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La découverte de six corps d’hommes dans une fosse commune à Forécariah, dans le sud-ouest de la Guinée, suscite de vives inquiétudes. Alors que les circonstances de leur mort restent inconnues, deux organisations de la société civile, Tournons la page-Guinée (TLP-Guinée) et le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), demandent aux autorités de faire toute la lumière sur cette affaire. Par Éric Ngarlem Toldé.. Les six dépouilles ont été découvertes lundi dernier dans une zone boisée de la sous-préfecture d’Allassoyah, relevant de la préfecture de Forécariah, dans la région de la Basse-Guinée. Selon des sources locales citées par l’AFP, ce sont des jeunes partis ramasser du bois de chauffe qui ont fait la macabre découverte. Alertées, les autorités administratives et judiciaires locales se sont rendues sur place. Les corps ont ensuite été exhumés en présence des services compétents. Un détail particulièrement troublant a alors été relevé : les six hommes avaient les mains attachées et les yeux bandés. Une enquête judiciaire a été ouverte afin de déterminer l’identité des victimes et les circonstances exactes de leur décès. À ce stade, aucune information officielle ne permet toutefois d’établir les causes de leur mort, ni d’identifier les responsables éventuels. Une découverte qui pose de nombreuses interrogations Dans un communiqué publié mercredi, TLP-Guinée s’est déclaré profondément préoccupé par cette découverte. Pour le mouvement citoyen, plusieurs éléments, notamment l’état des corps, leur dissimulation dans une zone isolée et l’absence d’identification immédiate, nécessitent des investigations particulièrement rigoureuses. L’organisation refuse cependant de tirer des conclusions définitives avant la fin des investigations. Elle s’interroge néanmoins sur un éventuel lien entre cette découverte et les accusations d’exécutions extrajudiciaires régulièrement formulées depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en septembre 2021. TLP-Guinée rappelle avoir documenté, au cours des dernières années, plusieurs signalements faisant état de personnes civiles ou de membres des forces de sécurité soupçonnés de déloyauté et qui auraient été victimes de violences ou d’exécutions extrajudiciaires présumées. Le mouvement demande donc que l’enquête menée par le parquet de Forécariah soit conduite dans des conditions garantissant son indépendance, sa transparence et sa crédibilité. Il appelle également les organisations internationales de défense des droits humains et les représentations diplomatiques présentes en Guinée à encourager les autorités à établir les faits. Le FNDC réclame des autopsies et des analyses ADN Le FNDC, qui rassemble notamment des acteurs politiques, syndicaux et associatifs opposés au pouvoir, va plus loin. Dans un communiqué signé par ses avocats, l’organisation réclame la réalisation immédiate d’autopsies indépendantes et d’analyses ADN afin de déterminer l’identité des victimes. Pour le collectif, il serait prématuré d’affirmer que les six corps sont ceux de personnes disparues pour des raisons politiques. Mais l’hypothèse, selon lui, ne doit pas être écartée tant que les dépouilles n’auront pas été formellement identifiées. Cette prudence est d’autant plus importante que le FNDC évoque le cas de deux de ses figures, Oumar Sylla, dit Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, dont les proches sont sans nouvelles depuis leur arrestation le 9 juillet 2024. Les deux militants, très actifs dans la contestation contre le régime militaire instauré après le renversement du président Alpha Condé, sont portés disparus depuis plus de deux ans. Leur sort demeure une source majeure de préoccupation pour leurs familles et leurs soutiens. Le FNDC estime ainsi qu’il est indispensable de procéder à une identification scientifique des six dépouilles avant toute conclusion. Il demande une enquête menée avec célérité, impartialité et transparence afin d’éviter que cette affaire ne donne lieu à des spéculations ou à une disparition des preuves. Une affaire sensible dans un contexte politique tendu La découverte intervient dans un contexte particulièrement sensible en Guinée. Le 5 septembre 2021, le colonel Mamadi Doumbouya avait renversé le président Alpha Condé, mettant fin à plus d’une décennie de pouvoir de ce dernier. La transition militaire avait ensuite été marquée par de fortes tensions avec une partie de l’opposition et de la société civile. Mamadi Doumbouya, devenu général, a depuis été élu président en décembre 2025. Malgré le retour à l’ordre constitutionnel, les questions liées aux disparitions, aux arrestations de militants et aux violences politiques continuent de nourrir les inquiétudes des organisations de défense des droits humains. Dans ce contexte, la découverte de six hommes ligotés et les yeux bandés dans une fosse commune constitue un nouveau dossier particulièrement sensible pour les autorités judiciaires. Pour l’heure, aucun élément ne permet d’affirmer que les victimes sont des opposants politiques, encore moins qu’elles seraient Foniké Menguè et Billo Bah. Cette hypothèse, évoquée par le FNDC, reste à vérifier. Seules des investigations sérieuses, notamment les examens médico-légaux et les analyses ADN, pourront permettre d’établir la vérité. L’enjeu dépasse désormais la seule identification des victimes. Il s’agit aussi de déterminer qui sont ces hommes, comment ils sont morts, quand ils ont été tués et pourquoi leurs corps ont été abandonnés dans cette forêt. La justice guinéenne est donc face à une responsabilité considérable : faire parler les preuves avant que les rumeurs ne parlent à leur place. Dans une affaire aussi grave, toute opacité risquerait d’alimenter davantage les soupçons et de raviver les accusations de violences politiques. Les autorités ont annoncé l’ouverture d’une enquête. Reste désormais à savoir si celle-ci permettra de lever les zones d’ombre entourant cette découverte macabre et de rendre aux familles des victimes une réponse que la nature du drame rend plus que jamais indispensable..⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes
Les six dépouilles ont été découvertes lundi dernier dans une zone boisée de la sous-préfecture d’Allassoyah, relevant de la préfecture de Forécariah, dans la région de la Basse-Guinée. Selon des sources locales citées par l’AFP, ce sont des jeunes partis ramasser du bois de chauffe qui ont fait la macabre découverte.
