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Cancer du sein au Tchad : « Plus le diagnostic est précoce, plus les chances de guérison sont élevées » ( Dr Manikassé Palouma)

Cancer du sein au Tchad : « Plus le diagnostic est précoce, plus les chances de guérison sont élevées » ( Dr Manikassé Palouma). Article écrit par Sandra Topona. Publié le 2 novembre 2026à 09h48

⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes

Au Tchad, de nombreuses femmes atteintes d’un cancer du sein consultent encore tardivement, réduisant ainsi leurs chances de guérison. Entre croyances persistantes, peur du diagnostic et difficultés d’accès aux soins, les freins au dépistage demeurent nombreux. Pour le Dr Manikassé Palouma, président de la Ligue tchadienne de lutte contre le cancer, la sensibilisation et le dépistage précoce constituent les armes les plus efficaces contre la maladie. Entretien.  . « Le dépistage précoce améliore considérablement les chances de guérison » Vent d’Afrique : pourquoi le dépistage précoce est-il essentiel dans la lutte contre le cancer du sein et quelles méthodes sont aujourd’hui les mieux adaptées aux réalités africaines ? Dr Manikassé Palouma : Le dépistage précoce est particulièrement important, car il permet d’améliorer considérablement les chances de guérison. En Afrique, compte tenu des ressources disponibles et des difficultés d’accès à certains examens spécialisés, nous insistons sur la sensibilisation des femmes à la connaissance de leurs seins et à la détection précoce des anomalies. L’autopalpation peut aider une femme à repérer un changement inhabituel et à consulter rapidement un professionnel de santé. Toutefois, elle ne remplace ni l’examen clinique ni les méthodes de dépistage recommandées en fonction de l’âge et du niveau de risque. Lorsqu’une anomalie est détectée, des examens complémentaires sont nécessaires. Ils peuvent comprendre une échographie ou une mammographie, selon la situation clinique. Si une lésion suspecte est identifiée, une biopsie peut être réalisée afin d’en déterminer la nature et de confirmer ou non le diagnostic de cancer. Une fois le diagnostic établi, la patiente est orientée vers les spécialistes compétents afin de bénéficier d’une prise en charge adaptée. Les croyances et la peur retardent encore la consultation. Vent d’Afrique : pourquoi de nombreuses femmes consultent-elles encore à un stade avancé de la maladie et comment lever les principaux obstacles au diagnostic précoce ? Dr. Manikassé Palouma : Le principal obstacle demeure le manque d’information, auquel s’ajoutent des croyances profondément ancrées dans nos sociétés. Certaines femmes ne sont toujours pas convaincues de l’existence du cancer. Pour elles, cette maladie relève parfois d’un mauvais sort, d’un envoûtement ou d’une malédiction. Cette perception conduit malheureusement certaines patientes à consulter des guérisseurs traditionnels ou des marabouts avant de se rendre à l’hôpital. Ce n’est souvent qu’en dernier recours, lorsque la maladie a déjà atteint un stade avancé, qu’elles sollicitent une prise en charge médicale. Pour remédier à cette situation, il faut renforcer la sensibilisation dans toutes les communautés. C’est d’ailleurs le travail que nous menons actuellement au Tchad. Il faut également souligner que même les femmes instruites peuvent parfois être réticentes au dépistage. Elles redoutent de découvrir qu’elles sont atteintes d’un cancer du sein, car elles associent encore ce diagnostic à une condamnation à mort. Elles préfèrent alors ignorer ou dissimuler les anomalies qu’elles constatent plutôt que de consulter. Il est donc indispensable d’intensifier les campagnes de sensibilisation auprès des femmes de tous âges. Elles doivent comprendre que le cancer existe, qu’il n’est ni une malédiction ni une fatalité et que, lorsqu’il est détecté suffisamment tôt, les possibilités de traitement et les chances de guérison sont nettement meilleures. Un diagnostic tardif complique les traitements et réduit les chances de survie. Vent d’Afrique : quel impact le stade de la maladie au moment du diagnostic a-t-il sur les traitements et le pronostic des patientes ? Dr Manikassé Palouma : Lorsque le cancer du sein est diagnostiqué tardivement, notamment au stade IV, avec des métastases ou une propagation à d’autres organes, sa prise en charge devient beaucoup plus complexe. Sur le plan thérapeutique, plusieurs traitements peuvent être