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Au Bénin, l'armée a affirmé avoir neutralisé "45 terroristes" au cours du dernier trimestre lors d'opérations anti-djihadistes dans le nord du pays. Cet aveu est la preuve que les attaques armées, récurrentes et coordonnées, des groupes djihadistes constituent une menace existentielle pour la République et la Nation béninoises. Éric Topona. La récente tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 au Bénin est un front sécuritaire qui vient s’ajouter à un autre qui est loin d’être résolu, celui du terrorisme djihadiste. Depuis plus de cinq ans, le Bénin subit les contrecoups de la difficulté, voire de l’incapacité des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) à contenir le terrorisme djihadiste sur leurs territoires respectifs, sinon à l’anéantir. Bien plus grave, au Niger et au Burkina Faso, ces groupes terroristes ne cessent de gagner du terrain et étendent leur présence aux voisins de ces pays jusqu’alors relativement épargnés, notamment le Bénin. Accès à la mer Pourquoi le Bénin ? Ce pays a l’avantage de disposer de côtes importantes et d’un accès privilégié à la mer. Pour ces terroristes, c’est une position stratégique, et ce, d’autant plus qu’aucun des pays de l’AES au sein desquels ils se sont profondément et durablement implantés ne dispose d’un atout naturel de circulation aussi avantageux. Or, ces groupes terroristes ont grand besoin d’avoir accès à ces voies de navigation maritime pour le transport des armes ou diverses marchandises de contrebande grâce auxquelles ils financent leur effort de guerre. Il est donc vital, pour leur survie comme pour leur stratégie d’expansion, de faire reculer les forces loyalistes béninoises bien loin de ces espaces territoriaux sur lesquels il est du plus grand intérêt, pour ces terroristes, de faire prévaloir leur stratégie d’hégémonie criminelle. Dès 2019, la nébuleuse terroriste Boko Haram avait établi une sorte de base arrière au Bénin pour sécuriser le financement de ses activités de déstabilisation dans les pays voisins, avec un mode opérationnel similaire à celui que l’on observe au Cameroun ou au Tchad. Une étude de juillet 2023 de la fondation Fredriech Ebert Stiftung intitulée Le Terrorisme au Bénin, Perceptions, actions et Perceptives est suffisamment éloquente à ce sujet : « Le Bénin est cité – au même titre que le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et la Mauritanie – comme un lieu de recel privilégié des vols et enlèvements de bétails opérés au Mali, au Burkina et au Niger. Des milliers de têtes de bovins, ovins et caprins volés par les groupes terroristes sont donc dirigés dans ces pays, y compris au Bénin, pour être vendues. Ces groupes faisaient également du Bénin – comme du Togo et du Nigeria – un destinataire de leur trafic des produits issus du braconnage ou de l’orpaillage. […] Le Bénin était notamment pour eux un marché d’approvisionnement en motos et en carburant. En somme, le pays était stratégiquement tenu en réserve et servait de petit terrain d’affaires économiques qui nourrissaient le terrorisme sahélien. » Rapport de force par la terreur Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que, en dépit de la brouille diplomatique entre Niamey et Cotonou au sujet de l’acheminement du pétrole du Niger via le Bénin, les groupes djihadistes ont compris qu’ils doivent « s’inviter » dans ce gigantesque projet financé en grande partie par la Chine, en instaurant un rapport de force par la terreur. C’est une constante à travers le monde chaque fois qu’un grand projet d’infrastructure se met en place dans une zone de conflit armé ou de grande insécurité. Des groupes armés, qu’il s’agisse de rebelles opposés au pouvoir central ou de bandes criminelles, imposent une atmosphère de terreur qui se traduit par des enlèvements, voire des assassinats, de manière à obtenir des différentes parties une sorte de rente pour s’abstenir de s’imposer en empêcheurs de tourner en rond. Du fait de la détérioration des relations entre le Niger et le Bénin, de la crise de légitimité que connaît la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) depuis que ses États membres sont secoués par des coups d’État ou des tentatives de coup d’État à la chaîne, le Bénin se retrouve quasiment seul en première ligne dans sa lutte contre le terrorisme djihadiste. Opération de sécurisation de ses frontières Dès 2022, en guise de riposte, dans le cadre de « l’opération Mirador », le pays a mobilisé 3 000 soldats pour sécuriser ses frontières nord. Le budget de la défense a connu une augmentation substantielle de 60 % entre 2022 et 2024 et le recrutement supplémentaire de 5 000 militaires est envisagé jusqu’au terme de l’année 2026. Par ailleurs, le Bénin a également investi dans les secteurs sociaux. Il est notoirement connu que les djihadistes prospèrent sur le sentiment d’abandon et d’exclusion des populations. Toutefois, la nouvelle donne sécuritaire, consécutive à la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, est extrêmement préoccupante. Le pays doit adopter des stratégies fructueuses pour faire face à la menace djihadiste. Le risque est donc grand de voir ces groupes terroristes mettre à profit ce moment de flottement pour gagner du terrain et fragiliser davantage les institutions du pays. Il est vital, pour l’ensemble des États membres de la CEDEAO, de réagir rapidement et vigoureusement à cette situation. Leur propre stabilité en dépend..⏱ Temps de lecture estimé : 5 minutes
La récente tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 au Bénin est un front sécuritaire qui vient s’ajouter à un autre qui est loin d’être résolu, celui du terrorisme djihadiste.
