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Mali : au nord, le piège sécuritaire d’un pouvoir en quête de survie

Mali : au nord, le piège sécuritaire d’un pouvoir en quête de survie. Article écrit par Mohamed AG Ahmedou. Publié le 6 mai 2026à 13h35

⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes

Entre accusations de ciblage ethnique, instrumentalisation de la menace jihadiste et fractures communautaires attisées, la crise sécuritaire dans le nord du Mali révèle, selon plusieurs témoignages et analyses, les dérives d’une stratégie militaire contestée. Au cœur des critiques : le régime du colonel Assimi Goïta, accusé d’avoir transformé la lutte contre le terrorisme en levier de contrôle politique, au risque d’aggraver durablement les tensions intercommunautaires. Mohamed AG Ahmedou.. Entre accusations de ciblage ethnique, instrumentalisation de la menace jihadiste et fractures communautaires attisées, la crise sécuritaire dans le nord du Mali révèle, selon plusieurs témoignages et analyses, les dérives d’une stratégie militaire contestée. Au cœur des critiques : le régime du colonel Assimi Goïta, accusé d’avoir transformé la lutte contre le terrorisme en levier de contrôle politique, au risque d’aggraver durablement les tensions intercommunautaires. Une déclaration qui fissure le récit officiel: La récente sortie du gouverneur de Tombouctou, le contrôleur général de police Bakoun Koné, marque un tournant dans le discours officiel. En affirmant que « toutes les communautés du Mali sont concernées par le terrorisme », y compris les Bambaras, il rompt avec une rhétorique implicite longtemps dénoncée par des acteurs locaux : celle d’une assimilation de certaines populations du nord notamment touarègues et arabes, aux groupes jihadistes. Pour de nombreux observateurs, cette déclaration arrive tardivement. Elle semble reconnaître, à demi-mot, une réalité que des voix critiques évoquent depuis plusieurs années : le caractère profondément transversal du phénomène terroriste, incarné notamment par des groupes comme le JNIM ou l’État islamique au Grand Sahara. Trois années de violences et de défiance Depuis 2023, plusieurs localités de la région de Tombouctou, Ber, Zarho, Inkilla, Tindjambane, Essakane, Zouéra, Toroma, Goubert, Gargando, Razelma, entre autres, ont été le théâtre d’opérations militaires controversées. Des témoignages locaux évoquent des exactions visant des civils, dont des femmes et des enfants, lors d’interventions menées par les forces armées maliennes et leurs partenaires étrangers, notamment les éléments du groupe russe connu sous le nom de Wagner et d’Africa Corps.Ces opérations, souvent justifiées au nom de la lutte antiterroriste, auraient contribué à creuser un fossé de méfiance entre les populations civiles et les autorités. Plusieurs habitants affirment avoir tenté de coopérer avec les autorités régionales, sans parvenir à enrayer les violences. Une stratégie différenciée selon les régions ? Un contraste est fréquemment souligné entre les régions de Tombouctou, Taoudeni et Kidal, d’une part, et celles de Gao et Ménaka, d’autre part. Dans ces dernières, pourtant fortement exposées aux activités jihadistes, certaines sources indiquent que les autorités locales auraient privilégié une approche basée sur la confiance avec les populations. À l’inverse, dans les régions du nord-ouest, des accusations récurrentes évoquent une politique de suspicion généralisée à l’égard des communautés nomades. Cette différence de traitement alimente le sentiment d’un ciblage spécifique, dont les conséquences pourraient être durables sur la cohésion nationale.Le drame du bateau Tombouctou : un tournant symbolique: L’attaque du bateau « Tombouctou » en septembre 2023 reste un épisode marquant de la crise. À l’époque, le JNIM avait imposé un embargo sur les flux de marchandises vers le nord, rendant les voies terrestres particulièrement dangereuses. Selon certaines analyses critiques, les autorités auraient maintenu la circulation du bateau malgré les risques, exposant des civils à une attaque meurtrière. Ce drame, qui a coûté la vie à de nombreux passagers — majoritairement issus de la communauté songhoï , aurait ensuite été utilisé comme levier de communication politique. Pour certains observateurs, cet événement aurait contribué à exacerber les tensions entre communautés, en alimentant un narratif opposant les Songhoïs aux Touaregs et aux Arabes, dans un contexte déjà fragilisé.Une instrumentalisation des fractures communautaires ? Au-delà de l’aspect sécuritaire, c’est la dimension politique de la crise qui suscite le plus d’inquiétudes. Des voix critiques accusent le pouvoir central d’avoir exploité les violences et les attaques terroristes pour consolider son emprise, en jouant sur les divisions communautaires. L’idée d’un « ennemi intérieur » aurait ainsi servi de justification à des opérations militaires controversées, tout en mobilisant une partie de l’opinion publique nationale autour d’un discours sécuritaire. Mais cette stratégie pourrait se retourner contre ses initiateurs. En fragmentant davantage le tissu social et en alimentant des ressentiments profonds, elle risque d’échapper à tout contrôle, dans un pays déjà confronté à une instabilité chronique.Un pays à la croisée des chemins: Aujourd’hui, la situation sécuritaire au Mali semble hors de contrôle pour l’ensemble des acteurs. Ni les autorités de transition, ni les groupes armés, ni les partenaires internationaux ne paraissent en mesure d’imposer une dynamique de stabilisation durable. La reconnaissance tardive du caractère non ethnique du terrorisme pourrait ouvrir la voie à une révision des stratégies. Mais pour de nombreux observateurs, cela nécessitera bien plus qu’un changement de discours : une refondation profonde de la gouvernance sécuritaire, fondée sur la confiance, la justice et l’inclusion. À défaut, le risque est grand de voir le pays s’enfoncer davantage dans un cycle de violences où les civils demeurent les premières victimes..

⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes

Entre accusations de ciblage ethnique, instrumentalisation de la menace jihadiste et fractures communautaires attisées, la crise sécuritaire dans le nord du Mali révèle, selon plusieurs témoignages et analyses, les dérives d’une stratégie militaire contestée. Au cœur des critiques : le régime du colonel Assimi Goïta, accusé d’avoir transformé la lutte contre le terrorisme en levier de contrôle politique, au risque d’aggraver durablement les tensions intercommunautaires. Mohamed AG Ahmedou.

Entre accusations de ciblage ethnique, instrumentalisation de la menace jihadiste et fractures communautaires attisées, la crise sécuritaire dans le nord du Mali révèle, selon plusieurs témoignages et analyses, les dérives d’une stratégie militaire contestée. Au cœur des critiques : le régime du colonel Assimi Goïta, accusé d’avoir transformé la lutte contre le terrorisme en levier de contrôle politique, au risque d’aggraver durablement les tensions intercommunautaires.

Une déclaration qui fissure le récit officiel:

La récente sortie du gouverneur de Tombouctou, le contrôleur général de police Bakoun Koné, marque un tournant dans le discours officiel. En affirmant que « toutes les communautés du Mali sont concernées par le terrorisme », y compris les Bambaras, il rompt avec une rhétorique implicite longtemps dénoncée par des acteurs locaux : celle d’une assimilation de certaines populations du nord notamment touarègues et arabes, aux groupes jihadistes.

Pour de nombreux observateurs, cette déclaration arrive tardivement. Elle semble reconnaître, à demi-mot, une réalité que des voix critiques évoquent depuis plusieurs années : le caractère profondément transversal du phénomène terroriste, incarné notamment par des groupes comme le JNIM ou l’État islamique au Grand Sahara.

Trois années de violences et de défiance
Depuis 2023, plusieurs localités de la région de Tombouctou, Ber, Zarho, Inkilla, Tindjambane, Essakane, Zouéra, Toroma, Goubert, Gargando, Razelma, entre autres, ont été le théâtre d’opérations militaires controversées. Des témoignages locaux évoquent des exactions visant des civils, dont des femmes et des enfants, lors d’interventions menées par les forces armées maliennes et leurs partenaires étrangers, notamment les éléments du groupe russe connu sous le nom de Wagner et d’Africa Corps.Ces opérations, souvent justifiées au nom de la lutte antiterroriste, auraient contribué à creuser un fossé de méfiance entre les populations civiles et les autorités. Plusieurs habitants affirment avoir tenté de coopérer avec les autorités régionales, sans parvenir à enrayer les violences.

Une stratégie différenciée selon les régions ?

Un contraste est fréquemment souligné entre les régions de Tombouctou, Taoudeni et Kidal, d’une part, et celles de Gao et Ménaka, d’autre part. Dans ces dernières, pourtant fortement exposées aux activités jihadistes, certaines sources indiquent que les autorités locales auraient privilégié une approche basée sur la confiance avec les populations.

À l’inverse, dans les régions du nord-ouest, des accusations récurrentes évoquent une politique de suspicion généralisée à l’égard des communautés nomades. Cette différence de traitement alimente le sentiment d’un ciblage spécifique, dont les conséquences pourraient être durables sur la cohésion nationale.Le drame du bateau Tombouctou : un tournant symbolique:

L’attaque du bateau « Tombouctou » en septembre 2023 reste un épisode marquant de la crise. À l’époque, le JNIM avait imposé un embargo sur les flux de marchandises vers le nord, rendant les voies terrestres particulièrement dangereuses.

Selon certaines analyses critiques, les autorités auraient maintenu la circulation du bateau malgré les risques, exposant des civils à une attaque meurtrière. Ce drame, qui a coûté la vie à de nombreux passagers — majoritairement issus de la communauté songhoï , aurait ensuite été utilisé comme levier de communication politique.
Pour certains observateurs, cet événement aurait contribué à exacerber les tensions entre communautés, en alimentant un narratif opposant les Songhoïs aux Touaregs et aux Arabes, dans un contexte déjà fragilisé.Une instrumentalisation des fractures communautaires ?

Au-delà de l’aspect sécuritaire, c’est la dimension politique de la crise qui suscite le plus d’inquiétudes. Des voix critiques accusent le pouvoir central d’avoir exploité les violences et les attaques terroristes pour consolider son emprise, en jouant sur les divisions communautaires.
L’idée d’un « ennemi intérieur » aurait ainsi servi de justification à des opérations militaires controversées, tout en mobilisant une partie de l’opinion publique nationale autour d’un discours sécuritaire.

Mais cette stratégie pourrait se retourner contre ses initiateurs. En fragmentant davantage le tissu social et en alimentant des ressentiments profonds, elle risque d’échapper à tout contrôle, dans un pays déjà confronté à une instabilité chronique.Un pays à la croisée des chemins:

Aujourd’hui, la situation sécuritaire au Mali semble hors de contrôle pour l’ensemble des acteurs. Ni les autorités de transition, ni les groupes armés, ni les partenaires internationaux ne paraissent en mesure d’imposer une dynamique de stabilisation durable.
La reconnaissance tardive du caractère non ethnique du terrorisme pourrait ouvrir la voie à une révision des stratégies. Mais pour de nombreux observateurs, cela nécessitera bien plus qu’un changement de discours : une refondation profonde de la gouvernance sécuritaire, fondée sur la confiance, la justice et l’inclusion.

À défaut, le risque est grand de voir le pays s’enfoncer davantage dans un cycle de violences où les civils demeurent les premières victimes.

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