules sont renforcées par des mouvements sur d’autres indicateurs », explique à l’Agence Ecofin Ivor Ichikowitz, fondateur de l’enquête. Selon lui, la convergence de plusieurs indicateurs permet de considérer le mouvement comme une évolution plus large de l’opinion plutôt qu’une simple anomalie statistique. La conclusion est claire : lorsqu’un jeune perçoit une amélioration de ses chances d’accéder à un emploi, son regard sur l’économie et sur l’avenir de son pays tend également à s’améliorer. À l’inverse, lorsque les perspectives professionnelles demeurent bouchées, même une croissance économique positive peut avoir du mal à convaincre. Le paradoxe africain : croissance économique, mais emploi insuffisant C’est l’un des grands paradoxes de nombreuses économies africaines. Un pays peut afficher un taux de croissance respectable sans que cette croissance ne se transforme automatiquement en emplois suffisamment nombreux et suffisamment rémunérateurs pour sa jeunesse. Or, les 18-24 ans constituent une génération particulièrement sensible à cette contradiction. Pour eux, les annonces de croissance, les projections du FMI ou les grands programmes d’investissement ne valent véritablement que s’ils se traduisent par des possibilités concrètes. Un jeune sans emploi ne mange pas une statistique de croissance. Il ne paie pas son loyer avec un taux de croissance. Et il ne construit pas son avenir avec une projection macroéconomique. C’est précisément pourquoi le sentiment sur l’emploi constitue un indicateur politique et social majeur. Lorsque les opportunités apparaissent, la confiance revient. Lorsqu’elles disparaissent, le pessimisme s’installe, parfois durablement. Le Kenya, exception préoccupante Le Kenya constitue toutefois une exception notable à la tendance générale. Selon l’enquête, il est le seul pays suivi depuis 2020 dans lequel l’optimisme concernant la direction du pays recule par rapport à la vague précédente. La situation économique des ménages semble jouer un rôle important dans cette évolution. 67 % des jeunes Kényans citent le manque d’opportunités d’emploi parmi leurs principales préoccupations. Le Kenya affiche également, avec 27 %, la proportion la plus élevée de jeunes ouvertement pessimistes, devant l’Afrique du Sud, où cette proportion atteint 24 %. Ces chiffres montrent que l’amélioration du moral économique n’est pas irréversible. Une dégradation des conditions de vie, une pression accrue sur les revenus ou une contraction des possibilités d’emploi peuvent rapidement faire basculer les perceptions. La cherté de la vie n’a pas disparu. Il serait donc prématuré de conclure que l’Afrique a définitivement tourné la page de la crise du pouvoir d’achat. L’African Youth Survey 2026 apporte une nuance importante. Toutes vagues confondues, la cherté de la vie reste l’événement considéré comme le plus marquant des cinq dernières années par 27 % des personnes interrogées. La hausse du moral ne signifie donc pas que les difficultés économiques ont disparu. Elle signifie plutôt qu’une partie de la jeunesse commence à percevoir des signes d’amélioration ou nourrit de nouveau l’espoir d’une évolution favorable. Cette distinction est fondamentale. On peut être optimiste quant à demain tout en ayant du mal à payer ses dépenses aujourd’hui. On peut croire en la capacité de son pays à progresser tout en étant confronté quotidiennement au chômage, à l’inflation ou à la précarité. L’optimisme des jeunes Africains ne doit donc pas être interprété comme un bulletin de satisfaction adressé sans réserve aux gouvernements. Il s’agit davantage d’un capital d’espoir, encore fragile, que les pouvoirs publics devront transformer en résultats concrets. L’Afrique devient plus optimiste, mais aussi plus polarisée. Autre élément à ne pas négliger : si l’optimisme progresse, le pessimisme progresse également. La part des jeunes Africains qui se déclarent pessimistes atteint 12 % en 2026, soit son niveau le plus élevé depuis 2020. Le continent ne devient donc pas simplement plus optimiste. Il devient aussi plus polarisé. Une partie de la