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Une page historique s’est ouverte mardi au Maroc. Après la victoire de son parti aux élections législatives du 23 septembre, Fatima Ezzahra El Mansouri a été chargée par le roi Mohammed VI de former le prochain gouvernement. Elle devient ainsi la première femme appelée à diriger l’Exécutif marocain. Une nomination qui intervient dans un contexte marqué par les attentes sociales, le chômage des jeunes et une défiance persistante envers la classe politique.. Le Maroc franchit une étape inédite dans son histoire politique. Le roi Mohammed VI a nommé, mardi 29 septembre, Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale du Parti authenticité et modernité (PAM), pour former le prochain gouvernement. La décision a été annoncée à l’issue d’une audience au palais royal de Rabat, au cours de laquelle le souverain lui a officiellement confié cette mission. À 50 ans, l’avocate devient la première femme à accéder à la tête du gouvernement marocain. Une première qui ne laisse pas l’intéressée indifférente. « Il s’agit d’un moment véritablement historique », a-t-elle déclaré à des médias publics après sa réception par le roi. « Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une femme assume la responsabilité de diriger le gouvernement. « Ce n’est pas seulement une source de fierté pour moi, mais pour toutes les femmes marocaines », a-t-elle ajouté. Le PAM arrive en tête, sans majorité absolue Cette nomination découle directement des résultats des élections législatives du 23 septembre. Le PAM a obtenu 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants, arrivant en tête du scrutin. Mais cette victoire est loin de lui donner les coudées franches : le parti ne dispose pas de la majorité absolue et devra donc négocier avec d’autres formations pour constituer une coalition gouvernementale. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), dont est issu le chef du gouvernement sortant Aziz Akhannouch, arrive en deuxième position avec 66 sièges. Il enregistre un recul d’une trentaine d’élus par rapport aux législatives de 2021. Le Parti de l’Istiqlal, autre composante de la coalition sortante, décroche pour sa part 65 sièges. Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD), formation islamiste, réalise une progression spectaculaire en passant de 13 à 54 députés. Son secrétaire général, Abdelilah Benkirane, a toutefois exclu, au lendemain du scrutin, une participation de son parti à la future majorité. La nouvelle cheffe du gouvernement devra donc entamer rapidement un exercice de négociation politique pour bâtir une équipe capable de gouverner pendant les cinq prochaines années. Une coalition à construire dans un système où le roi garde la main Fatima Ezzahra El Mansouri a annoncé que le travail commençait immédiatement. La première étape sera consacrée aux consultations internes au PAM, avant l’ouverture de discussions avec les autres formations politiques. « Nous entamerons d’abord les consultations internes au sein de notre parti, avant de mener des concertations avec l’ensemble des formations politiques », a-t-elle déclaré. La tâche est d’autant plus délicate que le système politique marocain accorde au souverain un rôle central. Si le gouvernement conduit les politiques publiques et dispose de prérogatives importantes, les grandes orientations de plusieurs secteurs stratégiques demeurent du ressort du roi. La nouvelle dirigeante devra donc composer avec cette réalité institutionnelle tout en donnant une traduction concrète aux engagements pris pendant la campagne électorale. De Marrakech à la Primature L’ascension politique de Fatima Ezzahra El Mansouri ne commence pas avec cette nomination. L’avocate avait rejoint le PAM dès sa création en 2008, formation fondée par Fouad Ali El Himma, aujourd’hui conseiller du roi. Ce dernier s’était retiré du parti en 2011. En 2009, elle avait déjà marqué l’histoire politique locale en devenant, à seulement 33 ans, la première femme maire de Marrakech. Elle dirige toujours la ville, où elle exerce depuis 2021 un deuxième mandat. Son parcours l’a ensuite conduite au gouvernement. Elle a occupé le poste de ministre de l’Habitat dans l’équipe sortante dirigée par Aziz Akhannouch. Élue députée lors du scrutin du 23 septembre, elle devra désormais abandonner son siège à l’Assemblée au profit du deuxième candidat de sa liste. Elle