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Diffa : les taxis sommés de virer au jaune… une décision qui interroge

Diffa : les taxis sommés de virer au jaune… une décision qui interroge. Article écrit par Moussa Mahamadou Nazirou. Publié le 17 septembre 2026à 17h14

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

Une note du cabinet du gouverneur de la région de Diffa impose aux propriétaires de taxis et autres véhicules de transport de personnes une couleur unique — le jaune — sous peine, à terme, de non-conformité. Une mesure présentée comme sécuritaire, mais dont la forme et le calendrier soulèvent de sérieuses questions. Par Moussa Mahamadou Nazirou.. Le cabinet du gouverneur de la région de Diffa a rendu publique une « note de mise en œuvre » portant sur l’adoption d’une couleur unique — le jaune — pour tous les véhicules de transport de personnes, taxis en tête, des marques Golf, Charon et Tercel (les taxis ne sont pas concernés), circulant dans la région. À compter du 13 juillet 2026 (le délai initial était le 15 septembre 2026 ; après une grève des propriétaires des véhicules susmentionnés en date des 14 et 15 août, un délai supplémentaire de trois semaines leur a été accordé), ces véhicules devront être repeints, et leur enregistrement auprès des services compétents devient obligatoire. Une chronologie qui interpelle Premier motif d’étonnement : la note, signée à Diffa le 10 juin 2026, fait référence à une décision nᵒ 0093/GR/DA datée du 16 juin 2026 — soit six jours après la note elle-même censée en assurer la mise en œuvre. Une telle antériorité, à première vue difficilement explicable, jette une ombre sur la rigueur administrative qui a présidé à l’élaboration du texte. S’agit-il d’une erreur de saisie, d’une antidatation, ou d’un document dont l’authenticité mériterait d’être clarifiée par les autorités régionales ? Dans tous les cas, la population et les transporteurs sont en droit d’obtenir des explications. Une mesure sécuritaire aux justifications minces Le texte invoque « les efforts continus pour améliorer la sécurité » et la volonté de « renforcer l’identification des véhicules de transport public ». Si l’objectif affiché — faciliter le travail des forces de sécurité dans une région durement éprouvée par l’insécurité liée à Boko Haram — peut sembler légitime sur le papier, la note ne fournit aucune étude d’impact, aucune donnée chiffrée, ni aucun élément permettant de comprendre en quoi une couleur de carrosserie unique changerait concrètement la donne sécuritaire. Repeindre un véhicule ne l’empêche pas d’être détourné de son usage (qu’est-ce qui empêcherait les terroristes de peindre également leur moyen de transport ? Telle est l’inquiétude de la population), et l’identification des transporteurs pourrait tout aussi bien passer par des dispositifs déjà existants : plaques, cartes grises, badges professionnels. Qui paie la facture ? C’est sans doute le point le plus sensible : la note ne dit pas un mot sur le financement de cette opération de repeinte généralisée. Dans une région appauvrie par la crise sécuritaire depuis bientôt douze ans — avec la pêche, le riz, le poivron et le bloc pétrolier d’Agadem, Diffa n’est pourtant pas la région la plus pauvre —, déjà fragilisée par des années de crise humanitaire et sécuritaire, imposer aux transporteurs — souvent de petits opérateurs vivant au jour le jour — une dépense supplémentaire, sans accompagnement ni subvention annoncée, revient à faire peser sur les plus vulnérables le coût d’une décision prise sans concertation apparente. Aucune mention, non plus, d’une consultation préalable des syndicats de transporteurs ou des principaux concernés (ici, à vrai dire, les autorités régionales ont consulté le syndicat, mais selon nos informations, il n’y a pas eu de consultation entre cet organe et ses membres). La mesure semble descendre du sommet de la pyramide administrative sans dialogue social. Un délai serré, une mise en œuvre floue Entre la publication de la note et l’échéance du 13 juillet 2026, les propriétaires de véhicules disposent d’à peine un mois (puis deux mois, du 13 juillet au 15 septembre) pour se conformer : trouver les fonds, immobiliser leur véhicule le temps des travaux et procéder à l’enregistrement obligatoire. Pour des transporteurs dont le véhicule est souvent l’unique source de revenu, chaque jour d’immobilisation se traduit par une perte sèche. Autre point, et non des moindres : on demande aux usagers d’inscrire le numéro attribué, parfaitement identifiable, sur le toit du véhicule. Or, les toits sont réservés aux bagages, ce qui fait baisser le chiffre d’affaires s’ils acceptent cette inscription. Également, il ne faut pas perdre de vue que, selon les informations rapportées par plusieurs propriétaires, les terroristes ont mis en garde quiconque accepterait cette mesure de repeinte. Ce que l’on est en droit d’attendre Au-delà de la controverse sur la date, cette affaire illustre une méthode de gouvernance locale qui mériterait d’être interrogée : des décisions administratives prises sans concertation visible, sans étude d’impact publiée, sans mesures d’accompagnement pour les populations concernées. La sécurité de la région de Diffa est un enjeu réel et légitime, mais elle ne saurait servir de justification passe-partout à des mesures dont le bien-fondé technique reste à démontrer et dont le coût social est, lui, bien concret. Il appartient désormais aux autorités régionales d’apporter des clarifications : sur l’incohérence des dates, sur les modalités d’accompagnement financier, et sur la concertation — ou son absence — avec les premiers concernés. Sur le terrain : la colère et l’incompréhension des transporteurs Face à la levée de boucliers, les acteurs du secteur témoignent : « Nous avons décidé de suspendre les activités parce que le délai que les autorités nous ont accordé est arrivé à terme. Cette situation, il faut le reconnaître, pénalise d’abord les passagers. Comme tu le constates, toutes ces personnes attendent une voiture. Avant-hier et hier, aucun véhicule n’est sorti. Pour aller à Kablewa (environ 90 km), il faut payer 10 000 nairas au lieu de 5 000. Cette mesure n’est qu’une charge supplémentaire pour la population. Le mouvement des populations engendré par la crise sécuritaire a appauvri tout le monde. Nous appelons les autorités à trouver une autre alternative, mais pas celle-là. La seule repeinte d’un véhicule peut coûter 100 000 FCFA ou plus. Regarde nos voitures : d’autres n’ont même pas de bons pneus, certaines manquent de vitres, une autre demande le segment. Les propriétaires de ce genre de voitures doivent-ils s’atteler à réparer leur outil de subsistance ou faire de la peinture ? À quoi même va servir cette peinture ? Nous voulons que les autorités fassent sortir un autre arrêté qui annule carrément celui-ci. » Un constat partagé par un second professionnel, dépité : « Nous sommes là, assis, en train d’attendre la réaction des autorités. Il faut comprendre que cette mesure à court terme impacte directement les voyageurs. Par exemple, les malades qui ont fini leur traitement au CHR de Diffa et qui veulent rentrer à N’Guigmi (128 km) ou à Kablewa (95 km) : d’abord, ces personnes ont des ressources limitées puisqu’elles sortent de l’hôpital… Comment vont-elles faire ? » Silence radio des autorités Sollicitées à plusieurs reprises par la presse sur ce dossier brûlant, les autorités régionales s’obstinent dans un silence total et refusent catégoriquement de se prononcer sur le dossier..

