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​A​u Tchad, Dikbo Hubert veut imposer son parti dans le paysage politique tchadien et mise sur la jeunesse

​A​u Tchad, Dikbo Hubert veut imposer son parti dans le paysage politique tchadien et mise sur la jeunesse. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 17 septembre 2026à 13h14

⏱ Temps de lecture estimé : 13 minutes

Cinq ans après la création de l’Union des Démocrates pour le Développement (UDD), son président national, Dikbo Hubert, revendique un bilan marqué par l’implantation progressive du parti, son premier élu local et une volonté de conquérir davantage de terrain politique. Dans cet entretien accordé à Vent d’Afrique, il revient sur les raisons ayant présidé à la création de l’UDD, conteste toujours les résultats des législatives de 2024-2025, livre son appréciation de la gouvernance actuelle et détaille ses priorités pour l’emploi des jeunes, la formation professionnelle et l’agriculture. Il appelle également la jeunesse tchadienne à tourner le dos à la violence et aux discours de haine, tout en assumant le soutien apporté par son parti au président actuel lors de la présidentielle de 2024.  Entretien à bâtons rompus.. Vent d’Afrique : Le 11 septembre 2021, l’Union des Démocrates pour le Développement (UDD) a été officiellement créée, sous votre présidence. Quelles étaient, à l’époque, les principales motivations qui ont conduit à la création de ce parti ? Quelle vision politique voulez-vous porter dans le paysage politique tchadien ? ​D​ikbo Hubert :  ​D’abord je voudrais dire merci à Vent d’Afrique, ce jeune média international qui se démarque déjà par ses analyses et son regard sur l’actualité africaine. Je vous remercie pour cette opportunité qui permet aux acteurs politiques de s’affirmer, contribuant ainsi à la consolidation de la démocratie au Tchad et en Afrique de manière générale. Comme Vent d’Afrique, le vent UDD a soufflé à travers une réelle prise de conscience d’un groupe de jeunes, qui s’est senti mature, motivé à être des acteurs directs de la gestion du pays et pas des spectateurs stériles. Nous avons ainsi créé l’UDD le 11 septembre 2021 lors de l’assemblée générale constitutive à Pala, chef-lieu du Mayo-Kebbi Ouest. Notre conviction était simple, celle de proposer une force politique nouvelle pour le Tchad qui en a besoin, capable de porter les aspirations des citoyens à plus de justice sociale, de liberté et de dignité. Nous voulions un parti enraciné dans les réalités du terrain, à l’écoute des jeunes, des femmes et de toutes les couches de la population, et surtout porteur d’une vision de développement inclusif pour notre pays. Vent d’Afrique : Lors des élections législatives de 2024-2025, vous étiez candidat dans le département du Mayo-Dallah, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest. Après la publication des résultats provisoires, vous aviez contesté les chiffres officiels, estimant que votre parti avait été lésé. Avec le recul, maintenez-vous cette contestation ? L’amertume de cette séquence électorale est-elle aujourd’hui passée ? ​​D​ikbo Hubert :   Évidemment, c’était notre première expérience dans les consultations électorales, un vrai défi de peser notre poids politique depuis la création du parti et, surtout dans un département où nous sommes originaires. Et comme une traînée de poudre, cette campagne avait suscité la ferveur totale de la population derrière notre projet. Parce qu’en si peu de temps, cette population avait compris que l’UDD était à même de porter son fardeau. Malheureusement, en dépit de l’expression populaire, les données des urnes ne nous ont pas convaincus, et il était logique pour nous de contester les résultats. Notre contestation reposait sur des éléments concrets que nous avions constatés sur le terrain, et cette position de principe reste la nôtre : la transparence électorale est une condition essentielle de la confiance des citoyens dans les institutions. Ceci étant, nous avons choisi de privilégier les voies légales plutôt que la confrontation. Aujourd’hui, nous préférons regarder vers l’avenir et concentrer notre énergie sur le travail politique et le service de nos concitoyens. Vent d’Afrique : Cinq ans après sa création, quels sont, selon vous, les principaux acquis à mettre à l’actif de l’UDD ? Quel bilan politique et organisationnel faites-vous de ces cinq premières années ? ​​D​ikbo Hubert :   Nous ne sommes pas sortis de ces élections législatives et locales bredouilles non plus. L’UDD a eu à faire élire un conseiller municipal à la commune de Pala, chef-lieu de la province du Mayo-Kebbi Ouest. Ce qui place aujourd’hui notre parti sur la liste restreinte des formations politiques qui ont des élus issus des dernières élections. Cette présence affirme déjà la