⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
Une nouvelle étude apporte une note d’espoir dans la lutte contre la mortalité périnatale en Afrique subsaharienne. Un programme associant formation des personnels de santé, amélioration continue de la qualité des soins et accompagnement des responsables de maternités a permis de réduire de 22 % les morts périnatales précoces dans 16 maternités de quatre pays africains. Par Éric Ngarlem Toldé.. Les résultats portent sur une population particulièrement importante : 134 630 femmes et 139 300 nouveau-nés suivis au Bénin, au Malawi, en Tanzanie et en Ouganda. L’étude montre également une diminution de 19 % des complications liées au manque d’oxygène chez les nouveau-nés, un problème qui peut entraîner des séquelles graves ou le décès lorsque la prise en charge n’est pas suffisamment rapide. Derrière ces chiffres se trouve le programme ALERT, conçu pour agir directement sur la qualité des soins dispensés au moment où la vie bascule : pendant le travail, l’accouchement et les premières heures suivant la naissance. Changer les pratiques au cœur des maternités Le principe du programme repose sur une idée simple, mais souvent difficile à mettre en œuvre dans les systèmes de santé fragiles : améliorer les soins ne consiste pas uniquement à fournir davantage de matériel. Il faut également renforcer les compétences des équipes, identifier les dysfonctionnements et accompagner durablement les professionnels. ALERT commence ainsi par une phase de co-conception. Femmes, familles et personnels de santé sont associés afin d’identifier les obstacles qui empêchent les patientes d’accéder à des soins de qualité ou qui compliquent leur prise en charge dans les maternités. Cette approche permet de partir des réalités vécues sur le terrain plutôt que d’imposer un modèle conçu à distance. Les difficultés rencontrées par les femmes, les contraintes auxquelles sont confrontées les sages-femmes et les insuffisances organisationnelles des établissements sont prises en compte dans la construction des solutions. Le programme prévoit ensuite des formations ciblées destinées aux sages-femmes, un accompagnement des équipes dans leurs démarches d’amélioration continue et un mentorat destiné aux cadres des maternités. À cet ensemble s’ajoute un registre périnatal numérique, destiné à améliorer la collecte et le suivi des données concernant les mères et les nouveau-nés. L’objectif est notamment de mieux mesurer les résultats des soins et d’identifier les situations nécessitant des améliorations. Un enjeu majeur pour le continent L’intérêt de ces résultats est d’autant plus important que l’Afrique subsaharienne demeure confrontée à une mortalité périnatale particulièrement élevée. La région concentre le plus grand nombre de mortinaissances dans le monde. Environ un million d’enfants y naissent chaque année sans signe de vie. Le risque de décès lié à l’accouchement y est également estimé à environ 40 fois supérieur à celui observé en Europe. Ces écarts ne s’expliquent pas uniquement par l’absence de structures sanitaires. La qualité des soins, la disponibilité des professionnels qualifiés, la rapidité de la prise en charge des complications et l’organisation des services jouent un rôle déterminant. Lors d’un accouchement compliqué, quelques minutes peuvent suffire à faire la différence entre la survie et le décès d’un enfant. Une détresse respiratoire, une hémorragie ou une complication pendant le travail exigent une réaction rapide et maîtrisée. C’est précisément sur cette capacité à reconnaître et traiter les complications que les programmes d’amélioration de la qualité peuvent avoir un impact considérable. Les résultats obtenus avec ALERT semblent confirmer cette hypothèse. Une baisse significative des décès évitables La réduction de 22 % des morts périnatales précoces constitue l’un des principaux enseignements de l’étude. Cette catégorie comprend les mortinaissances ainsi que les décès survenant au cours des 24 premières heures de vie. La baisse de 19 % des complications liées au manque d’oxygène chez les nouveau-nés constitue également un indicateur important. Ces complications, souvent associées à une mauvaise adaptation du nouveau-né ou à des difficultés survenues pendant le travail et l’accouchement, peuvent avoir des conséquences lourdes lorsque les soins appropriés ne sont pas disponibles à temps. Pour les chercheurs, ces résultats démontrent qu’une amélioration de l’organisation et des compétences peut produire des effets mesurables, y compris dans des environnements où les ressources restent limitées. « Nos résultats montrent qu’il est possible de réduire la mortalité des nouveau-nés en améliorant la qualité des soins, même dans des contextes où les ressources sont limitées », a souligné la Pre Claudia Hanson, investigatrice principale de l’étude. Investir dans les compétences