conservera toutefois son fauteuil de maire de Marrakech jusqu’aux prochaines élections municipales, prévues en 2027. Le défi de la jeunesse et de l’emploi Au-delà du symbole historique de sa nomination, la nouvelle cheffe du gouvernement hérite d’un contexte social et économique particulièrement exigeant. Les élections législatives se sont déroulées sur fond de défiance envers la classe politique, mais aussi d’inquiétudes liées au chômage, aux inégalités et au manque de perspectives pour une partie de la jeunesse. Le sujet avait pris une nouvelle dimension après l’afflux massif de migrants marocains vers l’enclave espagnole de Ceuta, à la fin du mois de juillet. Cet épisode avait remis en lumière les difficultés économiques et sociales auxquelles une partie de la jeunesse est confrontée. Fatima Ezzahra El Mansouri affirme mesurer l’ampleur des attentes. Elle promet un programme fondé sur des « solutions concrètes et réalistes » aux préoccupations des citoyens. Le PAM avait notamment promis durant la campagne une croissance moyenne de 5 % par an, une inflation maintenue autour de 2 % afin de préserver le pouvoir d’achat et la création d’au moins un million d’emplois au cours du mandat. Une première historique face à une lourde équation La portée symbolique de cette nomination est considérable. Pour la première fois, une femme s’apprête à diriger le gouvernement marocain. Mais l’événement historique ne dispense pas la nouvelle équipe des contraintes très concrètes de l’exercice du pouvoir. Il faudra d’abord construire une majorité parlementaire, puis traduire les promesses électorales en politiques publiques dans un contexte de chômage, d’inégalités et de défiance politique. À cela s’ajoute la nécessité de restaurer la confiance d’une partie de la population dans l’action publique. La faible participation au scrutin, établie à 38 %, constitue à cet égard un indicateur important du rapport des citoyens à la politique institutionnelle. Fatima Ezzahra El Mansouri entre donc dans l’histoire par la grande porte. Mais derrière le symbole se profile désormais une équation autrement plus prosaïque : former une coalition, gouverner, créer des emplois et répondre aux attentes d’une jeunesse qui réclame des perspectives. Le Maroc vient de confier les clés du gouvernement à une femme. Reste à voir comment cette première historique se traduira dans la réalité quotidienne des Marocains..⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
Le Maroc franchit une étape inédite dans son histoire politique. Le roi Mohammed VI a nommé, mardi 29 septembre, Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale du Parti authenticité et modernité (PAM), pour former le prochain gouvernement. La décision a été annoncée à l’issue d’une audience au palais royal de Rabat, au cours de laquelle le souverain lui a officiellement confié cette mission.
À 50 ans, l’avocate devient la première femme à accéder à la tête du gouvernement marocain. Une première qui ne laisse pas l’intéressée indifférente. « Il s’agit d’un moment véritablement historique », a-t-elle déclaré à des médias publics après sa réception par le roi.
« Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une femme assume la responsabilité de diriger le gouvernement. « Ce n’est pas seulement une source de fierté pour moi, mais pour toutes les femmes marocaines », a-t-elle ajouté.
Cette nomination découle directement des résultats des élections législatives du 23 septembre. Le PAM a obtenu 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants, arrivant en tête du scrutin. Mais cette victoire est loin de lui donner les coudées franches : le parti ne dispose pas de la majorité absolue et devra donc négocier avec d’autres formations pour constituer une coalition gouvernementale.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI), dont est issu le chef du gouvernement sortant Aziz Akhannouch, arrive en deuxième position avec 66 sièges. Il enregistre un recul d’une trentaine d’élus par rapport aux législatives de 2021.
Le Parti de l’Istiqlal, autre composante de la coalition sortante, décroche pour sa part 65 sièges.
Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD), formation islamiste, réalise une progression spectaculaire en passant de 13 à 54 députés. Son secrétaire général, Abdelilah Benkirane, a toutefois exclu, au lendemain du scrutin, une participation de son parti à la future majorité.
