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Média : le Tchad inaugure son premier Institut supérieur de journalisme et de communication

Média : le Tchad inaugure son premier Institut supérieur de journalisme et de communication. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 5 octobre 2026à 09h03

⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes

Une nouvelle page s’est ouverte, samedi 3 octobre 2026, dans l’histoire de la formation aux métiers des médias au Tchad. La capitale a abrité la cérémonie officielle d’inauguration de l’Institut supérieur de journalisme et de communication du Tchad (ISJCT), présenté comme le premier établissement supérieur entièrement consacré à la formation aux métiers du journalisme et de la communication dans le pays.. La cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, des représentants diplomatiques, des partenaires techniques et financiers, des responsables des médias, des professionnels de la communication, des acteurs de la société civile ainsi que des étudiants. Elle a notamment été marquée par les interventions du maire de la ville de N’Djamena, Sounoussi Hassana Abdoulaye, du président du conseil d’administration de MEDEV, Mamadou Djimrabaye, et du ministre de l’Enseignement supérieur, Dr Sitack Yombatinan Béni. Pour les promoteurs de l’établissement, l’enjeu dépasse la simple ouverture d’une école. Il s’agit de répondre à un déficit ancien de formation spécialisée dans un secteur profondément bouleversé par le numérique, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle. Trois ans pour transformer une idée en établissement Dans son intervention, Mamadou Djimrabaye, président du conseil d’administration de l’ONG MEDEV, a rappelé que l’ISJCT était, il y a encore trois ans, une ambition avant de devenir une réalité. L’établissement est né d’un constat : alors que les médias tchadiens évoluent rapidement et que les métiers de l’information se transforment, les besoins en formation restent importants. L’ambition affichée est donc de construire une école tournée vers la pratique, le numérique et l’innovation. L’objectif pédagogique est clairement énoncé : apprendre aux futurs professionnels à produire, vérifier, filmer, monter, écrire et surtout à comprendre les responsabilités liées à l’exercice du journalisme. Cette approche entend remettre les fondamentaux de la profession au centre de la formation : rigueur, vérification, éthique et responsabilité. Le choix de la sobriété accompagne cette première rentrée. La première promotion compte 40 étudiants, répartis à parts égales entre la licence Journalisme reporter d’images (JRI) et la licence Communication d’entreprise et attaché de presse. L’Institut prévoit également des certificats professionnels destinés aux journalistes et communicants déjà en activité. Former autrement les journalistes et communicants L’ISJCT entend s’inscrire dans le système Licence-Master-Doctorat (LMD). À terme, trois parcours complets devraient être développés : Journalisme reporter d’images, Gestion des médias et Communication institutionnelle. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Dr Sitack Yombatinan Béni, a insisté sur le caractère progressif de ce déploiement. L’établissement commence par deux licences avant d’élargir progressivement son offre. Pour le ministre, cette méthode doit permettre de consolider chaque niveau avant d’en ouvrir un autre. Autre particularité mise en avant : la formation continue. Les certificats professionnels doivent permettre aux journalistes et communicants en activité d’acquérir de nouvelles compétences sans interrompre leur travail. Ces formations courtes sont également pensées comme des passerelles vers les parcours diplômants. La pédagogie revendiquée repose, elle, sur les compétences et l’immersion professionnelle. Les stages seront obligatoires et encadrés à la fois par des enseignants et des professionnels. La vérification de l’information, l’éthique, le numérique et les nouvelles pratiques médiatiques doivent être intégrés aux apprentissages. Le ministre a résumé cette philosophie en présentant l’ISJCT comme une « université en prise directe avec le monde du travail ». N’Djamena comme « laboratoire à ciel ouvert » Pour le maire de la ville de N’Djamena, Sounoussi Hassana Abdoulaye, l’ouverture de l’ISJCT constitue bien davantage que la création d’un nouvel établissement d’enseignement supérieur. Dans son mot de bienvenue, le maire a rappelé que le Tchad disposait déjà de journalistes, de communicants et de professionnels expérimentés, mais qu’il lui manquait une véritable « maison entièrement consacrée » à leur formation. Il a surtout insisté sur la responsabilité qui accompagne les outils modernes de communication. Selon lui, les futurs professionnels devront apprendre à chercher avant de publier, comprendre avant de