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De Kigali à Luanda, en passant par Alger et Gaborone, les capitales africaines multiplient les ouvertures vers Oman. Derrière les visites officielles et les poignées de main protocolaires se joue une bataille beaucoup plus concrète : celle des capitaux, des infrastructures, de l’énergie, des minerais et des nouveaux marchés. Pour Mascate, l’Afrique apparaît comme un terrain d’expansion tandis que les gouvernements africains cherchent à diversifier leurs partenaires financiers et économiques.. De Kigali à Luanda, en passant par Alger et Gaborone, les capitales africaines multiplient les ouvertures vers Oman. Derrière les visites officielles et les poignées de main protocolaires se joue une bataille beaucoup plus concrète : celle des capitaux, des infrastructures, de l’énergie, des minerais et des nouveaux marchés. Pour Mascate, l’Afrique apparaît comme un terrain d’expansion tandis que les gouvernements africains cherchent à diversifier leurs partenaires financiers et économiques. Lire la suite en commentaire La visite officielle du président rwandais Paul Kagame à Oman, les 7 et 8 septembre 2026, illustre cette nouvelle dynamique. Pendant deux jours, le chef de l’État rwandais s’est entretenu avec le sultan Haitham ben Tariq autour de plusieurs secteurs considérés comme stratégiques pour Kigali : exploitation minière, énergies renouvelables, sécurité alimentaire, logistique, infrastructures portuaires, santé et développement des ports secs. Cette rencontre ne constitue toutefois pas un rapprochement improvisé. Elle intervient après plusieurs initiatives destinées à rapprocher les économies rwandaise et omanaise. En janvier dernier, Kigali et Mascate avaient conclu quatre accords portant notamment sur les infrastructures logistiques, les ports secs, les centres de données et les services cloud, mais aussi sur la coopération aéroportuaire et la connectivité aérienne. Depuis juillet, cette relation dispose également d’un nouvel outil de mobilité avec la mise en place de deux liaisons aériennes hebdomadaires entre Mascate et Kigali assurées par SalamAir. Une connexion qui peut sembler modeste, mais qui constitue un élément important pour fluidifier les échanges commerciaux et les déplacements des investisseurs. Des capitaux pour accélérer la transformation économique Pour les dirigeants africains, l’intérêt d’Oman réside d’abord dans sa capacité à apporter des financements et des partenaires dans des secteurs où les besoins restent considérables. Le Botswana en fournit une illustration. Lors de la visite du président Duma Boko à Oman en avril 2026, les discussions ont notamment porté sur l’exploitation minière, le stockage des produits pétroliers et les énergies solaires. Gaborone cherche depuis plusieurs années à réduire sa forte dépendance aux diamants et à diversifier son économie. L’arrivée éventuelle de capitaux omanais dans d’autres segments miniers peut donc répondre directement à cette stratégie. Le dossier angolais est encore plus révélateur. En décembre 2024, la visite du président João Lourenço à Mascate avait débouché sur un accord prévoyant notamment une prise de participation dans les mines de diamants de Catoca et de Luele. Les deux pays avaient également évoqué des coopérations dans l’énergie et la finance. Cette relation économique commence désormais à prendre une dimension institutionnelle. Une banque liée à des investisseurs omanais, l’African Bank of Oman, a commencé ses activités en 2026 avec l’ambition de financer les entreprises et de faciliter les échanges commerciaux entre l’Angola et les économies du Golfe. L’arme économique du sultanat : son fonds souverain Derrière une partie de cette offensive se trouve l’Oman Investment Authority (OIA), le fonds souverain du sultanat. Mascate cherche en effet à réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures en utilisant ses ressources financières pour investir dans de nouveaux secteurs et sur de nouveaux marchés. L’OIA devient ainsi un instrument de projection économique extérieure. Son président, Abdulsalam Al Murshidi, l’a d’ailleurs présenté comme un outil de la diplomatie économique omanaise lors des accords conclus avec le Botswana. L’Algérie constitue une autre pièce de cette stratégie. En mai 2025, Alger et Mascate ont conclu un accord prévoyant la création d’un fonds commun de 300 millions de dollars, alimenté à parts égales par les deux pays. Les investissements doivent notamment cibler la sécurité alimentaire, l’industrie pharmaceutique et le secteur minier. Ce modèle intéresse particulièrement les États africains confrontés à un problème récurrent : disposer de ressources naturelles ou de projets structurants, mais manquer de capitaux pour les transformer en véritables moteurs de croissance. Pourquoi l’Afrique regarde-t-elle désormais vers le Golfe ? Le rapprochement avec Oman doit également être replacé dans une transformation plus large des relations économiques entre l’Afrique et les monarchies du Golfe. Face aux difficultés d’accès aux financements traditionnels, à la concurrence entre investisseurs internationaux et à la recomposition des rapports de force mondiaux, plusieurs gouvernements africains cherchent à multiplier leurs partenaires. L’objectif est simple : ne plus dépendre d’un nombre limité de bailleurs, d’investisseurs ou de puissances économiques. Les pays du Golfe disposent à cet égard d’un