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Dans son éditorial du 31 mars 2026, le quotidien français Le Monde dresse un portrait riche d‘enseignements du nouveau visage politique de la France à l’issue des élections municipales des 16 et 23 mars 2026 : « Voter pour des représentants qui vous ressemblent n’est pas une exigence politique, mais cette logique, qui prévaut dans de nombreuses communes, notamment rurales ou bourgeoises, opère aussi dans des territoires discriminés, non seulement en matière de financements de l’État, mais de regard de la société. » Éric Topona.. S’agissant justement du « regard de la société », les dernières élections municipales en France ont marqué un tournant significatif dans l’accession à des postes électifs de citoyens français issus de cette frange de la population hexagonale qu’un certain lexique désigne comme appartenant à la diversité ou issue de l’immigration. Jamais, à l’issue d’élections locales, la carte anthropologique de la France n’avait connu d’aussi substantielles modifications. Ce sont plus d’une centaine de Français issus de la diversité (ou de l’immigration) qui sont désormais présents dans les conseils municipaux, comme maires, adjoints au maire ou simples élus locaux. Toutefois, on aurait pu s’en tenir à cette évolution politique et sociétale. Si, dans cette actualité, une polémique tout aussi inattendue que violente n’avait pas surgi comme de nulle part, orchestrée par des officines racistes. Celles-ci n’ont jamais fait mystère de leur hostilité lorsqu’un Français originaire de l’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne accède à des fonctions éminentes de la République. Une élection qui cristallise la haine raciste en France Tout est parti de l’élection, depuis le 21 mars 2026, à la mairie de Seine-Saint-Denis, en région parisienne, de Bally Bagayoko sur la liste de La France Insoumise (LFI). Voir un maire noir, pourtant né en France (le 31 juillet 1973 à Levallois-Perret) et dont les parents sont originaires du Mali, accéder à la tête de l’exécutif municipal de la « ville des rois morts et du peuple vivant » n’a pas été du goût de certains nostalgiques. Ces derniers n’ont jamais vu la France que comme un sanctuaire où nul n’a de place pour les premières loges s’il n’est pas de « souche » dite européenne. Récemment, des députés et maires de La France insoumise (LFI) ont d’ailleurs dénoncé une missive détournant Tintin au Congo et des tags racistes dans les Hautes-Pyrénées. C’est pourquoi, cinq d’entre eux ont déposé plainte à Paris. Développement d’une polémique pernicieuse L’emballement médiatico-politique qui a suivi cette nouvelle donne politique est tout simplement stupéfiant ! C’est d’abord une chaîne d’information en continu et par la voix d’une journaliste chevronnée qu’est née une polémique pernicieuse pour la démocratie et le vivre-ensemble en France. Elle a cru devoir faire au nouvel élu le reproche d’avoir présenté la Seine-Saint-Denis comme la ville des « Noirs de France ». Un propos objet d’une déformation phonétique volontaire, pour confondre le nouvel édile dans un procès pour apologie du communautarisme, dans une ville où les Noirs sont nombreux. En dépit de la réplique immédiate du nouveau maire pour rétablir les faits, rien n’y a fait. La polémique n’a fait qu’enfler et les discours racistes avec elle. Déferlante raciste Sur le plateau d’une chaîne concurrente, il s’est ensuivi une violente campagne de dénigrement contre le nouveau maire, Bally Bagayoko, une auscultation de son programme et, pire encore, un renvoi vers son ascendance africaine sur fond d’accusation de primitivisme tribal. La déferlante raciste contre Bally Bagayoko n’est pas la première attaque en règle du genre de nostalgiques d’une « France maurrassienne » , terme qui désigne l’influence intellectuelle et politique de Charles Maurras (1868-1952) et de son mouvement, l’Action française, prônant un « nationalisme intégral ». Cette doctrine monarchiste, antisémite et antidreyfusarde, très influente dans l’entre-deux-guerres, visait la restauration du roi, la décentralisation et la défense de l’héritage chrétien contre les « quatre États confédérés ». On voit cela également de la part de cette frange de France pétainiste chaque fois qu’un de ses ressortissants, issu de son ancien empire, s’illustre par ses capacités à servir la République ou rayonne dans la vie artistique, culturelle ou sportive par un talent exceptionnel. Noyau anthropologique xénophobe Cette résurgence