grandeur et les acquis de l’UDD. En cinq ans, le parti s’est structuré et a renforcé sa présence dans quelques provinces du pays. Nous avons mis en place des organes dirigeants stables, mobilisé des militants engagés, et pris part activement aux échéances électorales malgré un contexte parfois difficile, lié aussi à la précarité à laquelle sont confrontés la majorité des partis politiques. Notre plus grande fierté est d’avoir imprimé nos marques, de rester fidèles à nos valeurs fondatrices tout en gagnant en crédibilité comme acteur du paysage politique tchadien. Nous nous affirmons aujourd’hui avec fierté et dignité sur la scène politique nationale à travers des débats politiques et des propositions concrètes au gouvernement pour l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. Vent d’Afrique : L’UDD se présente comme un parti attaché au respect de la Constitution et des principes républicains, à la justice sociale, à la liberté et à la dignité humaine, mais également à la lutte contre la corruption, la mauvaise gouvernance et l’exclusion. Quelle analyse faites-vous de la gouvernance actuelle du Tchad ? Les principes que vous défendez trouvent-ils, selon vous, une traduction suffisante dans la conduite des affaires publiques ? ​​D​ikbo Hubert :   Dans n’importe quel pays au monde, même les plus développés, la question de la gouvernance est relative. Le Tchad sort d’un contexte de transition difficile où il était question de redorer le blason du pays, de rétablir la confiance entre les Tchadiens et de jeter les bases d’une nouvelle gouvernance. Nous reconnaissons depuis la tenue des élections présidentielles certains efforts engagés par les autorités du pays, notamment en matière de réformes institutionnelles. Mais nous estimons que des progrès restent nécessaires pour améliorer l’assiette de la ménagère et l’accès aux services sociaux de base. Il faut noter aussi certains défis majeurs à relever, en particulier la lutte contre la corruption, la question de l’emploi des jeunes et l’exclusion de certaines catégories de la population dans les affaires publiques. Le climat politique a été aussi quelques fois agité avec l’incarcération de certains leaders politiques pour des faits qui leur sont propres. Mais la grâce présidentielle accordée par le chef de l’État le 14 août dernier a en quelque sorte décrispé l’atmosphère et jette du coup les nouvelles bases d’une réconciliation totale et d’un dialogue politique que le président lui-même a toujours prôné. L’UDD continuera de porter ces exigences, non par posture de revendication systématique, mais parce que nous croyons qu’un Tchad plus juste est possible et souhaitable pour tous. Vent d’Afrique : À l’occasion du cinquième anniversaire de l’UDD, vous avez appelé le gouvernement à renforcer les politiques en faveur de l’emploi des jeunes, de la formation professionnelle, de l’entrepreneuriat et du développement agricole. Quels sont, selon vous, les secteurs qui devraient constituer les priorités absolues de l’action publique ? ​​D​ikbo Hubert :   Vous savez que partout en Afrique, les dirigeants optent pour le changement de paradigme lié à l’employabilité des jeunes. La fonction publique, qui était jusque-là le seul pourvoyeur d’emploi, ne peut plus absorber les milliers de jeunes envoyés chaque année sur le marché de l’emploi au regard aussi de la conjoncture économique à laquelle le pays fait face depuis plusieurs années. Nous nous rendons aussi compte que nombre de sociétés étatiques, capables de réduire un taux important de chômage, sont toutes en faillite ou privatisées. Il est donc urgent d’investir massivement dans la formation professionnelle adaptée aux besoins réels du marché du travail, de faciliter l’accès au financement pour les jeunes entrepreneurs, et de moderniser notre agriculture à travers des intrants subventionnés, l’irrigation et le développement des chaînes de valeur locales. Nous devons être flexibles et nous adapter aussi à l’évolution de la technologie aujourd’hui avec l’intelligence artificielle qui crée énormément d’emplois ; mais faudrait-il que les jeunes soient formés ? Ce sont, selon nous, les leviers essentiels pour donner à notre jeunesse des perspectives concrètes. Vent d’Afrique : Vous avez également exhorté la jeunesse tchadienne à rejeter la violence et les discours de haine. Face aux frustrations sociales, au chômage et aux tensions politiques qui traversent le pays, comment convaincre les jeunes que la voie démocratique peut réellement apporter des réponses à leurs préoccupations ? ​​D​ikbo Hubert :   Sachez que ce pays a pris une allure inquiétante ces dernières années, surtout avec le repli identitaire où la haine se déchaîne de manière chronique sur les réseaux sociaux, tendant à saper les valeurs sacrées du vivre-ensemble