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À Paris, le forum d’affaires France–Tchad du 25 septembre a voulu transformer les grandes ambitions du plan « Tchad Connexion 2030 » en partenariats économiques concrets. Énergie, infrastructures, logistique, santé, élevage, formation, recherche et numérique étaient au menu d’une rencontre destinée à rapprocher autorités publiques, entreprises et investisseurs. Reste maintenant à savoir combien de protocoles et d’annonces franchiront réellement la porte des chantiers. Par la rédaction.. Les salons Hoche ont pris, le temps d’une journée, des airs de salle des marchés pour le développement économique tchadien. Autour de la table : responsables gouvernementaux, entrepreneurs, investisseurs, bailleurs, partenaires techniques et représentants du secteur privé français et tchadien. Au centre des discussions, une ambition chiffrée : faire de « Tchad Connexion 2030 » le moteur d’une transformation économique annoncée à coups de milliards. Organisé avec MEDEF International, le forum d’affaires France-Tchad devait surtout rapprocher les entreprises françaises des décideurs tchadiens et permettre aux opérateurs économiques d’identifier les projets susceptibles d’être financés et réalisés. Le rendez-vous s’inscrit dans une nouvelle séquence de coopération économique entre Paris et N’Djamena. Le plan national de développement, lancé en novembre 2025 à Abu Dhabi, répertorie 268 projets pour un volume d’investissements annoncé de 30 milliards de dollars. Parmi les objectifs affichés figurent une hausse de 60 % du PIB à l’horizon 2030 et la sortie de 2,5 millions de personnes de la pauvreté. De la vitrine parisienne aux réalités tchadiennes La rencontre a rassemblé plus de 150 hommes et femmes d’affaires français, tchadiens et franco-tchadiens, selon le ministère tchadien des Finances et de l’Économie. L’objectif affiché était de favoriser des alliances durables entre les secteurs privés des deux pays. Le pari est donc moins celui d’un simple forum institutionnel que celui d’une mise en relation entre l’offre française et les besoins d’un pays qui cherche à accélérer ses infrastructures et à diversifier son économie. Le Tchad dispose déjà d’une présence française dans plusieurs secteurs, notamment l’agroalimentaire, le BTP, la logistique, la distribution et la banque. MEDEF International recense une vingtaine d’entreprises françaises implantées dans le pays. Mais entre une intention d’investissement et un investissement effectivement réalisé, il existe parfois un gouffre. C’est précisément cette distance que le Forum entend réduire. Énergie : le solaire veut changer la donne C’est probablement dans le secteur énergétique que l’annonce la plus concrète s’est matérialisée. La société française Qair bénéficie d’un financement de près de 30 millions d’euros apporté à parts égales par Proparco et la Banque africaine de développement (BAD). Le financement porte sur deux centrales photovoltaïques d’une capacité totale de 30 MWp, implantées à Gassi et Lamadji, aux abords de N’Djamena. Le dispositif comprend également du stockage par batteries, avec une capacité annoncée de 8 MWh. Les installations doivent être raccordées au réseau électrique de la capitale L’enjeu est considérable dans un pays où l’accès à l’électricité demeure faible. Le gouvernement tchadien présente ainsi l’énergie comme l’un des principaux leviers de transformation économique et vise, dans le cadre de « Tchad Connexion 2030 », une progression de l’accès à l’électricité de quelque 11 % à 60 % à l’horizon 2030. Autrement dit, avant de parler d’intelligence artificielle, d’industrie 4.0 ou de grandes ambitions numériques, encore faut-il que la lumière soit au rendez-vous. Toukra, ponts et corridors : désenclaver pour produire La logistique a également occupé une place centrale dans les discussions. Un protocole d’accord a été annoncé avec Africa Global Logistics (AGL) autour du projet de port sec de Toukra. L’objectif est d’améliorer les capacités logistiques du pays et de faciliter la circulation des marchandises. Pour un État enclavé, la question est loin d’être secondaire. Le coût du transport, la qualité des routes, l’efficacité des plateformes logistiques et la connexion aux corridors régionaux pèsent directement sur la compétitivité des entreprises. Dans le même registre, le partenariat avec Matière SAS concerne notamment la construction de ponts stratégiques et le développement au Tchad d’une capacité industrielle liée aux ponts à panneaux. L’enjeu dépasse donc le béton et l’acier. Un pont qui fonctionne, c’est aussi un marché rendu accessible, une production agricole pouvant circuler et une région moins isolée. Agriculture et élevage : produire ne suffit plus Le Forum a également placé l’agriculture, l’agro-industrie et l’élevage parmi les secteurs susceptibles de générer davantage de valeur. L’objectif affiché consiste à développer les chaînes de transformation sur place plutôt qu’à limiter l’économie à la production et à l’exportation de matières premières. La filière animale a donné lieu à une annonce spécifique associant Ceva Santé Animale et le Groupe Kibervet. Le partenariat porte notamment sur la santé animale, les produits vétérinaires, un projet d’abattoir moderne et le développement de l’industrie animale. Pour le Tchad, où l’élevage constitue l’un