plutôt que dans les seules infrastructures L’expérience du programme ALERT remet ainsi au centre du débat une question essentielle : comment réduire durablement les décès maternels et néonatals sans attendre que tous les établissements disposent des mêmes moyens que les systèmes de santé les plus développés ? La réponse apportée par cette étude repose sur plusieurs leviers complémentaires : écouter les patientes et leurs familles, renforcer les compétences des sages-femmes, accompagner les équipes dans la durée, améliorer le leadership des responsables de maternités et utiliser les données pour mesurer les progrès. Cette stratégie présente un autre avantage : elle cherche à inscrire l’amélioration des soins dans le fonctionnement quotidien des établissements. Il ne s’agit donc pas seulement d’organiser une formation ponctuelle, puis de laisser les équipes retourner à leurs habitudes. Le mentorat et l’amélioration continue visent au contraire à installer de nouvelles pratiques dans la durée. Le recours à un registre numérique permet, de son côté, de disposer de données plus structurées sur les naissances et les complications. Dans des systèmes sanitaires où les statistiques périnatales restent parfois incomplètes, cet outil peut contribuer à mieux comprendre les causes des décès et à orienter les interventions. Un modèle à élargir ? Les résultats obtenus au Bénin, au Malawi, en Tanzanie et en Ouganda soulèvent désormais la question de la mise à l’échelle du programme. Si une telle approche produit des résultats dans 16 maternités, son extension à un plus grand nombre d’établissements pourrait-elle contribuer à réduire significativement la mortalité périnatale à l’échelle régionale ? Le défi sera toutefois de préserver la qualité de l’accompagnement lors d’une éventuelle généralisation. Les besoins d’une maternité rurale ne sont pas nécessairement ceux d’un grand établissement urbain. Les ressources humaines, les équipements disponibles, les distances à parcourir et les systèmes de référence varient fortement d’un pays et d’une région à l’autre. L’étude fournit néanmoins un signal clair : une partie des décès périnatals peut être évitée en améliorant la manière dont les soins sont organisés et délivrés. Dans une région où près d’un million de mortinaissances sont enregistrées chaque année, chaque baisse de la mortalité représente des milliers de vies potentiellement sauvées. L’enjeu n’est donc pas seulement statistique. Il concerne des familles qui, derrière chaque chiffre, attendent de rentrer chez elles avec un enfant vivant. Le programme ALERT rappelle ainsi une évidence trop souvent reléguée au second plan : dans la lutte contre la mortalité néonatale, la qualité des soins peut être aussi décisive que la quantité des ressources disponibles..⏱ Temps de lecture estimé : 7 minutes
Les résultats portent sur une population particulièrement importante : 134 630 femmes et 139 300 nouveau-nés suivis au Bénin, au Malawi, en Tanzanie et en Ouganda. L’étude montre également une diminution de 19 % des complications liées au manque d’oxygène chez les nouveau-nés, un problème qui peut entraîner des séquelles graves ou le décès lorsque la prise en charge n’est pas suffisamment rapide.
Derrière ces chiffres se trouve le programme ALERT, conçu pour agir directement sur la qualité des soins dispensés au moment où la vie bascule : pendant le travail, l’accouchement et les premières heures suivant la naissance.
Le principe du programme repose sur une idée simple, mais souvent difficile à mettre en œuvre dans les systèmes de santé fragiles : améliorer les soins ne consiste pas uniquement à fournir davantage de matériel. Il faut également renforcer les compétences des équipes, identifier les dysfonctionnements et accompagner durablement les professionnels.
ALERT commence ainsi par une phase de co-conception. Femmes, familles et personnels de santé sont associés afin d’identifier les obstacles qui empêchent les patientes d’accéder à des soins de qualité ou qui compliquent leur prise en charge dans les maternités.
Cette approche permet de partir des réalités vécues sur le terrain plutôt que d’imposer un modèle conçu à distance. Les difficultés rencontrées par les femmes, les contraintes auxquelles sont confrontées les sages-femmes et les insuffisances organisationnelles des établissements sont prises en compte dans la construction des solutions.
Le programme prévoit ensuite des formations ciblées destinées aux sages-femmes, un accompagnement des équipes dans leurs démarches d’amélioration continue et un mentorat destiné aux cadres des maternités.
À cet ensemble s’ajoute un registre périnatal numérique, destiné à améliorer la collecte et le suivi des données concernant les mères et les nouveau-nés. L’objectif est notamment de mieux mesurer les résultats des soins et d’identifier les situations nécessitant des améliorations.
