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La Tanzanie, longtemps considérée comme un îlot de stabilité héritier du panafricaniste Julius Nyerere, a vu son mythe s'effondrer dans la violence post-électorale. Pour notre confrère burundais Antoine Kaburahe, cette tragédie est une leçon cinglante pour tous les régimes : l'autorité non-contestée finit toujours en dictature.. Il y a en Tanzanie des cartes postales : des éléphants et des lions déambulant dans une savane fertile, avec en toile de fond le Kilimandjaro enneigé. La Tanzanie des Masaïs exotiques, de Zanzibar aux effluves d’épices. Ce pays que l’on disait stable et paisible, dans une Afrique de l’Est souvent tourmentée. La Tanzanie de Julius Nyerere, le Mwalimu — « le maître » —, figure respectée du panafricanisme, apôtre de la dignité africaine. Un homme d’une grande sobriété personnelle, presque ascète, peu friand des honneurs et des richesses. Il prônait un idéal de justice sociale à travers son socialisme communautaire (Ujamaa), dont on a vite pardonné l’échec pour ne retenir que la probité morale du dirigeant. Sous sa conduite, la Tanzanie avait gagné une stature rare : terre d’asile pour les mouvements de libération et médiatrice des crises régionales, notamment celle du Burundi, avec les Accords d’Arusha. Mais cette image s’effondre. Ce pays, trop rarement à la une des médias, réputé à tort pour sa « stabilité exemplaire », vient de basculer dans la violence post-électorale. C’est peut-être ainsi que l’histoire retiendra les événements tragiques de ces dernières semaines : l’investiture de la présidente Samia Suluhu Hassan dans un camp militaire, coupée de ce peuple censé l’avoir élue à 97,66 % des voix. Un scrutin entaché d’arrestations arbitraires, de la disqualification de l’opposition et, plus grave encore, de centaines de morts, victimes de la répression selon des bilans non officiels. La surprise passée, vient l’heure du constat. Ces violences ne sont pas un accident, mais la manifestation d’une crise longtemps contenue par un appareil politique verrouillé. C’est un secret de Polichinelle : le CCM (Chama Cha Mapinduzi – Parti de la Révolution), au pouvoir sans discontinuer depuis 1977, a progressivement fermé l’espace démocratique au nom de la paix et de l’unité nationale. Sous couvert de cohésion, le régime a étouffé toute voix discordante. Derrière la façade d’un État discipliné, se dissimulait un système incapable d’accepter la défaite, et où la contestation pacifique devenait quasi impossible. En transformant les élections en simulacre et la critique en crime d’État, le pouvoir a miné sa propre légitimité. La période électorale, censée incarner un moment de choix citoyen, s’est muée en épisode de terreur. La Tanzanie, naguère médiatrice des crises régionales, voit son image de “modèle” ternie par les violences qu’elle inflige à ses propres citoyens. Un pays qui se voulait exemplaire doit désormais s’appliquer à lui-même les principes qu’il prêchait : démocratie, État de droit, respect des droits humains et liberté d’expression. Ce qui s’est joué à Dar es Salaam et à Dodoma dépasse le simple enjeu électoral. Le président burundais, l’un des premiers à féliciter la “victoire” de Samia Suluhu, devrait y voir un avertissement : une stabilité de façade sans pluralisme n’est qu’une illusion. La tragédie tanzanienne offre, au Président burundais, comme à d’autres, une leçon d’humilité : la vraie stabilité ne se décrète pas, elle se mérite par la justice et le respect des urnes, et l’autorité non-contestée finit toujours en dictature. En Tanzanie comme ailleurs. * Antoine Kaburahe, diplômé de l’ ESJ (Paris et Lille) a fondé le Groupe de Presse Iwacu. Il est aussi écrivain et éditeur. En 2015, faussement accusé d’être impliqué dans le coup d’Etat au Burundi, comme de nombreux responsables de médias, il est contraint à l’exil. Analyste reconnu, défenseur de la liberté de la presse (membre de Reporters Sans Frontières) ; il poursuit une carrière internationale..⏱ Temps de lecture estimé : 4 minutes
Il y a en Tanzanie des cartes postales : des éléphants et des lions déambulant dans une savane fertile, avec en toile de fond le Kilimandjaro enneigé.
La Tanzanie des Masaïs exotiques, de Zanzibar aux effluves d’épices.
Ce pays que l’on disait stable et paisible, dans une Afrique de l’Est souvent tourmentée. La Tanzanie de Julius Nyerere, le Mwalimu — « le maître » —, figure respectée du panafricanisme, apôtre de la dignité africaine.
Un homme d’une grande sobriété personnelle, presque ascète, peu friand des honneurs et des richesses. Il prônait un idéal de justice sociale à travers son socialisme communautaire (Ujamaa), dont on a vite pardonné l’échec pour ne retenir que la probité morale du dirigeant.
Sous sa conduite, la Tanzanie avait gagné une stature rare : terre d’asile pour les mouvements de libération et médiatrice des crises régionales, notamment celle du Burundi, avec les Accords d’Arusha.
Mais cette image s’effondre. Ce pays, trop rarement à la une des médias, réputé à tort pour sa « stabilité exemplaire », vient de basculer dans la violence post-électorale.
C’est peut-être ainsi que l’histoire retiendra les événements tragiques de ces dernières semaines : l’investiture de la présidente Samia Suluhu Hassan dans un camp militaire, coupée de ce peuple censé l’avoir élue à 97,66 % des voix. Un scrutin entaché d’arrestations arbitraires, de la disqualification de l’opposition et, plus grave encore, de centaines de morts, victimes de la répression selon des bilans non officiels.
La surprise passée, vient l’heure du constat. Ces violences ne sont pas un accident, mais la manifestation d’une crise longtemps contenue par un appareil politique verrouillé.
C’est un secret de Polichinelle : le CCM (Chama Cha Mapinduzi – Parti de la Révolution), au pouvoir sans discontinuer depuis 1977, a progressivement fermé l’espace démocratique au nom de la paix et de l’unité nationale.
Sous couvert de cohésion, le régime a étouffé toute voix discordante. Derrière la façade d’un État discipliné, se dissimulait un système incapable d’accepter la défaite, et où la contestation pacifique devenait quasi impossible.
En transformant les élections en simulacre et la critique en crime d’État, le pouvoir a miné sa propre légitimité. La période électorale, censée incarner un moment de choix citoyen, s’est muée en épisode de terreur.
La Tanzanie, naguère médiatrice des crises régionales, voit son image de “modèle” ternie par les violences qu’elle inflige à ses propres citoyens. Un pays qui se voulait exemplaire doit désormais s’appliquer à lui-même les principes qu’il prêchait : démocratie, État de droit, respect des droits humains et liberté d’expression.
Ce qui s’est joué à Dar es Salaam et à Dodoma dépasse le simple enjeu électoral. Le président burundais, l’un des premiers à féliciter la “victoire” de Samia Suluhu, devrait y voir un avertissement : une stabilité de façade sans pluralisme n’est qu’une illusion.
La tragédie tanzanienne offre, au Président burundais, comme à d’autres, une leçon d’humilité : la vraie stabilité ne se décrète pas, elle se mérite par la justice et le respect des urnes, et l’autorité non-contestée finit toujours en dictature. En Tanzanie comme ailleurs.
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