avantage important. Leurs fonds souverains et leurs entreprises peuvent mobiliser des capitaux considérables autour de projets ciblés : ports, routes, énergie, mines, agriculture, immobilier, télécommunications ou logistique. Pour les gouvernements africains, cette diversification peut offrir davantage de marge de négociation. La multiplication des partenaires permet aussi de mettre en concurrence les offres et de rechercher de meilleures conditions pour les projets nationaux. Mais cette dynamique ne signifie pas qu’Oman soit déjà devenu un acteur majeur du financement de l’Afrique. Oman reste encore un petit joueur. Malgré les ambitions affichées, le poids économique d’Oman en Afrique subsaharienne demeure limité. Le sultanat ne dispose encore que d’un nombre réduit de traités bilatéraux d’investissement avec les pays d’Afrique subsaharienne. Les chiffres concernant le portefeuille de l’Oman Investment Authority montrent également l’ampleur du chemin restant à parcourir. À la fin de 2024, l’Afrique ne représentait qu’environ 0,2 % des actifs du fonds souverain, contre une proportion nettement supérieure pour l’Europe. Autrement dit, Mascate affiche aujourd’hui une ambition africaine qui reste encore largement à transformer en investissements concrets. C’est précisément là que se situe le véritable enjeu de la nouvelle diplomatie économique omanaise. Les visites présidentielles, les accords et les déclarations d’intention constituent une première étape. Ils ne garantissent cependant ni le financement des projets ni leur réalisation. Des promesses aux chantiers, le vrai test commence La multiplication des rencontres entre dirigeants africains et responsables omanais témoigne d’un intérêt réciproque croissant. Mais la réussite de cette offensive se mesurera moins au nombre d’accords signés qu’à leur capacité à produire des résultats tangibles. Pour Kigali, il faudra notamment observer la concrétisation des projets annoncés dans les mines, les énergies renouvelables, la logistique et les infrastructures numériques. Pour Gaborone et Luanda, l’attention portera également sur les investissements effectivement réalisés et leur impact sur la diversification de leurs économies. Pour Mascate, le défi est double : transformer son fonds souverain et ses entreprises en véritables vecteurs d’influence économique en Afrique, tout en sécurisant des investissements rentables dans un continent où les opportunités sont nombreuses mais où les risques politiques, réglementaires et financiers demeurent importants. La diplomatie économique omanaise entre ainsi dans une phase décisive. Après les visites officielles viennent les contrats, puis les financements, et enfin les chantiers. C’est à ce moment-là seulement que l’on saura si le rapprochement entre Oman et l’Afrique constitue une véritable stratégie d’investissement à long terme ou une nouvelle séquence de diplomatie économique faite, comme souvent, de beaucoup de signatures et de quelques réalisations..⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
De Kigali à Luanda, en passant par Alger et Gaborone, les capitales africaines multiplient les ouvertures vers Oman. Derrière les visites officielles et les poignées de main protocolaires se joue une bataille beaucoup plus concrète : celle des capitaux, des infrastructures, de l’énergie, des minerais et des nouveaux marchés. Pour Mascate, l’Afrique apparaît comme un terrain d’expansion tandis que les gouvernements africains cherchent à diversifier leurs partenaires financiers et économiques. Lire la suite en commentaire
La visite officielle du président rwandais Paul Kagame à Oman, les 7 et 8 septembre 2026, illustre cette nouvelle dynamique. Pendant deux jours, le chef de l’État rwandais s’est entretenu avec le sultan Haitham ben Tariq autour de plusieurs secteurs considérés comme stratégiques pour Kigali : exploitation minière, énergies renouvelables, sécurité alimentaire, logistique, infrastructures portuaires, santé et développement des ports secs.
Cette rencontre ne constitue toutefois pas un rapprochement improvisé. Elle intervient après plusieurs initiatives destinées à rapprocher les économies rwandaise et omanaise. En janvier dernier, Kigali et Mascate avaient conclu quatre accords portant notamment sur les infrastructures logistiques, les ports secs, les centres de données et les services cloud, mais aussi sur la coopération aéroportuaire et la connectivité aérienne.
Depuis juillet, cette relation dispose également d’un nouvel outil de mobilité avec la mise en place de deux liaisons aériennes hebdomadaires entre Mascate et Kigali assurées par SalamAir. Une connexion qui peut sembler modeste, mais qui constitue un élément important pour fluidifier les échanges commerciaux et les déplacements des investisseurs.
Pour les dirigeants africains, l’intérêt d’Oman réside d’abord dans sa capacité à apporter des financements et des partenaires dans des secteurs où les besoins restent considérables.
Le Botswana en fournit une illustration. Lors de la visite du président Duma Boko à Oman en avril 2026, les discussions ont notamment porté sur l’exploitation minière, le stockage des produits pétroliers et les énergies solaires. Gaborone cherche depuis plusieurs années à réduire sa forte dépendance aux diamants et à diversifier son économie. L’arrivée éventuelle de capitaux omanais dans d’autres segments miniers peut donc répondre directement à cette stratégie.
