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La première session de la Commission mixte de coopération entre le Burkina Faso et le Burundi, ouverte le 10 août à Bujumbura, pourrait apparaître comme une simple remise en marche administrative d’une relation diplomatique vieille de près de trois décennies. Par Eric Ngarlem Toldé.. Elle est, en réalité, beaucoup plus politique qu’il n’y paraît. Derrière les projets d’accords sur l’agriculture, la sécurité alimentaire, les transports, l’enseignement supérieur ou encore la culture, se dessine une volonté commune de diversifier les alliances africaines et de renforcer une diplomatie fondée sur la souveraineté, la coopération Sud-Sud et la recherche de marges de manœuvre face aux partenaires traditionnels. Lire la suite en commentaire Cette relance intervient quelques mois seulement après la visite d’Évariste Ndayishimiye à Ouagadougou, le 20 avril 2026. Le président burundais, alors président en exercice de l’Union africaine, avait rencontré Ibrahim Traoré avec un objectif qui dépassait largement le cadre bilatéral : rapprocher l’Union africaine et les États de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Burkina Faso, le Mali et le Niger se sont progressivement éloignés de plusieurs cadres régionaux traditionnels. Une coopération qui arrive au moment où les cartes diplomatiques se redistribuent Il faut d’abord replacer cette rencontre dans la nouvelle géopolitique africaine. Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, Ibrahim Traoré a fait de la souveraineté nationale et de la rupture avec certaines anciennes tutelles diplomatiques les piliers de son discours politique. Le Burkina Faso s’est rapproché du Mali et du Niger au sein de l’AES, tout en réduisant considérablement ses relations avec plusieurs partenaires occidentaux. Le 26 juin 2026, Ouagadougou a même annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec la France, une décision qui illustre l’ampleur du changement stratégique opéré par le régime burkinabè. Dans ce contexte, la coopération avec Bujumbura n’est pas anodine. Le Burkina cherche de nouveaux partenaires africains capables de dialoguer avec lui sans placer systématiquement la question de la transition militaire au centre de la relation. Le Burundi peut précisément jouer ce rôle. Bujumbura n’appartient pas à l’AES. Mais son président entretient un rapport particulier avec cette nouvelle architecture régionale. En tant que président en exercice de l’Union africaine, Ndayishimiye s’est rendu à Ouagadougou pour discuter notamment des moyens de rapprocher l’organisation continentale et les pays de l’AES. Cette position lui confère une fonction de passerelle diplomatique particulièrement intéressante pour les deux parties. La nouvelle coopération Burkina-Burundi pourrait donc être l’un des petits laboratoires de cette recomposition : moins de dépendance vis-à-vis des anciennes puissances, davantage de relations directes entre États africains et une recherche de convergences autour des questions de souveraineté, de sécurité et de développement. Deux présidents, deux trajectoires, une même obsession : consolider le pouvoir La comparaison entre les deux pays doit toutefois être maniée avec prudence. Les régimes de Ouagadougou et de Gitega ne sont pas de même nature. Au Burkina Faso, Ibrahim Traoré dirige un régime militaire issu du coup d’État de septembre 2022. Sa légitimité repose principalement sur un discours de rupture : reconquête de la souveraineté, lutte contre le terrorisme, dénonciation de l’ingérence étrangère et transformation économique du pays. Cette posture lui procure une popularité certaine auprès d’une partie de la jeunesse africaine, mais elle s’accompagne aussi de critiques concernant la restriction de l’espace civique, la liberté de la presse et la situation des droits humains. Des analyses récentes soulignent ainsi le contraste entre son image de dirigeant panafricaniste et les accusations d’autoritarisme qui entourent sa gouvernance. Le Burundi présente une autre configuration. Évariste Ndayishimiye est un président civil issu du CNDD-FDD, parti au pouvoir depuis 2005. Son gouvernement tente de projeter l’image d’un Burundi stabilisé et tourné vers le développement, tout en conservant un contrôle politique très important sur les institutions. Les élections législatives et communales de 2025 ont illustré cette domination. Selon Human Rights Watch, le CNDD-FDD a obtenu 96,5 % des voix et remporté l’ensemble des sièges de l’Assemblée nationale, dans un contexte où plusieurs figures et formations de l’opposition avaient été empêchées de concourir. L’organisation fait également état de restrictions importantes visant