commenter, vérifier avant de diffuser et contextualiser avant de juger. Une philosophie qui prend une dimension particulière à l’heure où les réseaux sociaux permettent de diffuser une information en quelques secondes, parfois sans vérification préalable. Le maire veut également faire de la capitale un véritable terrain d’apprentissage pour les étudiants. Il a annoncé la volonté de la municipalité d’établir un partenariat durable avec l’ISJCT, notamment pour accueillir les étudiants en stage au sein des services municipaux, renforcer les compétences des agents en communication publique et coproduire des émissions, reportages et contenus sur la vie de la capitale et les réalités de ses quartiers. « N’Djamena est un laboratoire à ciel ouvert », a-t-il souligné, invitant les étudiants à observer, écouter, interroger, comprendre puis raconter leur ville sans caricature et avec rigueur. Entre héritage et révolution numérique La cérémonie a également été marquée par la présence de Saleh Kebzabo, présenté par les promoteurs de l’Institut comme le premier journaliste professionnel tchadien, dont la carrière a débuté en 1968. Sa présence a été présentée comme un symbole du passage entre plusieurs générations de professionnels des médias. Pour les responsables de l’ISJCT, l’arrivée du numérique et de l’intelligence artificielle ne doit pas conduire à abandonner les fondamentaux du métier. Les outils changent, mais les exigences demeurent : vérifier une information, protéger la dignité des personnes, respecter l’éthique professionnelle et assumer les conséquences de ce qui est publié. Le défi est particulièrement important dans un environnement médiatique où la rapidité de diffusion peut parfois prendre le dessus sur la vérification. Des partenaires internationaux derrière le projet La création de l’ISJCT repose également sur le soutien de plusieurs partenaires internationaux. La Coopération suisse, la Coopération allemande, le Royaume des Pays-Bas, la GIZ et DW Akademie figurent parmi les partenaires cités lors de la cérémonie. Selon le président du conseil d’administration de MEDEV, la Coopération suisse accompagne le projet depuis 2024, avec un engagement annoncé sur cinq ans. Les autres partenaires apportent notamment un soutien technique, pédagogique et matériel. Le projet reste toutefois loin d’être achevé. Les promoteurs veulent désormais passer à une nouvelle étape : construire un campus universitaire propre à l’Institut, mieux équipé et capable d’accueillir davantage d’étudiants. Le président de la République, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a, selon les responsables de MEDEV, accordé un terrain destiné à accueillir ce futur campus. Une ambition qui dépasse les frontières tchadiennes À moyen terme, MEDEV entend faire de l’ISJCT un pôle régional d’excellence ouvert aux étudiants du Sahel et de l’espace CEMAC. Cette ambition suppose toutefois de relever plusieurs défis : consolider la qualité des enseignements, renforcer les équipements, développer les filières, ouvrir progressivement les masters et mettre en place des formations de niveau supérieur. Le ministre de l’Enseignement supérieur a, de son côté, rappelé que la création de l’Institut ne constituait que le début du processus. Son département entend accompagner et contrôler l’établissement afin qu’il respecte la réglementation nationale et progresse vers les standards du CAMES. Il a également appelé l’ISJCT à travailler en complémentarité avec les universités publiques et les autres établissements d’enseignement supérieur, notamment à travers des échanges d’enseignants, la mutualisation des ressources, la recherche et les passerelles pour les étudiants. Le plus difficile commence maintenant. Derrière les discours et les ambitions, les responsables de l’ISJCT reconnaissent eux-mêmes que l’inauguration ne constitue qu’une première étape. « Une école ne se juge pas seulement à ses bâtiments ou à ses équipements », a rappelé Mamadou Djimrabaye. Elle devra surtout être évaluée à la qualité de ses enseignements et à celle des professionnels qu’elle formera. C’est donc sur le terrain que l’ISJCT sera véritablement jugé : dans la compétence de ses diplômés, leur maîtrise des outils, leur capacité à vérifier l’information, leur indépendance d’esprit et leur respect de l’éthique professionnelle. Pour le maire de N’Djamena, l’enjeu est également mémoriel et citoyen : les étudiants d’aujourd’hui pourraient devenir ceux qui raconteront demain les transformations du Tchad. L’ISJCT ouvre ainsi ses portes avec une première promotion volontairement limitée, mais une ambition qui, elle, ne l’est pas. Entre le déficit historique de formation, la révolution numérique et les exigences croissantes du métier, le nouvel institut devra désormais transformer les promesses de l’inauguration en compétences concrètes..

⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes

Une nouvelle page s’est ouverte, samedi 3 octobre 2026, dans l’histoire de la formation aux métiers des médias au Tchad. La capitale a abrité la cérémonie officielle d’inauguration de l’Institut supérieur de journalisme et de communication du Tchad (ISJCT), présenté comme le premier établissement supérieur entièrement consacré à la formation aux métiers du journalisme et de la communication dans le pays.

La cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, des représentants diplomatiques, des partenaires techniques et financiers, des responsables des médias, des professionnels de la communication, des acteurs de la société civile ainsi que des étudiants. Elle a notamment été marquée par les interventions du maire de la ville de N’Djamena, Sounoussi Hassana Abdoulaye, du président du conseil d’administration de MEDEV, Mamadou Djimrabaye, et du ministre de l’Enseignement supérieur, Dr Sitack Yombatinan Béni.

Pour les promoteurs de l’établissement, l’enjeu dépasse la simple ouverture d’une école. Il s’agit de répondre à un déficit ancien de formation spécialisée dans un secteur profondément bouleversé par le numérique, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle.

Trois ans pour transformer une idée en établissement

Dans son intervention, Mamadou Djimrabaye, président du conseil d’administration de l’ONG MEDEV, a rappelé que l’ISJCT était, il y a encore trois ans, une ambition avant de devenir une réalité.

L’établissement est né d’un constat : alors que les médias tchadiens évoluent rapidement et que les métiers de l’information se transforment, les besoins en formation restent importants. L’ambition affichée est donc de construire une école tournée vers la pratique, le numérique et l’innovation.

L’objectif pédagogique est clairement énoncé : apprendre aux futurs professionnels à produire, vérifier, filmer, monter, écrire et surtout à comprendre les responsabilités liées à l’exercice du journalisme. Cette approche entend remettre les fondamentaux de la profession au centre de la formation : rigueur, vérification, éthique et responsabilité.

Le choix de la sobriété accompagne cette première rentrée. La première promotion compte 40 étudiants, répartis à parts égales entre la licence Journalisme reporter d’images (JRI) et la licence Communication d’entreprise et attaché de presse. L’Institut prévoit également des certificats professionnels destinés aux journalistes et communicants déjà en activité.

Former autrement les journalistes et communicants

L’ISJCT entend s’inscrire dans le système Licence-Master-Doctorat (LMD). À terme, trois parcours complets devraient être développés : Journalisme reporter d’images, Gestion des médias et Communication institutionnelle.

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Dr Sitack Yombatinan Béni, a insisté sur le caractère progressif de ce déploiement. L’établissement commence par deux licences avant d’élargir progressivement son offre. Pour le ministre, cette méthode doit permettre de consolider chaque niveau avant d’en ouvrir un autre.

Autre particularité mise en avant : la formation continue. Les certificats professionnels doivent permettre aux journalistes et communicants en activité d’acquérir de nouvelles compétences sans interrompre leur travail. Ces formations courtes sont également pensées comme des passerelles vers les parcours diplômants.

La pédagogie revendiquée repose, elle, sur les compétences et l’immersion professionnelle. Les stages seront obligatoires et encadrés à la fois par des enseignants et des professionnels. La vérification de l’information, l’éthique, le numérique et les nouvelles pratiques médiatiques doivent être intégrés aux apprentissages.

Le ministre a résumé cette philosophie en présentant l’ISJCT comme une « université en prise directe avec le monde du travail ».

N’Djamena comme « laboratoire à ciel ouvert »

Pour le maire de la ville de N’Djamena, Sounoussi Hassana Abdoulaye, l’ouverture de l’ISJCT constitue bien davantage que la création d’un nouvel établissement d’enseignement supérieur.

Dans son mot de bienvenue, le maire a rappelé que le Tchad disposait déjà de journalistes, de communicants et de professionnels expérimentés, mais qu’il lui manquait une véritable « maison entièrement consacrée » à leur formation.

Il a surtout insisté sur la responsabilité qui accompagne les outils modernes de communication. Selon lui, les futurs professionnels devront apprendre à chercher avant de publier, comprendre avant de commenter, vérifier avant de diffuser et contextualiser avant de juger.

Une philosophie qui prend une dimension particulière à l’heure où les réseaux sociaux permettent de diffuser une information en quelques secondes, parfois sans vérification préalable.