d’une malveillance raciste n’est cependant pas de nature à être étendue à l’ensemble de la société française. Elle est néanmoins ancrée dans un noyau anthropologique xénophobe dont ont souffert, avant les Africains, les Italiens, les Portugais et les Juifs. Il faut se souvenir de l’affaire Dreyfus, bien avant la déportation massive des Juifs sous le régime de Vichy (10 juillet 1940 – août 1944) qui est le gouvernement dictatorial, autoritaire et collaborationniste dirigé par le maréchal Philippe Pétain, installé en zone libre après la défaite de la France face à l’Allemagne nazie. Il a aboli la IIIe République, instauré la « Révolution nationale » (devise « Travail, Famille, Patrie ») et collaboré activement à la déportation des Juifs et à l’effort de guerre allemand. Avant Bally Bagayoko, il faut ajouter les violentes et lointaines attaques racistes contre l’immense écrivain de renommé mondiale que fut Alexandre Dumas (né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts et mort le 5 décembre 1870 au hameau de Puys, ancienne commune de Neuville-lès-Dieppe), parce qu’il était mulâtre et petit-fils d‘esclave. Ce à quoi l’auteur du Comte de Monte-Cristo répondait par un humour désarmant : « Mon père était mulâtre, mon grand-père était un nègre, mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, monsieur, ma vie commence où finit la vôtre. » Il y a quelques années, Kofi Yamgnane, franco-togolais, ancien député, ancien maire de Saint-Coulitz (une commune du département du Finistère, dans la région Bretagne, en France), ancien secrétaire d’État chargé de l’Intégration auprès du ministre des Affaires sociales et de l’Intégration, de 1991 à 1993, a vécu les pires haines racistes alors qu’il était au service de la République. Il en a tiré un ouvrage intitulé Mémoires d’outre-haine, le « musée des horreurs », publié en 2021. Et pour paraphraser Chateaubriand, dont il reproduit quelques-uns des propos haineux qui lui furent adressés dans les milliers de courriers anonymes qu’il aura reçus, nous pourrions dire : « Si tu veux vivre chez nous, tu n’as qu’à savoir te tenir. Tu prends déjà tout notre pain et tu prends nos femmes […]. Et maintenant, tu veux aussi nous commander […], ça suffit, ça n’arrivera jamais ! Sale con de nègre, retourne chez toi ! » Mais ceux qui, comme Bally Bagayoko, ont vécu et vivent de telles avanies ne doivent pas oublier ceci : il existe plusieurs France. Et c’est bel et bien grâce à cette France dont l’humanisme légendaire parle au monde entier qu’ils sont aujourd’hui des élus de la République..⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
S’agissant justement du « regard de la société », les dernières élections municipales en France ont marqué un tournant significatif dans l’accession à des postes électifs de citoyens français issus de cette frange de la population hexagonale qu’un certain lexique désigne comme appartenant à la diversité ou issue de l’immigration. Jamais, à l’issue d’élections locales, la carte anthropologique de la France n’avait connu d’aussi substantielles modifications.
Ce sont plus d’une centaine de Français issus de la diversité (ou de l’immigration) qui sont désormais présents dans les conseils municipaux, comme maires, adjoints au maire ou simples élus locaux. Toutefois, on aurait pu s’en tenir à cette évolution politique et sociétale. Si, dans cette actualité, une polémique tout aussi inattendue que violente n’avait pas surgi comme de nulle part, orchestrée par des officines racistes. Celles-ci n’ont jamais fait mystère de leur hostilité lorsqu’un Français originaire de l’Afrique du Nord ou d’Afrique subsaharienne accède à des fonctions éminentes de la République.
Tout est parti de l’élection, depuis le 21 mars 2026, à la mairie de Seine-Saint-Denis, en région parisienne, de Bally Bagayoko sur la liste de La France Insoumise (LFI). Voir un maire noir, pourtant né en France (le 31 juillet 1973 à Levallois-Perret) et dont les parents sont originaires du Mali, accéder à la tête de l’exécutif municipal de la « ville des rois morts et du peuple vivant » n’a pas été du goût de certains nostalgiques. Ces derniers n’ont jamais vu la France que comme un sanctuaire où nul n’a de place pour les premières loges s’il n’est pas de « souche » dite européenne. Récemment, des députés et maires de La France insoumise (LFI) ont d’ailleurs dénoncé une missive détournant Tintin au Congo et des tags racistes dans les Hautes-Pyrénées.
C’est pourquoi, cinq d’entre eux ont déposé plainte à Paris.
