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L’Afrique dans le monde : entre inconnu et inquiétudes

L’Afrique dans le monde : entre inconnu et inquiétudes. Article écrit par Éric Topona. Publié le 5 janvier 2026à 12h18

⏱ Temps de lecture estimé : 4 minutes

Le passage vers une nouvelle année a rarement été chargé de nuages aussi sombres et qui ne cessent de grossir. ​À telle enseigne que les traditionnels vœux de paix, de bien-être ou de prospérité, qui sont devenus des rituels sous tous les cieux et dans toutes les cultures, semblaient sonner faux au crépuscule de l’année 2025. Dans un monde globalisé où les mutations se suivent et s’accélèrent à une cadence vertigineuse, l’Afrique, comme toutes les autres régions du monde, se pense, se construit et se projette à l’aune de cette nouvelle donne planétaire qui s’impose à tous.. Sur ce continent où l’espace politique demeure en voie de consolidation, l’année 2025 aura connu la tenue d’élections locales ou nationales dans de nombreux ​États, et non des moindres. Toutefois, à l’observation, il n’est pas excessif de relever qu’à l’exception notable du Malawi le constat général est celui d’un maintien du statu quo, voire d’une régression des progrès démocratiques naguère enregistrés ici ou là. Loin de sacrifier à un tour d’horizon de ces différents scrutins, quelques-uns illustrent à suffisance nos légitimes inquiétudes. La Côte d’Ivoire aura ainsi organisé une élection présidentielle​ (le 25 octobre 2025) sans grand suspense et, dans la foulée, des élections législatives​ (27 décembre 2025). Cependant, comme en Guinée et en République centrafricaine en décembre 2025 ou en Guinée Bissau quelques semaines auparavant, c’est non sans inquiétude qu’il faut déplorer une pratique politicienne à laquelle ont de plus en plus recours les candidats sortants pour s’assurer une victoire à la ​Pyrrhus. Si la règle a longtemps été le tripatouillage des constitutions pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels, il s’agit désormais de tripatouiller la loi électorale pour exclure du scrutin les candidats susceptibles de mettre en ballottage défavorable le candidat sortant. C’est ainsi que, en Côte d’Ivoire comme en Guinée, les candidats à leur propre succession ont été élus par des scores à la soviétique. En Guinée Bissau, en dépit de ce tour de passe-passe, le président-candidat, ​​Umaro Sissoco Embaló, comme plusieurs observateurs l’affirment, aurait tout simplement organisé un coup d’État factice pour se soustraire à une proclamation des résultats qui le donnait, malgré tout, perdant. En attendant la proclamation officielle des résultats, cette dérive, à laquelle nous aurions pu adjoindre les exemples du Cameroun et de la Tanzanie, suscite à juste titre de vives inquiétudes. Au-delà de l’alternance qui est ainsi rendue impossible alors qu’elle constitue l’indispensable respiration de toute démocratie, on exclut de fait de la gestion des affaires de la cité une frange importante de la population. Tant et si bien que, dans certains de ces ​États, le pays légal aux affaires est largement inférieur au pays réel, qui représente pourtant la majorité silencieuse, parce qu’opprimée. L’exemple le plus scandaleux de ces nouveaux autoritarismes qui se veulent cependant démocratiques, souverainistes, voire panafricanistes, c’est le Niger. Voilà ​ p​rès de trois ans, depuis le 26 juillet 2023, que Mohamed Bazoum, pourtant démocratiquement élu en 2021 à l’issue de l’un des scrutins les plus transparents de cette dernière décennie en Afrique, a été renversé par l’ex-commandant de sa garde présidentielle, ​Abdourahamane Tiani,   et séquestré comme bouclier humain par le patron de la junte militaire non loin de lui, à l’intérieur même du palais présidentiel​ de Niamey. Depuis lors, les appels à la libération de Mohamed Bazoum se multiplient. Le dernier en date a mobilisé plus de 5 000 signatures. Mais force est de constater que ces appels ne suffisent plus pour rendre ​a​u président déchu et son épouse leur liberté. L’année 2026 qui s’ouvre doit être celle d’une accentuation des pressions diplomatiques pour dénouer cette situation. Pour y parvenir, l’Union ​africaine, mais surtout l’Union ​européenne, dispose d’une palette de mesures coercitives qu’elle devra nécessairement et instamment déployer. En effet, au-delà de la personne de Mohamed Bazoum, c’est l’espoir démocratique en Afrique qu’on séquestre. Et, dans un monde où certaines puissances s’affranchissent de tout consensus et de toute considération pour le multilatéralisme, l’Union ​européenne ne doit pas donner à des centaines de millions d’Africains – en majorité jeunes – l’impression d’avoir perdu son âme, car l’ère de glaciation des libertés démocratiques qui semble prévaloir aujourd’hui n’est qu’une parenthèse de l’histoire.​    .

