⏱ Temps de lecture estimé : 14 minutes
Conakry veut changer de stratégie. Après avoir officiellement relancé sa candidature pour les CAN 2032 et 2036, la Guinée cherche désormais à s’appuyer sur le Sénégal pour construire un dossier commun. Une alliance qui pourrait rebattre les cartes de la course à l’organisation de la prestigieuse compétition africaine. Par Éric Ngarlem Toldé.. La Guinée ne veut visiblement plus jouer seule. Alors que Conakry vient d’officialiser sa candidature à l’organisation des Coupes d’Afrique des nations 2032 et 2036, la Fédération guinéenne de football (FEGUIFOOT) a pris les devants auprès du Sénégal. L’objectif : convaincre Dakar de porter avec elle une candidature commune pour l’édition 2032. La démarche n’est pas une simple déclaration d’intention lancée dans les tribunes. Elle a été formalisée par écrit. Dans une correspondance datée du 31 juillet 2026, la FEGUIFOOT a saisi la Fédération sénégalaise de football (FSF) afin de lui proposer officiellement une co-organisation de la CAN 2032. Le courrier, signé par le secrétaire général de l’instance guinéenne, Ibrahima Barry, porte la référence 0501 et a pour objet la proposition de co-organisation de la compétition. La proposition intervient quelques semaines avant l’officialisation de la candidature guinéenne. Le 20 août, le Premier ministre Amadou Oury Bah a présidé à Conakry une réunion consacrée à la préparation du dossier avant d’entériner officiellement la candidature de la Guinée pour les éditions 2032 et 2036. Mais, dans cette nouvelle offensive, Conakry semble avoir compris une chose essentielle : organiser une CAN moderne ne consiste plus seulement à disposer de quelques pelouses et d’un stade capable d’accueillir une finale. La compétition exige aujourd’hui un dispositif lourd mêlant infrastructures sportives, transports, hôtellerie, sécurité, télécommunications, mobilité des supporters et capacité logistique. D’où l’idée de partager l’effort avec un voisin disposant d’atouts complémentaires. Une alliance pensée autour de la proximité Dans son courrier, la partie guinéenne met notamment en avant la proximité géographique des deux pays. La Guinée et le Sénégal sont voisins et entretiennent depuis longtemps des relations humaines, économiques, culturelles et historiques importantes. Pour la FEGUIFOOT, cette proximité pourrait constituer un avantage concret dans l’organisation d’une compétition qui déplace chaque jour des milliers de joueurs, officiels, journalistes et supporters. Une CAN répartie entre deux pays voisins pourrait, en théorie, limiter certaines contraintes liées aux déplacements. Les délégations n’auraient pas à traverser de longues distances pour rejoindre les différents sites de compétition. Les deux pays pourraient également partager certaines ressources et organiser une partie des flux logistiques en fonction de leurs capacités respectives. La fédération guinéenne insiste ainsi sur la possibilité de mutualiser les infrastructures, les moyens logistiques et les ressources nécessaires à l’organisation d’un événement de cette dimension. Elle présente également le projet comme un instrument de rapprochement régional, au-delà du simple cadre sportif. Autrement dit, Conakry ne vend pas seulement à Dakar une place dans un dossier de candidature. La Guinée propose une sorte de « CAN à deux », dans laquelle chaque pays pourrait mettre ses forces au service d’un même projet. Dakar, le partenaire qui peut faire la différence Le choix du Sénégal n’est évidemment pas anodin. Dakar a lui-même affiché ses ambitions pour 2032. En mai 2026, l’ancienne ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, Khady Diène Gaye, avait indiqué devant l’Assemblée nationale que son pays préparait un dossier pour accueillir la compétition. Le Sénégal entend notamment capitaliser sur les infrastructures développées ou modernisées dans le cadre des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Le pays dispose donc déjà d’une expérience récente dans la préparation de grands rendez-vous sportifs internationaux. Cette expérience pourrait constituer un argument de poids pour une éventuelle candidature commune. Pour la Guinée, l’intérêt est évident. Une association avec le Sénégal permettrait de renforcer la crédibilité d’un dossier qui devrait être évalué sur plusieurs paramètres, notamment la capacité à accueillir simultanément des