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Guinée : Doumbouya frappe dans ses propres rangs et radie 173 militaires pour « désertion ».

Guinée : Doumbouya frappe dans ses propres rangs et radie 173 militaires pour « désertion ».. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 25 août 2026à 19h38

⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes

Le président guinéen Mamadi Doumbouya a signé un décret portant radiation de 173 soldats et gendarmes des effectifs des forces armées pour « désertion ». Parmi les militaires concernés figure le commandant Michel Lamah, ancien membre du Groupement des forces spéciales qui avait participé au renversement d’Alpha Condé en septembre 2021. Une décision qui intervient dans un contexte politique marqué par une forte concentration du pouvoir entre les mains du chef de l’État. Par Éric Ngarlem Toldé.. Le pouvoir guinéen resserre-t-il encore davantage l’étau autour de son appareil militaire ? Le président Mamadi Doumbouya a décidé de radier 173 soldats et gendarmes des effectifs des forces armées nationales, officiellement pour « désertion ». Le décret présidentiel a été lu lundi soir à la télévision publique guinéenne par le général Amara Camara, ministre-secrétaire général de la présidence de la République et porte-parole de l’institution. « Les 173 militaires dont les prénoms et noms suivent sont radiés des effectifs des forces armées pour désertion », indique le décret, sans fournir davantage de précisions sur les circonstances ayant conduit à ces radiations. La mesure touche des militaires de différents grades. Parmi eux figure notamment le commandant Michel Lamah, un nom qui n’est pas anodin dans l’histoire récente de la Guinée. Cet ancien membre du Groupement des forces spéciales avait participé au coup d’État du 5 septembre 2021 qui avait renversé le président Alpha Condé. Un ancien des Forces spéciales dans la liste La présence de Michel Lamah dans cette liste donne à la décision une résonance particulière. En septembre 2021, il faisait partie des hommes du Groupement des forces spéciales ayant pris d’assaut le palais présidentiel et arrêté Alpha Condé. Des images prises au moment du putsch avaient notamment montré le commandant Lamah à bord d’un véhicule dans lequel se trouvait l’ancien président, alors détenu par les putschistes. À l’époque, Mamadi Doumbouya était lui-même colonel et commandait le Groupement des forces spéciales. Avec ses hommes, il avait renversé Alpha Condé, au pouvoir depuis plus d’une décennie après avoir remporté l’élection présidentielle de 2010 puis été réélu en 2015. Le coup d’État avait mis fin à un troisième mandat particulièrement controversé de l’ancien président, dont la candidature à la présidentielle de 2020 avait provoqué une importante contestation politique et plusieurs épisodes de violences. Cinq ans plus tard, certains des hommes qui avaient contribué à installer le régime militaire se retrouvent désormais écartés des rangs de l’armée. Du coup d’État au palais présidentiel L’histoire de la Guinée depuis 2021 est celle d’une profonde recomposition du pouvoir. Après avoir renversé Alpha Condé, Mamadi Doumbouya avait promis de conduire une transition destinée à restaurer l’ordre constitutionnel et à organiser le retour des civils au pouvoir. Mais le calendrier initial de la transition a progressivement été repoussé. Le général Doumbouya a finalement consolidé son contrôle sur les institutions et s’est présenté à l’élection présidentielle de décembre 2025. Il a été élu à l’issue d’un scrutin fortement contesté par une partie de l’opposition et de la société civile. Ses adversaires avaient notamment dénoncé des conditions électorales qui, selon eux, ne garantissaient pas une compétition équitable. Depuis, le pouvoir a poursuivi sa restructuration politique. Lors des élections législatives du 31 mai 2026, la mouvance présidentielle et ses alliés ont remporté plus de 80 % des sièges du Parlement. Une domination qui permet au chef de l’État de disposer d’une majorité particulièrement confortable au sein de l’institution législative. Le paysage politique guinéen apparaît ainsi largement dominé par le camp présidentiel. Une radiation sans explication détaillée Le décret publié lundi ne donne cependant aucune information précise sur les faits reprochés aux 173 militaires. La seule justification avancée est la « désertion ». Or, derrière ce terme juridiquement lourd se cachent des situations qui peuvent être très différentes : absence prolongée et injustifiée, refus de rejoindre une affectation, abandon d’un poste ou départ non autorisé. En l’absence de précisions officielles, il est donc impossible de déterminer si les 173 militaires ont fait l’objet de procédures disciplinaires individuelles, s’ils ont été