les médias, la société civile et l’opposition. Le contexte politique burundais est d’autant plus important que Ndayishimiye a été désigné en avril 2026 candidat du CNDD-FDD à la présidentielle de 2027. La coopération avec Ouagadougou intervient donc à la veille d’une nouvelle séquence électorale qui sera scrutée de près. Bujumbura, une porte d’entrée vers les Grands Lacs Pour le Burkina Faso, l’intérêt du Burundi dépasse les échanges commerciaux immédiats. Bujumbura permet à Ouagadougou d’élargir son réseau diplomatique vers l’Afrique de l’Est et la région des Grands Lacs. La liste des secteurs annoncés n’est d’ailleurs pas anodine : agriculture, sécurité alimentaire, gestion des catastrophes, investissements, transport aérien, enseignement supérieur, formation professionnelle, culture et jeunesse. Il s’agit de secteurs qui peuvent produire des résultats concrets, mais aussi de domaines permettant aux deux États de réduire leur dépendance à l’égard de partenaires extérieurs. L’agriculture constitue probablement l’un des axes les plus prometteurs. Les deux pays sont confrontés à des défis alimentaires considérables, mais disposent également d’une importante population rurale et d’un potentiel agricole encore insuffisamment transformé. L’échange de savoir-faire, la formation professionnelle, la recherche agronomique et la transformation locale pourraient donner un contenu réel à cette coopération. La sécurité alimentaire prend également une dimension stratégique dans des pays confrontés à des crises sécuritaires et économiques. Une coopération qui resterait limitée aux communiqués et aux cérémonies protocolaires aurait peu de chances de convaincre les populations. En revanche, des projets communs dans l’agriculture, l’irrigation, la transformation des produits et la formation pourraient constituer des résultats visibles. La sécurité : le terrain où les intérêts pourraient rapidement converger Le dossier sécuritaire mérite une attention particulière, même si la coopération annoncée n’est pas présentée principalement sous cet angle. Le Burkina Faso demeure confronté à une insurrection jihadiste particulièrement lourde, qui a profondément bouleversé son appareil d’État, son économie et son territoire. La réponse de Traoré s’appuie fortement sur la militarisation, les forces auxiliaires et les partenariats alternatifs. La crise sécuritaire a également contribué à renforcer le soutien populaire aux solutions militaires au détriment des mécanismes démocratiques classiques. Des travaux de recherche consacrés au Burkina montrent notamment que la multiplication des attaques terroristes peut accroître le soutien aux régimes militaires et réduire l’attachement aux libertés civiles. Le Burundi, pour sa part, est directement exposé aux conséquences du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. L’afflux de réfugiés congolais et les implications sécuritaires de cette guerre pèsent sur Bujumbura. Human Rights Watch souligne notamment l’ampleur des conséquences humanitaires et sécuritaires du conflit congolais pour le Burundi. Il existe donc un espace potentiel pour une coopération en matière de gestion des crises, de protection civile, de renseignement, de formation ou de gestion des catastrophes. Mais il faudra éviter une dérive vers une coopération sécuritaire opaque, particulièrement sensible dans deux pays où les questions de droits humains demeurent préoccupantes. Le paradoxe des « souverainistes » africains C’est ici que se trouve le principal paradoxe de ce rapprochement. Ouagadougou et Bujumbura revendiquent chacun une plus grande autonomie dans la conduite de leurs affaires. Le premier parle de souveraineté face aux anciennes puissances étrangères ; le second cherche à restaurer son poids diplomatique après des années d’isolement international. Mais la souveraineté ne saurait être réduite à la capacité d’un gouvernement à repousser les critiques étrangères. Elle doit également signifier des institutions solides, une justice indépendante, une presse libre et une capacité à rendre des comptes aux citoyens. Or, les deux pays présentent des fragilités importantes sur ce terrain. Au Burundi, les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années les arrestations arbitraires, les disparitions, les restrictions de l’espace politique et la pression exercée sur les médias. Le rapprochement avec le Burkina ne doit donc pas devenir un simple club de solidarité entre pouvoirs confrontés aux critiques internationales. Ce serait la faiblesse fondamentale de cette coopération. L’Afrique n’a pas besoin de remplacer une dépendance extérieure par une solidarité automatique entre régimes. Une opportunité, à condition de