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Côte d’Ivoire-Mali : Abidjan et Bamako s’accordent sur le tracé définitif de leur frontière

Côte d’Ivoire-Mali : Abidjan et Bamako s’accordent sur le tracé définitif de leur frontière. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 28 août 2026à 18h42

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

La Côte d’Ivoire et le Mali viennent de franchir une étape majeure dans le long processus de délimitation de leur frontière commune. Les deux États ont approuvé le tracé définitif de la ligne frontalière ainsi qu’un avant-projet de traité appelé à encadrer juridiquement cette délimitation. Une avancée qui pourrait contribuer à réduire les tensions liées au foncier, à la transhumance et à la circulation des populations dans les zones concernées. Par Éric Ngarlem Toldé.. La frontière entre la Côte d’Ivoire et le Mali s’apprête à entrer dans une nouvelle phase. Après plusieurs années de travaux techniques et de concertations entre les deux pays, Abidjan et Bamako sont parvenus à un accord sur le tracé définitif de leur frontière commune. L’information a été rendue publique mercredi 26 août par le gouvernement ivoirien. Elle intervient à l’issue d’une session de la Commission technique mixte chargée de la matérialisation de la frontière, organisée du 21 au 25 août à Bamako. Durant cinq jours, des experts des deux pays ont examiné les différents éléments techniques liés à la délimitation de la frontière. Les discussions ont permis d’aboutir à l’adoption du tracé définitif, mais également à la validation d’un avant-projet de traité de délimitation. Une frontière à matérialiser sur le terrain L’accord politique et technique ne signifie toutefois pas que la frontière est déjà entièrement matérialisée sur le terrain. Il constitue plutôt une étape déterminante avant le passage aux opérations physiques de démarcation. Les deux délégations ont ainsi validé un canevas de base qui servira de document de référence pour les prochaines opérations. Celui-ci doit notamment orienter les travaux destinés à matérialiser concrètement la ligne frontalière et à installer les bornes qui permettront de la rendre plus clairement identifiable. Cette phase est particulièrement importante dans les zones où l’absence de repères précis peut favoriser les contestations. Dans plusieurs espaces frontaliers africains, les limites héritées de l’histoire, parfois définies sur des cartes anciennes ou reposant sur des repères naturels difficiles à identifier, sont régulièrement source de litiges entre communautés. Entre la Côte d’Ivoire et le Mali, la clarification de la frontière répond donc à un enjeu qui dépasse la seule question cartographique. Le foncier et la transhumance au cœur des préoccupations Les zones frontalières sont des espaces de circulation intense. Agriculteurs, éleveurs, commerçants et populations locales y évoluent quotidiennement, parfois sans que la frontière administrative ne constitue une véritable rupture dans leurs activités. Cette réalité peut cependant devenir problématique lorsque les limites territoriales sont mal définies. Les questions foncières figurent parmi les principaux enjeux liés à cette opération. La précision du tracé doit permettre de mieux déterminer les espaces relevant de chaque État et de limiter les incompréhensions susceptibles d’alimenter des conflits locaux. La transhumance constitue également un dossier sensible. Les déplacements saisonniers du bétail traversent souvent les frontières administratives. Lorsque les couloirs de passage sont insuffisamment définis ou que les communautés ne disposent pas d’informations précises sur les limites territoriales, les incidents peuvent rapidement dégénérer en conflits entre éleveurs et agriculteurs. La matérialisation de la frontière pourrait ainsi contribuer à améliorer la gestion de ces mouvements, à condition qu’elle soit accompagnée d’une véritable coordination entre les autorités des deux pays et les communautés vivant dans ces territoires. Une mission technique avait ouvert la voie L’accord obtenu à Bamako n’est pas le fruit d’une négociation improvisée. Il s’inscrit dans un processus engagé depuis plusieurs années et qui a connu une nouvelle impulsion en 2026. En avril dernier, une mission de reconnaissance technique avait été conduite dans les secteurs frontaliers de Pogo, côté ivoirien, et de Zégoua, côté malien. Cette mission avait notamment permis aux équipes techniques des deux pays de travailler directement sur le terrain, d’examiner les repères existants et de poursuivre le rapprochement des données nécessaires à la détermination de la ligne frontalière. Les travaux réalisés en avril ont donc servi de base à la nouvelle rencontre de Bamako. La validation du tracé définitif représente, à ce titre, une évolution importante dans le processus. Une étape juridique encore nécessaire Si l’accord technique est désormais acquis, le processus n’est pas pour autant arrivé à son terme. L’avant-projet de traité de délimitation validé par les deux parties doit encore suivre les procédures institutionnelles prévues dans chacun des deux États. Son adoption définitive permettra de donner une assise juridique au tracé convenu par les commissions techniques. La prochaine étape consistera ensuite à passer progressivement de la délimitation théorique à la matérialisation physique de la frontière. La pose des bornes constituera l’un des éléments les plus visibles de cette opération. Ce travail nécessitera naturellement des moyens financiers, logistiques et humains importants, compte tenu de la longueur de la frontière et des réalités géographiques des zones concernées. Un enjeu également lié à la mobilité La clarification de la frontière intervient dans un contexte où les populations des espaces frontaliers entretiennent depuis longtemps des relations économiques et sociales étroites. Les échanges commerciaux, les déplacements familiaux, les activités pastorales et la circulation des marchandises font de cette frontière un espace de vie davantage qu’une simple ligne séparant deux États. L’objectif des autorités ivoiriennes et maliennes sera donc de trouver un équilibre entre la nécessité de mieux contrôler et sécuriser leurs frontières et celle de préserver la mobilité traditionnelle des populations. Une frontière mieux matérialisée ne doit pas nécessairement devenir une frontière hermétique. Elle doit surtout permettre aux deux États de savoir précisément où s’exerce leur souveraineté, tout en organisant de manière plus prévisible les mouvements transfrontaliers. Une avancée dans un environnement régional sensible Cette entente intervient par ailleurs dans un environnement ouest-africain marqué par d’importantes recompositions politiques et sécuritaires. Le Mali, membre de l’Alliance des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger, entretient des relations parfois difficiles avec plusieurs États de la région. Dans ce contexte, le règlement technique et pacifique d’une question frontalière entre Bamako et Abidjan revêt une importance particulière. La frontière ne doit pas être perçue uniquement comme une ligne de séparation. Elle constitue également un espace où se rencontrent les intérêts économiques, sociaux et sécuritaires des deux pays. En validant leur tracé commun, la Côte d’Ivoire et le Mali donnent donc un signal de coopération sur une question susceptible, si elle reste imprécise, de nourrir des tensions locales. L’enjeu désormais sera de transformer l’accord technique en réalité sur le terrain. La validation du tracé définitif constitue une avancée significative, mais la véritable réussite du processus se mesurera à la capacité des deux États à matérialiser cette frontière, à prévenir les conflits liés à son interprétation et à garantir une gestion concertée des espaces frontaliers. Après les cartes et les réunions, place donc aux bornes. C’est sur le terrain, et non dans les salles de conférence, que se vérifiera la solidité de l’accord conclu entre Abidjan et Bamako..