Alertées, les autorités administratives et judiciaires locales se sont rendues sur place. Les corps ont ensuite été exhumés en présence des services compétents. Un détail particulièrement troublant a alors été relevé : les six hommes avaient les mains attachées et les yeux bandés.
Une enquête judiciaire a été ouverte afin de déterminer l’identité des victimes et les circonstances exactes de leur décès. À ce stade, aucune information officielle ne permet toutefois d’établir les causes de leur mort, ni d’identifier les responsables éventuels.
Dans un communiqué publié mercredi, TLP-Guinée s’est déclaré profondément préoccupé par cette découverte. Pour le mouvement citoyen, plusieurs éléments, notamment l’état des corps, leur dissimulation dans une zone isolée et l’absence d’identification immédiate, nécessitent des investigations particulièrement rigoureuses.
L’organisation refuse cependant de tirer des conclusions définitives avant la fin des investigations. Elle s’interroge néanmoins sur un éventuel lien entre cette découverte et les accusations d’exécutions extrajudiciaires régulièrement formulées depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en septembre 2021.
TLP-Guinée rappelle avoir documenté, au cours des dernières années, plusieurs signalements faisant état de personnes civiles ou de membres des forces de sécurité soupçonnés de déloyauté et qui auraient été victimes de violences ou d’exécutions extrajudiciaires présumées.
Le mouvement demande donc que l’enquête menée par le parquet de Forécariah soit conduite dans des conditions garantissant son indépendance, sa transparence et sa crédibilité. Il appelle également les organisations internationales de défense des droits humains et les représentations diplomatiques présentes en Guinée à encourager les autorités à établir les faits.
Le FNDC, qui rassemble notamment des acteurs politiques, syndicaux et associatifs opposés au pouvoir, va plus loin. Dans un communiqué signé par ses avocats, l’organisation réclame la réalisation immédiate d’autopsies indépendantes et d’analyses ADN afin de déterminer l’identité des victimes.
Pour le collectif, il serait prématuré d’affirmer que les six corps sont ceux de personnes disparues pour des raisons politiques. Mais l’hypothèse, selon lui, ne doit pas être écartée tant que les dépouilles n’auront pas été formellement identifiées.
Cette prudence est d’autant plus importante que le FNDC évoque le cas de deux de ses figures, Oumar Sylla, dit Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, dont les proches sont sans nouvelles depuis leur arrestation le 9 juillet 2024.
Les deux militants, très actifs dans la contestation contre le régime militaire instauré après le renversement du président Alpha Condé, sont portés disparus depuis plus de deux ans. Leur sort demeure une source majeure de préoccupation pour leurs familles et leurs soutiens.
Le FNDC estime ainsi qu’il est indispensable de procéder à une identification scientifique des six dépouilles avant toute conclusion. Il demande une enquête menée avec célérité, impartialité et transparence afin d’éviter que cette affaire ne donne lieu à des spéculations ou à une disparition des preuves.
La découverte intervient dans un contexte particulièrement sensible en Guinée. Le 5 septembre 2021, le colonel Mamadi Doumbouya avait renversé le président Alpha Condé, mettant fin à plus d’une décennie de pouvoir de ce dernier. La transition militaire avait ensuite été marquée par de fortes tensions avec une partie de l’opposition et de la société civile.
Mamadi Doumbouya, devenu général, a depuis été élu président en décembre 2025. Malgré le retour à l’ordre constitutionnel, les questions liées aux disparitions, aux arrestations de militants et aux violences politiques continuent de nourrir les inquiétudes des organisations de défense des droits humains.
Dans ce contexte, la découverte de six hommes ligotés et les yeux bandés dans une fosse commune constitue un nouveau dossier particulièrement sensible pour les autorités judiciaires.
Pour l’heure, aucun élément ne permet d’affirmer que les victimes sont des opposants politiques, encore moins qu’elles seraient Foniké Menguè et Billo Bah. Cette hypothèse, évoquée par le FNDC, reste à vérifier. Seules des investigations sérieuses, notamment les examens médico-légaux et les analyses ADN, pourront permettre d’établir la vérité.
L’enjeu dépasse désormais la seule identification des victimes. Il s’agit aussi de déterminer qui sont ces hommes, comment ils sont morts, quand ils ont été tués et pourquoi leurs corps ont été abandonnés dans cette forêt.
La justice guinéenne est donc face à une responsabilité considérable : faire parler les preuves avant que les rumeurs ne parlent à leur place. Dans une affaire aussi grave, toute opacité risquerait d’alimenter davantage les soupçons et de raviver les accusations de violences politiques.
Les autorités ont annoncé l’ouverture d’une enquête. Reste désormais à savoir si celle-ci permettra de lever les zones d’ombre entourant cette découverte macabre et de rendre aux familles des victimes une réponse que la nature du drame rend plus que jamais indispensable.
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