équipes, des délégations officielles et un important public international. Conakry pourrait, de son côté, apporter son propre patrimoine footballistique et son ambition de revenir au premier plan de l’organisation des grands événements sportifs africains. Le projet pourrait donc être présenté comme une complémentarité plutôt qu’une simple addition : à l’un les infrastructures et l’expérience organisationnelle déjà disponibles, à l’autre la volonté politique, l’histoire footballistique et l’ambition de renouer avec l’organisation d’un tournoi continental. La Guinée veut tourner la page de la CAN 2025 Cette nouvelle démarche prend aussi une dimension particulière lorsqu’on se souvient du feuilleton de la CAN 2025. La Guinée avait initialement été désignée pour accueillir cette édition avant de perdre finalement l’organisation de la compétition, dans un contexte marqué par les difficultés liées à la préparation des infrastructures. L’édition 2025 a finalement été organisée au Maroc. Pour Conakry, la candidature à la CAN 2032 constitue donc bien davantage qu’un simple projet sportif. Elle représente une nouvelle tentative de démontrer que le pays est capable d’accueillir une compétition majeure. Le gouvernement guinéen a d’ailleurs récemment remis cette ambition au centre de son agenda. La candidature officielle porte désormais sur 2032 et 2036, conformément à la volonté affichée par les autorités de positionner la Guinée parmi les pays africains capables d’accueillir de grands événements internationaux. L’approche auprès du Sénégal pourrait ainsi être interprétée comme une leçon tirée de l’expérience précédente : mieux vaut construire un dossier régional solide que promettre seul des infrastructures dont la réalisation pourrait s’avérer longue et coûteuse. Le stade du 28-Septembre ne suffira pas L’homologation récente du stade du 28-Septembre a offert un signal positif aux ambitions guinéennes. Mais elle ne règle pas, à elle seule, la question des infrastructures nécessaires à une CAN. Une Coupe d’Afrique moderne ne se résume pas à la conformité d’un stade principal. Il faut disposer d’un nombre suffisant d’enceintes répondant aux normes internationales, de terrains d’entraînement, d’hôtels adaptés aux délégations, de réseaux de transport capables d’absorber les déplacements, d’infrastructures médicales et de dispositifs de sécurité appropriés. À cela s’ajoutent les exigences liées aux médias, aux télécommunications et à la retransmission internationale des rencontres. C’est précisément sur ce terrain qu’un partenariat avec le Sénégal pourrait prendre tout son sens. Au lieu de reproduire une candidature reposant essentiellement sur les promesses d’investissements futurs, Conakry peut chercher à présenter à la Confédération africaine de football un dispositif partagé, répartissant les charges entre deux pays. Cette logique est devenue de plus en plus fréquente dans le football africain. La taille croissante des compétitions et leurs exigences financières rendent les candidatures conjointes particulièrement intéressantes pour les pays qui souhaitent éviter de supporter seuls l’ensemble des investissements. Mais Dakar n’a pas encore dit oui Il faut toutefois éviter de transformer une proposition en accord déjà conclu. À ce stade, la Guinée a officiellement tendu la main. Le Sénégal doit encore répondre. La Fédération sénégalaise de football doit examiner la proposition et déterminer si elle souhaite abandonner l’idée d’un dossier national au profit d’une candidature conjointe, ou éventuellement travailler sur les deux options avant de prendre une décision. La nuance est importante : aucune candidature « Guinée-Sénégal » n’est encore officiellement constituée. La FEGUIFOOT elle-même présente la démarche comme une proposition destinée à ouvrir des discussions. Selon des informations rapportées par la presse guinéenne, son secrétaire général Ibrahima Barry a confirmé l’envoi du courrier tout en précisant que les choses ne sont pas encore formalisées. La démarche doit notamment permettre de sonder les partenaires potentiels avant d’envisager une candidature commune. La balle se trouve donc désormais dans le camp sénégalais. Une candidature qui pourrait changer la donne Si Dakar répond favorablement, la course à la CAN 2032 pourrait prendre une tournure particulièrement intéressante. Le Sénégal avait déjà affiché son ambition