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

La Côte d’Ivoire et le Mali viennent de franchir une étape majeure dans le long processus de délimitation de leur frontière commune. Les deux États ont approuvé le tracé définitif de la ligne frontalière ainsi qu’un avant-projet de traité appelé à encadrer juridiquement cette délimitation. Une avancée qui pourrait contribuer à réduire les tensions liées au foncier, à la transhumance et à la circulation des populations dans les zones concernées. Par Éric Ngarlem Toldé.

La frontière entre la Côte d’Ivoire et le Mali s’apprête à entrer dans une nouvelle phase. Après plusieurs années de travaux techniques et de concertations entre les deux pays, Abidjan et Bamako sont parvenus à un accord sur le tracé définitif de leur frontière commune.

L’information a été rendue publique mercredi 26 août par le gouvernement ivoirien. Elle intervient à l’issue d’une session de la Commission technique mixte chargée de la matérialisation de la frontière, organisée du 21 au 25 août à Bamako.

Durant cinq jours, des experts des deux pays ont examiné les différents éléments techniques liés à la délimitation de la frontière. Les discussions ont permis d’aboutir à l’adoption du tracé définitif, mais également à la validation d’un avant-projet de traité de délimitation.

Une frontière à matérialiser sur le terrain

L’accord politique et technique ne signifie toutefois pas que la frontière est déjà entièrement matérialisée sur le terrain. Il constitue plutôt une étape déterminante avant le passage aux opérations physiques de démarcation.

Les deux délégations ont ainsi validé un canevas de base qui servira de document de référence pour les prochaines opérations. Celui-ci doit notamment orienter les travaux destinés à matérialiser concrètement la ligne frontalière et à installer les bornes qui permettront de la rendre plus clairement identifiable.

Cette phase est particulièrement importante dans les zones où l’absence de repères précis peut favoriser les contestations. Dans plusieurs espaces frontaliers africains, les limites héritées de l’histoire, parfois définies sur des cartes anciennes ou reposant sur des repères naturels difficiles à identifier, sont régulièrement source de litiges entre communautés.

Entre la Côte d’Ivoire et le Mali, la clarification de la frontière répond donc à un enjeu qui dépasse la seule question cartographique.

