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« Rien de nouveau sous le soleil ». C’est le constat désabusé de certains analystes des relations internationales face aux concerts de réactions indignées et scandalisées depuis la capture de Nicolás Maduro et son extradition en mondovision par l’administration Trump pour être jugé aux États-Unis. Le président déchu devra répondre de plusieurs chefs d'accusation. Éric Topona. Nicolás Maduro devra répondre à quatre chefs d’accusation : - avoir conspiré avec des groupes narcoterroristes, comme les Forces armées révolutionnaires de Colombie, le cartel de Sinaloa ou encore Tren de Aragua, pour distribuer de la cocaïne ; - avoir comploté en vue d’importer de la cocaïne ; - avoir utilisé, porté et encouragé le port de mitrailleuses et de « dispositifs destructeurs » ; - avoir conspiré afin d’obtenir des mitrailleuses et des « dispositifs destructeurs ». Les États-Unis sont coutumiers du fait en Amérique latine, qu’ils ont toujours considérée comme leur chasse gardée, jusqu’à ce que les peuples des dictatures sud-américaines vassales de Washington ne s’en défassent pour instaurer des États démocratiques. Nous étions alors dans un contexte de guerre froide. Toute sympathie communiste ou socialiste, même apparente, s’exposait à l’hostilité violente des États-Unis, à l’instar du coup d’État des généraux chiliens en 1973 contre Salvador Allende. Et au-delà de l’Amérique latine, les précédents du renversement de Saddam Hussein en avril 2003, sous des prétextes fallacieux et sans mandat de l’ONU, en dépit d’une vague de protestations planétaires, sont encore vivaces dans les mémoires. Pérennisation de la doctrine Monroe Toutefois, les seuls États où les Américains ont inculpé des dirigeants en fonction ou après leur départ et aux États-Unis, c’est en Amérique latine. Et il n’est pas superflu de le souligner, tout ceci sous des présidences républicaines comme démocrates : Manuel Noriega du Panama sous Bush père (décembre 1989), Juan Orlando Hernandez du Honduras sous Biden (il a été gracié par Donald Trump en décembre 2025, car l’ancien président purgeait une peine de quarante-cinq ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue) et, depuis quelques jours, Nicolás Maduro du Venezuela. Ils ont en commun leur implication dans des trafics de drogue en direction des États-Unis. Leur capture comme leur extradition, jusqu’à leur présentation devant la justice américaine, ont tout l’air de citoyens américains en cavale, qui se verraient attrait devant la justice de leur pays. Sur le plan de la symbolique géopolitique, ces trois exemples sont la preuve que la doctrine Monroe est profondément ancrée dans l’esprit des locataires de la Maison Blanche, quels qu’ils soient, notamment celle du big stick (le gros bâton). Selon Paul Gratian (Ouest-France), « la doctrine Monroe réaffirme la suprématie incontestée des États-Unis sur l’ensemble du continent américain. Elle tient son nom de James Monroe, le cinquième président américain (au pouvoir de 1817 à 1825). Il avait recentré les priorités de la politique étrangère des États-Unis sur la maîtrise du continent américain dans son ensemble. James Monroe s’était alors engagé à ne pas intervenir dans les affaires des pays européens, à condition que ces derniers n’interviennent plus sur le continent américain. » Une troublante similarité Toutefois, si tous les regards sont tournés actuellement vers le Venezuela et s’interrogent sur l’avenir à court terme de ce pays, ils omettent de souligner que l’opération militaire américaine au Venezuela intervient quelques jours seulement après des frappes militaires américaines au Nigeria, au motif de détruire les bases militaires de groupes djihadistes qui s’illustrent dans le kidnapping et le massacre des chrétiens dans ce pays. Si ces persécutions sont une réalité, cette intervention militaire a provoqué dans l’Afrique tout entière une sidération qui n’est toujours pas retombée, et ce d’autant plus que le chef de l’État nigérian, Bola Ahmed Tinubu, et Nicolás Maduro du Venezuela ont en commun des démêlés avec la justice américaine pour des chefs d’accusation similaires. Autre similarité, l’un et l’autre appartiennent à de grands pays extrêmement riches en hydrocarbures. Dans une étude intitulée L’Amérique latine et l’Afrique au prisme de la doctrine Monroe et de la Françafrique : enjeux, mécanismes et résistance au système-monde, le chercheur Yacouba