d’accueillir le tournoi. La Guinée vient de faire de même. Une alliance entre les deux pays permettrait de fusionner deux projets qui, jusque-là, pouvaient être perçus comme concurrents. Le dossier aurait aussi un argument politique : celui d’une coopération sous-régionale entre deux États voisins. Dans sa lettre, la FEGUIFOOT insiste précisément sur cette dimension. Pour l’instance guinéenne, une candidature commune serait susceptible de devenir un symbole de fraternité, d’intégration et de coopération en Afrique de l’Ouest. Elle permettrait aux deux pays de mettre en commun leurs expériences et leurs capacités organisationnelles. Sur le papier, le message est séduisant. Mais la CAF ne désignera pas l’organisateur sur la seule base des relations fraternelles entre deux pays. Les infrastructures, les garanties financières, la capacité organisationnelle, les transports et les conditions d’accueil pèseront lourd dans la décision. La belle histoire diplomatique devra donc être accompagnée de chiffres, de plans, de garanties et de réalisations concrètes. L’AES entre également dans la danse La Guinée et le Sénégal ne sont d’ailleurs pas les seuls à regarder vers 2032. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont officiellement annoncé une candidature commune pour l’organisation de la CAN 2032. La CAF a confirmé en juillet avoir reçu leur déclaration d’intérêt conjointe. Cette candidature ajoute une autre dimension à la compétition. Elle pourrait transformer la course à 2032 en une véritable bataille entre projets régionaux. D’un côté, un éventuel tandem Guinée-Sénégal, associant deux pays voisins de l’Afrique de l’Ouest et disposant d’atouts complémentaires. De l’autre, le projet commun du Burkina Faso, du Mali et du Niger, porté sous la bannière de l’AES. La compétition ne se jouera donc pas uniquement entre villes ou entre stades. Elle pourrait également opposer différentes visions de l’organisation d’un grand événement continental : candidature nationale, coopération bilatérale ou projet porté par plusieurs États. La Guinée cherche-t-elle surtout à sécuriser son dossier ? Derrière le discours sur la fraternité régionale, une autre réalité mérite d’être observée. Une candidature commune permettrait à la Guinée de réduire le poids des investissements qu’elle devrait supporter seule. C’est probablement l’un des principaux intérêts de la démarche. Organiser une CAN exige des ressources considérables. Les stades constituent évidemment la partie la plus visible du dispositif, mais ils ne représentent qu’un élément d’un système beaucoup plus vaste. Il faut penser aux hôtels, aux routes, aux aéroports, aux transports urbains, aux centres d’entraînement, aux infrastructures sanitaires, aux équipements de sécurité, aux systèmes de billetterie et aux installations réservées aux médias. Porter seul une telle charge suppose une capacité financière et administrative importante. La mutualisation avec le Sénégal pourrait donc donner à Conakry une marge de manœuvre supplémentaire. Mais Dakar pourrait également y trouver son compte. Plutôt que de présenter seul un dossier pour 2032, le Sénégal pourrait s’associer à un voisin et proposer une compétition à dimension transfrontalière. Une telle formule permettrait aussi de répartir les matchs et les délégations sur plusieurs sites, à condition que les infrastructures des deux pays répondent aux exigences de la CAF. Une frontière qui devient un atout sportif La géographie pourrait finalement devenir l’un des meilleurs arguments du projet. La Guinée et le Sénégal partagent une frontière et disposent de liens humains anciens. Les circulations de populations entre les deux espaces ont contribué à créer des relations économiques et culturelles qui dépassent les frontières administratives. Dans le cadre d’une CAN, cette proximité pourrait être transformée en avantage logistique. Mais il faudra répondre à une question centrale : comment organiser concrètement une compétition répartie sur deux territoires nationaux ? La réponse devra être contenue dans un dossier extrêmement précis. Il faudra notamment définir les villes hôtes, les stades, les groupes concernés, les modalités de déplacement des équipes, les camps de base, les lieux d’hébergement et les mécanismes de coordination entre les deux États. Il faudra aussi déterminer la répartition des responsabilités. Qui finance quoi ? Qui prend