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Contre-forum économique de Paris : la diaspora tchadienne met les contradictions du modèle économique sur la table

Contre-forum économique de Paris : la diaspora tchadienne met les contradictions du modèle économique sur la table. Article écrit par La rédaction. Publié le 28 septembre 2026à 17h15

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

Après le forum d’affaires France-Tchad organisé le 25 septembre à Paris avec le MEDEF International, une partie de la diaspora tchadienne a choisi de prolonger le débat autrement. Le samedi 26 septembre, un « Contre-forum économique citoyen » a réuni des participants autour d’une question centrale : comment construire une économie tchadienne au service de la population plutôt que de simples vitrines destinées aux investisseurs ? Par la rédaction.. Le contraste était assumé. D’un côté, le Forum d’affaires France–Tchad, organisé aux Salons Hoche avec le MEDEF International, entendait mobiliser les entreprises et investisseurs autour du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 ». De l’autre, à quelques kilomètres, le Contre-forum économique citoyen, organisé par des acteurs de la diaspora, proposait de regarder l’économie tchadienne depuis un autre angle : celui de la gouvernance, de la transparence, de la sécurité juridique et du partage des richesses. Le forum officiel avait réuni entreprises, investisseurs, responsables publics et partenaires financiers autour des opportunités d’investissement dans l’agriculture, les mines, le pétrole, les infrastructures, le numérique et l’énergie. Le Contre-forum, lui, a voulu mettre les projecteurs sur les questions que les brochures d’investissement ne suffisent pas à régler. Déconstruire le discours économique Organisé le samedi 26 septembre 2026 à Paris, le rendez-vous avait pour fil conducteur : « Penser l’économie au service du peuple, pas d’un régime ». Cinq grandes thématiques figuraient sur le programme : l’état de l’économie et des finances tchadiennes depuis 1990, la transformation du pétrole, des mines et de l’agriculture en richesses locales, la gouvernance et la transparence, la jeunesse et l’emploi, ainsi que le climat des affaires. Les échanges ont notamment porté sur la nécessité de confronter les annonces économiques à leur traduction concrète dans la vie quotidienne. Autrement dit : derrière les milliards annoncés, combien arrivent réellement dans les comptes de l’État ? Derrière les projets d’investissement, combien d’emplois durables sont créés pour les Tchadiens ? Et derrière les réformes administratives, quelles garanties existent pour l’investisseur comme pour le citoyen ? Cette volonté de « déconstruire » le forum économique ne signifiait donc pas uniquement contester l’idée d’attirer des investisseurs. Elle consistait surtout, selon les participants, à interroger les conditions dans lesquelles ces investissements sont réalisés et les bénéficiaires finaux de la croissance annoncée. Mines : quand l’État est à la fois arbitre, opérateur et commerçant C’est dans le secteur minier que les interrogations ont pris une tournure particulièrement vive. L’un des débats a porté sur la place de la Société nationale d’exploitation minière et de commercialisation, la SONEMIC, dans la chaîne minière. La question soulevée est simple en apparence : comment garantir une concurrence équitable lorsque l’acteur chargé de certaines fonctions dans le secteur minier intervient également dans l’exploitation et la commercialisation ? La SONEMIC se présente officiellement comme une structure chargée de l’exploitation minière et du commerce des produits miniers. Son site indique également qu’elle dispose d’un guichet unique destiné à centraliser certaines procédures et formalités du secteur. Pour les participants au Contre-forum, cette concentration de fonctions appelle surtout une clarification des responsabilités : qui attribue les autorisations ? Qui contrôle ? Qui exploite ? Qui commercialise ? Et qui vérifie les opérations lorsque plusieurs de ces fonctions se retrouvent dans le même écosystème institutionnel ? La question n’est pas anodine. Elle touche directement à la confiance des investisseurs, à la transparence des recettes minières et à la capacité de l’État à garantir des règles identiques à tous les opérateurs. Le Guichet unique, réforme ou opération de communication ? Le calendrier a également alimenté les discussions. Le 21 septembre 2026, soit quatre jours avant le forum d’affaires France-Tchad, le ministère des Mines, du Pétrole et de la Géologie a annoncé le transfert du Guichet unique, jusque-là placé sous la responsabilité de la SONEMIC, vers les services directs du ministère. Selon la note rapportée par plusieurs médias, les procédures relatives aux autorisations ainsi qu’à l’achat, la vente, l’importation et l’exportation de l’or et des pierres précieuses doivent désormais relever exclusivement du ministère. Pour certains intervenants du Contre-forum, cette réforme, intervenue à quelques jours de la rencontre économique de Paris, mérite d’être examinée au-delà de son intitulé administratif. Ils y voient une mesure susceptible de donner l’image d’une institution normalisée et d’un secteur mieux organisé auprès des investisseurs. Cette lecture relève toutefois de leur analyse. Le gouvernement, de son côté, présente la réorganisation comme une volonté de renforcer le contrôle et la gestion du secteur minier. Le véritable test sera donc moins dans les annonces que dans la transparence des procédures, la traçabilité des flux et la publication des résultats. Politique, économie et insécurité juridique Le deuxième grand axe du débat concernait la situation politique du Tchad et ses conséquences sur l’environnement économique. Pour les participants, il est difficile de séparer totalement économie et gouvernance. Un investisseur ne recherche pas seulement des ressources naturelles ou des marchés : il cherche également un environnement prévisible, des règles stables, des mécanismes de recours et une protection juridique effective. Le Forum d’affaires officiel avait lui-même placé le climat des affaires parmi ses priorités, avec des discussions consacrées aux mécanismes de sécurisation et de facilitation des investissements. Le Contre-forum a donc déplacé la question : la sécurité juridique est-elle réellement garantie à tous les acteurs économiques, y compris aux entrepreneurs tchadiens ordinaires ? Les débats ont également abordé les marchés publics, la corruption, la fiscalité, la digitalisation, l’accès au financement et la capacité des PME nationales à bénéficier de la dynamique économique annoncée. Jeunesse, emploi et richesses locales Autre thème majeur : la jeunesse. Le programme du Contre-forum interrogeait directement l’avenir des emplois, les compétences, l’entrepreneuriat, les initiatives de la diaspora et les opportunités numériques. Une manière de rappeler que le développement ne se mesure pas uniquement au volume des investissements annoncés, mais aussi à la capacité de l’économie à transformer ces investissements en emplois, en revenus et en services publics. Le débat sur le pétrole et les mines rejoint ainsi celui de l’agriculture et de l’agro-industrie : extraire davantage ne suffit pas si la valeur ajoutée quitte immédiatement le pays. Le Forum d’affaires France–Tchad a lui-même consacré une séquence aux secteurs agricole, minier et pétrolier, avec un appel au développement des filières productives et à la valorisation locale des ressources. Deux forums, une même question Au fond, les deux rendez-vous ne parlent pas de deux économies différentes. Ils parlent du même Tchad, mais depuis deux positions différentes. Le premier cherche à convaincre les investisseurs que le pays offre des opportunités et qu’un nouveau cycle économique est possible. Le second demande que cette ambition soit accompagnée de garanties sur la gouvernance, la transparence, la concurrence, l’emploi et la redistribution des richesses. Entre les contrats, les protocoles d’accord et les promesses d’investissements, une question demeure donc suspendue : qui bénéficiera réellement de la croissance annoncée ? C’est précisément sur cette question que le Contre-forum économique citoyen entend poursuivre le débat. Parce qu’un pays peut multiplier les forums économiques. Mais si ses citoyens continuent de chercher les retombées de la croissance à la loupe, le problème n’est peut-être plus le nombre de forums organisés. Il est dans ce qui se passe après la fermeture des portes..

