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Au lendemain de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Charles Blé Goudé a choisi de prendre la parole. Dans une communication vidéo diffusée ce lundi, le président du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (COJEP) est revenu sur sa participation aux festivités du 7 août, mais surtout sur les nombreuses réactions suscitées par sa présence aux côtés des autorités ivoiriennes. Par Éric Ngarlem Toldé.. Entre mise au point politique, anecdote sur son arrivée au lieu de la cérémonie et rappel de sa ligne politique, l’ancien leader de la galaxie patriotique a voulu clarifier sa démarche. Il assume sa présence à la fête nationale, revendique son attachement à la paix et refuse catégoriquement que sa participation soit interprétée comme un ralliement au pouvoir. Une présence qui fait parler La présence de Charles Blé Goudé lors du défilé militaire et civil organisé à Abidjan à l’occasion de la fête de l’Indépendance n’est pas passée inaperçue. Figure historique de la crise politico-militaire ivoirienne et ancien proche de Laurent Gbagbo, le président du COJEP demeure une personnalité qui suscite autant l’intérêt de ses partisans que la méfiance de certains de ses adversaires. Sa présence dans un espace officiel, aux côtés de plusieurs responsables politiques et institutionnels, a donc rapidement alimenté les commentaires. Sur les réseaux sociaux comme dans certains cercles politiques, des voix ont vu dans cette participation un rapprochement avec le pouvoir d’Alassane Ouattara, voire une forme de rupture avec certains acteurs de l’opposition. Une lecture que Charles Blé Goudé rejette fermement Pour lui, la célébration de l’indépendance ne saurait être confisquée par les partis politiques. Le 7 août, affirme-t-il en substance, appartient à tous les Ivoiriens. Participer à une cérémonie nationale ne signifie donc pas renoncer à ses convictions politiques. Cette mise au point est d’autant plus importante que Blé Goudé cherche depuis plusieurs années à construire une image politique différente de celle qui lui est longtemps restée attachée. Après avoir été l’une des figures les plus visibles de la mobilisation de rue durant les années de crise, il entend désormais se présenter comme un responsable politique favorable au dialogue, aux élections et à la confrontation démocratique des idées. Quand une marche imposée devient un bain de foule Charles Blé Goudé est également revenu sur une séquence particulière de la journée du 7 août. En raison des mesures de sécurité mises en place autour du site de la cérémonie, les véhicules privés n’étaient pas autorisés à poursuivre leur chemin jusqu’à l’espace réservé aux invités. Le président du COJEP a donc dû descendre de son véhicule et continuer à pied. Une situation qui, selon lui, aurait pu être interprétée comme une contrainte protocolaire, mais qui s’est finalement transformée en un moment de communion avec une partie du public. « Là où on veut te mettre à terre, Dieu te relève », a-t-il raconté, non sans ironie. Il explique avoir simplement respecté les consignes afin d’éviter tout incident. Mais, dès ses premiers pas, des personnes présentes l’auraient reconnu et seraient venues à sa rencontre. La marche imposée s’est alors transformée en bain de foule Pour le responsable politique, cette séquence constitue un signal qu’il ne veut pas minimiser. Il y voit la manifestation d’une proximité persistante avec une partie des Ivoiriens, malgré les années, les controverses et les profondes transformations du paysage politique national. Il reste toutefois difficile de transformer un épisode de foule en véritable mesure de popularité politique. Mais Blé Goudé entend manifestement utiliser cette séquence comme un élément de son récit politique : celui d’un homme qui, malgré son passé tumultueux, estime conserver une capacité à mobiliser et à dialoguer directement avec les citoyens. « Je suis un partisan des urnes » L’un des passages les plus politiques de son intervention concerne les accusations de « trahison » formulées depuis sa participation aux cérémonies officielles. Charles Blé Goudé refuse de se voir imposer une définition de l’opposition dans laquelle tout contact avec les autorités serait assimilé à une compromission. Sa ligne est claire : il veut être un opposant capable de dialoguer avec le pouvoir sans pour autant renoncer à ses ambitions politiques. Il revendique ainsi son statut de « partisan des urnes », par opposition à ceux qu’il présente comme les « partisans des armes ». Une formule qui résonne particulièrement dans une Côte d’Ivoire dont l’histoire récente a été profondément marquée par les crises politiques, les affrontements armés et les violences électorales. Pour Blé Goudé, le temps des affrontements doit laisser place à celui de la compétition démocratique. Son message vise également ses anciens partenaires et ses rivaux actuels au sein de l’opposition. Il refuse de recevoir des leçons de morale de