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Mali : à Bombori, neuf civils dont quatre enfants tués dans une opération impliquant l’Africa Corps, selon HRW

Mali : à Bombori, neuf civils dont quatre enfants tués dans une opération impliquant l’Africa Corps, selon HRW. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 20 août 2026à 18h34

⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes

Une nouvelle accusation d’exactions vient assombrir la lutte anti-djihadiste au Mali. Human Rights Watch (HRW) affirme que des paramilitaires russes de l’Africa Corps, accompagnés de militaires maliens, ont tué neuf civils, dont quatre enfants, lors d’une opération menée le 10 juillet dans le village de Bombori, dans la région de Mopti, au centre du pays. L’organisation de défense des droits humains qualifie les faits de « massacre ». Par Éric Ngarlem Toldé.. Selon HRW, l’opération avait officiellement pour objectif de rechercher des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Mais les jihadistes auraient quitté Bombori la veille de l’intervention. Malgré leur absence, les forces engagées dans l’opération auraient procédé à une vaste opération de ratissage visant notamment le quartier peul du village. Plus de 100 combattants russes et des militaires maliens L’intervention s’est déroulée à l’aube du 10 juillet. HRW rapporte que plus de 100 combattants de l’Africa Corps, accompagnés de plusieurs militaires maliens, ont investi Bombori à la recherche de membres du JNIM. L’organisation affirme que les forces ont pénétré dans plusieurs habitations du quartier peul, avant d’en faire sortir des habitants. Au moins 80 hommes et garçons auraient ensuite été regroupés sous un arbre. Leur présence aurait alors donné lieu à des interrogatoires musclés. Les hommes et les garçons auraient été battus et questionnés sur leurs éventuels liens avec les groupes armés islamistes. Des menaces de mort auraient également été proférées contre ceux qui auraient été soupçonnés de cacher des informations. Pour HRW, ces éléments témoignent d’une opération ayant rapidement dépassé le cadre d’une simple recherche de combattants jihadistes. Six civils abattus alors qu’ils tentaient de fuir Selon les témoignages recueillis par l’organisation, six civils auraient été tués alors qu’ils tentaient de s’enfuir. Trois autres personnes auraient été arrêtées avant d’être exécutées. Parmi ces trois victimes figurerait un homme décapité. Sa tête aurait ensuite été exposée au milieu du village. Les deux autres personnes auraient été égorgées et retrouvées ligotées, les mains attachées derrière le dos. « Ils ont abattu six civils qui ont tenté de s’enfuir et en ont arrêté et exécuté trois autres », rapporte HRW dans son enquête. Un homme de 40 ans, cité par l’organisation, affirme avoir découvert les corps après le départ des forces. Son témoignage décrit une scène particulièrement macabre au cœur du village. Lorsque les éléments de l’Africa Corps et les militaires maliens ont quitté Bombori vers 14 heures, les habitants auraient récupéré neuf corps. Parmi les victimes figuraient cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans. Des enfants parmi les victimes La présence d’enfants parmi les victimes constitue l’un des aspects les plus graves soulevés par HRW. Un homme de 38 ans a raconté aux enquêteurs avoir retrouvé les corps de deux enfants, âgés d’environ six ans, tués par balle à proximité d’une maison incendiée. Ces accusations interviennent dans un contexte où les populations civiles du centre du Mali sont prises entre les groupes djihadistes et les opérations des forces gouvernementales et de leurs alliés. Les Peuls sont particulièrement exposés aux accusations de collaboration avec les groupes djihadistes. Dans plusieurs zones du Sahel, cette stigmatisation a déjà nourri des violences contre des communautés entières, accusées de fournir des combattants, des renseignements ou un soutien logistique aux groupes armés. À Bombori, HRW estime que cette logique de suspicion aurait contribué à transformer une opération antijihadiste en une attaque contre des civils. Une enquête menée à distance Pour établir les faits, Human Rights Watch dit avoir mené des entretiens à distance avec 13 personnes