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

Après le forum d’affaires France-Tchad organisé le 25 septembre à Paris avec le MEDEF International, une partie de la diaspora tchadienne a choisi de prolonger le débat autrement. Le samedi 26 septembre, un « Contre-forum économique citoyen » a réuni des participants autour d’une question centrale : comment construire une économie tchadienne au service de la population plutôt que de simples vitrines destinées aux investisseurs ? Par la rédaction.

Le contraste était assumé. D’un côté, le Forum d’affaires France–Tchad, organisé aux Salons Hoche avec le MEDEF International, entendait mobiliser les entreprises et investisseurs autour du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 ». De l’autre, à quelques kilomètres, le Contre-forum économique citoyen, organisé par des acteurs de la diaspora, proposait de regarder l’économie tchadienne depuis un autre angle : celui de la gouvernance, de la transparence, de la sécurité juridique et du partage des richesses.

Le forum officiel avait réuni entreprises, investisseurs, responsables publics et partenaires financiers autour des opportunités d’investissement dans l’agriculture, les mines, le pétrole, les infrastructures, le numérique et l’énergie.

Le Contre-forum, lui, a voulu mettre les projecteurs sur les questions que les brochures d’investissement ne suffisent pas à régler.

Déconstruire le discours économique

Organisé le samedi 26 septembre 2026 à Paris, le rendez-vous avait pour fil conducteur : « Penser l’économie au service du peuple, pas d’un régime ». Cinq grandes thématiques figuraient sur le programme : l’état de l’économie et des finances tchadiennes depuis 1990, la transformation du pétrole, des mines et de l’agriculture en richesses locales, la gouvernance et la transparence, la jeunesse et l’emploi, ainsi que le climat des affaires.

Les échanges ont notamment porté sur la nécessité de confronter les annonces économiques à leur traduction concrète dans la vie quotidienne. Autrement dit : derrière les milliards annoncés, combien arrivent réellement dans les comptes de l’État ? Derrière les projets d’investissement, combien d’emplois durables sont créés pour les Tchadiens ? Et derrière les réformes administratives, quelles garanties existent pour l’investisseur comme pour le citoyen ?

Cette volonté de « déconstruire » le forum économique ne signifiait donc pas uniquement contester l’idée d’attirer des investisseurs. Elle consistait surtout, selon les participants, à interroger les conditions dans lesquelles ces investissements sont réalisés et les bénéficiaires finaux de la croissance annoncée.