des piliers de l’économie rurale, la transformation locale pourrait représenter un levier important de création de valeur et d’emplois. Encore faut-il que les infrastructures, les normes sanitaires, la chaîne du froid, les capacités industrielles et l’accès aux marchés suivent. Santé : construire, mais aussi former Le secteur sanitaire n’a pas été oublié. Un partenariat avec Ellipse Group prévoit notamment le développement d’infrastructures de santé et un volet consacré à la formation, notamment à travers des écoles d’infirmiers. Cette approche répond à un problème classique des politiques d’infrastructures : construire un bâtiment ne suffit pas à créer un service public fonctionnel. Il faut également des personnels qualifiés, des équipements, de la maintenance et des moyens de fonctionnement. Le projet associe donc investissement matériel et développement du capital humain. Former les compétences pour éviter l’économie sans techniciens La formation professionnelle constitue justement un autre axe du dispositif présenté à Paris. Le projet porté avec MK Formation prévoit une école de l’entrepreneuriat ainsi qu’un dispositif consacré aux métiers manuels. Le message est clair : la transformation économique recherchée ne pourra pas reposer uniquement sur des capitaux étrangers et des entreprises venues de l’extérieur. Elle suppose également une main-d’œuvre locale capable d’occuper les emplois créés par les nouveaux investissements. Dans cette logique, le développement d’un tissu d’entrepreneurs tchadiens constitue également un enjeu. Recherche et enseignement supérieur : préparer l’après-projet Le Forum a aussi ouvert un chantier moins visible mais déterminant : celui de la recherche et de l’enseignement supérieur. Un mémorandum d’entente avec MOBIS prévoit la création d’un centre de recherche et d’enseignement supérieur au Tchad. L’idée répond à une nécessité de long terme : disposer de compétences nationales capables non seulement de travailler sur les projets, mais également de les concevoir, de les administrer, d’en assurer la maintenance et, à terme, de développer des solutions adaptées au contexte local. Car importer des équipements est une chose. Savoir les maintenir en fonctionnement vingt ans plus tard en est une autre. À Bercy, le dialogue économique monte d’un cran. La séquence parisienne ne s’est pas limitée aux Salons Hoche. En marge du forum, le ministre d’État tchadien Tahir Hamid Nguilin a rencontré son homologue français Roland Lescure au ministère français de l’Économie et des Finances, à Bercy. Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération économique et financière ainsi que sur l’accompagnement des projets prioritaires du plan « Tchad Connexion 2030 ». Cette rencontre au sommet du dialogue économique franco-tchadien donne une dimension institutionnelle supplémentaire aux échanges entre entreprises. Des accords, mais surtout des résultats attendus Le catalogue des annonces est fourni : port sec, ponts, centrales solaires, infrastructures sanitaires, élevage, formation, recherche et entrepreneuriat. Mais le véritable test de « Tchad Connexion 2030 » ne se déroulera pas dans les salons parisiens. Il se jouera à N’Djamena, dans les provinces et sur les chantiers. Un protocole d’accord n’est pas encore une infrastructure. Une promesse de financement n’est pas encore une centrale électrique. Une annonce de formation n’est pas encore un emploi. Et un projet inscrit dans un plan de développement ne produit aucun effet sur le quotidien tant qu’il n’est pas exécuté. C’est là que se trouve désormais le principal enjeu. Une nouvelle relation économique à construire La France reste un partenaire économique important du Tchad, tandis que les autorités tchadiennes cherchent à attirer davantage de capitaux privés et à diversifier leurs partenariats. Le Forum de Paris témoigne donc d’une volonté de donner une nouvelle dimension à la relation économique entre les deux pays, en mettant davantage l’accent sur les investissements productifs, les infrastructures et les partenariats avec le secteur privé. Pour le gouvernement tchadien, le défi consiste à rendre les projets réalisables, à sécuriser leur financement et à améliorer les conditions permettant aux entreprises d’investir. Pour les investisseurs, il s’agit d’évaluer les risques, la rentabilité, la sécurité juridique et les conditions opérationnelles. Pour les entreprises tchadiennes, l’enjeu est également de pouvoir accéder aux opportunités créées par ces nouveaux partenariats et de participer à la chaîne de valeur. Et pour les populations, le bilan attendu est beaucoup plus simple à mesurer : plus d’électricité, de meilleures routes, des ponts, des soins, des formations, des emplois et davantage de valeur créée au Tchad. Paris a fourni la scène. Désormais, c’est au Tchad que les projets devront faire leurs preuves..⏱ Temps de lecture estimé : 9 minutes
Les salons Hoche ont pris, le temps d’une journée, des airs de salle des marchés pour le développement économique tchadien. Autour de la table : responsables gouvernementaux, entrepreneurs, investisseurs, bailleurs, partenaires techniques et représentants du secteur privé français et tchadien. Au centre des discussions, une ambition chiffrée : faire de « Tchad Connexion 2030 » le moteur d’une transformation économique annoncée à coups de milliards.