en charge les infrastructures ? Comment les recettes sont-elles partagées ? Quel pays accueille la cérémonie d’ouverture ? Où se joue la finale ? Comment sont répartis les matchs à forte affluence ? Autant de questions qui pourraient rapidement transformer l’enthousiasme politique en négociations beaucoup plus terre-à-terre. Une première étape, pas encore une victoire La Guinée a donc posé un premier jalon. Le courrier envoyé à Dakar constitue une démarche officielle, mais il ne garantit nullement que le projet aboutira. La prochaine étape sera politique et sportive : obtenir l’accord du Sénégal, réunir les autorités des deux pays, définir les contours du projet puis préparer un dossier conforme aux exigences de la CAF. Le Sénégal devra également mesurer les avantages et les risques d’une telle association. Une candidature commune peut renforcer un dossier, mais elle implique aussi de partager la visibilité, les responsabilités et les investissements. Pour Conakry, l’enjeu est encore plus important. Après l’épisode de la CAN 2025, la Guinée doit convaincre qu’elle est désormais capable de passer des annonces aux réalisations. La candidature aux CAN 2032 et 2036 marque déjà un retour offensif. La main tendue à Dakar montre maintenant que la stratégie pourrait être celle du rassemblement plutôt que de l’isolement. Le pari d’une « CAN Guinée-Sénégal » Si le Sénégal accepte, le slogan pourrait rapidement devenir réalité : une CAN organisée entre Conakry et Dakar. Le projet aurait une forte portée symbolique. Deux pays voisins, deux fédérations, deux peuples liés par l’histoire et la culture, mais surtout une ambition commune : accueillir le football africain. Pour la Guinée, ce serait l’occasion de transformer une candidature fragilisée par les déconvenues du passé en projet régional. Pour le Sénégal, ce serait la possibilité de mettre à profit ses infrastructures et son expérience récente dans l’organisation d’événements sportifs internationaux tout en partageant les contraintes d’une CAN. Mais avant de parler de trophée, de cérémonie d’ouverture ou de finale, il faudra franchir plusieurs obstacles. Le premier est simple : Dakar doit répondre. Le deuxième sera beaucoup plus exigeant : convaincre la CAF. Car dans cette bataille pour 2032, les déclarations d’intention ne marqueront aucun but. Les dossiers devront parler, les infrastructures devront être au rendez-vous et les garanties devront tenir la route. Après avoir longtemps rêvé de sa CAN, la Guinée semble avoir compris qu’elle aura peut-être davantage de chances en jouant collectif. Elle vient donc de passer le ballon au Sénégal. À Dakar désormais de décider s’il veut le contrôler, le renvoyer… ou le laisser sortir en touche..⏱ Temps de lecture estimé : 14 minutes
La Guinée ne veut visiblement plus jouer seule. Alors que Conakry vient d’officialiser sa candidature à l’organisation des Coupes d’Afrique des nations 2032 et 2036, la Fédération guinéenne de football (FEGUIFOOT) a pris les devants auprès du Sénégal. L’objectif : convaincre Dakar de porter avec elle une candidature commune pour l’édition 2032.
La démarche n’est pas une simple déclaration d’intention lancée dans les tribunes. Elle a été formalisée par écrit. Dans une correspondance datée du 31 juillet 2026, la FEGUIFOOT a saisi la Fédération sénégalaise de football (FSF) afin de lui proposer officiellement une co-organisation de la CAN 2032. Le courrier, signé par le secrétaire général de l’instance guinéenne, Ibrahima Barry, porte la référence 0501 et a pour objet la proposition de co-organisation de la compétition.
La proposition intervient quelques semaines avant l’officialisation de la candidature guinéenne. Le 20 août, le Premier ministre Amadou Oury Bah a présidé à Conakry une réunion consacrée à la préparation du dossier avant d’entériner officiellement la candidature de la Guinée pour les éditions 2032 et 2036.
Mais, dans cette nouvelle offensive, Conakry semble avoir compris une chose essentielle : organiser une CAN moderne ne consiste plus seulement à disposer de quelques pelouses et d’un stade capable d’accueillir une finale. La compétition exige aujourd’hui un dispositif lourd mêlant infrastructures sportives, transports, hôtellerie, sécurité, télécommunications, mobilité des supporters et capacité logistique. D’où l’idée de partager l’effort avec un voisin disposant d’atouts complémentaires.