Mines : quand l’État est à la fois arbitre, opérateur et commerçant

C’est dans le secteur minier que les interrogations ont pris une tournure particulièrement vive.

L’un des débats a porté sur la place de la Société nationale d’exploitation minière et de commercialisation, la SONEMIC, dans la chaîne minière. La question soulevée est simple en apparence : comment garantir une concurrence équitable lorsque l’acteur chargé de certaines fonctions dans le secteur minier intervient également dans l’exploitation et la commercialisation ?

La SONEMIC se présente officiellement comme une structure chargée de l’exploitation minière et du commerce des produits miniers. Son site indique également qu’elle dispose d’un guichet unique destiné à centraliser certaines procédures et formalités du secteur.

Pour les participants au Contre-forum, cette concentration de fonctions appelle surtout une clarification des responsabilités : qui attribue les autorisations ? Qui contrôle ? Qui exploite ? Qui commercialise ? Et qui vérifie les opérations lorsque plusieurs de ces fonctions se retrouvent dans le même écosystème institutionnel ?

La question n’est pas anodine. Elle touche directement à la confiance des investisseurs, à la transparence des recettes minières et à la capacité de l’État à garantir des règles identiques à tous les opérateurs.

Le Guichet unique, réforme ou opération de communication ?

Le calendrier a également alimenté les discussions.

Le 21 septembre 2026, soit quatre jours avant le forum d’affaires France-Tchad, le ministère des Mines, du Pétrole et de la Géologie a annoncé le transfert du Guichet unique, jusque-là placé sous la responsabilité de la SONEMIC, vers les services directs du ministère. Selon la note rapportée par plusieurs médias, les procédures relatives aux autorisations ainsi qu’à l’achat, la vente, l’importation et l’exportation de l’or et des pierres précieuses doivent désormais relever exclusivement du ministère.

Pour certains intervenants du Contre-forum, cette réforme, intervenue à quelques jours de la rencontre économique de Paris, mérite d’être examinée au-delà de son intitulé administratif. Ils y voient une mesure susceptible de donner l’image d’une institution normalisée et d’un secteur mieux organisé auprès des investisseurs.

Cette lecture relève toutefois de leur analyse. Le gouvernement, de son côté, présente la réorganisation comme une volonté de renforcer le contrôle et la gestion du secteur minier. Le véritable test sera donc moins dans les annonces que dans la transparence des procédures, la traçabilité des flux et la publication des résultats.

Politique, économie et insécurité juridique

Le deuxième grand axe du débat concernait la situation politique du Tchad et ses conséquences sur l’environnement économique.

Pour les participants, il est difficile de séparer totalement économie et gouvernance. Un investisseur ne recherche pas seulement des ressources naturelles ou des marchés : il cherche également un environnement prévisible, des règles stables, des mécanismes de recours et une protection juridique effective.

Le Forum d’affaires officiel avait lui-même placé le climat des affaires parmi ses priorités, avec des discussions consacrées aux mécanismes de sécurisation et de facilitation des investissements.

Le Contre-forum a donc déplacé la question : la sécurité juridique est-elle réellement garantie à tous les acteurs économiques, y compris aux entrepreneurs tchadiens ordinaires ?

Les débats ont également abordé les marchés publics, la corruption, la fiscalité, la digitalisation, l’accès au financement et la capacité des PME nationales à bénéficier de la dynamique économique annoncée.

Jeunesse, emploi et richesses locales

Autre thème majeur : la jeunesse.

Le programme du Contre-forum interrogeait directement l’avenir des emplois, les compétences, l’entrepreneuriat, les initiatives de la diaspora et les opportunités numériques. Une manière de rappeler que le développement ne se mesure pas uniquement au volume des investissements annoncés, mais aussi à la capacité de l’économie à transformer ces investissements en emplois, en revenus et en services publics.

Le débat sur le pétrole et les mines rejoint ainsi celui de l’agriculture et de l’agro-industrie : extraire davantage ne suffit pas si la valeur ajoutée quitte immédiatement le pays.

Le Forum d’affaires France–Tchad a lui-même consacré une séquence aux secteurs agricole, minier et pétrolier, avec un appel au développement des filières productives et à la valorisation locale des ressources.

Deux forums, une même question

Au fond, les deux rendez-vous ne parlent pas de deux économies différentes. Ils parlent du même Tchad, mais depuis deux positions différentes.

Le premier cherche à convaincre les investisseurs que le pays offre des opportunités et qu’un nouveau cycle économique est possible. Le second demande que cette ambition soit accompagnée de garanties sur la gouvernance, la transparence, la concurrence, l’emploi et la redistribution des richesses.

Entre les contrats, les protocoles d’accord et les promesses d’investissements, une question demeure donc suspendue : qui bénéficiera réellement de la croissance annoncée ?

C’est précisément sur cette question que le Contre-forum économique citoyen entend poursuivre le débat. Parce qu’un pays peut multiplier les forums économiques. Mais si ses citoyens continuent de chercher les retombées de la croissance à la loupe, le problème n’est peut-être plus le nombre de forums organisés. Il est dans ce qui se passe après la fermeture des portes.

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