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

Une note du cabinet du gouverneur de la région de Diffa impose aux propriétaires de taxis et autres véhicules de transport de personnes une couleur unique — le jaune — sous peine, à terme, de non-conformité. Une mesure présentée comme sécuritaire, mais dont la forme et le calendrier soulèvent de sérieuses questions. Par Moussa Mahamadou Nazirou.

Le cabinet du gouverneur de la région de Diffa a rendu publique une « note de mise en œuvre » portant sur l’adoption d’une couleur unique — le jaune — pour tous les véhicules de transport de personnes, taxis en tête, des marques Golf, Charon et Tercel (les taxis ne sont pas concernés), circulant dans la région. À compter du 13 juillet 2026 (le délai initial était le 15 septembre 2026 ; après une grève des propriétaires des véhicules susmentionnés en date des 14 et 15 août, un délai supplémentaire de trois semaines leur a été accordé), ces véhicules devront être repeints, et leur enregistrement auprès des services compétents devient obligatoire.

Une chronologie qui interpelle

Premier motif d’étonnement : la note, signée à Diffa le 10 juin 2026, fait référence à une décision nᵒ 0093/GR/DA datée du 16 juin 2026 — soit six jours après la note elle-même censée en assurer la mise en œuvre. Une telle antériorité, à première vue difficilement explicable, jette une ombre sur la rigueur administrative qui a présidé à l’élaboration du texte. S’agit-il d’une erreur de saisie, d’une antidatation, ou d’un document dont l’authenticité mériterait d’être clarifiée par les autorités régionales ? Dans tous les cas, la population et les transporteurs sont en droit d’obtenir des explications.

Une mesure sécuritaire aux justifications minces

Le texte invoque « les efforts continus pour améliorer la sécurité » et la volonté de « renforcer l’identification des véhicules de transport public ». Si l’objectif affiché — faciliter le travail des forces de sécurité dans une région durement éprouvée par l’insécurité liée à Boko Haram — peut sembler légitime sur le papier, la note ne fournit aucune étude d’impact, aucune donnée chiffrée, ni aucun élément permettant de comprendre en quoi une couleur de carrosserie unique changerait concrètement la donne sécuritaire. Repeindre un véhicule ne l’empêche pas d’être détourné de son usage (qu’est-ce qui empêcherait les terroristes de peindre également leur moyen de transport ? Telle est l’inquiétude de la population), et l’identification des transporteurs pourrait tout aussi bien passer par des dispositifs déjà existants : plaques, cartes grises, badges professionnels.