Dans son courrier, la partie guinéenne met notamment en avant la proximité géographique des deux pays. La Guinée et le Sénégal sont voisins et entretiennent depuis longtemps des relations humaines, économiques, culturelles et historiques importantes.
Pour la FEGUIFOOT, cette proximité pourrait constituer un avantage concret dans l’organisation d’une compétition qui déplace chaque jour des milliers de joueurs, officiels, journalistes et supporters.
Une CAN répartie entre deux pays voisins pourrait, en théorie, limiter certaines contraintes liées aux déplacements. Les délégations n’auraient pas à traverser de longues distances pour rejoindre les différents sites de compétition. Les deux pays pourraient également partager certaines ressources et organiser une partie des flux logistiques en fonction de leurs capacités respectives.
La fédération guinéenne insiste ainsi sur la possibilité de mutualiser les infrastructures, les moyens logistiques et les ressources nécessaires à l’organisation d’un événement de cette dimension. Elle présente également le projet comme un instrument de rapprochement régional, au-delà du simple cadre sportif.
Autrement dit, Conakry ne vend pas seulement à Dakar une place dans un dossier de candidature. La Guinée propose une sorte de « CAN à deux », dans laquelle chaque pays pourrait mettre ses forces au service d’un même projet.
Le choix du Sénégal n’est évidemment pas anodin.
Dakar a lui-même affiché ses ambitions pour 2032. En mai 2026, l’ancienne ministre sénégalaise de la Jeunesse et des Sports, Khady Diène Gaye, avait indiqué devant l’Assemblée nationale que son pays préparait un dossier pour accueillir la compétition. Le Sénégal entend notamment capitaliser sur les infrastructures développées ou modernisées dans le cadre des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.
Le pays dispose donc déjà d’une expérience récente dans la préparation de grands rendez-vous sportifs internationaux. Cette expérience pourrait constituer un argument de poids pour une éventuelle candidature commune.
Pour la Guinée, l’intérêt est évident. Une association avec le Sénégal permettrait de renforcer la crédibilité d’un dossier qui devrait être évalué sur plusieurs paramètres, notamment la capacité à accueillir simultanément des équipes, des délégations officielles et un important public international.
Conakry pourrait, de son côté, apporter son propre patrimoine footballistique et son ambition de revenir au premier plan de l’organisation des grands événements sportifs africains.
Le projet pourrait donc être présenté comme une complémentarité plutôt qu’une simple addition : à l’un les infrastructures et l’expérience organisationnelle déjà disponibles, à l’autre la volonté politique, l’histoire footballistique et l’ambition de renouer avec l’organisation d’un tournoi continental.
Cette nouvelle démarche prend aussi une dimension particulière lorsqu’on se souvient du feuilleton de la CAN 2025.
La Guinée avait initialement été désignée pour accueillir cette édition avant de perdre finalement l’organisation de la compétition, dans un contexte marqué par les difficultés liées à la préparation des infrastructures. L’édition 2025 a finalement été organisée au Maroc.
Pour Conakry, la candidature à la CAN 2032 constitue donc bien davantage qu’un simple projet sportif. Elle représente une nouvelle tentative de démontrer que le pays est capable d’accueillir une compétition majeure.
Le gouvernement guinéen a d’ailleurs récemment remis cette ambition au centre de son agenda. La candidature officielle porte désormais sur 2032 et 2036, conformément à la volonté affichée par les autorités de positionner la Guinée parmi les pays africains capables d’accueillir de grands événements internationaux.
L’approche auprès du Sénégal pourrait ainsi être interprétée comme une leçon tirée de l’expérience précédente : mieux vaut construire un dossier régional solide que promettre seul des infrastructures dont la réalisation pourrait s’avérer longue et coûteuse.
L’homologation récente du stade du 28-Septembre a offert un signal positif aux ambitions guinéennes. Mais elle ne règle pas, à elle seule, la question des infrastructures nécessaires à une CAN.
Une Coupe d’Afrique moderne ne se résume pas à la conformité d’un stade principal. Il faut disposer d’un nombre suffisant d’enceintes répondant aux normes internationales, de terrains d’entraînement, d’hôtels adaptés aux délégations, de réseaux de transport capables d’absorber les déplacements, d’infrastructures médicales et de dispositifs de sécurité appropriés.