Depuis plus de cinq ans, le Bénin subit les contrecoups de la difficulté, voire de l’incapacité des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) à contenir le terrorisme djihadiste sur leurs territoires respectifs, sinon à l’anéantir. Bien plus grave, au Niger et au Burkina Faso, ces groupes terroristes ne cessent de gagner du terrain et étendent leur présence aux voisins de ces pays jusqu’alors relativement épargnés, notamment le Bénin.
Pourquoi le Bénin ? Ce pays a l’avantage de disposer de côtes importantes et d’un accès privilégié à la mer. Pour ces terroristes, c’est une position stratégique, et ce, d’autant plus qu’aucun des pays de l’AES au sein desquels ils se sont profondément et durablement implantés ne dispose d’un atout naturel de circulation aussi avantageux. Or, ces groupes terroristes ont grand besoin d’avoir accès à ces voies de navigation maritime pour le transport des armes ou diverses marchandises de contrebande grâce auxquelles ils financent leur effort de guerre. Il est donc vital, pour leur survie comme pour leur stratégie d’expansion, de faire reculer les forces loyalistes béninoises bien loin de ces espaces territoriaux sur lesquels il est du plus grand intérêt, pour ces terroristes, de faire prévaloir leur stratégie d’hégémonie criminelle.
Dès 2019, la nébuleuse terroriste Boko Haram avait établi une sorte de base arrière au Bénin pour sécuriser le financement de ses activités de déstabilisation dans les pays voisins, avec un mode opérationnel similaire à celui que l’on observe au Cameroun ou au Tchad. Une étude de juillet 2023 de la fondation Fredriech Ebert Stiftung intitulée Le Terrorisme au Bénin, Perceptions, actions et Perceptives est suffisamment éloquente à ce sujet : « Le Bénin est cité – au même titre que le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et la Mauritanie – comme un lieu de recel privilégié des vols et enlèvements de bétails opérés au Mali, au Burkina et au Niger. Des milliers de têtes de bovins, ovins et caprins volés par les groupes terroristes sont donc dirigés dans ces pays, y compris au Bénin, pour être vendues. Ces groupes faisaient également du Bénin – comme du Togo et du Nigeria – un destinataire de leur trafic des produits issus du braconnage ou de l’orpaillage. […] Le Bénin était notamment pour eux un marché d’approvisionnement en motos et en carburant. En somme, le pays était stratégiquement tenu en réserve et servait de petit terrain d’affaires économiques qui nourrissaient le terrorisme sahélien. »
Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que, en dépit de la brouille diplomatique entre Niamey et Cotonou au sujet de l’acheminement du pétrole du Niger via le Bénin, les groupes djihadistes ont compris qu’ils doivent « s’inviter » dans ce gigantesque projet financé en grande partie par la Chine, en instaurant un rapport de force par la terreur. C’est une constante à travers le monde chaque fois qu’un grand projet d’infrastructure se met en place dans une zone de conflit armé ou de grande insécurité. Des groupes armés, qu’il s’agisse de rebelles opposés au pouvoir central ou de bandes criminelles, imposent une atmosphère de terreur qui se traduit par des enlèvements, voire des assassinats, de manière à obtenir des différentes parties une sorte de rente pour s’abstenir de s’imposer en empêcheurs de tourner en rond.
Du fait de la détérioration des relations entre le Niger et le Bénin, de la crise de légitimité que connaît la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) depuis que ses États membres sont secoués par des coups d’État ou des tentatives de coup d’État à la chaîne, le Bénin se retrouve quasiment seul en première ligne dans sa lutte contre le terrorisme djihadiste.
Dès 2022, en guise de riposte, dans le cadre de « l’opération Mirador », le pays a mobilisé 3 000 soldats pour sécuriser ses frontières nord. Le budget de la défense a connu une augmentation substantielle de 60 % entre 2022 et 2024 et le recrutement supplémentaire de 5 000 militaires est envisagé jusqu’au terme de l’année 2026. Par ailleurs, le Bénin a également investi dans les secteurs sociaux. Il est notoirement connu que les djihadistes prospèrent sur le sentiment d’abandon et d’exclusion des populations.
Toutefois, la nouvelle donne sécuritaire, consécutive à la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, est extrêmement préoccupante. Le pays doit adopter des stratégies fructueuses pour faire face à la menace djihadiste. Le risque est donc grand de voir ces groupes terroristes mettre à profit ce moment de flottement pour gagner du terrain et fragiliser davantage les institutions du pays. Il est vital, pour l’ensemble des États membres de la CEDEAO, de réagir rapidement et vigoureusement à cette situation. Leur propre stabilité en dépend.
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