et de la cohésion nationale. Parmi les causes, il y a la frustration de la jeunesse face au chômage et aux difficultés du quotidien. Mais la violence et les discours de haine ne construisent rien ; ils fragilisent davantage notre société et compromettent l’avenir du pays. La liberté d’opinion dont nous disposons aujourd’hui, encadrée par la loi fondamentale, doit nous servir de cadre de débats pluriels et de propositions. La voie démocratique demande ainsi de la patience, mais c’est la seule qui permette des changements durables et légitimes. Toutefois les leaders politiques que nous sommes avons malheureusement une part de responsabilité dans ce désenchantement par le manque d’encadrement des jeunes à l’éthique et à la culture du patriotisme. Je voudrais inviter chaque jeune tchadien à s’engager, à s’informer, à militer, à proposer et à agir. Cessons de faire des débats d’hommes mais plutôt des débats d’idées. C’est seulement à ces prix que nous allons construire notre pays. Vent d’Afrique : L’UDD défend une plus grande participation des jeunes et des femmes à la vie publique. Que faut-il concrètement changer dans les partis politiques et dans les institutions pour que cette participation ne se limite pas aux discours et aux périodes électorales ? ​​D​ikbo Hubert :     Le défi est réel. Notre jeunesse prouve de nos jours davantage sa maturité car elle est bien informée et même formée. Donc il n’est plus question de la miroiter avec le même slogan sans son implication réelle dans la prise de décision. Il ne suffit pas d’en parler au moment des élections. Il faut que les partis politiques, y compris le nôtre, ouvrent réellement des responsabilités aux jeunes et aux femmes au sein de leurs instances dirigeantes, pas seulement sur les listes électorales. Partout au monde, nous assistons aujourd’hui à l’ascension des jeunes à certaines hautes fonctions politiques ou électives, c’est la preuve pour nous d’adapter notre logiciel. Nous travaillons à instaurer des mécanismes concrets de mentorat et de représentation au sein de l’UDD, et nous appelons les autres formations politiques et les institutions à faire de même. Vent d’Afrique : Après cinq années d’existence, quelles sont aujourd’hui les ambitions de l’UDD ? Le parti entend-il renforcer son implantation dans les provinces et se positionner davantage comme une force politique capable de peser sur les prochaines échéances nationales ? ​​D​ikbo Hubert :   Notre ambition est claire : consolider notre implantation dans l’ensemble des provinces du pays et nous positionner comme une force politique non négligeable pour les prochaines échéances nationales. Nous restons ouverts au dialogue et à des alliances stratégiques, à condition qu’elles respectent nos valeurs fondamentales. Aux élections présidentielles de 2024, nous avons apporté notre soutien au Président actuel dans la responsabilité et le souci de consolider les acquis de la réconciliation nationale et de la paix au lendemain de la transition. Nous assumons aujourd’hui pleinement ce choix. Mais d’ici là, tout dépend de notre capacité, le niveau d’implantation du parti à aller seul aux élections présidentielles ou pas. Vent d’Afrique : Quel message souhaitez-vous adresser aux militants de l’UDD, mais aussi à l’ensemble des Tchadiens, à l’occasion de ce cinquième anniversaire ? ​​D​ikbo Hubert :   À tous les militants de l’UDD, je leur rends un vibrant hommage pour leur sacrifice et leur engagement contre vents et marées pour maintenir le parti dans une dynamique positive. Quand des jeunes osent souvent en Afrique, surtout en politique, il y a toujours des ennemis du progrès qui s’agitent et déploient de l’énergie pour étouffer cet élan. Mais la marche de l’UDD est désormais inébranlable. À l’ensemble des Tchadiennes et des Tchadiens, je lance un appel à l’unité, à la réconciliation sincère, à la paix et à l’espérance. Notre pays a besoin de tous ses enfants pour bâtir un avenir meilleur, rattraper son retard de développement et se hisser au rang des pays émergents. Nous devons cesser de faire recours à la violence et à la rébellion pour conquérir le pouvoir, mais seule la voie des urnes et de l’expression populaire doit guider notre lutte. Car les nombreux soubresauts n’ont contribué qu’à engouffrer notre pays depuis 1960, pourtant très riche en ressources naturelles. À l’ensemble de la ​classe politique et du pouvoir, je dis ceci : « Une nation ne se construit pas en opposant les hommes, mais en confrontant les idées. Lorsque le débat devient une bataille de personnes, la haine prend la place du dialogue. Et lorsque les idées s’affrontent dans le respect, c’est la démocratie qui grandit ». Ensemble, continuons à croire qu’un Tchad plus juste et plus prospère est possible. Propos recueillis par Éric Ngarlem Toldé..

