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De la destruction des terres agricoles à la pollution des cours d’eau, l’exploitation aurifère clandestine n’est plus seulement un problème environnemental ou économique. Elle nourrit des réseaux qui franchissent les frontières, prive les États de recettes importantes et peut devenir un facteur de tensions sécuritaires. De la Côte d’Ivoire au Ghana, du Sahel au Tchad, les gouvernements cherchent désormais une réponse collective face à un phénomène qui change de visage et de territoire.. L’or attire les convoitises. Mais derrière les pépites extraites clandestinement des entrailles du continent se cache une réalité beaucoup moins brillante : celle d’une activité qui dégrade les écosystèmes, bouleverse les économies rurales et échappe souvent au contrôle des pouvoirs publics. Dans plusieurs régions africaines, l’exploitation artisanale de l’or s’est progressivement transformée en une véritable économie parallèle. Des sites surgissent en dehors de tout cadre légal, tandis que se développent autour d’eux des circuits de transport, de financement, d’achat et de commercialisation capables de traverser les frontières. Les conséquences sont lourdes : destruction des terres agricoles, déforestation, pollution des eaux, conflits fonciers, perte de recettes fiscales et fragilisation des moyens de subsistance des populations. Quand l’or détruit ce qu’il était censé construire Dans la plus part des zones touchées, le spectacle est souvent le même. Des champs sont éventrés pour ouvrir des puits. Des forêts disparaissent sous les coups des exploitants. Des cours d’eau sont dégradés par les activités minières et les produits utilisés dans le traitement du minerai. Cette transformation brutale des territoires menace directement les communautés rurales. Lorsque les terres cultivables sont converties en zones d’exploitation, les populations perdent une partie de leurs moyens de subsistance. L’extension incontrôlée de l’orpaillage peut ainsi aggraver la vulnérabilité alimentaire de régions déjà fragiles. L’enjeu dépasse donc largement la protection de l’environnement. Il concerne la sécurité alimentaire, les finances publiques, la gouvernance des territoires et, dans certains cas, la sécurité nationale. La Côte d’Ivoire face à un phénomène qui résiste La Côte d’Ivoire illustre cette grande difficulté. Fin juillet, le Conseil national de sécurité a présenté un bilan impressionnant des opérations menées depuis 2021 contre l’exploitation aurifère clandestine. Plus de 8 500 sites ont été démantelés et 4 474 personnes déférées, dont environ 65 % d’étrangers. Les autorités font également état de la saisie de plus de 960 millions de francs CFA et d’environ 136 kilogrammes d’or. Ces chiffres témoignent de l’ampleur de la riposte. Mais ils mettent également en évidence un paradoxe : malgré les opérations répétées, l’orpaillage clandestin persiste. Il se déplace. Les zones proches des frontières sont particulièrement vulnérables. La mobilité des exploitants, du matériel et des produits facilite la reconstitution des activités après la fermeture d’un site. Le défi n’est donc plus simplement de fermer les mines clandestines. Il consiste à identifier ceux qui financent, transportent, achètent et écoulent l’or extrait en dehors des circuits officiels. Du problème local à la menace régionale Au Ghana, l’exploitation aurifère illégale est également devenue une préoccupation de gouvernance et de sécurité. Longtemps considérée comme un problème essentiellement local, elle est désormais analysée à travers ses conséquences économiques et régionales. Les activités clandestines peuvent générer d’importants flux financiers, attirer des travailleurs venus de plusieurs pays et créer des espaces où l’autorité de l’État devient plus difficile à exercer. La situation est comparable dans certaines zones du Sahel et d’Afrique centrale. L’éloignement des sites, la faiblesse des infrastructures et la mobilité des exploitants compliquent le contrôle administratif et sécuritaire. Le principal danger réside dans la capacité des filières à franchir les frontières. L’or peut être extrait illégalement dans un pays, transporté vers un autre puis introduit dans des circuits commerciaux où son origine devient difficile à établir. La mine est clandestine ; la marchandise, elle, peut finir par paraître parfaitement légale. Au Tchad, de Miski à Pala, l’or change les territoires Le Tchad n’échappe pas à cette fièvre aurifère. Du Tibesti à l’Ouest du pays, l’exploitation de l’or est devenue une activité économique importante, mais aussi une source de tensions et de difficultés pour les pouvoirs publics. Dans le Nord, Miski est devenu l’un des symboles de cette bataille autour des ressources minières. L’exploitation de l’or dans le Tibesti a attiré de nombreux orpailleurs et contribué à exacerber les tensions autour du contrôle des zones aurifères. À Miski, la question de l’or a ainsi dépassé le simple cadre économique. Elle s’est mêlée aux enjeux de gouvernance, d’autorité de l’État