jeunesse croit davantage en l’avenir tandis qu’une autre, confrontée à des difficultés persistantes, s’enfonce dans le pessimisme. Cette polarisation est particulièrement visible dans les pays où les écarts sociaux et économiques demeurent importants. Elle constitue un avertissement pour les gouvernements : l’amélioration de quelques indicateurs macroéconomiques ne suffit pas nécessairement à convaincre l’ensemble de la population. La question fondamentale reste celle de la distribution des fruits de la croissance. Qui bénéficie de la croissance ? Qui accède aux emplois ? Qui peut créer une entreprise ? Qui peut se loger, se soigner et se nourrir correctement ? Et surtout, qui peut encore croire que son avenir sera meilleur que celui de la génération précédente ? Le cas tchadien interpelle. Pour le Tchad, les résultats de cette enquête devraient constituer davantage qu’un simple chiffre dans un classement africain. Avec 77 % de jeunes estimant que l’économie évolue dans la mauvaise direction, le signal envoyé par cette génération est particulièrement préoccupant. Il ne s’agit pas nécessairement d’un rejet global de l’avenir du pays. Mais il révèle une perception largement négative de la situation économique actuelle. Dans un pays où la jeunesse représente une part considérable de la population, cette perception ne peut être ignorée. Le défi est d’autant plus important que le développement économique ne se mesure pas uniquement à la croissance du produit intérieur brut ou à l’augmentation des investissements. Il se mesure aussi à la capacité d’une économie à donner à sa jeunesse un emploi, un revenu, une perspective et une raison de croire en demain. Le problème n’est donc pas seulement économique. Il est aussi social, politique et générationnel. Une jeunesse qui ne voit aucune perspective professionnelle finit naturellement par questionner la trajectoire de son pays. Une enquête à lire avec prudence Les résultats doivent néanmoins être interprétés avec précaution. L’échantillon représente environ 300 personnes par pays, ce qui impose de ne pas surinterpréter les différences faibles entre deux pays. Par ailleurs, les comparaisons historiques depuis 2020 ne peuvent être effectuées que pour les huit pays présents dans chacune des vagues successives. Il faut donc distinguer les tendances lourdes des variations statistiques ponctuelles. Mais malgré ces précautions méthodologiques, la tendance générale ressort clairement : le moral économique de la jeunesse africaine s’améliore en 2026. La question désormais posée aux gouvernements est de savoir si cet optimisme pourra être transformé en confiance durable. L’espoir est revenu. Reste à lui donner un emploi. L’African Youth Survey 2026 livre finalement une photographie nuancée de l’Afrique. D’un côté, une jeunesse qui retrouve progressivement confiance, portée par de meilleures perspectives économiques dans plusieurs pays et par une baisse des inquiétudes liées au chômage. De l’autre, des millions de jeunes qui continuent de subir la cherté de la vie, l’insuffisance des opportunités professionnelles et le sentiment que la croissance profite davantage aux statistiques qu’à leur quotidien. Le contraste entre le Burkina Faso, à 83 % de perceptions positives, et le Tchad, où 77 % des jeunes jugent l’économie mal orientée, illustre l’ampleur des disparités. Le continent ne manque donc pas seulement de croissance. Il cherche encore la bonne manière de transformer cette croissance en espoir concret. Car derrière les pourcentages, les courbes et les projections économiques, il y a une génération qui attend surtout une chose : pouvoir travailler, vivre dignement et croire que son avenir ne sera pas une éternelle promesse. L’Afrique a retrouvé le sourire économique. Mais pour une partie de sa jeunesse, le sourire reste encore coincé au contrôle des frontières. Cette version peut aussi être adaptée en article d’investigation davantage centré sur le Tchad, avec un titre encore plus incisif et un angle « Pourquoi les jeunes Tchadiens sont-ils parmi les plus pessimistes d’Afrique ? »..

