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Guinée : Dar-es-Salam, 34 personnes décédées et une catastrophe qui aurait pu être évitée

Guinée : Dar-es-Salam, 34 personnes décédées et une catastrophe qui aurait pu être évitée. Article écrit par Sandra Topona. Publié le 28 août 2026à 19h31

⏱ Temps de lecture estimé : 9 minutes

Selon les informations officielles, 34 personnes sont mortes et près de 1 500 autres doivent être relogées. L'éboulement de la décharge de Dar-es-Salam, à Conakry, a transformé une nuit de forte pluie en drame national. Mais derrière la catastrophe, une question dérange : pourquoi a-t-on laissé des populations vivre au pied d'une montagne de déchets alors que les risques étaient connus ? Par Sandra Topona.. La nuit du 22 au 23 août 2026 restera longtemps gravée dans la mémoire des habitants de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, à Conakry. Aux alentours de 2 heures du matin, alors que la capitale guinéenne essuyait de fortes pluies, une partie de l’immense amas de déchets s’est effondrée. En quelques instants, la montagne d’ordures a dévalé vers les habitations situées à proximité. Des familles ont été surprises dans leur sommeil. Des maisons ont été ensevelies. Des vies ont basculé. Le premier bilan officiel faisait état de 30 morts, six blessés graves et seize blessés légers. Au fil des opérations de recherche et de dégagement, le bilan s’est alourdi. Il atteignait désormais 34 morts et 33 blessés, selon les dernières informations communiquées par les secours et relayées par plusieurs médias guinéens. Derrière ces chiffres se trouvent des familles décimées, des survivants traumatisés et des centaines de personnes brutalement privées de logement. Mais Dar es-Salam pose surtout une question autrement plus embarrassante : s’agit-il réellement d’une catastrophe naturelle ou du résultat prévisible d’un risque connu et insuffisamment traité ? La pluie a déclenché le drame, mais elle n’explique pas tout. Il serait facile de désigner les fortes pluies comme seules responsables de l’éboulement. Elles ont incontestablement joué un rôle déclencheur. Les précipitations de la nuit ont fragilisé la masse de déchets, provoquant son effondrement. Mais la pluie n’a pas construit la décharge. Elle n’a pas installé les habitations à ses abords. Elle n’a pas non plus laissé pendant des années une montagne d’ordures grossir au cœur d’une agglomération densément peuplée. Dar-es-Salam est une décharge à ciel ouvert qui reçoit depuis des années une grande partie des déchets produits par Conakry. Son voisinage s’est progressivement urbanisé, avec des habitations installées à proximité immédiate du site. Le problème dépasse donc largement celui d’un épisode météorologique exceptionnel. Il renvoie à la gestion des déchets, à l’urbanisation anarchique, à la prévention des risques et à la capacité des pouvoirs publics à protéger des populations exposées. Une menace connue depuis des années Le plus troublant est que Dar es-Salam n’était pas un danger inconnu. En 2017, un précédent éboulement sur cette même décharge avait déjà fait plusieurs victimes. Certains bilans de l’époque font état de neuf morts. Neuf ans plus tard, le scénario se répète Même site. Même montagne de déchets. Même proximité avec les habitations. Même période de fortes pluies. Mais cette fois, le bilan est beaucoup plus lourd. Une répétition de ce genre devrait normalement déclencher une politique durable de prévention. Elle devrait conduire à sécuriser le site, éloigner les populations exposées, organiser un véritable système de traitement des déchets et surtout empêcher que de nouvelles habitations apparaissent dans une zone identifiée comme dangereuse. Or, le drame du 23 août montre que le problème n’avait pas été définitivement réglé. Une fermeture annoncée… le jour du drame C’est sans doute l’élément le plus troublant de cette catastrophe. Selon les informations communiquées par les autorités, la fermeture et la sécurisation de la décharge étaient justement programmées autour de cette période, alors que la saison des pluies faisait peser des risques supplémentaires sur le site. La décharge devait être fermée le 23 août, jour même où l’éboulement s’est produit. Des habitants avaient reçu des avis d’évacuation, mais plusieurs personnes vivaient encore sur place ou dans les environs immédiats lorsque la montagne de déchets s’est effondrée. Autrement dit, le danger était suffisamment identifié pour que les autorités envisagent une fermeture. Mais pas suffisamment traité pour empêcher le drame. C’est là que commence le véritable débat. À quoi sert une mesure de prévention lorsqu’elle intervient après que le danger a déjà frappé ? Prévenir ne consiste pas seulement à annoncer une fermeture. Il faut évacuer, reloger, sécuriser, surveiller et empêcher le retour des populations dans les zones dangereuses.  