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Le passage vers une nouvelle année a rarement été chargé de nuages aussi sombres et qui ne cessent de grossir. ​À telle enseigne que les traditionnels vœux de paix, de bien-être ou de prospérité, qui sont devenus des rituels sous tous les cieux et dans toutes les cultures, semblaient sonner faux au crépuscule de l’année 2025. Dans un monde globalisé où les mutations se suivent et s’accélèrent à une cadence vertigineuse, l’Afrique, comme toutes les autres régions du monde, se pense, se construit et se projette à l’aune de cette nouvelle donne planétaire qui s’impose à tous.

Sur ce continent où l’espace politique demeure en voie de consolidation, l’année 2025 aura connu la tenue d’élections locales ou nationales dans de nombreux ​États, et non des moindres. Toutefois, à l’observation, il n’est pas excessif de relever qu’à l’exception notable du Malawi le constat général est celui d’un maintien du statu quo, voire d’une régression des progrès démocratiques naguère enregistrés ici ou là. Loin de sacrifier à un tour d’horizon de ces différents scrutins, quelques-uns illustrent à suffisance nos légitimes inquiétudes.

La Côte d’Ivoire aura ainsi organisé une élection présidentielle​ (le 25 octobre 2025) sans grand suspense et, dans la foulée, des élections législatives​ (27 décembre 2025). Cependant, comme en Guinée et en République centrafricaine en décembre 2025 ou en Guinée Bissau quelques semaines auparavant, c’est non sans inquiétude qu’il faut déplorer une pratique politicienne à laquelle ont de plus en plus recours les candidats sortants pour s’assurer une victoire à la ​Pyrrhus. Si la règle a longtemps été le tripatouillage des constitutions pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels, il s’agit désormais de tripatouiller la loi électorale pour exclure du scrutin les candidats susceptibles de mettre en ballottage défavorable le candidat sortant.

C’est ainsi que, en Côte d’Ivoire comme en Guinée, les candidats à leur propre succession ont été élus par des scores à la soviétique. En Guinée Bissau, en dépit de ce tour de passe-passe, le président-candidat, ​​Umaro Sissoco Embaló, comme plusieurs observateurs l’affirment, aurait tout simplement organisé un coup d’État factice pour se soustraire à une proclamation des résultats qui le donnait, malgré tout, perdant.

En attendant la proclamation officielle des résultats, cette dérive, à laquelle nous aurions pu adjoindre les exemples du Cameroun et de la Tanzanie, suscite à juste titre de vives inquiétudes. Au-delà de l’alternance qui est ainsi rendue impossible alors qu’elle constitue l’indispensable respiration de toute démocratie, on exclut de fait de la gestion des affaires de la cité une frange importante de la population. Tant et si bien que, dans certains de ces ​États, le pays légal aux affaires est largement inférieur au pays réel, qui représente pourtant la majorité silencieuse, parce qu’opprimée.

L’exemple le plus scandaleux de ces nouveaux autoritarismes qui se veulent cependant démocratiques, souverainistes, voire panafricanistes, c’est le Niger.

Voilà ​ p​rès de trois ans, depuis le 26 juillet 2023, que Mohamed Bazoum, pourtant démocratiquement élu en 2021 à l’issue de l’un des scrutins les plus transparents de cette dernière décennie en Afrique, a été renversé par l’ex-commandant de sa garde présidentielle, ​Abdourahamane Tiani,   et séquestré comme bouclier humain par le patron de la junte militaire non loin de lui, à l’intérieur même du palais présidentiel​ de Niamey. Depuis lors, les appels à la libération de Mohamed Bazoum se multiplient. Le dernier en date a mobilisé plus de 5 000 signatures. Mais force est de constater que ces appels ne suffisent plus pour rendre ​a​u président déchu et son épouse leur liberté.

L’année 2026 qui s’ouvre doit être celle d’une accentuation des pressions diplomatiques pour dénouer cette situation. Pour y parvenir, l’Union ​africaine, mais surtout l’Union ​européenne, dispose d’une palette de mesures coercitives qu’elle devra nécessairement et instamment déployer.

En effet, au-delà de la personne de Mohamed Bazoum, c’est l’espoir démocratique en Afrique qu’on séquestre. Et, dans un monde où certaines puissances s’affranchissent de tout consensus et de toute considération pour le multilatéralisme, l’Union ​européenne ne doit pas donner à des centaines de millions d’Africains – en majorité jeunes – l’impression d’avoir perdu son âme, car l’ère de glaciation des libertés démocratiques qui semble prévaloir aujourd’hui n’est qu’une parenthèse de l’histoire.​

 

 

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