nécessaires, notamment la chimiothérapie, la radiothérapie ou l’hormonothérapie, selon les caractéristiques de la tumeur et la situation de chaque patiente. Cette prise en charge peut être particulièrement coûteuse et représenter une lourde charge pour les femmes concernées et leurs familles. Par ailleurs, le pronostic devient beaucoup plus préoccupant et l’espérance de vie peut être considérablement réduite lorsque la maladie s’est largement propagée. C’est précisément ce type de complications que nous souhaitons éviter grâce à la sensibilisation, au dépistage adapté et à une consultation rapide dès l’apparition des premiers signes inhabituels. Un accompagnement psychologique encore insuffisant Vent d’Afrique : comment améliorer l’accompagnement psychologique, social et familial des femmes touchées par le cancer du sein ? Dr Manikassé Palouma : Lorsqu’une femme apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein, un accompagnement psychologique est indispensable. Les médecins ne peuvent pas simplement annoncer un tel diagnostic sans prendre le temps de préparer la patiente et sa famille à affronter cette épreuve. Il faut les rassurer et leur faire comprendre que le cancer n’est pas systématiquement synonyme de décès. Cet accompagnement doit concerner aussi bien la patiente que son entourage, car le soutien familial est essentiel tout au long du parcours thérapeutique. Malheureusement, au Tchad, nous ne disposons pas encore d’un nombre suffisant de psychologues pour assurer cet accompagnement de manière adéquate. Pourtant, leur intervention est fondamentale. Il est donc important de renforcer la collaboration entre les professionnels de santé, les psychologues et les familles afin de soutenir moralement les patientes, de leur redonner confiance et de les aider à mieux affronter la maladie. Faire d’octobre rose un engagement permanent Vent d’Afrique : comment transformer la mobilisation autour d’Octobre Rose en politiques durables de prévention, de dépistage et de prise en charge ? Dr Manikassé Palouma : Octobre Rose est devenu un véritable symbole de mobilisation autour de la lutte contre les cancers féminins, notamment le cancer du sein. Chaque année, nous organisons des campagnes de sensibilisation auxquelles sont associées les plus hautes autorités du pays. Le lancement est généralement présidé par le Premier ministre, avec la participation du ministre de la Santé publique et de la ministre chargée de la Promotion de la femme. Nous estimons donc que les autorités politiques sont déjà fortement impliquées dans cette mobilisation. Il leur appartient désormais de pérenniser ces initiatives, de renforcer les équipes médicales et de soutenir davantage les associations qui accomplissent un travail remarquable sur le terrain. Les associations signalent régulièrement des insuffisances et des besoins auxquels les autorités sanitaires doivent véritablement prêter attention. Il est important que ces préoccupations soient prises en compte afin que les campagnes de sensibilisation ne restent pas de simples mobilisations ponctuelles. La lutte contre le cancer du sein exige un engagement continu, des moyens adaptés et une meilleure organisation de la prise en charge des patientes. « Il ne faut ni avoir peur ni attendre avant de consulter » Vent d’Afrique : quel message souhaitez-vous adresser aux femmes qui hésitent encore à consulter ou à se faire dépister ? Dr Manikassé Palouma : Je voudrais dire aux femmes qu’elles ne doivent ni avoir peur du dépistage ni considérer le cancer du sein comme une fatalité. Il faut apprendre à connaître son corps et consulter un professionnel de santé dès l’apparition d’une anomalie. Plus le diagnostic est précoce, plus les chances de guérison sont élevées. Il ne faut donc ni avoir honte ni attendre que la maladie évolue avant de consulter. Entretien réalisé par Sandra Topona..

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Au Tchad, de nombreuses femmes atteintes d’un cancer du sein consultent encore tardivement, réduisant ainsi leurs chances de guérison. Entre croyances persistantes, peur du diagnostic et difficultés d’accès aux soins, les freins au dépistage demeurent nombreux. Pour le Dr Manikassé Palouma, président de la Ligue tchadienne de lutte contre le cancer, la sensibilisation et le dépistage précoce constituent les armes les plus efficaces contre la maladie. Entretien.  
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