⏱ Temps de lecture estimé : 13 minutes

L’optimisme économique gagne du terrain chez les jeunes Africains. Entre 2024 et 2026, la proportion des 18-24 ans estimant que l’économie de leur pays évolue dans la bonne direction a presque doublé, passant de 26 % à 45 %. Mais derrière cette embellie continentale se dessine une fracture saisissante : pendant que le Burkina Faso, le Rwanda, la Somalie ou encore le Ghana affichent des niveaux de confiance élevés, plusieurs grandes économies et marchés de consommation restent englués dans le pessimisme. Le Tchad figure parmi les plus mal classés. Par Éric Ngarlem Toldé.

Le moral économique de la jeunesse africaine connaît un spectaculaire redressement. Après plusieurs années marquées par l’inflation, la crise du pouvoir d’achat, les difficultés d’accès à l’emploi et les incertitudes politiques, les jeunes du continent semblent retrouver une partie de leur confiance dans l’avenir.

Selon les résultats de l’African Youth Survey 2026, cités par l’Agence Ecofin, 45 % des Africains âgés de 18 à 24 ans considèrent désormais que l’économie de leur pays va dans la bonne direction. Ils n’étaient que 26 % à partager cette opinion en 2024.

Le mouvement est d’autant plus significatif que la période écoulée a été particulièrement éprouvante pour de nombreux ménages africains. L’inflation, la dépréciation de certaines monnaies, la hausse du coût des denrées alimentaires et les difficultés d’insertion professionnelle ont fortement pesé sur les perspectives de la jeunesse.

Pourtant, l’édition 2026 de l’enquête révèle un retournement du sentiment général. La proportion des jeunes qui se disent optimistes ou enthousiastes quant à l’avenir de leur pays est passée de 35 % en 2024 à 51 % en 2026.

Autrement dit, en deux ans, l’Afrique des 18-24 ans semble avoir retrouvé une bonne dose d’espoir.

Une enquête menée dans 16 pays africains

Cette évolution ressort de l’African Youth Survey, une enquête biennale réalisée par le cabinet d’études PSB Insights pour la Ichikowitz Family Foundation, fondation sud-africaine à l’origine de cette étude consacrée aux perceptions et aux aspirations de la jeunesse africaine.

L’édition 2026 a été réalisée en mars dernier. Au total, 4 901 jeunes âgés de 18 à 24 ans ont été interrogés en face à face dans 16 pays africains, soit environ 300 personnes par pays.

L’enquête permet ainsi de mesurer non seulement l’état d’esprit actuel de cette génération, mais également son évolution par rapport aux précédentes éditions.

Et le constat général est plutôt encourageant : la confiance progresse.

Cette embellie subjective n’est d’ailleurs pas totalement déconnectée de la réalité macroéconomique. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance de 4,3 % en Afrique subsaharienne en 2026, contre 3,2 % en 2023. Selon les projections citées par l’Agence Ecofin, 21 pays africains devraient enregistrer une croissance supérieure à 5 %.

Sur le front des prix, la situation reste également moins explosive qu’au plus fort de la crise inflationniste. L’inflation régionale, qui avait atteint environ 22 % en 2024, son niveau le plus élevé depuis 1994, devrait se stabiliser autour de 9 % en 2026, selon les données de la Banque mondiale rapportées par Ecofin.

Ces indicateurs contribuent à expliquer pourquoi une partie de la jeunesse africaine commence à regarder l’avenir avec davantage de confiance.

Mais cette moyenne continentale cache une réalité autrement plus contrastée.

Burkina Faso, Rwanda, Somalie : le trio de tête

Tous les jeunes Africains ne partagent pas le même degré d’optimisme.

Dans certains pays, la confiance atteint des niveaux particulièrement élevés.

Le Burkina Faso arrive en tête : 83 % des jeunes interrogés estiment que l’économie de leur pays évolue dans la bonne direction.

Le Rwanda et la Somalie suivent avec 79 %.

Le Ghana, autrefois confronté à de sévères difficultés économiques, affiche également un niveau d’optimisme remarquable, avec 72 % des jeunes qui considèrent l’orientation économique de leur pays comme positive.

Ces chiffres traduisent un phénomène important : l’amélioration du moral économique ne se limite pas à quelques économies traditionnellement considérées comme les plus performantes du continent.

Elle touche également des pays qui ont traversé des périodes de fortes turbulences économiques et sociales.

Le Ghana constitue à cet égard un cas particulièrement intéressant. La progression du sentiment positif y accompagne une diminution de certaines préoccupations liées à l’emploi et aux perspectives économiques.

La jeunesse ne regarde donc pas uniquement les indicateurs de croissance. Elle évalue surtout ce qu’elle ressent dans sa vie quotidienne : possibilité de trouver un emploi, capacité à subvenir à ses besoins, perspective d’améliorer son niveau de vie et confiance dans l’avenir.

C’est précisément sur ce terrain que les écarts entre pays deviennent particulièrement révélateurs.

Le Tchad parmi les pays où le pessimisme domine

Si l’Afrique reprend confiance, le Tchad, lui, semble regarder cette embellie depuis le bord du chemin.

Selon les données de l’African Youth Survey 2026 citées par Ecofin, 77 % des jeunes Tchadiens interrogés considèrent que l’économie de leur pays va dans la mauvaise direction.

Le Tchad se retrouve ainsi parmi les pays affichant les niveaux de pessimisme les plus élevés de l’échantillon.

Il est devancé, dans cette catégorie, par le Mozambique, où 82 % des jeunes jugent l’économie mal orientée, et par le Kenya, avec 79 %. Le Nigeria suit avec 76 %, tandis que l’Afrique du Sud atteint 74 %.

Le contraste est saisissant

Pendant que le Burkina Faso affiche 83 % de perceptions positives, le Tchad enregistre 77 % de perceptions négatives.

À quelques milliers de kilomètres de distance, deux jeunesses africaines semblent donc regarder le même continent à travers deux fenêtres radicalement différentes.