500 personnes désormais à reloger Après l’éboulement, l’urgence ne s’est évidemment pas arrêtée avec l’extraction des corps. Selon les informations communiquées par les autorités, environ 1 500 personnes doivent être déplacées. Des familles sinistrées ont déjà été accueillies dans des sites d’hébergement, notamment dans des établissements scolaires. Mais reloger dans l’urgence n’est pas encore résoudre le problème. Il faudra trouver des logements dignes, assurer la sécurité des familles déplacées et empêcher que celles qui n’ont pas d’alternative ne reviennent s’installer autour de la décharge. Car lorsqu’une famille pauvre vit dans une zone dangereuse, elle ne choisit pas toujours le risque. Elle choisit souvent entre le risque et l’absence de logement. C’est précisément pourquoi la réponse publique doit être durable. Une décharge au cœur d’une ville sous pression Le drame de Dar-es-Salam révèle aussi les difficultés structurelles de Conakry. La capitale guinéenne connaît une forte croissance démographique et une urbanisation rapide. Les besoins en logements, en voirie, en assainissement et en gestion des déchets augmentent plus vite que les infrastructures disponibles. La décharge devient alors le symptôme d’un problème plus vaste. Une ville produit des tonnes de déchets chaque jour. Il faut les collecter, les transporter, les traiter et les stocker dans des conditions sécurisées. Lorsqu’une ville ne dispose pas d’un système adapté, les déchets s’accumulent. Et lorsqu’ils s’accumulent pendant des années, ils deviennent une montagne. À Dar es-Salam, cette montagne a fini par tomber. Qui doit rendre des comptes ? La question n’est pas de chercher immédiatement un coupable individuel. Elle est de déterminer où la chaîne de prévention a échoué. Les autorités savaient-elles précisément combien de personnes vivaient dans la zone à risque ? Les mesures d’évacuation étaient-elles suffisamment contraignantes et accompagnées de solutions de relogement ? La stabilité de la masse de déchets faisait-elle l’objet d’un suivi technique régulier ? Les précédents éboulements avaient-ils donné lieu à des recommandations précises ? Pourquoi des habitations ont-elles continué à se développer à proximité d’une installation dont la dangerosité était connue ? Et surtout : pourquoi la fermeture annoncée n’a-t-elle pas été effective avant le drame ? Ces questions méritent des réponses précises, documentées et publiques. Car une catastrophe n’est pas toujours imprévisible. Parfois, elle est annoncée par des signaux faibles que l’on choisit de ne pas voir. Après Dar es-Salam, l’heure des décisions L’éboulement du 23 août devrait donc être considéré comme un avertissement majeur pour Conakry. Fermer Dar es-Salam ne suffira pas si aucune solution crédible de remplacement n’est mise en place. Déplacer les populations ne suffira pas si elles sont simplement conduites vers une autre zone dangereuse. Nettoyer les décombres ne suffira pas si la politique de gestion des déchets reste inchangée. Et promettre de « faire autrement » ne suffira pas davantage. Il faudra investir dans des infrastructures adaptées, renforcer la surveillance des sites à risques, maîtriser l’urbanisation autour des installations dangereuses et surtout développer une véritable politique de prévention des catastrophes. Le drame de Dar-es-Salam ne concerne donc pas seulement les habitants de Gbessia. Il concerne toute la capitale. Car derrière cette montagne de déchets se trouve une réalité plus large : celle d’une ville qui grandit plus vite que ses infrastructures et dont les populations les plus vulnérables paient souvent le prix le plus lourd. Une catastrophe évitable ? Il serait prématuré d’affirmer juridiquement que les 34 décès auraient pu être évités. Une enquête technique devra déterminer précisément les causes de l’effondrement, les responsabilités éventuelles et les mesures qui avaient été prises avant le drame. Mais une chose est déjà certaine : le risque, lui, n’était pas nouveau. Il avait déjà tué. Il avait déjà été signalé. Il avait déjà conduit les autorités à envisager la fermeture du site et le déplacement des populations. C’est pourquoi Dar es-Salam ne doit pas être réduit à une catastrophe provoquée par les pluies. Les pluies ont déclenché l’effondrement. Mais la vulnérabilité, elle, s’est construite pendant des années. 34 morts, 33 blessés et environ 1 500 personnes à reloger : le bilan est suffisamment lourd pour que la Guinée ne se contente pas de compter ses morts. Elle doit désormais comprendre pourquoi ils sont morts. Et surtout, empêcher que la prochaine pluie transforme une autre zone à risque en nouveau cimetière. Combien faudra-t-il encore de vies perdues pour que la prévention cesse d’arriver après la catastrophe ? Il est temps d’agir et maintenant.    .