ceux dont la stratégie politique ne correspond pas à la sienne. « L’oiseau ne peut pas donner des leçons à la termitière », a-t-il lancé, dans une formule qui traduit sa volonté de rester maître de sa trajectoire politique. Une indépendance qui ne suspend pas la politique Le président du COJEP insiste par ailleurs sur une distinction qu’il juge fondamentale : participer à la fête nationale ne signifie pas suspendre le débat politique. Le 7 août constitue, selon cette logique, un moment de rassemblement autour de la nation. Mais une fois les cérémonies terminées, les différences politiques reprennent naturellement leurs droits. « Après ça, aujourd’hui lundi, chacun rentre dans son parti politique et on va se critiquer. « C’est ça la politique », a-t-il résumé. La formule résume toute sa démarche. Charles Blé Goudé veut pouvoir saluer les initiatives qu’il estime positives du pouvoir tout en conservant son droit à la critique et à la compétition électorale. Il a notamment salué le rôle d’Adama Bictogo, président de l’Assemblée nationale et président du comité d’organisation des festivités, pour avoir contribué, selon lui, à une célébration inclusive. Cette reconnaissance ne doit cependant pas être interprétée comme une adhésion à la politique du gouvernement. Le responsable du COJEP prend soin de maintenir une frontière entre patriotisme et appartenance politique. Une opposition autrement Derrière cette communication se dessine une stratégie politique plus large. Charles Blé Goudé tente de repositionner son mouvement dans un paysage ivoirien où les alliances, les rivalités et les ambitions présidentielles se recomposent progressivement. Son discours cherche à conjuguer trois éléments : l’héritage de son engagement politique, la nécessité de tourner la page des violences et la préparation des prochaines échéances électorales. Le président du COJEP veut désormais se présenter comme un homme politique capable de parler à plusieurs camps. Une posture qui peut être politiquement risquée, car elle expose son mouvement aux accusations de proximité avec le pouvoir d’un côté et de compromission avec l’opposition de l’autre. Mais Blé Goudé semble avoir fait son choix : ne pas se laisser enfermer dans le traditionnel « pour ou contre » le pouvoir. Il entend défendre une troisième voie fondée sur la confrontation des programmes, la compétition électorale et le dialogue politique. Cette ambition reste toutefois confrontée à une réalité incontournable : la politique ivoirienne demeure fortement structurée par les grandes formations et les figures historiques qui ont dominé les dernières décennies. Pour imposer durablement le COJEP, Charles Blé Goudé devra donc transformer sa visibilité personnelle en véritable implantation politique. Les prochaines batailles en ligne de mire La séquence du 7 août apparaît ainsi moins comme une parenthèse que comme une opération de positionnement. En participant aux festivités nationales, Charles Blé Goudé a voulu montrer qu’il pouvait se tenir dans un cadre institutionnel sans renier son identité politique. En racontant son bain de foule, il a cherché à rappeler qu’il conserve un capital de sympathie populaire. Et en répondant à ses détracteurs, il a réaffirmé son refus de se soumettre aux injonctions des autres formations de l’opposition. Reste maintenant à savoir si cette stratégie sera payante Car au-delà des déclarations et des images de la fête nationale, le véritable test sera électoral. Il faudra mesurer la capacité du COJEP à convaincre les électeurs, à structurer ses bases et à présenter une offre politique suffisamment crédible pour exister face aux grandes machines partisanes. Charles Blé Goudé en est manifestement conscient. Son discours ne laisse guère de place au doute : il ne veut pas être réduit à son passé, ni à ses anciennes fonctions, ni aux polémiques qui entourent chacune de ses apparitions. Il veut désormais être jugé sur son projet. Et c’est précisément sur ce terrain que se jouera la prochaine étape de sa carrière politique. Le 7 août aura donc été, pour Charles Blé Goudé, une journée de célébration nationale. Mais au-delà des uniformes, des drapeaux et du défilé, l’ancien leader estudiantin y a vu l’occasion de rappeler une conviction : dans une démocratie, on peut partager un moment national avec ses adversaires le matin et retourner les combattre politiquement dans les urnes l’après-midi. Une conception de la politique qui, dans une Côte d’Ivoire encore marquée par les fractures du passé, cherche à transformer la confrontation en compétition et le souvenir des armes en bataille électorale..⏱ Temps de lecture estimé : 9 minutes
Entre mise au point politique, anecdote sur son arrivée au lieu de la cérémonie et rappel de sa ligne politique, l’ancien leader de la galaxie patriotique a voulu clarifier sa démarche. Il assume sa présence à la fête nationale, revendique son attachement à la paix et refuse catégoriquement que sa participation soit interprétée comme un ralliement au pouvoir.