entre le 19 et le 30 juillet. Parmi elles figuraient quatre témoins directs de l’attaque, ainsi que neuf membres de la société civile et chefs de communauté. L’organisation affirme avoir croisé les différents témoignages afin de documenter les circonstances de la mort des neuf civils. HRW insiste toutefois sur un élément central de son enquête : les combattants du JNIM recherchés par les forces étaient, selon ses informations, déjà partis de Bombori lorsque l’opération a commencé. Cette circonstance, si elle est confirmée, soulève des interrogations sur la nature de l’opération et sur les critères utilisés pour identifier les personnes considérées comme suspectes. « Des atrocités emblématiques de la crise malienne » Pour Ilaria Allegrozzi, chercheuse de Human Rights Watch sur le Sahel, les événements de Bombori illustrent la gravité des violences commises contre les populations civiles dans le pays. « Le massacre de Bombori est emblématique des atrocités commises au Mali », estime-t-elle, selon le communiqué de HRW. La chercheuse dénonce une situation dans laquelle les populations se retrouvent prises entre deux forces : d’un côté, les groupes armés islamistes qui imposent leur présence et leur loi dans de nombreuses zones rurales ; de l’autre, les forces gouvernementales et leurs alliés engagés dans la reconquête militaire des territoires. « Les villageois ont été pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement avec ses alliés russes, aucun des belligérants ne respectant le droit international », dénonce-t-elle. Cette accusation intervient alors que les autorités maliennes ont fait de la lutte contre les groupes jihadistes l’un des principaux arguments de leur politique sécuritaire depuis leur arrivée au pouvoir. Bamako et Moscou interpellés Human Rights Watch indique avoir tenté d’obtenir les réactions des autorités concernées. L’organisation affirme avoir adressé, les 4 et 5 août, des courriers au ministre russe de la Défense ainsi qu’au général Assimi Goïta, chef de la junte malienne et ministre de la Défense. Selon HRW, aucune réponse n’avait été reçue au moment de la publication de son communiqué. Ces accusations interviennent dans un contexte de rapprochement étroit entre Bamako et Moscou. Depuis les deux coups d’État militaires de 2020 et 2021, le Mali s’est progressivement éloigné de ses partenaires occidentaux. Les autorités de transition ont notamment rompu ou réduit plusieurs coopérations militaires avec des pays occidentaux et renforcé leurs relations avec la Russie. L’Africa Corps, structure russe qui a pris le relais de la présence de combattants russes précédemment associés au groupe Wagner dans plusieurs pays africains, participe aux opérations aux côtés des forces maliennes. Une guerre qui broie les civils Le Mali fait face depuis plus d’une décennie à une insurrection jihadiste qui s’est progressivement étendue à de vastes portions du territoire. Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, ainsi que des groupes liés à l’État islamique, mènent régulièrement des attaques contre les forces de sécurité, les populations et les infrastructures. Mais au fil des années, les opérations de lutte contre les groupes armés ont également été accompagnées d’accusations d’exactions visant les forces gouvernementales et leurs auxiliaires. Le drame de Bombori rappelle ainsi une réalité particulièrement brutale du conflit malien : dans certaines zones rurales, les civils sont pris dans un étau. Soupçonnés par les jihadistes de collaborer avec l’État, ils peuvent également être considérés par les forces de sécurité comme des soutiens potentiels des groupes armés. À Bombori, neuf personnes seraient mortes dans cet entre-deux meurtrier, parmi lesquelles quatre enfants. Les accusations de Human Rights Watch devront désormais faire l’objet d’investigations indépendantes permettant d’établir les responsabilités individuelles et les circonstances exactes des décès. Pour les familles des victimes et les habitants du village, l’enjeu dépasse toutefois le seul établissement des faits : il s’agit aussi de savoir si, au nom de la lutte contre le terrorisme, les populations civiles peuvent continuer à payer le prix fort d’une guerre qu’elles n’ont pas choisie.  .

⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes

Une nouvelle accusation d’exactions vient assombrir la lutte anti-djihadiste au Mali. Human Rights Watch (HRW) affirme que des paramilitaires russes de l’Africa Corps, accompagnés de militaires maliens, ont tué neuf civils, dont quatre enfants, lors d’une opération menée le 10 juillet dans le village de Bombori, dans la région de Mopti, au centre du pays. L’organisation de défense des droits humains qualifie les faits de « massacre ». Par Éric Ngarlem Toldé.

Selon HRW, l’opération avait officiellement pour objectif de rechercher des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Mais les jihadistes auraient quitté Bombori la veille de l’intervention. Malgré leur absence, les forces engagées dans l’opération auraient procédé à une vaste opération de ratissage visant notamment le quartier peul du village.

Plus de 100 combattants russes et des militaires maliens

L’intervention s’est déroulée à l’aube du 10 juillet. HRW rapporte que plus de 100 combattants de l’Africa Corps, accompagnés de plusieurs militaires maliens, ont investi Bombori à la recherche de membres du JNIM.

L’organisation affirme que les forces ont pénétré dans plusieurs habitations du quartier peul, avant d’en faire sortir des habitants. Au moins 80 hommes et garçons auraient ensuite été regroupés sous un arbre.

Leur présence aurait alors donné lieu à des interrogatoires musclés. Les hommes et les garçons auraient été battus et questionnés sur leurs éventuels liens avec les groupes armés islamistes. Des menaces de mort auraient également été proférées contre ceux qui auraient été soupçonnés de cacher des informations.

Pour HRW, ces éléments témoignent d’une opération ayant rapidement dépassé le cadre d’une simple recherche de combattants jihadistes.

Six civils abattus alors qu’ils tentaient de fuir

Selon les témoignages recueillis par l’organisation, six civils auraient été tués alors qu’ils tentaient de s’enfuir. Trois autres personnes auraient été arrêtées avant d’être exécutées.

Parmi ces trois victimes figurerait un homme décapité. Sa tête aurait ensuite été exposée au milieu du village. Les deux autres personnes auraient été égorgées et retrouvées ligotées, les mains attachées derrière le dos.

« Ils ont abattu six civils qui ont tenté de s’enfuir et en ont arrêté et exécuté trois autres », rapporte HRW dans son enquête.

Un homme de 40 ans, cité par l’organisation, affirme avoir découvert les corps après le départ des forces. Son témoignage décrit une scène particulièrement macabre au cœur du village.

Lorsque les éléments de l’Africa Corps et les militaires maliens ont quitté Bombori vers 14 heures, les habitants auraient récupéré neuf corps. Parmi les victimes figuraient cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans.

Des enfants parmi les victimes

La présence d’enfants parmi les victimes constitue l’un des aspects les plus graves soulevés par HRW.

Un homme de 38 ans a raconté aux enquêteurs avoir retrouvé les corps de deux enfants, âgés d’environ six ans, tués par balle à proximité d’une maison incendiée.

Ces accusations interviennent dans un contexte où les populations civiles du centre du Mali sont prises entre les groupes djihadistes et les opérations des forces gouvernementales et de leurs alliés.

Les Peuls sont particulièrement exposés aux accusations de collaboration avec les groupes djihadistes. Dans plusieurs zones du Sahel, cette stigmatisation a déjà nourri des violences contre des communautés entières, accusées de fournir des combattants, des renseignements ou un soutien logistique aux groupes armés.

À Bombori, HRW estime que cette logique de suspicion aurait contribué à transformer une opération antijihadiste en une attaque contre des civils.

Une enquête menée à distance

Pour établir les faits, Human Rights Watch dit avoir mené des entretiens à distance avec 13 personnes entre le 19 et le 30 juillet. Parmi elles figuraient quatre témoins directs de l’attaque, ainsi que neuf membres de la société civile et chefs de communauté.

