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Les électeurs bissau-guinéens ont approuvé à une large majorité le projet de nouvelle Constitution soumis à référendum le 30 août. Avec 70 % des suffrages en faveur du « oui » contre 30 % pour le « non », selon les résultats annoncés par la Commission nationale électorale, le scrutin ouvre la voie à une nouvelle architecture institutionnelle. Mais derrière cette victoire électorale se profile une question majeure : la réforme permettra-t-elle de stabiliser durablement la Guinée-Bissau ou renforcera-t-elle excessivement les pouvoirs du chef de l’État ? Par Sandra Topona.. Le verdict des urnes est tombé. Après avoir été appelés aux urnes le 30 août 2026 pour se prononcer sur le projet d’une nouvelle Constitution, les électeurs de Guinée-Bissau ont largement approuvé la réforme. Selon les résultats annoncés mardi 1ᵉʳ septembre par la Commission nationale électorale, le « oui » recueille 70 % des suffrages, contre 30 % pour le « non », avec une participation proche de 60 %. Au-delà du résultat arithmétique, c’est l’équilibre des pouvoirs au sommet de l’État qui pourrait profondément changer. Le nouveau texte entend notamment modifier le fonctionnement du régime semi-présidentiel en renforçant considérablement les prérogatives du président de la République. Une évolution qui pourrait mettre fin à certaines rivalités récurrentes entre la présidence et la Primature, mais qui suscite également des inquiétudes quant à la concentration du pouvoir exécutif. Le président au centre du nouveau dispositif La principale innovation de la réforme concerne le rapport entre le chef de l’État et le gouvernement. Dans l’architecture institutionnelle actuelle, le partage des responsabilités entre le président et le Premier ministre a régulièrement constitué une source de tensions politiques. La nouvelle Constitution entend réduire cette zone de friction en donnant davantage de prérogatives au président de la République. Le chef de l’État pourrait notamment nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement, renforçant ainsi son contrôle sur l’exécutif. Dans certaines circonstances de crise, ses pouvoirs à l’égard du Parlement seraient également élargis. Pour les promoteurs de la réforme, cette nouvelle configuration doit permettre d’éviter les blocages institutionnels qui ont régulièrement paralysé le pays. Mais pour ses détracteurs, elle risque surtout de transformer un régime semi-présidentiel déjà fragile en un système dans lequel le président disposerait d’un pouvoir particulièrement important. La question n’est donc pas seulement institutionnelle. Elle est profondément politique. Un Parlement considérablement réduit La réforme ne touche toutefois pas uniquement l’exécutif. Elle prévoit également une importante modification de la représentation parlementaire. Le nombre de députés devrait ainsi passer de 102 à 65, tandis que le nombre de circonscriptions électorales serait réduit de 29 à 12. Les promoteurs du texte défendent cette réduction au nom de l’efficacité et d’une meilleure organisation du Parlement. Mais cette évolution pourrait également modifier profondément les rapports de force politiques et territoriaux. Dans un pays où les équilibres entre formations politiques, régions et communautés jouent un rôle important, réduire le nombre de députés et de circonscriptions n’est pas une simple opération comptable. Cela signifie nécessairement une nouvelle répartition de la représentation politique. Et cette nouvelle répartition pourrait avoir des conséquences importantes lors des prochaines élections. Des conditions plus strictes pour accéder à la présidence La nouvelle Constitution prévoit également de renforcer les conditions d’éligibilité à la fonction présidentielle. Parmi les nouvelles exigences figure notamment une condition de résidence continue de cinq ans sur le territoire national. Présentée comme une mesure destinée à garantir l’ancrage national des futurs dirigeants, cette disposition pourrait toutefois exclure certains profils politiques ayant vécu durablement à l’étranger. Dans un pays marqué par une importante diaspora, la question pourrait rapidement devenir un sujet de controverse. Car définir les conditions d’accès à la magistrature suprême revient aussi à déterminer qui peut prétendre représenter l’ensemble de la Nation. Une réforme née dans un contexte de transition militaire Le référendum intervient surtout dans un contexte politique particulièrement sensible. La Guinée-Bissau est dirigée par un pouvoir militaire depuis le coup d’État de novembre 2025. Les autorités de transition présentent la réforme constitutionnelle comme un instrument destiné à réorganiser les institutions et à mettre fin aux crises politiques à répétition. Depuis son indépendance, le pays a connu une histoire politique particulièrement mouvementée, marquée par plusieurs coups d’État, des assassinats politiques et des affrontements récurrents entre institutions. Les promoteurs du nouveau texte soutiennent donc que le système actuel ne permet pas d’assurer une stabilité durable. Pour eux, la concentration de certaines prérogatives présidentielles doit permettre d’éviter les conflits entre le chef