⏱ Temps de lecture estimé : 13 minutes

Cinq ans après la création de l’Union des Démocrates pour le Développement (UDD), son président national, Dikbo Hubert, revendique un bilan marqué par l’implantation progressive du parti, son premier élu local et une volonté de conquérir davantage de terrain politique. Dans cet entretien accordé à Vent d’Afrique, il revient sur les raisons ayant présidé à la création de l’UDD, conteste toujours les résultats des législatives de 2024-2025, livre son appréciation de la gouvernance actuelle et détaille ses priorités pour l’emploi des jeunes, la formation professionnelle et l’agriculture. Il appelle également la jeunesse tchadienne à tourner le dos à la violence et aux discours de haine, tout en assumant le soutien apporté par son parti au président actuel lors de la présidentielle de 2024.  Entretien à bâtons rompus.

Vent d’Afrique : Le 11 septembre 2021, l’Union des Démocrates pour le Développement (UDD) a été officiellement créée, sous votre présidence. Quelles étaient, à l’époque, les principales motivations qui ont conduit à la création de ce parti ? Quelle vision politique voulez-vous porter dans le paysage politique tchadien ?

​D​ikbo Hubert :  ​D’abord je voudrais dire merci à Vent d’Afrique, ce jeune média international qui se démarque déjà par ses analyses et son regard sur l’actualité africaine. Je vous remercie pour cette opportunité qui permet aux acteurs politiques de s’affirmer, contribuant ainsi à la consolidation de la démocratie au Tchad et en Afrique de manière générale. Comme Vent d’Afrique, le vent UDD a soufflé à travers une réelle prise de conscience d’un groupe de jeunes, qui s’est senti mature, motivé à être des acteurs directs de la gestion du pays et pas des spectateurs stériles. Nous avons ainsi créé l’UDD le 11 septembre 2021 lors de l’assemblée générale constitutive à Pala, chef-lieu du Mayo-Kebbi Ouest. Notre conviction était simple, celle de proposer une force politique nouvelle pour le Tchad qui en a besoin, capable de porter les aspirations des citoyens à plus de justice sociale, de liberté et de dignité. Nous voulions un parti enraciné dans les réalités du terrain, à l’écoute des jeunes, des femmes et de toutes les couches de la population, et surtout porteur d’une vision de développement inclusif pour notre pays.