La nouvelle cheffe du gouvernement devra donc entamer rapidement un exercice de négociation politique pour bâtir une équipe capable de gouverner pendant les cinq prochaines années.
Fatima Ezzahra El Mansouri a annoncé que le travail commençait immédiatement. La première étape sera consacrée aux consultations internes au PAM, avant l’ouverture de discussions avec les autres formations politiques.
« Nous entamerons d’abord les consultations internes au sein de notre parti, avant de mener des concertations avec l’ensemble des formations politiques », a-t-elle déclaré.
La tâche est d’autant plus délicate que le système politique marocain accorde au souverain un rôle central. Si le gouvernement conduit les politiques publiques et dispose de prérogatives importantes, les grandes orientations de plusieurs secteurs stratégiques demeurent du ressort du roi.
La nouvelle dirigeante devra donc composer avec cette réalité institutionnelle tout en donnant une traduction concrète aux engagements pris pendant la campagne électorale.
L’ascension politique de Fatima Ezzahra El Mansouri ne commence pas avec cette nomination. L’avocate avait rejoint le PAM dès sa création en 2008, formation fondée par Fouad Ali El Himma, aujourd’hui conseiller du roi. Ce dernier s’était retiré du parti en 2011.
En 2009, elle avait déjà marqué l’histoire politique locale en devenant, à seulement 33 ans, la première femme maire de Marrakech. Elle dirige toujours la ville, où elle exerce depuis 2021 un deuxième mandat.
Son parcours l’a ensuite conduite au gouvernement. Elle a occupé le poste de ministre de l’Habitat dans l’équipe sortante dirigée par Aziz Akhannouch. Élue députée lors du scrutin du 23 septembre, elle devra désormais abandonner son siège à l’Assemblée au profit du deuxième candidat de sa liste.
Elle conservera toutefois son fauteuil de maire de Marrakech jusqu’aux prochaines élections municipales, prévues en 2027.
Au-delà du symbole historique de sa nomination, la nouvelle cheffe du gouvernement hérite d’un contexte social et économique particulièrement exigeant.
Les élections législatives se sont déroulées sur fond de défiance envers la classe politique, mais aussi d’inquiétudes liées au chômage, aux inégalités et au manque de perspectives pour une partie de la jeunesse.
Le sujet avait pris une nouvelle dimension après l’afflux massif de migrants marocains vers l’enclave espagnole de Ceuta, à la fin du mois de juillet. Cet épisode avait remis en lumière les difficultés économiques et sociales auxquelles une partie de la jeunesse est confrontée.
Fatima Ezzahra El Mansouri affirme mesurer l’ampleur des attentes. Elle promet un programme fondé sur des « solutions concrètes et réalistes » aux préoccupations des citoyens.
Le PAM avait notamment promis durant la campagne une croissance moyenne de 5 % par an, une inflation maintenue autour de 2 % afin de préserver le pouvoir d’achat et la création d’au moins un million d’emplois au cours du mandat.
La portée symbolique de cette nomination est considérable. Pour la première fois, une femme s’apprête à diriger le gouvernement marocain. Mais l’événement historique ne dispense pas la nouvelle équipe des contraintes très concrètes de l’exercice du pouvoir.
Il faudra d’abord construire une majorité parlementaire, puis traduire les promesses électorales en politiques publiques dans un contexte de chômage, d’inégalités et de défiance politique.
À cela s’ajoute la nécessité de restaurer la confiance d’une partie de la population dans l’action publique. La faible participation au scrutin, établie à 38 %, constitue à cet égard un indicateur important du rapport des citoyens à la politique institutionnelle.
Fatima Ezzahra El Mansouri entre donc dans l’histoire par la grande porte. Mais derrière le symbole se profile désormais une équation autrement plus prosaïque : former une coalition, gouverner, créer des emplois et répondre aux attentes d’une jeunesse qui réclame des perspectives.
Le Maroc vient de confier les clés du gouvernement à une femme. Reste à voir comment cette première historique se traduira dans la réalité quotidienne des Marocains.