L’intérêt de ces résultats est d’autant plus important que l’Afrique subsaharienne demeure confrontée à une mortalité périnatale particulièrement élevée.
La région concentre le plus grand nombre de mortinaissances dans le monde. Environ un million d’enfants y naissent chaque année sans signe de vie. Le risque de décès lié à l’accouchement y est également estimé à environ 40 fois supérieur à celui observé en Europe.
Ces écarts ne s’expliquent pas uniquement par l’absence de structures sanitaires. La qualité des soins, la disponibilité des professionnels qualifiés, la rapidité de la prise en charge des complications et l’organisation des services jouent un rôle déterminant.
Lors d’un accouchement compliqué, quelques minutes peuvent suffire à faire la différence entre la survie et le décès d’un enfant. Une détresse respiratoire, une hémorragie ou une complication pendant le travail exigent une réaction rapide et maîtrisée. C’est précisément sur cette capacité à reconnaître et traiter les complications que les programmes d’amélioration de la qualité peuvent avoir un impact considérable.
Les résultats obtenus avec ALERT semblent confirmer cette hypothèse.
La réduction de 22 % des morts périnatales précoces constitue l’un des principaux enseignements de l’étude. Cette catégorie comprend les mortinaissances ainsi que les décès survenant au cours des 24 premières heures de vie.
La baisse de 19 % des complications liées au manque d’oxygène chez les nouveau-nés constitue également un indicateur important. Ces complications, souvent associées à une mauvaise adaptation du nouveau-né ou à des difficultés survenues pendant le travail et l’accouchement, peuvent avoir des conséquences lourdes lorsque les soins appropriés ne sont pas disponibles à temps.
Pour les chercheurs, ces résultats démontrent qu’une amélioration de l’organisation et des compétences peut produire des effets mesurables, y compris dans des environnements où les ressources restent limitées.
« Nos résultats montrent qu’il est possible de réduire la mortalité des nouveau-nés en améliorant la qualité des soins, même dans des contextes où les ressources sont limitées », a souligné la Pre Claudia Hanson, investigatrice principale de l’étude.
L’expérience du programme ALERT remet ainsi au centre du débat une question essentielle : comment réduire durablement les décès maternels et néonatals sans attendre que tous les établissements disposent des mêmes moyens que les systèmes de santé les plus développés ?
La réponse apportée par cette étude repose sur plusieurs leviers complémentaires : écouter les patientes et leurs familles, renforcer les compétences des sages-femmes, accompagner les équipes dans la durée, améliorer le leadership des responsables de maternités et utiliser les données pour mesurer les progrès.
Cette stratégie présente un autre avantage : elle cherche à inscrire l’amélioration des soins dans le fonctionnement quotidien des établissements. Il ne s’agit donc pas seulement d’organiser une formation ponctuelle, puis de laisser les équipes retourner à leurs habitudes. Le mentorat et l’amélioration continue visent au contraire à installer de nouvelles pratiques dans la durée.
Le recours à un registre numérique permet, de son côté, de disposer de données plus structurées sur les naissances et les complications. Dans des systèmes sanitaires où les statistiques périnatales restent parfois incomplètes, cet outil peut contribuer à mieux comprendre les causes des décès et à orienter les interventions.
Les résultats obtenus au Bénin, au Malawi, en Tanzanie et en Ouganda soulèvent désormais la question de la mise à l’échelle du programme. Si une telle approche produit des résultats dans 16 maternités, son extension à un plus grand nombre d’établissements pourrait-elle contribuer à réduire significativement la mortalité périnatale à l’échelle régionale ?
Le défi sera toutefois de préserver la qualité de l’accompagnement lors d’une éventuelle généralisation. Les besoins d’une maternité rurale ne sont pas nécessairement ceux d’un grand établissement urbain. Les ressources humaines, les équipements disponibles, les distances à parcourir et les systèmes de référence varient fortement d’un pays et d’une région à l’autre.
L’étude fournit néanmoins un signal clair : une partie des décès périnatals peut être évitée en améliorant la manière dont les soins sont organisés et délivrés.
Dans une région où près d’un million de mortinaissances sont enregistrées chaque année, chaque baisse de la mortalité représente des milliers de vies potentiellement sauvées. L’enjeu n’est donc pas seulement statistique. Il concerne des familles qui, derrière chaque chiffre, attendent de rentrer chez elles avec un enfant vivant.
Le programme ALERT rappelle ainsi une évidence trop souvent reléguée au second plan : dans la lutte contre la mortalité néonatale, la qualité des soins peut être aussi décisive que la quantité des ressources disponibles.
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