La présence de Charles Blé Goudé lors du défilé militaire et civil organisé à Abidjan à l’occasion de la fête de l’Indépendance n’est pas passée inaperçue. Figure historique de la crise politico-militaire ivoirienne et ancien proche de Laurent Gbagbo, le président du COJEP demeure une personnalité qui suscite autant l’intérêt de ses partisans que la méfiance de certains de ses adversaires.
Sa présence dans un espace officiel, aux côtés de plusieurs responsables politiques et institutionnels, a donc rapidement alimenté les commentaires. Sur les réseaux sociaux comme dans certains cercles politiques, des voix ont vu dans cette participation un rapprochement avec le pouvoir d’Alassane Ouattara, voire une forme de rupture avec certains acteurs de l’opposition.
Pour lui, la célébration de l’indépendance ne saurait être confisquée par les partis politiques. Le 7 août, affirme-t-il en substance, appartient à tous les Ivoiriens. Participer à une cérémonie nationale ne signifie donc pas renoncer à ses convictions politiques.
Cette mise au point est d’autant plus importante que Blé Goudé cherche depuis plusieurs années à construire une image politique différente de celle qui lui est longtemps restée attachée. Après avoir été l’une des figures les plus visibles de la mobilisation de rue durant les années de crise, il entend désormais se présenter comme un responsable politique favorable au dialogue, aux élections et à la confrontation démocratique des idées.
Charles Blé Goudé est également revenu sur une séquence particulière de la journée du 7 août.
En raison des mesures de sécurité mises en place autour du site de la cérémonie, les véhicules privés n’étaient pas autorisés à poursuivre leur chemin jusqu’à l’espace réservé aux invités. Le président du COJEP a donc dû descendre de son véhicule et continuer à pied.
Une situation qui, selon lui, aurait pu être interprétée comme une contrainte protocolaire, mais qui s’est finalement transformée en un moment de communion avec une partie du public.
« Là où on veut te mettre à terre, Dieu te relève », a-t-il raconté, non sans ironie. Il explique avoir simplement respecté les consignes afin d’éviter tout incident. Mais, dès ses premiers pas, des personnes présentes l’auraient reconnu et seraient venues à sa rencontre.
Pour le responsable politique, cette séquence constitue un signal qu’il ne veut pas minimiser. Il y voit la manifestation d’une proximité persistante avec une partie des Ivoiriens, malgré les années, les controverses et les profondes transformations du paysage politique national.
Il reste toutefois difficile de transformer un épisode de foule en véritable mesure de popularité politique. Mais Blé Goudé entend manifestement utiliser cette séquence comme un élément de son récit politique : celui d’un homme qui, malgré son passé tumultueux, estime conserver une capacité à mobiliser et à dialoguer directement avec les citoyens.
L’un des passages les plus politiques de son intervention concerne les accusations de « trahison » formulées depuis sa participation aux cérémonies officielles.
Charles Blé Goudé refuse de se voir imposer une définition de l’opposition dans laquelle tout contact avec les autorités serait assimilé à une compromission.
Sa ligne est claire : il veut être un opposant capable de dialoguer avec le pouvoir sans pour autant renoncer à ses ambitions politiques.
Il revendique ainsi son statut de « partisan des urnes », par opposition à ceux qu’il présente comme les « partisans des armes ». Une formule qui résonne particulièrement dans une Côte d’Ivoire dont l’histoire récente a été profondément marquée par les crises politiques, les affrontements armés et les violences électorales.
Pour Blé Goudé, le temps des affrontements doit laisser place à celui de la compétition démocratique.