L’emballement médiatico-politique qui a suivi cette nouvelle donne politique est tout simplement stupéfiant ! C’est d’abord une chaîne d’information en continu et par la voix d’une journaliste chevronnée qu’est née une polémique pernicieuse pour la démocratie et le vivre-ensemble en France. Elle a cru devoir faire au nouvel élu le reproche d’avoir présenté la Seine-Saint-Denis comme la ville des « Noirs de France ». Un propos objet d’une déformation phonétique volontaire, pour confondre le nouvel édile dans un procès pour apologie du communautarisme, dans une ville où les Noirs sont nombreux. En dépit de la réplique immédiate du nouveau maire pour rétablir les faits, rien n’y a fait. La polémique n’a fait qu’enfler et les discours racistes avec elle.
Sur le plateau d’une chaîne concurrente, il s’est ensuivi une violente campagne de dénigrement contre le nouveau maire, Bally Bagayoko, une auscultation de son programme et, pire encore, un renvoi vers son ascendance africaine sur fond d’accusation de primitivisme tribal.
La déferlante raciste contre Bally Bagayoko n’est pas la première attaque en règle du genre de nostalgiques d’une « France maurrassienne » , terme qui désigne l’influence intellectuelle et politique de Charles Maurras (1868-1952) et de son mouvement, l’Action française, prônant un « nationalisme intégral ». Cette doctrine monarchiste, antisémite et antidreyfusarde, très influente dans l’entre-deux-guerres, visait la restauration du roi, la décentralisation et la défense de l’héritage chrétien contre les « quatre États confédérés ». On voit cela également de la part de cette frange de France pétainiste chaque fois qu’un de ses ressortissants, issu de son ancien empire, s’illustre par ses capacités à servir la République ou rayonne dans la vie artistique, culturelle ou sportive par un talent exceptionnel.
Cette résurgence d’une malveillance raciste n’est cependant pas de nature à être étendue à l’ensemble de la société française. Elle est néanmoins ancrée dans un noyau anthropologique xénophobe dont ont souffert, avant les Africains, les Italiens, les Portugais et les Juifs. Il faut se souvenir de l’affaire Dreyfus, bien avant la déportation massive des Juifs sous le régime de Vichy (10 juillet 1940 – août 1944) qui est le gouvernement dictatorial, autoritaire et collaborationniste dirigé par le maréchal Philippe Pétain, installé en zone libre après la défaite de la France face à l’Allemagne nazie. Il a aboli la IIIe République, instauré la « Révolution nationale » (devise « Travail, Famille, Patrie ») et collaboré activement à la déportation des Juifs et à l’effort de guerre allemand.
Avant Bally Bagayoko, il faut ajouter les violentes et lointaines attaques racistes contre l’immense écrivain de renommé mondiale que fut Alexandre Dumas (né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts et mort le 5 décembre 1870 au hameau de Puys, ancienne commune de Neuville-lès-Dieppe), parce qu’il était mulâtre et petit-fils d‘esclave. Ce à quoi l’auteur du Comte de Monte-Cristo répondait par un humour désarmant : « Mon père était mulâtre, mon grand-père était un nègre, mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, monsieur, ma vie commence où finit la vôtre. »
Il y a quelques années, Kofi Yamgnane, franco-togolais, ancien député, ancien maire de Saint-Coulitz (une commune du département du Finistère, dans la région Bretagne, en France), ancien secrétaire d’État chargé de l’Intégration auprès du ministre des Affaires sociales et de l’Intégration, de 1991 à 1993, a vécu les pires haines racistes alors qu’il était au service de la République. Il en a tiré un ouvrage intitulé Mémoires d’outre-haine, le « musée des horreurs », publié en 2021. Et pour paraphraser Chateaubriand, dont il reproduit quelques-uns des propos haineux qui lui furent adressés dans les milliers de courriers anonymes qu’il aura reçus, nous pourrions dire : « Si tu veux vivre chez nous, tu n’as qu’à savoir te tenir. Tu prends déjà tout notre pain et tu prends nos femmes […]. Et maintenant, tu veux aussi nous commander […], ça suffit, ça n’arrivera jamais ! Sale con de nègre, retourne chez toi ! »
Mais ceux qui, comme Bally Bagayoko, ont vécu et vivent de telles avanies ne doivent pas oublier ceci : il existe plusieurs France. Et c’est bel et bien grâce à cette France dont l’humanisme légendaire parle au monde entier qu’ils sont aujourd’hui des élus de la République.
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