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En août 2006, un navire rempli d’une décharge de 581 tonnes de déchets, immatriculé au Panama, accoste en Côte d’Ivoire, au port d’Abidjan. Il s’agit du Probo Koala. Il est affrété par la société hollando-suisse Trafigura. Sa cargaison toxique, déchargée à terre, provoque la mort de 17 personnes et plus de 40 000 cas d’empoisonnement. Éric Topona.. C’est l’une des plus grandes catastrophes sanitaires et environnementales en Afrique. Au regard de l’indignation planétaire suscitée par ce scandale, on se serait attendu à ne plus jamais voir se reproduire un tel drame environnemental et sanitaire sur le continent africain. Or, bien au contraire, certaines villes africaines continuent de tenir lieu de dépotoir à de nombreuses industries étrangères, mais ce « business » semble si banalisé qu’il ne suscite plus d’indignation. L’une des illustrations les plus courantes de cette désinvolture concerne ces milliers de tonnes de déchets électroniques ou informatiques qui sont déversées sans dissimulation dans des villes africaines, et dans lesquels des populations en situation de grande précarité matérielle viennent faire le tri, à la recherche des composants ou de métaux à revendre. Flottes fantômes russes Si les exemples qui précèdent sont davantage le fait de fonctionnaires véreux, les exemples actuels de la flotte fantôme russe sont d’autant plus consternants qu’il s’agit de risques sanitaires, environnementaux et de souveraineté pris dans certains pays africains au plus sommet de l’État. En effet, dans le conflit armé russo-ukrainien actuel, il est notoirement connu que l’exportation des hydrocarbures, notamment du pétrole brut, est le nerf qui permet à Vladimir Poutine de financer sa guerre d’invasion contre l’Ukraine. Selon une étude d’avril 2024 de l’observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), « l’embargo pétrolier occidental, qui est entré en vigueur en décembre 2022, concerne les deux tiers des exportations pétrolières russes. Il plafonne le prix du baril russe à 60 dollars et interdit aux entreprises basées dans les pays de l’UE, du G7 et en Australie d’assurer les services nécessaires au transport de pétrole par voies maritimes en provenance de Russie (négoce, fret, assurance, armateurs, etc.). En réalité, le système de contournement des sanctions permet à la Russie d’exporter la quasi-totalité de sa production en échappant à tout contrôle ». Eaux territoriales et pavillons africains Cette flotte fantôme russe est estimée entre 600 et 1400 navires, avec une prédilection pour les eaux territoriales et les pavillons africains. Ce choix de l’Afrique par Moscou s’explique par le très grand relâchement qui semble être la règle dans ces pays en matière de respect des normes internationales qui régissent le trafic maritime, en l’occurrence le transport des hydrocarbures. Ces navires de fortune ont pour caractéristiques communes : – Une opacité organisationnelle : propriétaires dissimulés, changements fréquents d’identité ; -Une vétusté élevée majoritairement âgés de plus de 15 ans ; – Une couverture assurantielle insuffisante voire inexistante ; – La désactivation volontaire des systèmes de traçage. Risques de pollution et aliénation de la souveraineté des pays africains Du fait de ces libertés prises avec les normes juridiques et environnementales qui régissent les commerce maritime international, notamment la vétusté de ces navires et la dangerosité des hydrocarbures en cas d’accident, ces pays côtiers s’exposent à des risques majeurs de pollution, voire de catastrophes environnementales de grande ampleur. Les périls encourus ne sont pas seulement d’ordre écologiques, mais aussi d’ordre humains et économiques. En effet, dans la plupart de ces pays africains qui entretiennent la flotte fantôme russe, les populations riveraines des zones littoral tirent également leur subsistance des produits marins ou lacustres. Une marée noire par exemple, aurait des conséquences inestimables pour l’ensemble de l’écosystème marin, sans qu’il soit envisageable d’y remédier même à moyen terme. Mais l’autre péril tout aussi grand auquel s’exposent ces États c’est l’aliénation de leur souveraineté et de leur respectabilité diplomatique. Du fait même de la publicité négative faite autour de leur flotte maritime et du contournement des normes internationales en matière de commerce maritime, ils se privent de la capacité, pour l’avenir, à constituer une force commerciale respectable parce qu’ils auront durablement perdu en crédibilité ce qu’ils auront gagné ponctuellement en termes financiers dans leurs deals avec Moscou. C’est ainsi que le 14 novembre 2024, le Parlement européen a adopté la résolution 024/2885(RSP) : « La résolution demande également des sanctions plus ciblées à l’encontre de la flotte fantôme dans les prochains trains de sanctions contre la Russie, comme la désignation de tous les navires individuels de la flotte fantôme, ainsi que de leurs propriétaires, opérateurs, gestionnaires, comptes, banques, compagnies d’assurance, etc ». Ces États africains qui servent de locomotives au contournement des sanctions économiques relatives à l’exportation du pétrole brut russe s’exposent à des mesures de rétorsion qui pourraient réduire, voire annuler les gains qu’ils tirent actuellement de leur inféodation à Moscou..⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes
C’est l’une des plus grandes catastrophes sanitaires et environnementales en Afrique. Au regard de l’indignation planétaire suscitée par ce scandale, on se serait attendu à ne plus jamais voir se reproduire un tel drame environnemental et sanitaire sur le continent africain. Or, bien au contraire, certaines villes africaines continuent de tenir lieu de dépotoir à de nombreuses industries étrangères, mais ce « business » semble si banalisé qu’il ne suscite plus d’indignation. L’une des illustrations les plus courantes de cette désinvolture concerne ces milliers de tonnes de déchets électroniques ou informatiques qui sont déversées sans dissimulation dans des villes africaines, et dans lesquels des populations en situation de grande précarité matérielle viennent faire le tri, à la recherche des composants ou de métaux à revendre.