Son message vise également ses anciens partenaires et ses rivaux actuels au sein de l’opposition. Il refuse de recevoir des leçons de morale de ceux dont la stratégie politique ne correspond pas à la sienne.
« L’oiseau ne peut pas donner des leçons à la termitière », a-t-il lancé, dans une formule qui traduit sa volonté de rester maître de sa trajectoire politique.
Une indépendance qui ne suspend pas la politique
Le président du COJEP insiste par ailleurs sur une distinction qu’il juge fondamentale : participer à la fête nationale ne signifie pas suspendre le débat politique.
Le 7 août constitue, selon cette logique, un moment de rassemblement autour de la nation. Mais une fois les cérémonies terminées, les différences politiques reprennent naturellement leurs droits.
« Après ça, aujourd’hui lundi, chacun rentre dans son parti politique et on va se critiquer. « C’est ça la politique », a-t-il résumé.
La formule résume toute sa démarche. Charles Blé Goudé veut pouvoir saluer les initiatives qu’il estime positives du pouvoir tout en conservant son droit à la critique et à la compétition électorale.
Il a notamment salué le rôle d’Adama Bictogo, président de l’Assemblée nationale et président du comité d’organisation des festivités, pour avoir contribué, selon lui, à une célébration inclusive.
Cette reconnaissance ne doit cependant pas être interprétée comme une adhésion à la politique du gouvernement. Le responsable du COJEP prend soin de maintenir une frontière entre patriotisme et appartenance politique.
Derrière cette communication se dessine une stratégie politique plus large.
Charles Blé Goudé tente de repositionner son mouvement dans un paysage ivoirien où les alliances, les rivalités et les ambitions présidentielles se recomposent progressivement. Son discours cherche à conjuguer trois éléments : l’héritage de son engagement politique, la nécessité de tourner la page des violences et la préparation des prochaines échéances électorales.
Le président du COJEP veut désormais se présenter comme un homme politique capable de parler à plusieurs camps. Une posture qui peut être politiquement risquée, car elle expose son mouvement aux accusations de proximité avec le pouvoir d’un côté et de compromission avec l’opposition de l’autre.
Mais Blé Goudé semble avoir fait son choix : ne pas se laisser enfermer dans le traditionnel « pour ou contre » le pouvoir.
Il entend défendre une troisième voie fondée sur la confrontation des programmes, la compétition électorale et le dialogue politique.
Cette ambition reste toutefois confrontée à une réalité incontournable : la politique ivoirienne demeure fortement structurée par les grandes formations et les figures historiques qui ont dominé les dernières décennies. Pour imposer durablement le COJEP, Charles Blé Goudé devra donc transformer sa visibilité personnelle en véritable implantation politique.
La séquence du 7 août apparaît ainsi moins comme une parenthèse que comme une opération de positionnement.
En participant aux festivités nationales, Charles Blé Goudé a voulu montrer qu’il pouvait se tenir dans un cadre institutionnel sans renier son identité politique. En racontant son bain de foule, il a cherché à rappeler qu’il conserve un capital de sympathie populaire. Et en répondant à ses détracteurs, il a réaffirmé son refus de se soumettre aux injonctions des autres formations de l’opposition.
Car au-delà des déclarations et des images de la fête nationale, le véritable test sera électoral. Il faudra mesurer la capacité du COJEP à convaincre les électeurs, à structurer ses bases et à présenter une offre politique suffisamment crédible pour exister face aux grandes machines partisanes.
Charles Blé Goudé en est manifestement conscient. Son discours ne laisse guère de place au doute : il ne veut pas être réduit à son passé, ni à ses anciennes fonctions, ni aux polémiques qui entourent chacune de ses apparitions.
Il veut désormais être jugé sur son projet.
Et c’est précisément sur ce terrain que se jouera la prochaine étape de sa carrière politique.
Le 7 août aura donc été, pour Charles Blé Goudé, une journée de célébration nationale. Mais au-delà des uniformes, des drapeaux et du défilé, l’ancien leader estudiantin y a vu l’occasion de rappeler une conviction : dans une démocratie, on peut partager un moment national avec ses adversaires le matin et retourner les combattre politiquement dans les urnes l’après-midi.
Une conception de la politique qui, dans une Côte d’Ivoire encore marquée par les fractures du passé, cherche à transformer la confrontation en compétition et le souvenir des armes en bataille électorale.
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