Le dossier angolais est encore plus révélateur. En décembre 2024, la visite du président João Lourenço à Mascate avait débouché sur un accord prévoyant notamment une prise de participation dans les mines de diamants de Catoca et de Luele. Les deux pays avaient également évoqué des coopérations dans l’énergie et la finance.
Cette relation économique commence désormais à prendre une dimension institutionnelle. Une banque liée à des investisseurs omanais, l’African Bank of Oman, a commencé ses activités en 2026 avec l’ambition de financer les entreprises et de faciliter les échanges commerciaux entre l’Angola et les économies du Golfe.
Derrière une partie de cette offensive se trouve l’Oman Investment Authority (OIA), le fonds souverain du sultanat. Mascate cherche en effet à réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures en utilisant ses ressources financières pour investir dans de nouveaux secteurs et sur de nouveaux marchés.
L’OIA devient ainsi un instrument de projection économique extérieure. Son président, Abdulsalam Al Murshidi, l’a d’ailleurs présenté comme un outil de la diplomatie économique omanaise lors des accords conclus avec le Botswana.
L’Algérie constitue une autre pièce de cette stratégie. En mai 2025, Alger et Mascate ont conclu un accord prévoyant la création d’un fonds commun de 300 millions de dollars, alimenté à parts égales par les deux pays. Les investissements doivent notamment cibler la sécurité alimentaire, l’industrie pharmaceutique et le secteur minier.
Ce modèle intéresse particulièrement les États africains confrontés à un problème récurrent : disposer de ressources naturelles ou de projets structurants, mais manquer de capitaux pour les transformer en véritables moteurs de croissance.
Le rapprochement avec Oman doit également être replacé dans une transformation plus large des relations économiques entre l’Afrique et les monarchies du Golfe.
Face aux difficultés d’accès aux financements traditionnels, à la concurrence entre investisseurs internationaux et à la recomposition des rapports de force mondiaux, plusieurs gouvernements africains cherchent à multiplier leurs partenaires.
L’objectif est simple : ne plus dépendre d’un nombre limité de bailleurs, d’investisseurs ou de puissances économiques.
Les pays du Golfe disposent à cet égard d’un avantage important. Leurs fonds souverains et leurs entreprises peuvent mobiliser des capitaux considérables autour de projets ciblés : ports, routes, énergie, mines, agriculture, immobilier, télécommunications ou logistique.
Pour les gouvernements africains, cette diversification peut offrir davantage de marge de négociation. La multiplication des partenaires permet aussi de mettre en concurrence les offres et de rechercher de meilleures conditions pour les projets nationaux.
Mais cette dynamique ne signifie pas qu’Oman soit déjà devenu un acteur majeur du financement de l’Afrique.
Oman reste encore un petit joueur.
Malgré les ambitions affichées, le poids économique d’Oman en Afrique subsaharienne demeure limité. Le sultanat ne dispose encore que d’un nombre réduit de traités bilatéraux d’investissement avec les pays d’Afrique subsaharienne.
Les chiffres concernant le portefeuille de l’Oman Investment Authority montrent également l’ampleur du chemin restant à parcourir. À la fin de 2024, l’Afrique ne représentait qu’environ 0,2 % des actifs du fonds souverain, contre une proportion nettement supérieure pour l’Europe.
Autrement dit, Mascate affiche aujourd’hui une ambition africaine qui reste encore largement à transformer en investissements concrets.
C’est précisément là que se situe le véritable enjeu de la nouvelle diplomatie économique omanaise. Les visites présidentielles, les accords et les déclarations d’intention constituent une première étape. Ils ne garantissent cependant ni le financement des projets ni leur réalisation.
La multiplication des rencontres entre dirigeants africains et responsables omanais témoigne d’un intérêt réciproque croissant. Mais la réussite de cette offensive se mesurera moins au nombre d’accords signés qu’à leur capacité à produire des résultats tangibles.
Pour Kigali, il faudra notamment observer la concrétisation des projets annoncés dans les mines, les énergies renouvelables, la logistique et les infrastructures numériques. Pour Gaborone et Luanda, l’attention portera également sur les investissements effectivement réalisés et leur impact sur la diversification de leurs économies.
Pour Mascate, le défi est double : transformer son fonds souverain et ses entreprises en véritables vecteurs d’influence économique en Afrique, tout en sécurisant des investissements rentables dans un continent où les opportunités sont nombreuses mais où les risques politiques, réglementaires et financiers demeurent importants.
La diplomatie économique omanaise entre ainsi dans une phase décisive. Après les visites officielles viennent les contrats, puis les financements, et enfin les chantiers.
C’est à ce moment-là seulement que l’on saura si le rapprochement entre Oman et l’Afrique constitue une véritable stratégie d’investissement à long terme ou une nouvelle séquence de diplomatie économique faite, comme souvent, de beaucoup de signatures et de quelques réalisations.
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