Vent d’Afrique : Lors des élections législatives de 2024-2025, vous étiez candidat dans le département du Mayo-Dallah, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest. Après la publication des résultats provisoires, vous aviez contesté les chiffres officiels, estimant que votre parti avait été lésé. Avec le recul, maintenez-vous cette contestation ? L’amertume de cette séquence électorale est-elle aujourd’hui passée ?

​​D​ikbo Hubert :   Évidemment, c’était notre première expérience dans les consultations électorales, un vrai défi de peser notre poids politique depuis la création du parti et, surtout dans un département où nous sommes originaires. Et comme une traînée de poudre, cette campagne avait suscité la ferveur totale de la population derrière notre projet. Parce qu’en si peu de temps, cette population avait compris que l’UDD était à même de porter son fardeau. Malheureusement, en dépit de l’expression populaire, les données des urnes ne nous ont pas convaincus, et il était logique pour nous de contester les résultats. Notre contestation reposait sur des éléments concrets que nous avions constatés sur le terrain, et cette position de principe reste la nôtre : la transparence électorale est une condition essentielle de la confiance des citoyens dans les institutions. Ceci étant, nous avons choisi de privilégier les voies légales plutôt que la confrontation. Aujourd’hui, nous préférons regarder vers l’avenir et concentrer notre énergie sur le travail politique et le service de nos concitoyens.

Vent d’Afrique : Cinq ans après sa création, quels sont, selon vous, les principaux acquis à mettre à l’actif de l’UDD ? Quel bilan politique et organisationnel faites-vous de ces cinq premières années ?

​​D​ikbo Hubert :   Nous ne sommes pas sortis de ces élections législatives et locales bredouilles non plus. L’UDD a eu à faire élire un conseiller municipal à la commune de Pala, chef-lieu de la province du Mayo-Kebbi Ouest. Ce qui place aujourd’hui notre parti sur la liste restreinte des formations politiques qui ont des élus issus des dernières élections. Cette présence affirme déjà la grandeur et les acquis de l’UDD. En cinq ans, le parti s’est structuré et a renforcé sa présence dans quelques provinces du pays. Nous avons mis en place des organes dirigeants stables, mobilisé des militants engagés, et pris part activement aux échéances électorales malgré un contexte parfois difficile, lié aussi à la précarité à laquelle sont confrontés la majorité des partis politiques. Notre plus grande fierté est d’avoir imprimé nos marques, de rester fidèles à nos valeurs fondatrices tout en gagnant en crédibilité comme acteur du paysage politique tchadien. Nous nous affirmons aujourd’hui avec fierté et dignité sur la scène politique nationale à travers des débats politiques et des propositions concrètes au gouvernement pour l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens.

Vent d’Afrique : L’UDD se présente comme un parti attaché au respect de la Constitution et des principes républicains, à la justice sociale, à la liberté et à la dignité humaine, mais également à la lutte contre la corruption, la mauvaise gouvernance et l’exclusion. Quelle analyse faites-vous de la gouvernance actuelle du Tchad ? Les principes que vous défendez trouvent-ils, selon vous, une traduction suffisante dans la conduite des affaires publiques ?