Coulibaly dresse un parallèle entre les prétentions hégémoniques des États-Unis en Amérique latine, et les survivances de la colonisation en Afrique : « Les États-Unis se donnent ainsi le droit d’intervenir militairement non seulement en Amérique latine, mais partout dans le monde. Ce discours consacre une rupture dans le fond et dans la forme avec les intentions pacifistes antérieurement affichées. Quelques années plus tard, entre 1909 et 1913, la doctrine Monroe connaîtra une autre dimension avec le président Howard Taft qui initie la politique du dollar, dont l’objectif majeur est de protéger les intérêts économiques. La doctrine Monroe est fondamentalement structurée autour de trois balises : la diplomatie, les interventions militaires et la défense des intérêts économiques. » Velléités expansionnistes confirmées de Trump et agonie du droit international Ce qu’il y a cependant de nouveau dans l’intervention militaire américaine au Venezuela et la violation de la souveraineté de ce pays, c’est la décision clairement affirmée du président Trump de placer le Venezuela sous protectorat américain et de prendre le contrôle direct de la gestion de ses richesses pétrolières. Plus préoccupant, Donald Trump a réaffirmé sa volonté d’annexer le Groenland, sous administration danoise, donc européenne. Or, jusqu’à présent et depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le droit international a été mis à mal uniquement dans les pays du sud, du tiers-monde, au Proche et au Moyen-Orient. Désormais, et c’est inédit, même l’Europe, déjà déstabilisée par « l’opération spéciale » de Vladimir Poutine en Ukraine et là aussi au mépris du droit international, voit l’intégrité de l’un de ses États membres menacée. C’est en ce sens que ce qui se passe actuellement au Venezuela est une agonie prolongée du droit international, lequel, espérons-nous, ne traverse qu’une parenthèse historique tragique, en dépit du scepticisme d’Henry Kissinger (diplomate et politologue américano-allemand, figure majeure de la guerre froide, décédé le 29 novembre 2023), à qui Trump donne raison lorsque l’ancien secrétaire d’État américain et ancien conseiller à la sécurité nationale affirmait sans circonvolutions : « Le droit international n’a aucune valeur en dehors des amphithéâtres de droit »..⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
Nicolás Maduro devra répondre à quatre chefs d’accusation :
- avoir conspiré avec des groupes narcoterroristes, comme les Forces armées révolutionnaires de Colombie, le cartel de Sinaloa ou encore Tren de Aragua, pour distribuer de la cocaïne ;
- avoir comploté en vue d’importer de la cocaïne ;
- avoir utilisé, porté et encouragé le port de mitrailleuses et de « dispositifs destructeurs » ;
- avoir conspiré afin d’obtenir des mitrailleuses et des « dispositifs destructeurs ».
Les États-Unis sont coutumiers du fait en Amérique latine, qu’ils ont toujours considérée comme leur chasse gardée, jusqu’à ce que les peuples des dictatures sud-américaines vassales de Washington ne s’en défassent pour instaurer des États démocratiques.
Nous étions alors dans un contexte de guerre froide. Toute sympathie communiste ou socialiste, même apparente, s’exposait à l’hostilité violente des États-Unis, à l’instar du coup d’État des généraux chiliens en 1973 contre Salvador Allende. Et au-delà de l’Amérique latine, les précédents du renversement de Saddam Hussein en avril 2003, sous des prétextes fallacieux et sans mandat de l’ONU, en dépit d’une vague de protestations planétaires, sont encore vivaces dans les mémoires.
Toutefois, les seuls États où les Américains ont inculpé des dirigeants en fonction ou après leur départ et aux États-Unis, c’est en Amérique latine. Et il n’est pas superflu de le souligner, tout ceci sous des présidences républicaines comme démocrates : Manuel Noriega du Panama sous Bush père (décembre 1989), Juan Orlando Hernandez du Honduras sous Biden (il a été gracié par Donald Trump en décembre 2025, car l’ancien président purgeait une peine de quarante-cinq ans de prison aux États-Unis pour trafic de drogue) et, depuis quelques jours, Nicolás Maduro du Venezuela. Ils ont en commun leur implication dans des trafics de drogue en direction des États-Unis. Leur capture comme leur extradition, jusqu’à leur présentation devant la justice américaine, ont tout l’air de citoyens américains en cavale, qui se verraient attrait devant la justice de leur pays.