Le foncier et la transhumance au cœur des préoccupations

Les zones frontalières sont des espaces de circulation intense. Agriculteurs, éleveurs, commerçants et populations locales y évoluent quotidiennement, parfois sans que la frontière administrative ne constitue une véritable rupture dans leurs activités.

Cette réalité peut cependant devenir problématique lorsque les limites territoriales sont mal définies.

Les questions foncières figurent parmi les principaux enjeux liés à cette opération. La précision du tracé doit permettre de mieux déterminer les espaces relevant de chaque État et de limiter les incompréhensions susceptibles d’alimenter des conflits locaux.

La transhumance constitue également un dossier sensible. Les déplacements saisonniers du bétail traversent souvent les frontières administratives. Lorsque les couloirs de passage sont insuffisamment définis ou que les communautés ne disposent pas d’informations précises sur les limites territoriales, les incidents peuvent rapidement dégénérer en conflits entre éleveurs et agriculteurs.

La matérialisation de la frontière pourrait ainsi contribuer à améliorer la gestion de ces mouvements, à condition qu’elle soit accompagnée d’une véritable coordination entre les autorités des deux pays et les communautés vivant dans ces territoires.

Une mission technique avait ouvert la voie

L’accord obtenu à Bamako n’est pas le fruit d’une négociation improvisée. Il s’inscrit dans un processus engagé depuis plusieurs années et qui a connu une nouvelle impulsion en 2026.

En avril dernier, une mission de reconnaissance technique avait été conduite dans les secteurs frontaliers de Pogo, côté ivoirien, et de Zégoua, côté malien.

Cette mission avait notamment permis aux équipes techniques des deux pays de travailler directement sur le terrain, d’examiner les repères existants et de poursuivre le rapprochement des données nécessaires à la détermination de la ligne frontalière.

Les travaux réalisés en avril ont donc servi de base à la nouvelle rencontre de Bamako. La validation du tracé définitif représente, à ce titre, une évolution importante dans le processus.

Une étape juridique encore nécessaire

Si l’accord technique est désormais acquis, le processus n’est pas pour autant arrivé à son terme.

L’avant-projet de traité de délimitation validé par les deux parties doit encore suivre les procédures institutionnelles prévues dans chacun des deux États. Son adoption définitive permettra de donner une assise juridique au tracé convenu par les commissions techniques.

La prochaine étape consistera ensuite à passer progressivement de la délimitation théorique à la matérialisation physique de la frontière. La pose des bornes constituera l’un des éléments les plus visibles de cette opération.

Ce travail nécessitera naturellement des moyens financiers, logistiques et humains importants, compte tenu de la longueur de la frontière et des réalités géographiques des zones concernées.

Un enjeu également lié à la mobilité

La clarification de la frontière intervient dans un contexte où les populations des espaces frontaliers entretiennent depuis longtemps des relations économiques et sociales étroites.

Les échanges commerciaux, les déplacements familiaux, les activités pastorales et la circulation des marchandises font de cette frontière un espace de vie davantage qu’une simple ligne séparant deux États.

L’objectif des autorités ivoiriennes et maliennes sera donc de trouver un équilibre entre la nécessité de mieux contrôler et sécuriser leurs frontières et celle de préserver la mobilité traditionnelle des populations.

Une frontière mieux matérialisée ne doit pas nécessairement devenir une frontière hermétique. Elle doit surtout permettre aux deux États de savoir précisément où s’exerce leur souveraineté, tout en organisant de manière plus prévisible les mouvements transfrontaliers.

Une avancée dans un environnement régional sensible

Cette entente intervient par ailleurs dans un environnement ouest-africain marqué par d’importantes recompositions politiques et sécuritaires. Le Mali, membre de l’Alliance des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger, entretient des relations parfois difficiles avec plusieurs États de la région.

Dans ce contexte, le règlement technique et pacifique d’une question frontalière entre Bamako et Abidjan revêt une importance particulière.

La frontière ne doit pas être perçue uniquement comme une ligne de séparation. Elle constitue également un espace où se rencontrent les intérêts économiques, sociaux et sécuritaires des deux pays.

En validant leur tracé commun, la Côte d’Ivoire et le Mali donnent donc un signal de coopération sur une question susceptible, si elle reste imprécise, de nourrir des tensions locales.

L’enjeu désormais sera de transformer l’accord technique en réalité sur le terrain. La validation du tracé définitif constitue une avancée significative, mais la véritable réussite du processus se mesurera à la capacité des deux États à matérialiser cette frontière, à prévenir les conflits liés à son interprétation et à garantir une gestion concertée des espaces frontaliers.

Après les cartes et les réunions, place donc aux bornes. C’est sur le terrain, et non dans les salles de conférence, que se vérifiera la solidité de l’accord conclu entre Abidjan et Bamako.

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