entendus par leur hiérarchie ou si des poursuites judiciaires sont envisagées. Le gouvernement n’a pas non plus expliqué pourquoi cette mesure intervient maintenant, ni si les militaires concernés ont été considérés comme déserteurs à la suite d’un événement précis. La présence du commandant Lamah dans la liste ne permet pas, à elle seule, d’établir un lien entre sa radiation et son passé au sein des Forces spéciales. Toute interprétation politique de son cas doit donc être maniée avec prudence, faute d’explication officielle. Une armée profondément remaniée Depuis son arrivée au pouvoir, Mamadi Doumbouya a entrepris de réorganiser les forces de défense et de sécurité. Le chef de la junte devenue pouvoir présidentiel s’est appuyé sur l’appareil militaire pour consolider son autorité. Le Groupement des forces spéciales, dont il était issu, avait constitué l’un des principaux instruments du coup d’État de 2021. La radiation de 173 militaires intervient ainsi dans une armée dont la hiérarchie et les équilibres ont connu d’importantes transformations depuis le renversement d’Alpha Condé. Mais la décision pose aussi une question plus large : jusqu’où ira la recomposition des forces armées sous le régime de Mamadi Doumbouya ? L’éviction de militaires pour « désertion » peut être une mesure disciplinaire ordinaire dans une armée. Mais lorsqu’elle concerne simultanément 173 personnes, dont un ancien officier d’un corps aussi stratégique que les Forces spéciales, elle mérite des explications plus substantielles. Pour l’heure, le pouvoir n’en fournit pas. Le contexte politique alimente les interrogations Cette décision intervient par ailleurs dans un climat politique particulièrement tendu. Depuis le coup d’État de 2021, plusieurs formations politiques ont été suspendues ou dissoutes. Les autorités ont également interdit les manifestations depuis 2022, tandis que des opposants, responsables politiques et acteurs de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou contraints à l’exil. Le pouvoir justifie généralement ces mesures par la nécessité de préserver la stabilité et l’ordre public. Ses détracteurs y voient plutôt une restriction progressive de l’espace politique et civique. Dans ce contexte, toute décision touchant à la hiérarchie militaire est susceptible d’être observée avec attention. L’armée constitue en effet l’un des piliers du pouvoir de Mamadi Doumbouya depuis 2021. Les mouvements qui s’y produisent ne sont donc jamais totalement neutres politiquement. La radiation des 173 militaires pourrait n’être qu’une opération disciplinaire de grande ampleur. Elle pourrait aussi s’inscrire dans une réorganisation plus vaste des forces armées. À ce stade, les informations disponibles ne permettent pas de trancher. Une ironie de l’histoire Il y a toutefois une ironie saisissante dans la trajectoire de certains acteurs du régime guinéen. En 2021, les forces spéciales avaient fait irruption dans le palais présidentiel pour mettre fin au pouvoir d’Alpha Condé. Le mouvement avait été présenté par ses auteurs comme une rupture nécessaire avec un système politique arrivé à bout de souffle. Cinq ans plus tard, le principal artisan de ce renversement est devenu président de la République et exerce son pouvoir avec une autorité considérable sur les institutions politiques et sécuritaires. Et certains de ceux qui marchaient à ses côtés au moment du putsch sont désormais rayés des effectifs militaires. Le destin du commandant Michel Lamah illustre ainsi, à lui seul, les retournements spectaculaires de la politique guinéenne : hier acteur d’un coup d’État historique, aujourd’hui officiellement radié de l’armée pour « désertion ». Des questions désormais sans réponse La décision présidentielle soulève plusieurs interrogations auxquelles le gouvernement devra, tôt ou tard, répondre. Pourquoi 173 militaires sont-ils accusés simultanément de désertion ? Depuis quand étaient-ils considérés comme absents ? Ont-ils été convoqués ou entendus ? Une procédure judiciaire accompagne-t-elle les radiations ? Quel sort est réservé à leurs droits et avantages militaires ? Et surtout, pourquoi le décret ne fournit-il aucun élément permettant de comprendre les circonstances précises de ces départs ? Pour l’instant, le pouvoir guinéen se contente d’une formule administrative : « désertion ». Une formule courte, mais qui concerne 173 carrières militaires. Dans une Guinée où l’armée demeure au cœur du système politique depuis le coup d’État de 2021, cette vague de radiations ne manquera donc pas d’alimenter les interrogations sur les équilibres internes des forces armées et sur la manière dont le régime de Mamadi Doumbouya entend désormais contrôler ses propres rangs. La liste est publiée. Les explications, elles, restent à venir..

⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes

Le président guinéen Mamadi Doumbouya a signé un décret portant radiation de 173 soldats et gendarmes des effectifs des forces armées pour « désertion ». Parmi les militaires concernés figure le commandant Michel Lamah, ancien membre du Groupement des forces spéciales qui avait participé au renversement d’Alpha Condé en septembre 2021. Une décision qui intervient dans un contexte politique marqué par une forte concentration du pouvoir entre les mains du chef de l’État. Par Éric Ngarlem Toldé.

Le pouvoir guinéen resserre-t-il encore davantage l’étau autour de son appareil militaire ? Le président Mamadi Doumbouya a décidé de radier 173 soldats et gendarmes des effectifs des forces armées nationales, officiellement pour « désertion ». Le décret présidentiel a été lu lundi soir à la télévision publique guinéenne par le général Amara Camara, ministre-secrétaire général de la présidence de la République et porte-parole de l’institution.

« Les 173 militaires dont les prénoms et noms suivent sont radiés des effectifs des forces armées pour désertion », indique le décret, sans fournir davantage de précisions sur les circonstances ayant conduit à ces radiations.

La mesure touche des militaires de différents grades. Parmi eux figure notamment le commandant Michel Lamah, un nom qui n’est pas anodin dans l’histoire récente de la Guinée. Cet ancien membre du Groupement des forces spéciales avait participé au coup d’État du 5 septembre 2021 qui avait renversé le président Alpha Condé.

Un ancien des Forces spéciales dans la liste

La présence de Michel Lamah dans cette liste donne à la décision une résonance particulière. En septembre 2021, il faisait partie des hommes du Groupement des forces spéciales ayant pris d’assaut le palais présidentiel et arrêté Alpha Condé.

Des images prises au moment du putsch avaient notamment montré le commandant Lamah à bord d’un véhicule dans lequel se trouvait l’ancien président, alors détenu par les putschistes.

À l’époque, Mamadi Doumbouya était lui-même colonel et commandait le Groupement des forces spéciales. Avec ses hommes, il avait renversé Alpha Condé, au pouvoir depuis plus d’une décennie après avoir remporté l’élection présidentielle de 2010 puis été réélu en 2015.

Le coup d’État avait mis fin à un troisième mandat particulièrement controversé de l’ancien président, dont la candidature à la présidentielle de 2020 avait provoqué une importante contestation politique et plusieurs épisodes de violences.

Cinq ans plus tard, certains des hommes qui avaient contribué à installer le régime militaire se retrouvent désormais écartés des rangs de l’armée.

Du coup d’État au palais présidentiel

L’histoire de la Guinée depuis 2021 est celle d’une profonde recomposition du pouvoir.

Après avoir renversé Alpha Condé, Mamadi Doumbouya avait promis de conduire une transition destinée à restaurer l’ordre constitutionnel et à organiser le retour des civils au pouvoir.

Mais le calendrier initial de la transition a progressivement été repoussé. Le général Doumbouya a finalement consolidé son contrôle sur les institutions et s’est présenté à l’élection présidentielle de décembre 2025.

Il a été élu à l’issue d’un scrutin fortement contesté par une partie de l’opposition et de la société civile. Ses adversaires avaient notamment dénoncé des conditions électorales qui, selon eux, ne garantissaient pas une compétition équitable.

Depuis, le pouvoir a poursuivi sa restructuration politique.

Lors des élections législatives du 31 mai 2026, la mouvance présidentielle et ses alliés ont remporté plus de 80 % des sièges du Parlement. Une domination qui permet au chef de l’État de disposer d’une majorité particulièrement confortable au sein de l’institution législative.

Le paysage politique guinéen apparaît ainsi largement dominé par le camp présidentiel.

Une radiation sans explication détaillée

Le décret publié lundi ne donne cependant aucune information précise sur les faits reprochés aux 173 militaires.

La seule justification avancée est la « désertion ».

Or, derrière ce terme juridiquement lourd se cachent des situations qui peuvent être très différentes : absence prolongée et injustifiée, refus de rejoindre une affectation, abandon d’un poste ou départ non autorisé.

En l’absence de précisions officielles, il est donc impossible de déterminer si les 173 militaires ont fait l’objet de procédures disciplinaires individuelles, s’ils ont été entendus par leur hiérarchie ou si des poursuites judiciaires sont envisagées.

Le gouvernement n’a pas non plus expliqué pourquoi cette mesure intervient maintenant, ni si les militaires concernés ont été considérés comme déserteurs à la suite d’un événement précis.