Le maire veut également faire de la capitale un véritable terrain d’apprentissage pour les étudiants. Il a annoncé la volonté de la municipalité d’établir un partenariat durable avec l’ISJCT, notamment pour accueillir les étudiants en stage au sein des services municipaux, renforcer les compétences des agents en communication publique et coproduire des émissions, reportages et contenus sur la vie de la capitale et les réalités de ses quartiers.

« N’Djamena est un laboratoire à ciel ouvert », a-t-il souligné, invitant les étudiants à observer, écouter, interroger, comprendre puis raconter leur ville sans caricature et avec rigueur.

Entre héritage et révolution numérique

La cérémonie a également été marquée par la présence de Saleh Kebzabo, présenté par les promoteurs de l’Institut comme le premier journaliste professionnel tchadien, dont la carrière a débuté en 1968.

Sa présence a été présentée comme un symbole du passage entre plusieurs générations de professionnels des médias. Pour les responsables de l’ISJCT, l’arrivée du numérique et de l’intelligence artificielle ne doit pas conduire à abandonner les fondamentaux du métier.

Les outils changent, mais les exigences demeurent : vérifier une information, protéger la dignité des personnes, respecter l’éthique professionnelle et assumer les conséquences de ce qui est publié.

Le défi est particulièrement important dans un environnement médiatique où la rapidité de diffusion peut parfois prendre le dessus sur la vérification.

Des partenaires internationaux derrière le projet

La création de l’ISJCT repose également sur le soutien de plusieurs partenaires internationaux. La Coopération suisse, la Coopération allemande, le Royaume des Pays-Bas, la GIZ et DW Akademie figurent parmi les partenaires cités lors de la cérémonie.

Selon le président du conseil d’administration de MEDEV, la Coopération suisse accompagne le projet depuis 2024, avec un engagement annoncé sur cinq ans. Les autres partenaires apportent notamment un soutien technique, pédagogique et matériel.

Le projet reste toutefois loin d’être achevé. Les promoteurs veulent désormais passer à une nouvelle étape : construire un campus universitaire propre à l’Institut, mieux équipé et capable d’accueillir davantage d’étudiants.

Le président de la République, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a, selon les responsables de MEDEV, accordé un terrain destiné à accueillir ce futur campus.

Une ambition qui dépasse les frontières tchadiennes

À moyen terme, MEDEV entend faire de l’ISJCT un pôle régional d’excellence ouvert aux étudiants du Sahel et de l’espace CEMAC.

Cette ambition suppose toutefois de relever plusieurs défis : consolider la qualité des enseignements, renforcer les équipements, développer les filières, ouvrir progressivement les masters et mettre en place des formations de niveau supérieur.

Le ministre de l’Enseignement supérieur a, de son côté, rappelé que la création de l’Institut ne constituait que le début du processus. Son département entend accompagner et contrôler l’établissement afin qu’il respecte la réglementation nationale et progresse vers les standards du CAMES.

Il a également appelé l’ISJCT à travailler en complémentarité avec les universités publiques et les autres établissements d’enseignement supérieur, notamment à travers des échanges d’enseignants, la mutualisation des ressources, la recherche et les passerelles pour les étudiants.

Le plus difficile commence maintenant.

Derrière les discours et les ambitions, les responsables de l’ISJCT reconnaissent eux-mêmes que l’inauguration ne constitue qu’une première étape.

« Une école ne se juge pas seulement à ses bâtiments ou à ses équipements », a rappelé Mamadou Djimrabaye. Elle devra surtout être évaluée à la qualité de ses enseignements et à celle des professionnels qu’elle formera.

C’est donc sur le terrain que l’ISJCT sera véritablement jugé : dans la compétence de ses diplômés, leur maîtrise des outils, leur capacité à vérifier l’information, leur indépendance d’esprit et leur respect de l’éthique professionnelle.

Pour le maire de N’Djamena, l’enjeu est également mémoriel et citoyen : les étudiants d’aujourd’hui pourraient devenir ceux qui raconteront demain les transformations du Tchad.

L’ISJCT ouvre ainsi ses portes avec une première promotion volontairement limitée, mais une ambition qui, elle, ne l’est pas. Entre le déficit historique de formation, la révolution numérique et les exigences croissantes du métier, le nouvel institut devra désormais transformer les promesses de l’inauguration en compétences concrètes.

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