Cette situation pose une question centrale : pourquoi la dynamique continentale de reprise du moral économique ne semble-t-elle pas bénéficier de la même manière aux jeunes Tchadiens ?

L’enquête ne fournit pas, à elle seule, toutes les réponses. Mais elle donne une indication essentielle : l’emploi demeure l’un des principaux facteurs susceptibles de faire basculer l’opinion.

L’emploi, le véritable thermomètre du moral

Pour comprendre les évolutions observées entre 2024 et 2026, il faut regarder du côté du marché du travail.

Dans plusieurs pays, la baisse des inquiétudes liées au chômage s’accompagne directement d’une amélioration de la perception générale de la situation nationale.

En Éthiopie, la préoccupation liée au chômage recule de 44 points par rapport à 2024. Dans le même temps, le sentiment positif sur la direction du pays progresse fortement.

Même phénomène en Zambie, où la préoccupation liée au chômage baisse de 41 points.

Au Ghana, elle recule de 34 points, tandis qu’au Nigeria, la diminution atteint 31 points.

Ces évolutions ne semblent donc pas relever d’un simple changement d’humeur.

« Ces bascules sont renforcées par des mouvements sur d’autres indicateurs », explique à l’Agence Ecofin Ivor Ichikowitz, fondateur de l’enquête. Selon lui, la convergence de plusieurs indicateurs permet de considérer le mouvement comme une évolution plus large de l’opinion plutôt qu’une simple anomalie statistique.

La conclusion est claire : lorsqu’un jeune perçoit une amélioration de ses chances d’accéder à un emploi, son regard sur l’économie et sur l’avenir de son pays tend également à s’améliorer.

À l’inverse, lorsque les perspectives professionnelles demeurent bouchées, même une croissance économique positive peut avoir du mal à convaincre.

Le paradoxe africain : croissance économique, mais emploi insuffisant

C’est l’un des grands paradoxes de nombreuses économies africaines.

Un pays peut afficher un taux de croissance respectable sans que cette croissance ne se transforme automatiquement en emplois suffisamment nombreux et suffisamment rémunérateurs pour sa jeunesse.

Or, les 18-24 ans constituent une génération particulièrement sensible à cette contradiction.

Pour eux, les annonces de croissance, les projections du FMI ou les grands programmes d’investissement ne valent véritablement que s’ils se traduisent par des possibilités concrètes.

Un jeune sans emploi ne mange pas une statistique de croissance.

Il ne paie pas son loyer avec un taux de croissance.

Et il ne construit pas son avenir avec une projection macroéconomique.

C’est précisément pourquoi le sentiment sur l’emploi constitue un indicateur politique et social majeur.

Lorsque les opportunités apparaissent, la confiance revient. Lorsqu’elles disparaissent, le pessimisme s’installe, parfois durablement.

Le Kenya, exception préoccupante

Le Kenya constitue toutefois une exception notable à la tendance générale.

Selon l’enquête, il est le seul pays suivi depuis 2020 dans lequel l’optimisme concernant la direction du pays recule par rapport à la vague précédente.

La situation économique des ménages semble jouer un rôle important dans cette évolution.

67 % des jeunes Kényans citent le manque d’opportunités d’emploi parmi leurs principales préoccupations.

Le Kenya affiche également, avec 27 %, la proportion la plus élevée de jeunes ouvertement pessimistes, devant l’Afrique du Sud, où cette proportion atteint 24 %.

Ces chiffres montrent que l’amélioration du moral économique n’est pas irréversible.

Une dégradation des conditions de vie, une pression accrue sur les revenus ou une contraction des possibilités d’emploi peuvent rapidement faire basculer les perceptions.

La cherté de la vie n’a pas disparu.

Il serait donc prématuré de conclure que l’Afrique a définitivement tourné la page de la crise du pouvoir d’achat.

L’African Youth Survey 2026 apporte une nuance importante.

Toutes vagues confondues, la cherté de la vie reste l’événement considéré comme le plus marquant des cinq dernières années par 27 % des personnes interrogées.

La hausse du moral ne signifie donc pas que les difficultés économiques ont disparu.

Elle signifie plutôt qu’une partie de la jeunesse commence à percevoir des signes d’amélioration ou nourrit de nouveau l’espoir d’une évolution favorable.

Cette distinction est fondamentale.

On peut être optimiste quant à demain tout en ayant du mal à payer ses dépenses aujourd’hui.

On peut croire en la capacité de son pays à progresser tout en étant confronté quotidiennement au chômage, à l’inflation ou à la précarité.