Qui paie la facture ?

C’est sans doute le point le plus sensible : la note ne dit pas un mot sur le financement de cette opération de repeinte généralisée. Dans une région appauvrie par la crise sécuritaire depuis bientôt douze ans — avec la pêche, le riz, le poivron et le bloc pétrolier d’Agadem, Diffa n’est pourtant pas la région la plus pauvre —, déjà fragilisée par des années de crise humanitaire et sécuritaire, imposer aux transporteurs — souvent de petits opérateurs vivant au jour le jour — une dépense supplémentaire, sans accompagnement ni subvention annoncée, revient à faire peser sur les plus vulnérables le coût d’une décision prise sans concertation apparente.

Aucune mention, non plus, d’une consultation préalable des syndicats de transporteurs ou des principaux concernés (ici, à vrai dire, les autorités régionales ont consulté le syndicat, mais selon nos informations, il n’y a pas eu de consultation entre cet organe et ses membres). La mesure semble descendre du sommet de la pyramide administrative sans dialogue social.

Un délai serré, une mise en œuvre floue

Entre la publication de la note et l’échéance du 13 juillet 2026, les propriétaires de véhicules disposent d’à peine un mois (puis deux mois, du 13 juillet au 15 septembre) pour se conformer : trouver les fonds, immobiliser leur véhicule le temps des travaux et procéder à l’enregistrement obligatoire. Pour des transporteurs dont le véhicule est souvent l’unique source de revenu, chaque jour d’immobilisation se traduit par une perte sèche. Autre point, et non des moindres : on demande aux usagers d’inscrire le numéro attribué, parfaitement identifiable, sur le toit du véhicule. Or, les toits sont réservés aux bagages, ce qui fait baisser le chiffre d’affaires s’ils acceptent cette inscription. Également, il ne faut pas perdre de vue que, selon les informations rapportées par plusieurs propriétaires, les terroristes ont mis en garde quiconque accepterait cette mesure de repeinte.

Ce que l’on est en droit d’attendre

Au-delà de la controverse sur la date, cette affaire illustre une méthode de gouvernance locale qui mériterait d’être interrogée : des décisions administratives prises sans concertation visible, sans étude d’impact publiée, sans mesures d’accompagnement pour les populations concernées. La sécurité de la région de Diffa est un enjeu réel et légitime, mais elle ne saurait servir de justification passe-partout à des mesures dont le bien-fondé technique reste à démontrer et dont le coût social est, lui, bien concret.
Il appartient désormais aux autorités régionales d’apporter des clarifications : sur l’incohérence des dates, sur les modalités d’accompagnement financier, et sur la concertation — ou son absence — avec les premiers concernés.

Sur le terrain : la colère et l’incompréhension des transporteurs

Face à la levée de boucliers, les acteurs du secteur témoignent :

« Nous avons décidé de suspendre les activités parce que le délai que les autorités nous ont accordé est arrivé à terme. Cette situation, il faut le reconnaître, pénalise d’abord les passagers. Comme tu le constates, toutes ces personnes attendent une voiture. Avant-hier et hier, aucun véhicule n’est sorti. Pour aller à Kablewa (environ 90 km), il faut payer 10 000 nairas au lieu de 5 000.

Cette mesure n’est qu’une charge supplémentaire pour la population. Le mouvement des populations engendré par la crise sécuritaire a appauvri tout le monde. Nous appelons les autorités à trouver une autre alternative, mais pas celle-là.

La seule repeinte d’un véhicule peut coûter 100 000 FCFA ou plus. Regarde nos voitures : d’autres n’ont même pas de bons pneus, certaines manquent de vitres, une autre demande le segment. Les propriétaires de ce genre de voitures doivent-ils s’atteler à réparer leur outil de subsistance ou faire de la peinture ? À quoi même va servir cette peinture ?

Nous voulons que les autorités fassent sortir un autre arrêté qui annule carrément celui-ci. »

Un constat partagé par un second professionnel, dépité :

« Nous sommes là, assis, en train d’attendre la réaction des autorités. Il faut comprendre que cette mesure à court terme impacte directement les voyageurs. Par exemple, les malades qui ont fini leur traitement au CHR de Diffa et qui veulent rentrer à N’Guigmi (128 km) ou à Kablewa (95 km) : d’abord, ces personnes ont des ressources limitées puisqu’elles sortent de l’hôpital… Comment vont-elles faire ? »

Silence radio des autorités

Sollicitées à plusieurs reprises par la presse sur ce dossier brûlant, les autorités régionales s’obstinent dans un silence total et refusent catégoriquement de se prononcer sur le dossier.

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