de l’État et le gouvernement. Mais l’argument de la stabilité pose une autre question : peut-on garantir durablement la stabilité politique en concentrant davantage le pouvoir ? L’opposition rejette le résultat. Le résultat du référendum ne fait pas l’unanimité Le PAIGC, principale formation historique de la vie politique bissau-guinéenne, avait appelé au boycott du scrutin et refuse de reconnaître le résultat. Le parti dénonce notamment une concentration excessive du pouvoir entre les mains du chef de l’État et conteste le processus ayant conduit à l’organisation du référendum. Des organisations de la société civile ont également exprimé des réserves sur les conditions dans lesquelles la consultation populaire a été organisée. Le niveau de participation constitue lui aussi un élément de débat. Avec une mobilisation annoncée à près de 60 %, le « oui » obtient une victoire nette parmi les suffrages exprimés. Mais ses adversaires soulignent que plusieurs électeurs n’ont pas participé au scrutin et que le boycott de certaines formations politiques a pu influencer la mobilisation. La bataille politique n’est donc pas terminée avec la proclamation des résultats. Elle pourrait même commencer véritablement maintenant. Une Constitution approuvée, mais une légitimité à consolider Un référendum donne une légitimité populaire à un texte lorsqu’il est organisé dans des conditions libres, transparentes et inclusives. C’est précisément sur cette question que le nouveau pouvoir devra être particulièrement vigilant. La Constitution ne peut pas seulement être adoptée. Elle doit être acceptée par les institutions, respectée par les responsables politiques et comprise par les citoyens. Dans une démocratie fragile, une réforme constitutionnelle doit être davantage qu’un outil destiné à régler les conflits du moment. Elle doit être suffisamment consensuelle pour survivre aux alternances politiques. Car une Constitution conçue pour résoudre le problème d’un gouvernement ou d’un président peut rapidement devenir le problème du gouvernement ou du président suivant. À trois mois des élections générales L’enjeu est d’autant plus important que le calendrier politique se resserre. Les élections générales sont prévues en décembre 2026 et doivent marquer, selon les autorités, le retour à un pouvoir civil issu des urnes. Les prochaines élections constitueront donc le premier véritable test de la nouvelle architecture institutionnelle. Il faudra notamment observer comment seront appliquées les nouvelles règles, comment les partis s’adapteront à la réduction du nombre de circonscriptions et quelle place sera effectivement accordée au Parlement face à un exécutif présidentiel renforcé. Le futur président de la République disposera-t-il réellement des pouvoirs prévus par le nouveau texte ? Le Premier ministre conservera-t-il une capacité politique autonome ? Le Parlement pourra-t-il exercer efficacement sa mission de contrôle ? Et surtout, les nouvelles institutions seront-elles capables de prévenir les crises ou risquent-elles de simplement déplacer les rapports de force ? La stabilité contre la concentration du pouvoir C’est finalement le cœur du débat. La Guinée-Bissau cherche depuis des décennies une formule capable de mettre fin à l’instabilité institutionnelle. Le nouveau texte propose une réponse claire : renforcer la présidence, réduire la taille du Parlement et clarifier les rapports de pouvoir. Mais l’expérience politique de nombreux pays montre que la concentration du pouvoir n’est pas nécessairement synonyme de stabilité. Une institution forte n’est démocratiquement solide que si elle est accompagnée de contre-pouvoirs suffisamment efficaces. Un président puissant sans Parlement capable de contrôler l’action gouvernementale peut rapidement conduire à un déséquilibre institutionnel. À l’inverse, un exécutif constamment paralysé par des conflits internes peut rendre l’État pratiquement ingouvernable. Le véritable défi pour la Guinée-Bissau sera donc de trouver l’équilibre entre efficacité de l’État et protection des mécanismes démocratiques. Le verdict de décembre sera décisif. Le référendum du 30 août constitue incontestablement une étape majeure dans l’histoire politique récente de la Guinée-Bissau. Le « oui » a remporté une victoire nette. Mais le véritable verdict ne sera peut-être pas celui du référendum. Il pourrait être celui des urnes en décembre. Les prochaines élections permettront de mesurer si la nouvelle Constitution contribue réellement à pacifier la vie politique bissau-guinéenne ou si elle ouvre une nouvelle période de confrontation autour de la concentration des pouvoirs. La Guinée-Bissau est donc à la croisée des chemins Elle peut faire de cette réforme un instrument de stabilisation institutionnelle et de retour durable à la démocratie. Elle peut aussi découvrir, au lendemain des élections, que changer les règles du jeu ne suffit pas lorsque les acteurs politiques refusent de jouer selon les mêmes règles. Le « oui » a remporté le référendum. Il reste désormais à savoir si la nouvelle Constitution remportera le pari de la stabilité sans sacrifier l’équilibre des pouvoirs..⏱ Temps de lecture estimé : 9 minutes
Le verdict des urnes est tombé.