La présence du commandant Lamah dans la liste ne permet pas, à elle seule, d’établir un lien entre sa radiation et son passé au sein des Forces spéciales.

Toute interprétation politique de son cas doit donc être maniée avec prudence, faute d’explication officielle.

Une armée profondément remaniée

Depuis son arrivée au pouvoir, Mamadi Doumbouya a entrepris de réorganiser les forces de défense et de sécurité.

Le chef de la junte devenue pouvoir présidentiel s’est appuyé sur l’appareil militaire pour consolider son autorité. Le Groupement des forces spéciales, dont il était issu, avait constitué l’un des principaux instruments du coup d’État de 2021.

La radiation de 173 militaires intervient ainsi dans une armée dont la hiérarchie et les équilibres ont connu d’importantes transformations depuis le renversement d’Alpha Condé.

Mais la décision pose aussi une question plus large : jusqu’où ira la recomposition des forces armées sous le régime de Mamadi Doumbouya ?

L’éviction de militaires pour « désertion » peut être une mesure disciplinaire ordinaire dans une armée. Mais lorsqu’elle concerne simultanément 173 personnes, dont un ancien officier d’un corps aussi stratégique que les Forces spéciales, elle mérite des explications plus substantielles.

Pour l’heure, le pouvoir n’en fournit pas.

Le contexte politique alimente les interrogations

Cette décision intervient par ailleurs dans un climat politique particulièrement tendu.

Depuis le coup d’État de 2021, plusieurs formations politiques ont été suspendues ou dissoutes. Les autorités ont également interdit les manifestations depuis 2022, tandis que des opposants, responsables politiques et acteurs de la société civile ont été arrêtés, condamnés ou contraints à l’exil.

Le pouvoir justifie généralement ces mesures par la nécessité de préserver la stabilité et l’ordre public. Ses détracteurs y voient plutôt une restriction progressive de l’espace politique et civique.

Dans ce contexte, toute décision touchant à la hiérarchie militaire est susceptible d’être observée avec attention.

L’armée constitue en effet l’un des piliers du pouvoir de Mamadi Doumbouya depuis 2021. Les mouvements qui s’y produisent ne sont donc jamais totalement neutres politiquement.

La radiation des 173 militaires pourrait n’être qu’une opération disciplinaire de grande ampleur. Elle pourrait aussi s’inscrire dans une réorganisation plus vaste des forces armées. À ce stade, les informations disponibles ne permettent pas de trancher.

Une ironie de l’histoire

Il y a toutefois une ironie saisissante dans la trajectoire de certains acteurs du régime guinéen.

En 2021, les forces spéciales avaient fait irruption dans le palais présidentiel pour mettre fin au pouvoir d’Alpha Condé. Le mouvement avait été présenté par ses auteurs comme une rupture nécessaire avec un système politique arrivé à bout de souffle.

Cinq ans plus tard, le principal artisan de ce renversement est devenu président de la République et exerce son pouvoir avec une autorité considérable sur les institutions politiques et sécuritaires.

Et certains de ceux qui marchaient à ses côtés au moment du putsch sont désormais rayés des effectifs militaires.

Le destin du commandant Michel Lamah illustre ainsi, à lui seul, les retournements spectaculaires de la politique guinéenne : hier acteur d’un coup d’État historique, aujourd’hui officiellement radié de l’armée pour « désertion ».

Des questions désormais sans réponse

La décision présidentielle soulève plusieurs interrogations auxquelles le gouvernement devra, tôt ou tard, répondre.

Pourquoi 173 militaires sont-ils accusés simultanément de désertion ? Depuis quand étaient-ils considérés comme absents ? Ont-ils été convoqués ou entendus ? Une procédure judiciaire accompagne-t-elle les radiations ? Quel sort est réservé à leurs droits et avantages militaires ?

Et surtout, pourquoi le décret ne fournit-il aucun élément permettant de comprendre les circonstances précises de ces départs ?

Pour l’instant, le pouvoir guinéen se contente d’une formule administrative : « désertion ».

Une formule courte, mais qui concerne 173 carrières militaires.

Dans une Guinée où l’armée demeure au cœur du système politique depuis le coup d’État de 2021, cette vague de radiations ne manquera donc pas d’alimenter les interrogations sur les équilibres internes des forces armées et sur la manière dont le régime de Mamadi Doumbouya entend désormais contrôler ses propres rangs.

La liste est publiée. Les explications, elles, restent à venir.

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