⏱ Temps de lecture estimé : 9 minutes

Selon les informations officielles, 34 personnes sont mortes et près de 1 500 autres doivent être relogées. L’éboulement de la décharge de Dar-es-Salam, à Conakry, a transformé une nuit de forte pluie en drame national. Mais derrière la catastrophe, une question dérange : pourquoi a-t-on laissé des populations vivre au pied d’une montagne de déchets alors que les risques étaient connus ? Par Sandra Topona.

La nuit du 22 au 23 août 2026 restera longtemps gravée dans la mémoire des habitants de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, à Conakry. Aux alentours de 2 heures du matin, alors que la capitale guinéenne essuyait de fortes pluies, une partie de l’immense amas de déchets s’est effondrée.

En quelques instants, la montagne d’ordures a dévalé vers les habitations situées à proximité. Des familles ont été surprises dans leur sommeil. Des maisons ont été ensevelies. Des vies ont basculé.

Le premier bilan officiel faisait état de 30 morts, six blessés graves et seize blessés légers. Au fil des opérations de recherche et de dégagement, le bilan s’est alourdi. Il atteignait désormais 34 morts et 33 blessés, selon les dernières informations communiquées par les secours et relayées par plusieurs médias guinéens.

Derrière ces chiffres se trouvent des familles décimées, des survivants traumatisés et des centaines de personnes brutalement privées de logement.

Mais Dar es-Salam pose surtout une question autrement plus embarrassante : s’agit-il réellement d’une catastrophe naturelle ou du résultat prévisible d’un risque connu et insuffisamment traité ?

La pluie a déclenché le drame, mais elle n’explique pas tout.

Il serait facile de désigner les fortes pluies comme seules responsables de l’éboulement. Elles ont incontestablement joué un rôle déclencheur. Les précipitations de la nuit ont fragilisé la masse de déchets, provoquant son effondrement.

Mais la pluie n’a pas construit la décharge.

Elle n’a pas installé les habitations à ses abords.

Elle n’a pas non plus laissé pendant des années une montagne d’ordures grossir au cœur d’une agglomération densément peuplée.

Dar-es-Salam est une décharge à ciel ouvert qui reçoit depuis des années une grande partie des déchets produits par Conakry. Son voisinage s’est progressivement urbanisé, avec des habitations installées à proximité immédiate du site.

Le problème dépasse donc largement celui d’un épisode météorologique exceptionnel.

Il renvoie à la gestion des déchets, à l’urbanisation anarchique, à la prévention des risques et à la capacité des pouvoirs publics à protéger des populations exposées.

Une menace connue depuis des années

Le plus troublant est que Dar es-Salam n’était pas un danger inconnu.

En 2017, un précédent éboulement sur cette même décharge avait déjà fait plusieurs victimes. Certains bilans de l’époque font état de neuf morts.

Neuf ans plus tard, le scénario se répète

Même site.
Même montagne de déchets.
Même proximité avec les habitations.
Même période de fortes pluies.
Mais cette fois, le bilan est beaucoup plus lourd.

Une répétition de ce genre devrait normalement déclencher une politique durable de prévention. Elle devrait conduire à sécuriser le site, éloigner les populations exposées, organiser un véritable système de traitement des déchets et surtout empêcher que de nouvelles habitations apparaissent dans une zone identifiée comme dangereuse.

Or, le drame du 23 août montre que le problème n’avait pas été définitivement réglé.

Une fermeture annoncée… le jour du drame

C’est sans doute l’élément le plus troublant de cette catastrophe.

Selon les informations communiquées par les autorités, la fermeture et la sécurisation de la décharge étaient justement programmées autour de cette période, alors que la saison des pluies faisait peser des risques supplémentaires sur le site.

La décharge devait être fermée le 23 août, jour même où l’éboulement s’est produit. Des habitants avaient reçu des avis d’évacuation, mais plusieurs personnes vivaient encore sur place ou dans les environs immédiats lorsque la montagne de déchets s’est effondrée.

Autrement dit, le danger était suffisamment identifié pour que les autorités envisagent une fermeture.

Mais pas suffisamment traité pour empêcher le drame.

C’est là que commence le véritable débat.

À quoi sert une mesure de prévention lorsqu’elle intervient après que le danger a déjà frappé ?

Prévenir ne consiste pas seulement à annoncer une fermeture. Il faut évacuer, reloger, sécuriser, surveiller et empêcher le retour des populations dans les zones dangereuses.

 500 personnes désormais à reloger

Après l’éboulement, l’urgence ne s’est évidemment pas arrêtée avec l’extraction des corps.