À cela s’ajoutent les exigences liées aux médias, aux télécommunications et à la retransmission internationale des rencontres.
C’est précisément sur ce terrain qu’un partenariat avec le Sénégal pourrait prendre tout son sens. Au lieu de reproduire une candidature reposant essentiellement sur les promesses d’investissements futurs, Conakry peut chercher à présenter à la Confédération africaine de football un dispositif partagé, répartissant les charges entre deux pays.
Cette logique est devenue de plus en plus fréquente dans le football africain. La taille croissante des compétitions et leurs exigences financières rendent les candidatures conjointes particulièrement intéressantes pour les pays qui souhaitent éviter de supporter seuls l’ensemble des investissements.
Il faut toutefois éviter de transformer une proposition en accord déjà conclu.
À ce stade, la Guinée a officiellement tendu la main. Le Sénégal doit encore répondre.
La Fédération sénégalaise de football doit examiner la proposition et déterminer si elle souhaite abandonner l’idée d’un dossier national au profit d’une candidature conjointe, ou éventuellement travailler sur les deux options avant de prendre une décision.
La nuance est importante : aucune candidature « Guinée-Sénégal » n’est encore officiellement constituée.
La FEGUIFOOT elle-même présente la démarche comme une proposition destinée à ouvrir des discussions. Selon des informations rapportées par la presse guinéenne, son secrétaire général Ibrahima Barry a confirmé l’envoi du courrier tout en précisant que les choses ne sont pas encore formalisées. La démarche doit notamment permettre de sonder les partenaires potentiels avant d’envisager une candidature commune.
La balle se trouve donc désormais dans le camp sénégalais.
Si Dakar répond favorablement, la course à la CAN 2032 pourrait prendre une tournure particulièrement intéressante.
Le Sénégal avait déjà affiché son ambition d’accueillir le tournoi. La Guinée vient de faire de même. Une alliance entre les deux pays permettrait de fusionner deux projets qui, jusque-là, pouvaient être perçus comme concurrents.
Le dossier aurait aussi un argument politique : celui d’une coopération sous-régionale entre deux États voisins.
Dans sa lettre, la FEGUIFOOT insiste précisément sur cette dimension. Pour l’instance guinéenne, une candidature commune serait susceptible de devenir un symbole de fraternité, d’intégration et de coopération en Afrique de l’Ouest. Elle permettrait aux deux pays de mettre en commun leurs expériences et leurs capacités organisationnelles.
Sur le papier, le message est séduisant. Mais la CAF ne désignera pas l’organisateur sur la seule base des relations fraternelles entre deux pays. Les infrastructures, les garanties financières, la capacité organisationnelle, les transports et les conditions d’accueil pèseront lourd dans la décision.
La belle histoire diplomatique devra donc être accompagnée de chiffres, de plans, de garanties et de réalisations concrètes.
La Guinée et le Sénégal ne sont d’ailleurs pas les seuls à regarder vers 2032.
Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont officiellement annoncé une candidature commune pour l’organisation de la CAN 2032. La CAF a confirmé en juillet avoir reçu leur déclaration d’intérêt conjointe.
Cette candidature ajoute une autre dimension à la compétition. Elle pourrait transformer la course à 2032 en une véritable bataille entre projets régionaux.
D’un côté, un éventuel tandem Guinée-Sénégal, associant deux pays voisins de l’Afrique de l’Ouest et disposant d’atouts complémentaires. De l’autre, le projet commun du Burkina Faso, du Mali et du Niger, porté sous la bannière de l’AES.
La compétition ne se jouera donc pas uniquement entre villes ou entre stades. Elle pourrait également opposer différentes visions de l’organisation d’un grand événement continental : candidature nationale, coopération bilatérale ou projet porté par plusieurs États.
Derrière le discours sur la fraternité régionale, une autre réalité mérite d’être observée.
Une candidature commune permettrait à la Guinée de réduire le poids des investissements qu’elle devrait supporter seule. C’est probablement l’un des principaux intérêts de la démarche.
Organiser une CAN exige des ressources considérables. Les stades constituent évidemment la partie la plus visible du dispositif, mais ils ne représentent qu’un élément d’un système beaucoup plus vaste.