L’optimisme des jeunes Africains ne doit donc pas être interprété comme un bulletin de satisfaction adressé sans réserve aux gouvernements.

Il s’agit davantage d’un capital d’espoir, encore fragile, que les pouvoirs publics devront transformer en résultats concrets.

L’Afrique devient plus optimiste, mais aussi plus polarisée.

Autre élément à ne pas négliger : si l’optimisme progresse, le pessimisme progresse également.

La part des jeunes Africains qui se déclarent pessimistes atteint 12 % en 2026, soit son niveau le plus élevé depuis 2020.

Le continent ne devient donc pas simplement plus optimiste.

Il devient aussi plus polarisé.

Une partie de la jeunesse croit davantage en l’avenir tandis qu’une autre, confrontée à des difficultés persistantes, s’enfonce dans le pessimisme.

Cette polarisation est particulièrement visible dans les pays où les écarts sociaux et économiques demeurent importants.

Elle constitue un avertissement pour les gouvernements : l’amélioration de quelques indicateurs macroéconomiques ne suffit pas nécessairement à convaincre l’ensemble de la population.

La question fondamentale reste celle de la distribution des fruits de la croissance.

Qui bénéficie de la croissance ?

Qui accède aux emplois ?

Qui peut créer une entreprise ?

Qui peut se loger, se soigner et se nourrir correctement ?

Et surtout, qui peut encore croire que son avenir sera meilleur que celui de la génération précédente ?

Le cas tchadien interpelle.

Pour le Tchad, les résultats de cette enquête devraient constituer davantage qu’un simple chiffre dans un classement africain.

Avec 77 % de jeunes estimant que l’économie évolue dans la mauvaise direction, le signal envoyé par cette génération est particulièrement préoccupant.

Il ne s’agit pas nécessairement d’un rejet global de l’avenir du pays. Mais il révèle une perception largement négative de la situation économique actuelle.

Dans un pays où la jeunesse représente une part considérable de la population, cette perception ne peut être ignorée.

Le défi est d’autant plus important que le développement économique ne se mesure pas uniquement à la croissance du produit intérieur brut ou à l’augmentation des investissements.

Il se mesure aussi à la capacité d’une économie à donner à sa jeunesse un emploi, un revenu, une perspective et une raison de croire en demain.

Le problème n’est donc pas seulement économique. Il est aussi social, politique et générationnel.

Une jeunesse qui ne voit aucune perspective professionnelle finit naturellement par questionner la trajectoire de son pays.

Une enquête à lire avec prudence

Les résultats doivent néanmoins être interprétés avec précaution.

L’échantillon représente environ 300 personnes par pays, ce qui impose de ne pas surinterpréter les différences faibles entre deux pays.

Par ailleurs, les comparaisons historiques depuis 2020 ne peuvent être effectuées que pour les huit pays présents dans chacune des vagues successives.

Il faut donc distinguer les tendances lourdes des variations statistiques ponctuelles.

Mais malgré ces précautions méthodologiques, la tendance générale ressort clairement : le moral économique de la jeunesse africaine s’améliore en 2026.

La question désormais posée aux gouvernements est de savoir si cet optimisme pourra être transformé en confiance durable.

L’espoir est revenu. Reste à lui donner un emploi.

L’African Youth Survey 2026 livre finalement une photographie nuancée de l’Afrique.

D’un côté, une jeunesse qui retrouve progressivement confiance, portée par de meilleures perspectives économiques dans plusieurs pays et par une baisse des inquiétudes liées au chômage.

De l’autre, des millions de jeunes qui continuent de subir la cherté de la vie, l’insuffisance des opportunités professionnelles et le sentiment que la croissance profite davantage aux statistiques qu’à leur quotidien.

Le contraste entre le Burkina Faso, à 83 % de perceptions positives, et le Tchad, où 77 % des jeunes jugent l’économie mal orientée, illustre l’ampleur des disparités.

Le continent ne manque donc pas seulement de croissance. Il cherche encore la bonne manière de transformer cette croissance en espoir concret.

Car derrière les pourcentages, les courbes et les projections économiques, il y a une génération qui attend surtout une chose : pouvoir travailler, vivre dignement et croire que son avenir ne sera pas une éternelle promesse.

L’Afrique a retrouvé le sourire économique. Mais pour une partie de sa jeunesse, le sourire reste encore coincé au contrôle des frontières. Cette version peut aussi être adaptée en article d’investigation davantage centré sur le Tchad, avec un titre encore plus incisif et un angle « Pourquoi les jeunes Tchadiens sont-ils parmi les plus pessimistes d’Afrique ? ».

Facebook
Twitter
LinkedIn