​​D​ikbo Hubert :   Dans n’importe quel pays au monde, même les plus développés, la question de la gouvernance est relative. Le Tchad sort d’un contexte de transition difficile où il était question de redorer le blason du pays, de rétablir la confiance entre les Tchadiens et de jeter les bases d’une nouvelle gouvernance. Nous reconnaissons depuis la tenue des élections présidentielles certains efforts engagés par les autorités du pays, notamment en matière de réformes institutionnelles. Mais nous estimons que des progrès restent nécessaires pour améliorer l’assiette de la ménagère et l’accès aux services sociaux de base. Il faut noter aussi certains défis majeurs à relever, en particulier la lutte contre la corruption, la question de l’emploi des jeunes et l’exclusion de certaines catégories de la population dans les affaires publiques. Le climat politique a été aussi quelques fois agité avec l’incarcération de certains leaders politiques pour des faits qui leur sont propres. Mais la grâce présidentielle accordée par le chef de l’État le 14 août dernier a en quelque sorte décrispé l’atmosphère et jette du coup les nouvelles bases d’une réconciliation totale et d’un dialogue politique que le président lui-même a toujours prôné. L’UDD continuera de porter ces exigences, non par posture de revendication systématique, mais parce que nous croyons qu’un Tchad plus juste est possible et souhaitable pour tous.

Vent d’Afrique : À l’occasion du cinquième anniversaire de l’UDD, vous avez appelé le gouvernement à renforcer les politiques en faveur de l’emploi des jeunes, de la formation professionnelle, de l’entrepreneuriat et du développement agricole. Quels sont, selon vous, les secteurs qui devraient constituer les priorités absolues de l’action publique ?

​​D​ikbo Hubert :   Vous savez que partout en Afrique, les dirigeants optent pour le changement de paradigme lié à l’employabilité des jeunes. La fonction publique, qui était jusque-là le seul pourvoyeur d’emploi, ne peut plus absorber les milliers de jeunes envoyés chaque année sur le marché de l’emploi au regard aussi de la conjoncture économique à laquelle le pays fait face depuis plusieurs années. Nous nous rendons aussi compte que nombre de sociétés étatiques, capables de réduire un taux important de chômage, sont toutes en faillite ou privatisées. Il est donc urgent d’investir massivement dans la formation professionnelle adaptée aux besoins réels du marché du travail, de faciliter l’accès au financement pour les jeunes entrepreneurs, et de moderniser notre agriculture à travers des intrants subventionnés, l’irrigation et le développement des chaînes de valeur locales. Nous devons être flexibles et nous adapter aussi à l’évolution de la technologie aujourd’hui avec l’intelligence artificielle qui crée énormément d’emplois ; mais faudrait-il que les jeunes soient formés ? Ce sont, selon nous, les leviers essentiels pour donner à notre jeunesse des perspectives concrètes.

Vent d’Afrique : Vous avez également exhorté la jeunesse tchadienne à rejeter la violence et les discours de haine. Face aux frustrations sociales, au chômage et aux tensions politiques qui traversent le pays, comment convaincre les jeunes que la voie démocratique peut réellement apporter des réponses à leurs préoccupations ?

​​D​ikbo Hubert :   Sachez que ce pays a pris une allure inquiétante ces dernières années, surtout avec le repli identitaire où la haine se déchaîne de manière chronique sur les réseaux sociaux, tendant à saper les valeurs sacrées du vivre-ensemble et de la cohésion nationale. Parmi les causes, il y a la frustration de la jeunesse face au chômage et aux difficultés du quotidien. Mais la violence et les discours de haine ne construisent rien ; ils fragilisent davantage notre société et compromettent l’avenir du pays. La liberté d’opinion dont nous disposons aujourd’hui, encadrée par la loi fondamentale, doit nous servir de cadre de débats pluriels et de propositions. La voie démocratique demande ainsi de la patience, mais c’est la seule qui permette des changements durables et légitimes. Toutefois les leaders politiques que nous sommes avons malheureusement une part de responsabilité dans ce désenchantement par le manque d’encadrement des jeunes à l’éthique et à la culture du patriotisme. Je voudrais inviter chaque jeune tchadien à s’engager, à s’informer, à militer, à proposer et à agir. Cessons de faire des débats d’hommes mais plutôt des débats d’idées. C’est seulement à ces prix que nous allons construire notre pays.