Après avoir été appelés aux urnes le 30 août 2026 pour se prononcer sur le projet d’une nouvelle Constitution, les électeurs de Guinée-Bissau ont largement approuvé la réforme. Selon les résultats annoncés mardi 1ᵉʳ septembre par la Commission nationale électorale, le « oui » recueille 70 % des suffrages, contre 30 % pour le « non », avec une participation proche de 60 %.
Au-delà du résultat arithmétique, c’est l’équilibre des pouvoirs au sommet de l’État qui pourrait profondément changer.
Le nouveau texte entend notamment modifier le fonctionnement du régime semi-présidentiel en renforçant considérablement les prérogatives du président de la République. Une évolution qui pourrait mettre fin à certaines rivalités récurrentes entre la présidence et la Primature, mais qui suscite également des inquiétudes quant à la concentration du pouvoir exécutif.
La principale innovation de la réforme concerne le rapport entre le chef de l’État et le gouvernement.
Dans l’architecture institutionnelle actuelle, le partage des responsabilités entre le président et le Premier ministre a régulièrement constitué une source de tensions politiques. La nouvelle Constitution entend réduire cette zone de friction en donnant davantage de prérogatives au président de la République.
Le chef de l’État pourrait notamment nommer et révoquer le Premier ministre ainsi que les membres du gouvernement, renforçant ainsi son contrôle sur l’exécutif.
Dans certaines circonstances de crise, ses pouvoirs à l’égard du Parlement seraient également élargis.
Pour les promoteurs de la réforme, cette nouvelle configuration doit permettre d’éviter les blocages institutionnels qui ont régulièrement paralysé le pays.
Mais pour ses détracteurs, elle risque surtout de transformer un régime semi-présidentiel déjà fragile en un système dans lequel le président disposerait d’un pouvoir particulièrement important.
La question n’est donc pas seulement institutionnelle.
Elle est profondément politique.
Un Parlement considérablement réduit
La réforme ne touche toutefois pas uniquement l’exécutif.
Elle prévoit également une importante modification de la représentation parlementaire.
Le nombre de députés devrait ainsi passer de 102 à 65, tandis que le nombre de circonscriptions électorales serait réduit de 29 à 12.
Les promoteurs du texte défendent cette réduction au nom de l’efficacité et d’une meilleure organisation du Parlement.
Mais cette évolution pourrait également modifier profondément les rapports de force politiques et territoriaux.
Dans un pays où les équilibres entre formations politiques, régions et communautés jouent un rôle important, réduire le nombre de députés et de circonscriptions n’est pas une simple opération comptable.
Cela signifie nécessairement une nouvelle répartition de la représentation politique.
Et cette nouvelle répartition pourrait avoir des conséquences importantes lors des prochaines élections.
La nouvelle Constitution prévoit également de renforcer les conditions d’éligibilité à la fonction présidentielle.
Parmi les nouvelles exigences figure notamment une condition de résidence continue de cinq ans sur le territoire national.
Présentée comme une mesure destinée à garantir l’ancrage national des futurs dirigeants, cette disposition pourrait toutefois exclure certains profils politiques ayant vécu durablement à l’étranger.
Dans un pays marqué par une importante diaspora, la question pourrait rapidement devenir un sujet de controverse.
Car définir les conditions d’accès à la magistrature suprême revient aussi à déterminer qui peut prétendre représenter l’ensemble de la Nation.
Le référendum intervient surtout dans un contexte politique particulièrement sensible.
La Guinée-Bissau est dirigée par un pouvoir militaire depuis le coup d’État de novembre 2025. Les autorités de transition présentent la réforme constitutionnelle comme un instrument destiné à réorganiser les institutions et à mettre fin aux crises politiques à répétition.
Depuis son indépendance, le pays a connu une histoire politique particulièrement mouvementée, marquée par plusieurs coups d’État, des assassinats politiques et des affrontements récurrents entre institutions.
Les promoteurs du nouveau texte soutiennent donc que le système actuel ne permet pas d’assurer une stabilité durable.
Pour eux, la concentration de certaines prérogatives présidentielles doit permettre d’éviter les conflits entre le chef de l’État et le gouvernement.
Mais l’argument de la stabilité pose une autre question : peut-on garantir durablement la stabilité politique en concentrant davantage le pouvoir ?