Il faut penser aux hôtels, aux routes, aux aéroports, aux transports urbains, aux centres d’entraînement, aux infrastructures sanitaires, aux équipements de sécurité, aux systèmes de billetterie et aux installations réservées aux médias.
Porter seul une telle charge suppose une capacité financière et administrative importante. La mutualisation avec le Sénégal pourrait donc donner à Conakry une marge de manœuvre supplémentaire.
Mais Dakar pourrait également y trouver son compte. Plutôt que de présenter seul un dossier pour 2032, le Sénégal pourrait s’associer à un voisin et proposer une compétition à dimension transfrontalière.
Une telle formule permettrait aussi de répartir les matchs et les délégations sur plusieurs sites, à condition que les infrastructures des deux pays répondent aux exigences de la CAF.
La géographie pourrait finalement devenir l’un des meilleurs arguments du projet.
La Guinée et le Sénégal partagent une frontière et disposent de liens humains anciens. Les circulations de populations entre les deux espaces ont contribué à créer des relations économiques et culturelles qui dépassent les frontières administratives.
Dans le cadre d’une CAN, cette proximité pourrait être transformée en avantage logistique.
Mais il faudra répondre à une question centrale : comment organiser concrètement une compétition répartie sur deux territoires nationaux ?
La réponse devra être contenue dans un dossier extrêmement précis. Il faudra notamment définir les villes hôtes, les stades, les groupes concernés, les modalités de déplacement des équipes, les camps de base, les lieux d’hébergement et les mécanismes de coordination entre les deux États.
Il faudra aussi déterminer la répartition des responsabilités. Qui finance quoi ? Qui prend en charge les infrastructures ? Comment les recettes sont-elles partagées ? Quel pays accueille la cérémonie d’ouverture ? Où se joue la finale ? Comment sont répartis les matchs à forte affluence ?
Autant de questions qui pourraient rapidement transformer l’enthousiasme politique en négociations beaucoup plus terre-à-terre.
Une première étape, pas encore une victoire
La Guinée a donc posé un premier jalon. Le courrier envoyé à Dakar constitue une démarche officielle, mais il ne garantit nullement que le projet aboutira.
La prochaine étape sera politique et sportive : obtenir l’accord du Sénégal, réunir les autorités des deux pays, définir les contours du projet puis préparer un dossier conforme aux exigences de la CAF.
Le Sénégal devra également mesurer les avantages et les risques d’une telle association. Une candidature commune peut renforcer un dossier, mais elle implique aussi de partager la visibilité, les responsabilités et les investissements.
Pour Conakry, l’enjeu est encore plus important. Après l’épisode de la CAN 2025, la Guinée doit convaincre qu’elle est désormais capable de passer des annonces aux réalisations.
La candidature aux CAN 2032 et 2036 marque déjà un retour offensif. La main tendue à Dakar montre maintenant que la stratégie pourrait être celle du rassemblement plutôt que de l’isolement.
Si le Sénégal accepte, le slogan pourrait rapidement devenir réalité : une CAN organisée entre Conakry et Dakar.
Le projet aurait une forte portée symbolique. Deux pays voisins, deux fédérations, deux peuples liés par l’histoire et la culture, mais surtout une ambition commune : accueillir le football africain.
Pour la Guinée, ce serait l’occasion de transformer une candidature fragilisée par les déconvenues du passé en projet régional. Pour le Sénégal, ce serait la possibilité de mettre à profit ses infrastructures et son expérience récente dans l’organisation d’événements sportifs internationaux tout en partageant les contraintes d’une CAN.
Mais avant de parler de trophée, de cérémonie d’ouverture ou de finale, il faudra franchir plusieurs obstacles.
Le premier est simple : Dakar doit répondre.
Le deuxième sera beaucoup plus exigeant : convaincre la CAF.
Car dans cette bataille pour 2032, les déclarations d’intention ne marqueront aucun but. Les dossiers devront parler, les infrastructures devront être au rendez-vous et les garanties devront tenir la route.
Après avoir longtemps rêvé de sa CAN, la Guinée semble avoir compris qu’elle aura peut-être davantage de chances en jouant collectif. Elle vient donc de passer le ballon au Sénégal. À Dakar désormais de décider s’il veut le contrôler, le renvoyer… ou le laisser sortir en touche.
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