dépasser la diplomatie des déclarations La première Commission mixte constitue néanmoins une opportunité réelle. Pendant près de trente ans, l’accord-cadre de 1997 est resté largement sans traduction institutionnelle. Sa réactivation montre qu’une volonté politique nouvelle existe désormais. Mais la réussite se mesurera moins au nombre d’accords signés qu’à leur mise en œuvre. Des commissions mixtes africaines, le continent en connaît une collection presque industrielle. Elles produisent souvent de magnifiques communiqués, des poignées de main impeccables et des promesses soigneusement reliées… avant de sombrer dans les tiroirs administratifs. Burkina Faso et Burundi ont donc intérêt à éviter ce vieux scénario. Il faudra des calendriers précis, des mécanismes de financement, des responsables identifiés et des évaluations régulières. Les secteurs annoncés, agriculture, formation, transport, investissements, culture et jeunesse, peuvent constituer les fondations d’une relation durable si les deux gouvernements acceptent de passer du discours à l’exécution. Une alliance pragmatique plus qu’une alliance idéologique Au fond, le rapprochement entre Ouagadougou et Bujumbura ne constitue pas encore une alliance politique. Il ressemble davantage à une convergence pragmatique entre deux États qui cherchent à élargir leur espace diplomatique. Pour Ibrahim Traoré, le Burundi peut représenter une ouverture vers l’Afrique centrale et orientale, tout en offrant un interlocuteur capable de dialoguer avec l’Union africaine. Pour Évariste Ndayishimiye, le Burkina offre une occasion de renforcer son rôle de médiateur entre l’architecture continentale et l’AES, tout en développant des partenariats économiques et politiques nouveaux. Cette relation pourrait donc prendre une dimension bien plus large que le simple cadre bilatéral. Elle pourrait contribuer à dessiner une Afrique où les États multiplient les partenariats horizontaux et refusent de dépendre d’un seul axe diplomatique. Mais cette ambition comporte une exigence : ne pas confondre souveraineté et impunité, coopération et complaisance, solidarité africaine et silence politique. La véritable réussite de la Commission mixte Burkina-Burundi ne sera pas la signature de nouveaux accords le 12 août à Bujumbura. Elle sera visible dans quelques années : dans les champs davantage productifs, les étudiants qui circulent, les entreprises qui investissent, les jeunes qui trouvent des débouchés et les citoyens qui constatent que la coopération africaine améliore effectivement leur quotidien. Autrement, cette « relance historique » restera ce que l’Afrique connaît déjà trop bien : une belle photographie officielle, quelques discours solennels et des accords qui prennent tranquillement la poussière..⏱ Temps de lecture estimé : 10 minutes
Elle est, en réalité, beaucoup plus politique qu’il n’y paraît. Derrière les projets d’accords sur l’agriculture, la sécurité alimentaire, les transports, l’enseignement supérieur ou encore la culture, se dessine une volonté commune de diversifier les alliances africaines et de renforcer une diplomatie fondée sur la souveraineté, la coopération Sud-Sud et la recherche de marges de manœuvre face aux partenaires traditionnels. Lire la suite en commentaire
Cette relance intervient quelques mois seulement après la visite d’Évariste Ndayishimiye à Ouagadougou, le 20 avril 2026. Le président burundais, alors président en exercice de l’Union africaine, avait rencontré Ibrahim Traoré avec un objectif qui dépassait largement le cadre bilatéral : rapprocher l’Union africaine et les États de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Burkina Faso, le Mali et le Niger se sont progressivement éloignés de plusieurs cadres régionaux traditionnels.
Il faut d’abord replacer cette rencontre dans la nouvelle géopolitique africaine. Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, Ibrahim Traoré a fait de la souveraineté nationale et de la rupture avec certaines anciennes tutelles diplomatiques les piliers de son discours politique. Le Burkina Faso s’est rapproché du Mali et du Niger au sein de l’AES, tout en réduisant considérablement ses relations avec plusieurs partenaires occidentaux. Le 26 juin 2026, Ouagadougou a même annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec la France, une décision qui illustre l’ampleur du changement stratégique opéré par le régime burkinabè.
Dans ce contexte, la coopération avec Bujumbura n’est pas anodine. Le Burkina cherche de nouveaux partenaires africains capables de dialoguer avec lui sans placer systématiquement la question de la transition militaire au centre de la relation. Le Burundi peut précisément jouer ce rôle.