Selon les informations communiquées par les autorités, environ 1 500 personnes doivent être déplacées. Des familles sinistrées ont déjà été accueillies dans des sites d’hébergement, notamment dans des établissements scolaires.

Mais reloger dans l’urgence n’est pas encore résoudre le problème.

Il faudra trouver des logements dignes, assurer la sécurité des familles déplacées et empêcher que celles qui n’ont pas d’alternative ne reviennent s’installer autour de la décharge.

Car lorsqu’une famille pauvre vit dans une zone dangereuse, elle ne choisit pas toujours le risque. Elle choisit souvent entre le risque et l’absence de logement.

C’est précisément pourquoi la réponse publique doit être durable.

Une décharge au cœur d’une ville sous pression

Le drame de Dar-es-Salam révèle aussi les difficultés structurelles de Conakry.

La capitale guinéenne connaît une forte croissance démographique et une urbanisation rapide. Les besoins en logements, en voirie, en assainissement et en gestion des déchets augmentent plus vite que les infrastructures disponibles.

La décharge devient alors le symptôme d’un problème plus vaste.

Une ville produit des tonnes de déchets chaque jour. Il faut les collecter, les transporter, les traiter et les stocker dans des conditions sécurisées.

Lorsqu’une ville ne dispose pas d’un système adapté, les déchets s’accumulent.

Et lorsqu’ils s’accumulent pendant des années, ils deviennent une montagne.

À Dar es-Salam, cette montagne a fini par tomber.

Qui doit rendre des comptes ?

La question n’est pas de chercher immédiatement un coupable individuel.

Elle est de déterminer où la chaîne de prévention a échoué.

Les autorités savaient-elles précisément combien de personnes vivaient dans la zone à risque ?

Les mesures d’évacuation étaient-elles suffisamment contraignantes et accompagnées de solutions de relogement ?

La stabilité de la masse de déchets faisait-elle l’objet d’un suivi technique régulier ?

Les précédents éboulements avaient-ils donné lieu à des recommandations précises ?

Pourquoi des habitations ont-elles continué à se développer à proximité d’une installation dont la dangerosité était connue ?

Et surtout : pourquoi la fermeture annoncée n’a-t-elle pas été effective avant le drame ?

Ces questions méritent des réponses précises, documentées et publiques.

Car une catastrophe n’est pas toujours imprévisible.

Parfois, elle est annoncée par des signaux faibles que l’on choisit de ne pas voir.

Après Dar es-Salam, l’heure des décisions

L’éboulement du 23 août devrait donc être considéré comme un avertissement majeur pour Conakry. Fermer Dar es-Salam ne suffira pas si aucune solution crédible de remplacement n’est mise en place. Déplacer les populations ne suffira pas si elles sont simplement conduites vers une autre zone dangereuse. Nettoyer les décombres ne suffira pas si la politique de gestion des déchets reste inchangée. Et promettre de « faire autrement » ne suffira pas davantage.

Il faudra investir dans des infrastructures adaptées, renforcer la surveillance des sites à risques, maîtriser l’urbanisation autour des installations dangereuses et surtout développer une véritable politique de prévention des catastrophes.

Le drame de Dar-es-Salam ne concerne donc pas seulement les habitants de Gbessia.

Il concerne toute la capitale.

Car derrière cette montagne de déchets se trouve une réalité plus large : celle d’une ville qui grandit plus vite que ses infrastructures et dont les populations les plus vulnérables paient souvent le prix le plus lourd.

Une catastrophe évitable ?

Il serait prématuré d’affirmer juridiquement que les 34 décès auraient pu être évités. Une enquête technique devra déterminer précisément les causes de l’effondrement, les responsabilités éventuelles et les mesures qui avaient été prises avant le drame.

Mais une chose est déjà certaine : le risque, lui, n’était pas nouveau.

Il avait déjà tué.

Il avait déjà été signalé.

Il avait déjà conduit les autorités à envisager la fermeture du site et le déplacement des populations.

C’est pourquoi Dar es-Salam ne doit pas être réduit à une catastrophe provoquée par les pluies.

Les pluies ont déclenché l’effondrement.

Mais la vulnérabilité, elle, s’est construite pendant des années.

34 morts, 33 blessés et environ 1 500 personnes à reloger : le bilan est suffisamment lourd pour que la Guinée ne se contente pas de compter ses morts.

Elle doit désormais comprendre pourquoi ils sont morts.

Et surtout, empêcher que la prochaine pluie transforme une autre zone à risque en nouveau cimetière.

Combien faudra-t-il encore de vies perdues pour que la prévention cesse d’arriver après la catastrophe ? Il est temps d’agir et maintenant.

 

 

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