L’organisation affirme avoir croisé les différents témoignages afin de documenter les circonstances de la mort des neuf civils.

HRW insiste toutefois sur un élément central de son enquête : les combattants du JNIM recherchés par les forces étaient, selon ses informations, déjà partis de Bombori lorsque l’opération a commencé.

Cette circonstance, si elle est confirmée, soulève des interrogations sur la nature de l’opération et sur les critères utilisés pour identifier les personnes considérées comme suspectes.

« Des atrocités emblématiques de la crise malienne »

Pour Ilaria Allegrozzi, chercheuse de Human Rights Watch sur le Sahel, les événements de Bombori illustrent la gravité des violences commises contre les populations civiles dans le pays.

« Le massacre de Bombori est emblématique des atrocités commises au Mali », estime-t-elle, selon le communiqué de HRW.

La chercheuse dénonce une situation dans laquelle les populations se retrouvent prises entre deux forces : d’un côté, les groupes armés islamistes qui imposent leur présence et leur loi dans de nombreuses zones rurales ; de l’autre, les forces gouvernementales et leurs alliés engagés dans la reconquête militaire des territoires.

« Les villageois ont été pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement avec ses alliés russes, aucun des belligérants ne respectant le droit international », dénonce-t-elle.

Cette accusation intervient alors que les autorités maliennes ont fait de la lutte contre les groupes jihadistes l’un des principaux arguments de leur politique sécuritaire depuis leur arrivée au pouvoir.

Bamako et Moscou interpellés

Human Rights Watch indique avoir tenté d’obtenir les réactions des autorités concernées.

L’organisation affirme avoir adressé, les 4 et 5 août, des courriers au ministre russe de la Défense ainsi qu’au général Assimi Goïta, chef de la junte malienne et ministre de la Défense. Selon HRW, aucune réponse n’avait été reçue au moment de la publication de son communiqué.

Ces accusations interviennent dans un contexte de rapprochement étroit entre Bamako et Moscou.

Depuis les deux coups d’État militaires de 2020 et 2021, le Mali s’est progressivement éloigné de ses partenaires occidentaux. Les autorités de transition ont notamment rompu ou réduit plusieurs coopérations militaires avec des pays occidentaux et renforcé leurs relations avec la Russie.

L’Africa Corps, structure russe qui a pris le relais de la présence de combattants russes précédemment associés au groupe Wagner dans plusieurs pays africains, participe aux opérations aux côtés des forces maliennes.

Une guerre qui broie les civils

Le Mali fait face depuis plus d’une décennie à une insurrection jihadiste qui s’est progressivement étendue à de vastes portions du territoire. Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, ainsi que des groupes liés à l’État islamique, mènent régulièrement des attaques contre les forces de sécurité, les populations et les infrastructures.

Mais au fil des années, les opérations de lutte contre les groupes armés ont également été accompagnées d’accusations d’exactions visant les forces gouvernementales et leurs auxiliaires.

Le drame de Bombori rappelle ainsi une réalité particulièrement brutale du conflit malien : dans certaines zones rurales, les civils sont pris dans un étau. Soupçonnés par les jihadistes de collaborer avec l’État, ils peuvent également être considérés par les forces de sécurité comme des soutiens potentiels des groupes armés.

À Bombori, neuf personnes seraient mortes dans cet entre-deux meurtrier, parmi lesquelles quatre enfants.

Les accusations de Human Rights Watch devront désormais faire l’objet d’investigations indépendantes permettant d’établir les responsabilités individuelles et les circonstances exactes des décès. Pour les familles des victimes et les habitants du village, l’enjeu dépasse toutefois le seul établissement des faits : il s’agit aussi de savoir si, au nom de la lutte contre le terrorisme, les populations civiles peuvent continuer à payer le prix fort d’une guerre qu’elles n’ont pas choisie.

 

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