Bujumbura n’appartient pas à l’AES. Mais son président entretient un rapport particulier avec cette nouvelle architecture régionale. En tant que président en exercice de l’Union africaine, Ndayishimiye s’est rendu à Ouagadougou pour discuter notamment des moyens de rapprocher l’organisation continentale et les pays de l’AES. Cette position lui confère une fonction de passerelle diplomatique particulièrement intéressante pour les deux parties.
La nouvelle coopération Burkina-Burundi pourrait donc être l’un des petits laboratoires de cette recomposition : moins de dépendance vis-à-vis des anciennes puissances, davantage de relations directes entre États africains et une recherche de convergences autour des questions de souveraineté, de sécurité et de développement.
La comparaison entre les deux pays doit toutefois être maniée avec prudence. Les régimes de Ouagadougou et de Gitega ne sont pas de même nature.
Au Burkina Faso, Ibrahim Traoré dirige un régime militaire issu du coup d’État de septembre 2022. Sa légitimité repose principalement sur un discours de rupture : reconquête de la souveraineté, lutte contre le terrorisme, dénonciation de l’ingérence étrangère et transformation économique du pays. Cette posture lui procure une popularité certaine auprès d’une partie de la jeunesse africaine, mais elle s’accompagne aussi de critiques concernant la restriction de l’espace civique, la liberté de la presse et la situation des droits humains. Des analyses récentes soulignent ainsi le contraste entre son image de dirigeant panafricaniste et les accusations d’autoritarisme qui entourent sa gouvernance.
Le Burundi présente une autre configuration. Évariste Ndayishimiye est un président civil issu du CNDD-FDD, parti au pouvoir depuis 2005. Son gouvernement tente de projeter l’image d’un Burundi stabilisé et tourné vers le développement, tout en conservant un contrôle politique très important sur les institutions.
Les élections législatives et communales de 2025 ont illustré cette domination. Selon Human Rights Watch, le CNDD-FDD a obtenu 96,5 % des voix et remporté l’ensemble des sièges de l’Assemblée nationale, dans un contexte où plusieurs figures et formations de l’opposition avaient été empêchées de concourir. L’organisation fait également état de restrictions importantes visant les médias, la société civile et l’opposition.
Le contexte politique burundais est d’autant plus important que Ndayishimiye a été désigné en avril 2026 candidat du CNDD-FDD à la présidentielle de 2027. La coopération avec Ouagadougou intervient donc à la veille d’une nouvelle séquence électorale qui sera scrutée de près.
Pour le Burkina Faso, l’intérêt du Burundi dépasse les échanges commerciaux immédiats. Bujumbura permet à Ouagadougou d’élargir son réseau diplomatique vers l’Afrique de l’Est et la région des Grands Lacs.
La liste des secteurs annoncés n’est d’ailleurs pas anodine : agriculture, sécurité alimentaire, gestion des catastrophes, investissements, transport aérien, enseignement supérieur, formation professionnelle, culture et jeunesse. Il s’agit de secteurs qui peuvent produire des résultats concrets, mais aussi de domaines permettant aux deux États de réduire leur dépendance à l’égard de partenaires extérieurs.
L’agriculture constitue probablement l’un des axes les plus prometteurs. Les deux pays sont confrontés à des défis alimentaires considérables, mais disposent également d’une importante population rurale et d’un potentiel agricole encore insuffisamment transformé. L’échange de savoir-faire, la formation professionnelle, la recherche agronomique et la transformation locale pourraient donner un contenu réel à cette coopération.
La sécurité alimentaire prend également une dimension stratégique dans des pays confrontés à des crises sécuritaires et économiques. Une coopération qui resterait limitée aux communiqués et aux cérémonies protocolaires aurait peu de chances de convaincre les populations. En revanche, des projets communs dans l’agriculture, l’irrigation, la transformation des produits et la formation pourraient constituer des résultats visibles.
Le dossier sécuritaire mérite une attention particulière, même si la coopération annoncée n’est pas présentée principalement sous cet angle.
Le Burkina Faso demeure confronté à une insurrection jihadiste particulièrement lourde, qui a profondément bouleversé son appareil d’État, son économie et son territoire. La réponse de Traoré s’appuie fortement sur la militarisation, les forces auxiliaires et les partenariats alternatifs. La crise sécuritaire a également contribué à renforcer le soutien populaire aux solutions militaires au détriment des mécanismes démocratiques classiques. Des travaux de recherche consacrés au Burkina montrent notamment que la multiplication des attaques terroristes peut accroître le soutien aux régimes militaires et réduire l’attachement aux libertés civiles.