Si les exemples qui précèdent sont davantage le fait de fonctionnaires véreux, les exemples actuels de la flotte fantôme russe sont d’autant plus consternants qu’il s’agit de risques sanitaires, environnementaux et de souveraineté pris dans certains pays africains au plus sommet de l’État.
En effet, dans le conflit armé russo-ukrainien actuel, il est notoirement connu que l’exportation des hydrocarbures, notamment du pétrole brut, est le nerf qui permet à Vladimir Poutine de financer sa guerre d’invasion contre l’Ukraine.
Selon une étude d’avril 2024 de l’observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), « l’embargo pétrolier occidental, qui est entré en vigueur en décembre 2022, concerne les deux tiers des exportations pétrolières russes. Il plafonne le prix du baril russe à 60 dollars et interdit aux entreprises basées dans les pays de l’UE, du G7 et en Australie d’assurer les services nécessaires au transport de pétrole par voies maritimes en provenance de Russie (négoce, fret, assurance, armateurs, etc.). En réalité, le système de contournement des sanctions permet à la Russie d’exporter la quasi-totalité de sa production en échappant à tout contrôle ».
Cette flotte fantôme russe est estimée entre 600 et 1400 navires, avec une prédilection pour les eaux territoriales et les pavillons africains. Ce choix de l’Afrique par Moscou s’explique par le très grand relâchement qui semble être la règle dans ces pays en matière de respect des normes internationales qui régissent le trafic maritime, en l’occurrence le transport des hydrocarbures.
Ces navires de fortune ont pour caractéristiques communes :
– Une opacité organisationnelle : propriétaires dissimulés, changements fréquents d’identité ;
-Une vétusté élevée majoritairement âgés de plus de 15 ans ;
– Une couverture assurantielle insuffisante voire inexistante ;
– La désactivation volontaire des systèmes de traçage.
Du fait de ces libertés prises avec les normes juridiques et environnementales qui régissent les commerce maritime international, notamment la vétusté de ces navires et la dangerosité des hydrocarbures en cas d’accident, ces pays côtiers s’exposent à des risques majeurs de pollution, voire de catastrophes environnementales de grande ampleur.
Les périls encourus ne sont pas seulement d’ordre écologiques, mais aussi d’ordre humains et économiques.
En effet, dans la plupart de ces pays africains qui entretiennent la flotte fantôme russe, les populations riveraines des zones littoral tirent également leur subsistance des produits marins ou lacustres. Une marée noire par exemple, aurait des conséquences inestimables pour l’ensemble de l’écosystème marin, sans qu’il soit envisageable d’y remédier même à moyen terme.
Mais l’autre péril tout aussi grand auquel s’exposent ces États c’est l’aliénation de leur souveraineté et de leur respectabilité diplomatique. Du fait même de la publicité négative faite autour de leur flotte maritime et du contournement des normes internationales en matière de commerce maritime, ils se privent de la capacité, pour l’avenir, à constituer une force commerciale respectable parce qu’ils auront durablement perdu en crédibilité ce qu’ils auront gagné ponctuellement en termes financiers dans leurs deals avec Moscou. C’est ainsi que le 14 novembre 2024, le Parlement européen a adopté la résolution 024/2885(RSP) : « La résolution demande également des sanctions plus ciblées à l’encontre de la flotte fantôme dans les prochains trains de sanctions contre la Russie, comme la désignation de tous les navires individuels de la flotte fantôme, ainsi que de leurs propriétaires, opérateurs, gestionnaires, comptes, banques, compagnies d’assurance, etc ».
Ces États africains qui servent de locomotives au contournement des sanctions économiques relatives à l’exportation du pétrole brut russe s’exposent à des mesures de rétorsion qui pourraient réduire, voire annuler les gains qu’ils tirent actuellement de leur inféodation à Moscou.
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