Sur le plan de la symbolique géopolitique, ces trois exemples sont la preuve que la doctrine Monroe est profondément ancrée dans l’esprit des locataires de la Maison Blanche, quels qu’ils soient, notamment celle du big stick (le gros bâton).
Selon Paul Gratian (Ouest-France), « la doctrine Monroe réaffirme la suprématie incontestée des États-Unis sur l’ensemble du continent américain. Elle tient son nom de James Monroe, le cinquième président américain (au pouvoir de 1817 à 1825). Il avait recentré les priorités de la politique étrangère des États-Unis sur la maîtrise du continent américain dans son ensemble. James Monroe s’était alors engagé à ne pas intervenir dans les affaires des pays européens, à condition que ces derniers n’interviennent plus sur le continent américain. »
Toutefois, si tous les regards sont tournés actuellement vers le Venezuela et s’interrogent sur l’avenir à court terme de ce pays, ils omettent de souligner que l’opération militaire américaine au Venezuela intervient quelques jours seulement après des frappes militaires américaines au Nigeria, au motif de détruire les bases militaires de groupes djihadistes qui s’illustrent dans le kidnapping et le massacre des chrétiens dans ce pays. Si ces persécutions sont une réalité, cette intervention militaire a provoqué dans l’Afrique tout entière une sidération qui n’est toujours pas retombée, et ce d’autant plus que le chef de l’État nigérian, Bola Ahmed Tinubu, et Nicolás Maduro du Venezuela ont en commun des démêlés avec la justice américaine pour des chefs d’accusation similaires. Autre similarité, l’un et l’autre appartiennent à de grands pays extrêmement riches en hydrocarbures.
Dans une étude intitulée L’Amérique latine et l’Afrique au prisme de la doctrine Monroe et de la Françafrique : enjeux, mécanismes et résistance au système-monde, le chercheur Yacouba Coulibaly dresse un parallèle entre les prétentions hégémoniques des États-Unis en Amérique latine, et les survivances de la colonisation en Afrique : « Les États-Unis se donnent ainsi le droit d’intervenir militairement non seulement en Amérique latine, mais partout dans le monde. Ce discours consacre une rupture dans le fond et dans la forme avec les intentions pacifistes antérieurement affichées. Quelques années plus tard, entre 1909 et 1913, la doctrine Monroe connaîtra une autre dimension avec le président Howard Taft qui initie la politique du dollar, dont l’objectif majeur est de protéger les intérêts économiques. La doctrine Monroe est fondamentalement structurée autour de trois balises : la diplomatie, les interventions militaires et la défense des intérêts économiques. »
Ce qu’il y a cependant de nouveau dans l’intervention militaire américaine au Venezuela et la violation de la souveraineté de ce pays, c’est la décision clairement affirmée du président Trump de placer le Venezuela sous protectorat américain et de prendre le contrôle direct de la gestion de ses richesses pétrolières. Plus préoccupant, Donald Trump a réaffirmé sa volonté d’annexer le Groenland, sous administration danoise, donc européenne.
Or, jusqu’à présent et depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le droit international a été mis à mal uniquement dans les pays du sud, du tiers-monde, au Proche et au Moyen-Orient. Désormais, et c’est inédit, même l’Europe, déjà déstabilisée par « l’opération spéciale » de Vladimir Poutine en Ukraine et là aussi au mépris du droit international, voit l’intégrité de l’un de ses États membres menacée.
C’est en ce sens que ce qui se passe actuellement au Venezuela est une agonie prolongée du droit international, lequel, espérons-nous, ne traverse qu’une parenthèse historique tragique, en dépit du scepticisme d’Henry Kissinger (diplomate et politologue américano-allemand, figure majeure de la guerre froide, décédé le 29 novembre 2023), à qui Trump donne raison lorsque l’ancien secrétaire d’État américain et ancien conseiller à la sécurité nationale affirmait sans circonvolutions : « Le droit international n’a aucune valeur en dehors des amphithéâtres de droit ».
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