Vent d’Afrique : L’UDD défend une plus grande participation des jeunes et des femmes à la vie publique. Que faut-il concrètement changer dans les partis politiques et dans les institutions pour que cette participation ne se limite pas aux discours et aux périodes électorales ?

​​D​ikbo Hubert :     Le défi est réel. Notre jeunesse prouve de nos jours davantage sa maturité car elle est bien informée et même formée. Donc il n’est plus question de la miroiter avec le même slogan sans son implication réelle dans la prise de décision. Il ne suffit pas d’en parler au moment des élections. Il faut que les partis politiques, y compris le nôtre, ouvrent réellement des responsabilités aux jeunes et aux femmes au sein de leurs instances dirigeantes, pas seulement sur les listes électorales. Partout au monde, nous assistons aujourd’hui à l’ascension des jeunes à certaines hautes fonctions politiques ou électives, c’est la preuve pour nous d’adapter notre logiciel. Nous travaillons à instaurer des mécanismes concrets de mentorat et de représentation au sein de l’UDD, et nous appelons les autres formations politiques et les institutions à faire de même.

Vent d’Afrique : Après cinq années d’existence, quelles sont aujourd’hui les ambitions de l’UDD ? Le parti entend-il renforcer son implantation dans les provinces et se positionner davantage comme une force politique capable de peser sur les prochaines échéances nationales ?

​​D​ikbo Hubert :   Notre ambition est claire : consolider notre implantation dans l’ensemble des provinces du pays et nous positionner comme une force politique non négligeable pour les prochaines échéances nationales. Nous restons ouverts au dialogue et à des alliances stratégiques, à condition qu’elles respectent nos valeurs fondamentales. Aux élections présidentielles de 2024, nous avons apporté notre soutien au Président actuel dans la responsabilité et le souci de consolider les acquis de la réconciliation nationale et de la paix au lendemain de la transition. Nous assumons aujourd’hui pleinement ce choix. Mais d’ici là, tout dépend de notre capacité, le niveau d’implantation du parti à aller seul aux élections présidentielles ou pas.

Vent d’Afrique : Quel message souhaitez-vous adresser aux militants de l’UDD, mais aussi à l’ensemble des Tchadiens, à l’occasion de ce cinquième anniversaire ?

​​D​ikbo Hubert :   À tous les militants de l’UDD, je leur rends un vibrant hommage pour leur sacrifice et leur engagement contre vents et marées pour maintenir le parti dans une dynamique positive. Quand des jeunes osent souvent en Afrique, surtout en politique, il y a toujours des ennemis du progrès qui s’agitent et déploient de l’énergie pour étouffer cet élan. Mais la marche de l’UDD est désormais inébranlable. À l’ensemble des Tchadiennes et des Tchadiens, je lance un appel à l’unité, à la réconciliation sincère, à la paix et à l’espérance. Notre pays a besoin de tous ses enfants pour bâtir un avenir meilleur, rattraper son retard de développement et se hisser au rang des pays émergents. Nous devons cesser de faire recours à la violence et à la rébellion pour conquérir le pouvoir, mais seule la voie des urnes et de l’expression populaire doit guider notre lutte. Car les nombreux soubresauts n’ont contribué qu’à engouffrer notre pays depuis 1960, pourtant très riche en ressources naturelles. À l’ensemble de la ​classe politique et du pouvoir, je dis ceci : « Une nation ne se construit pas en opposant les hommes, mais en confrontant les idées. Lorsque le débat devient une bataille de personnes, la haine prend la place du dialogue. Et lorsque les idées s’affrontent dans le respect, c’est la démocratie qui grandit ». Ensemble, continuons à croire qu’un Tchad plus juste et plus prospère est possible.

Propos recueillis par Éric Ngarlem Toldé.

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