Organisé avec MEDEF International, le forum d’affaires France-Tchad devait surtout rapprocher les entreprises françaises des décideurs tchadiens et permettre aux opérateurs économiques d’identifier les projets susceptibles d’être financés et réalisés. Le rendez-vous s’inscrit dans une nouvelle séquence de coopération économique entre Paris et N’Djamena.
Le plan national de développement, lancé en novembre 2025 à Abu Dhabi, répertorie 268 projets pour un volume d’investissements annoncé de 30 milliards de dollars. Parmi les objectifs affichés figurent une hausse de 60 % du PIB à l’horizon 2030 et la sortie de 2,5 millions de personnes de la pauvreté.
De la vitrine parisienne aux réalités tchadiennes
La rencontre a rassemblé plus de 150 hommes et femmes d’affaires français, tchadiens et franco-tchadiens, selon le ministère tchadien des Finances et de l’Économie. L’objectif affiché était de favoriser des alliances durables entre les secteurs privés des deux pays.
Le pari est donc moins celui d’un simple forum institutionnel que celui d’une mise en relation entre l’offre française et les besoins d’un pays qui cherche à accélérer ses infrastructures et à diversifier son économie.
Le Tchad dispose déjà d’une présence française dans plusieurs secteurs, notamment l’agroalimentaire, le BTP, la logistique, la distribution et la banque. MEDEF International recense une vingtaine d’entreprises françaises implantées dans le pays.
Mais entre une intention d’investissement et un investissement effectivement réalisé, il existe parfois un gouffre. C’est précisément cette distance que le Forum entend réduire.
Énergie : le solaire veut changer la donne
C’est probablement dans le secteur énergétique que l’annonce la plus concrète s’est matérialisée.
La société française Qair bénéficie d’un financement de près de 30 millions d’euros apporté à parts égales par Proparco et la Banque africaine de développement (BAD). Le financement porte sur deux centrales photovoltaïques d’une capacité totale de 30 MWp, implantées à Gassi et Lamadji, aux abords de N’Djamena. Le dispositif comprend également du stockage par batteries, avec une capacité annoncée de 8 MWh.
Les installations doivent être raccordées au réseau électrique de la capitale
L’enjeu est considérable dans un pays où l’accès à l’électricité demeure faible. Le gouvernement tchadien présente ainsi l’énergie comme l’un des principaux leviers de transformation économique et vise, dans le cadre de « Tchad Connexion 2030 », une progression de l’accès à l’électricité de quelque 11 % à 60 % à l’horizon 2030.
Autrement dit, avant de parler d’intelligence artificielle, d’industrie 4.0 ou de grandes ambitions numériques, encore faut-il que la lumière soit au rendez-vous.
Toukra, ponts et corridors : désenclaver pour produire
La logistique a également occupé une place centrale dans les discussions.
Un protocole d’accord a été annoncé avec Africa Global Logistics (AGL) autour du projet de port sec de Toukra. L’objectif est d’améliorer les capacités logistiques du pays et de faciliter la circulation des marchandises.
Pour un État enclavé, la question est loin d’être secondaire. Le coût du transport, la qualité des routes, l’efficacité des plateformes logistiques et la connexion aux corridors régionaux pèsent directement sur la compétitivité des entreprises.
Dans le même registre, le partenariat avec Matière SAS concerne notamment la construction de ponts stratégiques et le développement au Tchad d’une capacité industrielle liée aux ponts à panneaux.
L’enjeu dépasse donc le béton et l’acier. Un pont qui fonctionne, c’est aussi un marché rendu accessible, une production agricole pouvant circuler et une région moins isolée.
Agriculture et élevage : produire ne suffit plus
Le Forum a également placé l’agriculture, l’agro-industrie et l’élevage parmi les secteurs susceptibles de générer davantage de valeur.
L’objectif affiché consiste à développer les chaînes de transformation sur place plutôt qu’à limiter l’économie à la production et à l’exportation de matières premières.
La filière animale a donné lieu à une annonce spécifique associant Ceva Santé Animale et le Groupe Kibervet. Le partenariat porte notamment sur la santé animale, les produits vétérinaires, un projet d’abattoir moderne et le développement de l’industrie animale.