L’opposition rejette le résultat.
Le PAIGC, principale formation historique de la vie politique bissau-guinéenne, avait appelé au boycott du scrutin et refuse de reconnaître le résultat.
Le parti dénonce notamment une concentration excessive du pouvoir entre les mains du chef de l’État et conteste le processus ayant conduit à l’organisation du référendum.
Des organisations de la société civile ont également exprimé des réserves sur les conditions dans lesquelles la consultation populaire a été organisée.
Le niveau de participation constitue lui aussi un élément de débat.
Avec une mobilisation annoncée à près de 60 %, le « oui » obtient une victoire nette parmi les suffrages exprimés. Mais ses adversaires soulignent que plusieurs électeurs n’ont pas participé au scrutin et que le boycott de certaines formations politiques a pu influencer la mobilisation.
La bataille politique n’est donc pas terminée avec la proclamation des résultats.
Elle pourrait même commencer véritablement maintenant.
Un référendum donne une légitimité populaire à un texte lorsqu’il est organisé dans des conditions libres, transparentes et inclusives.
C’est précisément sur cette question que le nouveau pouvoir devra être particulièrement vigilant.
La Constitution ne peut pas seulement être adoptée.
Elle doit être acceptée par les institutions, respectée par les responsables politiques et comprise par les citoyens.
Dans une démocratie fragile, une réforme constitutionnelle doit être davantage qu’un outil destiné à régler les conflits du moment.
Elle doit être suffisamment consensuelle pour survivre aux alternances politiques.
Car une Constitution conçue pour résoudre le problème d’un gouvernement ou d’un président peut rapidement devenir le problème du gouvernement ou du président suivant.
L’enjeu est d’autant plus important que le calendrier politique se resserre.
Les élections générales sont prévues en décembre 2026 et doivent marquer, selon les autorités, le retour à un pouvoir civil issu des urnes.
Les prochaines élections constitueront donc le premier véritable test de la nouvelle architecture institutionnelle.
Il faudra notamment observer comment seront appliquées les nouvelles règles, comment les partis s’adapteront à la réduction du nombre de circonscriptions et quelle place sera effectivement accordée au Parlement face à un exécutif présidentiel renforcé.
Le futur président de la République disposera-t-il réellement des pouvoirs prévus par le nouveau texte ?
Le Premier ministre conservera-t-il une capacité politique autonome ?
Le Parlement pourra-t-il exercer efficacement sa mission de contrôle ?
Et surtout, les nouvelles institutions seront-elles capables de prévenir les crises ou risquent-elles de simplement déplacer les rapports de force ?
La stabilité contre la concentration du pouvoir
C’est finalement le cœur du débat.
La Guinée-Bissau cherche depuis des décennies une formule capable de mettre fin à l’instabilité institutionnelle.
Le nouveau texte propose une réponse claire : renforcer la présidence, réduire la taille du Parlement et clarifier les rapports de pouvoir.
Mais l’expérience politique de nombreux pays montre que la concentration du pouvoir n’est pas nécessairement synonyme de stabilité.
Une institution forte n’est démocratiquement solide que si elle est accompagnée de contre-pouvoirs suffisamment efficaces.
Un président puissant sans Parlement capable de contrôler l’action gouvernementale peut rapidement conduire à un déséquilibre institutionnel.
À l’inverse, un exécutif constamment paralysé par des conflits internes peut rendre l’État pratiquement ingouvernable.
Le véritable défi pour la Guinée-Bissau sera donc de trouver l’équilibre entre efficacité de l’État et protection des mécanismes démocratiques.
Le verdict de décembre sera décisif.
Le référendum du 30 août constitue incontestablement une étape majeure dans l’histoire politique récente de la Guinée-Bissau.
Le « oui » a remporté une victoire nette.
Mais le véritable verdict ne sera peut-être pas celui du référendum.
Il pourrait être celui des urnes en décembre.
Les prochaines élections permettront de mesurer si la nouvelle Constitution contribue réellement à pacifier la vie politique bissau-guinéenne ou si elle ouvre une nouvelle période de confrontation autour de la concentration des pouvoirs.
Elle peut faire de cette réforme un instrument de stabilisation institutionnelle et de retour durable à la démocratie.
Elle peut aussi découvrir, au lendemain des élections, que changer les règles du jeu ne suffit pas lorsque les acteurs politiques refusent de jouer selon les mêmes règles.
Le « oui » a remporté le référendum. Il reste désormais à savoir si la nouvelle Constitution remportera le pari de la stabilité sans sacrifier l’équilibre des pouvoirs.
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