Le Burundi, pour sa part, est directement exposé aux conséquences du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. L’afflux de réfugiés congolais et les implications sécuritaires de cette guerre pèsent sur Bujumbura. Human Rights Watch souligne notamment l’ampleur des conséquences humanitaires et sécuritaires du conflit congolais pour le Burundi.
Il existe donc un espace potentiel pour une coopération en matière de gestion des crises, de protection civile, de renseignement, de formation ou de gestion des catastrophes. Mais il faudra éviter une dérive vers une coopération sécuritaire opaque, particulièrement sensible dans deux pays où les questions de droits humains demeurent préoccupantes.
C’est ici que se trouve le principal paradoxe de ce rapprochement.
Ouagadougou et Bujumbura revendiquent chacun une plus grande autonomie dans la conduite de leurs affaires. Le premier parle de souveraineté face aux anciennes puissances étrangères ; le second cherche à restaurer son poids diplomatique après des années d’isolement international.
Mais la souveraineté ne saurait être réduite à la capacité d’un gouvernement à repousser les critiques étrangères. Elle doit également signifier des institutions solides, une justice indépendante, une presse libre et une capacité à rendre des comptes aux citoyens.
Or, les deux pays présentent des fragilités importantes sur ce terrain. Au Burundi, les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années les arrestations arbitraires, les disparitions, les restrictions de l’espace politique et la pression exercée sur les médias.
Le rapprochement avec le Burkina ne doit donc pas devenir un simple club de solidarité entre pouvoirs confrontés aux critiques internationales. Ce serait la faiblesse fondamentale de cette coopération. L’Afrique n’a pas besoin de remplacer une dépendance extérieure par une solidarité automatique entre régimes.
La première Commission mixte constitue néanmoins une opportunité réelle. Pendant près de trente ans, l’accord-cadre de 1997 est resté largement sans traduction institutionnelle. Sa réactivation montre qu’une volonté politique nouvelle existe désormais.
Mais la réussite se mesurera moins au nombre d’accords signés qu’à leur mise en œuvre. Des commissions mixtes africaines, le continent en connaît une collection presque industrielle. Elles produisent souvent de magnifiques communiqués, des poignées de main impeccables et des promesses soigneusement reliées… avant de sombrer dans les tiroirs administratifs.
Burkina Faso et Burundi ont donc intérêt à éviter ce vieux scénario.
Il faudra des calendriers précis, des mécanismes de financement, des responsables identifiés et des évaluations régulières. Les secteurs annoncés, agriculture, formation, transport, investissements, culture et jeunesse, peuvent constituer les fondations d’une relation durable si les deux gouvernements acceptent de passer du discours à l’exécution.
Au fond, le rapprochement entre Ouagadougou et Bujumbura ne constitue pas encore une alliance politique. Il ressemble davantage à une convergence pragmatique entre deux États qui cherchent à élargir leur espace diplomatique.
Pour Ibrahim Traoré, le Burundi peut représenter une ouverture vers l’Afrique centrale et orientale, tout en offrant un interlocuteur capable de dialoguer avec l’Union africaine. Pour Évariste Ndayishimiye, le Burkina offre une occasion de renforcer son rôle de médiateur entre l’architecture continentale et l’AES, tout en développant des partenariats économiques et politiques nouveaux.
Cette relation pourrait donc prendre une dimension bien plus large que le simple cadre bilatéral. Elle pourrait contribuer à dessiner une Afrique où les États multiplient les partenariats horizontaux et refusent de dépendre d’un seul axe diplomatique.
Mais cette ambition comporte une exigence : ne pas confondre souveraineté et impunité, coopération et complaisance, solidarité africaine et silence politique.
La véritable réussite de la Commission mixte Burkina-Burundi ne sera pas la signature de nouveaux accords le 12 août à Bujumbura. Elle sera visible dans quelques années : dans les champs davantage productifs, les étudiants qui circulent, les entreprises qui investissent, les jeunes qui trouvent des débouchés et les citoyens qui constatent que la coopération africaine améliore effectivement leur quotidien.
Autrement, cette « relance historique » restera ce que l’Afrique connaît déjà trop bien : une belle photographie officielle, quelques discours solennels et des accords qui prennent tranquillement la poussière.
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