Pour le Tchad, où l’élevage constitue l’un des piliers de l’économie rurale, la transformation locale pourrait représenter un levier important de création de valeur et d’emplois.
Encore faut-il que les infrastructures, les normes sanitaires, la chaîne du froid, les capacités industrielles et l’accès aux marchés suivent.
Santé : construire, mais aussi former
Le secteur sanitaire n’a pas été oublié.
Un partenariat avec Ellipse Group prévoit notamment le développement d’infrastructures de santé et un volet consacré à la formation, notamment à travers des écoles d’infirmiers.
Cette approche répond à un problème classique des politiques d’infrastructures : construire un bâtiment ne suffit pas à créer un service public fonctionnel. Il faut également des personnels qualifiés, des équipements, de la maintenance et des moyens de fonctionnement.
Le projet associe donc investissement matériel et développement du capital humain.
Former les compétences pour éviter l’économie sans techniciens
La formation professionnelle constitue justement un autre axe du dispositif présenté à Paris.
Le projet porté avec MK Formation prévoit une école de l’entrepreneuriat ainsi qu’un dispositif consacré aux métiers manuels.
Le message est clair : la transformation économique recherchée ne pourra pas reposer uniquement sur des capitaux étrangers et des entreprises venues de l’extérieur. Elle suppose également une main-d’œuvre locale capable d’occuper les emplois créés par les nouveaux investissements.
Dans cette logique, le développement d’un tissu d’entrepreneurs tchadiens constitue également un enjeu.
Recherche et enseignement supérieur : préparer l’après-projet
Le Forum a aussi ouvert un chantier moins visible mais déterminant : celui de la recherche et de l’enseignement supérieur.
Un mémorandum d’entente avec MOBIS prévoit la création d’un centre de recherche et d’enseignement supérieur au Tchad.
L’idée répond à une nécessité de long terme : disposer de compétences nationales capables non seulement de travailler sur les projets, mais également de les concevoir, de les administrer, d’en assurer la maintenance et, à terme, de développer des solutions adaptées au contexte local.
Car importer des équipements est une chose. Savoir les maintenir en fonctionnement vingt ans plus tard en est une autre.
À Bercy, le dialogue économique monte d’un cran.
La séquence parisienne ne s’est pas limitée aux Salons Hoche.
En marge du forum, le ministre d’État tchadien Tahir Hamid Nguilin a rencontré son homologue français Roland Lescure au ministère français de l’Économie et des Finances, à Bercy.
Les discussions ont porté sur le renforcement de la coopération économique et financière ainsi que sur l’accompagnement des projets prioritaires du plan « Tchad Connexion 2030 ».
Cette rencontre au sommet du dialogue économique franco-tchadien donne une dimension institutionnelle supplémentaire aux échanges entre entreprises.
Des accords, mais surtout des résultats attendus
Le catalogue des annonces est fourni : port sec, ponts, centrales solaires, infrastructures sanitaires, élevage, formation, recherche et entrepreneuriat.
Mais le véritable test de « Tchad Connexion 2030 » ne se déroulera pas dans les salons parisiens.
Il se jouera à N’Djamena, dans les provinces et sur les chantiers.
Un protocole d’accord n’est pas encore une infrastructure. Une promesse de financement n’est pas encore une centrale électrique. Une annonce de formation n’est pas encore un emploi. Et un projet inscrit dans un plan de développement ne produit aucun effet sur le quotidien tant qu’il n’est pas exécuté.
C’est là que se trouve désormais le principal enjeu.
Une nouvelle relation économique à construire
La France reste un partenaire économique important du Tchad, tandis que les autorités tchadiennes cherchent à attirer davantage de capitaux privés et à diversifier leurs partenariats.
Le Forum de Paris témoigne donc d’une volonté de donner une nouvelle dimension à la relation économique entre les deux pays, en mettant davantage l’accent sur les investissements productifs, les infrastructures et les partenariats avec le secteur privé.
Pour le gouvernement tchadien, le défi consiste à rendre les projets réalisables, à sécuriser leur financement et à améliorer les conditions permettant aux entreprises d’investir.
Pour les investisseurs, il s’agit d’évaluer les risques, la rentabilité, la sécurité juridique et les conditions opérationnelles.
Pour les entreprises tchadiennes, l’enjeu est également de pouvoir accéder aux opportunités créées par ces nouveaux partenariats et de participer à la chaîne de valeur.
Et pour les populations, le bilan attendu est beaucoup plus simple à mesurer : plus d’électricité, de meilleures routes, des ponts, des soins, des formations, des emplois et davantage de valeur créée au Tchad.
Paris a fourni la scène. Désormais, c’est au Tchad que les projets devront faire leurs preuves.