et de sécurité dans une région particulièrement enclavée. Mais le phénomène tchadien ne se limite pas au Tibesti Dans le Sud-Ouest, notamment dans le Mayo-kebbi, autour de Pala, l’orpaillage a également profondément modifié les activités économiques rurales. L’arrivée d’exploitants et le développement des sites aurifères ont créé de nouvelles sources de revenus, mais aussi des difficultés liées à l’encadrement du secteur, à la fiscalité et à la redistribution des revenus miniers. Une étude publiée dans EchoGéo souligne notamment les limites de la captation des revenus issus de l’orpaillage et relève que les retombées attendues pour les collectivités locales restent problématiques. Le contraste est saisissant. L’or est extrait du sol tchadien, mais une partie de la valeur créée échappe aux circuits officiels. Pendant ce temps, les territoires qui supportent les conséquences environnementales et sociales de l’exploitation ne bénéficient pas nécessairement de retombées à la hauteur de leurs attentes. Traquer les réseaux plutôt que les seuls creuseurs C’est là que se trouve probablement l’un des principaux défis africains. Fermer un site ne suffit pas lorsque les financiers, les intermédiaires, les transporteurs et les acheteurs poursuivent leurs activités ailleurs. Une réglementation sévère reste également insuffisante lorsque les mécanismes de contrôle sont faibles et que les populations disposent de peu d’alternatives économiques. La lutte contre l’orpaillage clandestin doit donc combiner plusieurs fronts : surveillance des sites, traçabilité du métal, contrôle des circuits commerciaux, coopération douanière et judiciaire, protection de l’environnement et accompagnement des communautés. Les populations locales doivent également être associées à cette lutte. Elles sont souvent les premières à constater l’apparition de nouveaux sites ou l’arrivée d’exploitants venus d’ailleurs. Vers une réponse africaine coordonnée Plusieurs États commencent à comprendre qu’aucun pays ne pourra régler seul un problème qui ignore les frontières. Une opération menée en 2024 avec le concours d’Interpol et impliquant notamment le Burkina Faso, la Gambie, la Guinée et le Sénégal a permis des arrestations dans le cadre de la lutte contre l’exploitation minière illégale et les infractions associées. La Côte d’Ivoire entend désormais pousser plus loin cette coopération. Les autorités ivoiriennes affirment que plusieurs États africains ont adopté une déclaration d’engagement et confié à Abidjan un rôle de chef de file dans la constitution d’une coalition contre l’exploitation minière illégale. Une première rencontre est annoncée avant la fin de 2026. L’objectif est de renforcer l’échange de renseignements, la coopération entre administrations, la coordination sécuritaire et l’harmonisation des législations. L’Afrique face à un choix L’or peut être une formidable richesse pour l’Afrique. Mais lorsqu’il échappe au droit, il devient aussi une source de pertes pour les États et de risques pour les populations. Miski rappelle que la question aurifère peut devenir une question de paix et de sécurité. Pala rappelle, de son côté, qu’elle est également une question de justice économique et de développement local. La bataille ne se gagnera donc pas uniquement à coups d’opérations de démantèlement. Elle se jouera dans les administrations, aux frontières, sur les marchés et dans les circuits financiers. Car tant que l’or clandestin pourra franchir les frontières plus facilement que les contrôleurs, les enquêteurs et les administrations, les États africains continueront de courir derrière une richesse qui, elle, sait déjà très bien où aller..⏱ Temps de lecture estimé : 8 minutes
L’or attire les convoitises. Mais derrière les pépites extraites clandestinement des entrailles du continent se cache une réalité beaucoup moins brillante : celle d’une activité qui dégrade les écosystèmes, bouleverse les économies rurales et échappe souvent au contrôle des pouvoirs publics.
Dans plusieurs régions africaines, l’exploitation artisanale de l’or s’est progressivement transformée en une véritable économie parallèle. Des sites surgissent en dehors de tout cadre légal, tandis que se développent autour d’eux des circuits de transport, de financement, d’achat et de commercialisation capables de traverser les frontières.
Les conséquences sont lourdes : destruction des terres agricoles, déforestation, pollution des eaux, conflits fonciers, perte de recettes fiscales et fragilisation des moyens de subsistance des populations.
Dans la plus part des zones touchées, le spectacle est souvent le même. Des champs sont éventrés pour ouvrir des puits. Des forêts disparaissent sous les coups des exploitants. Des cours d’eau sont dégradés par les activités minières et les produits utilisés dans le traitement du minerai.
Cette transformation brutale des territoires menace directement les communautés rurales. Lorsque les terres cultivables sont converties en zones d’exploitation, les populations perdent une partie de leurs moyens de subsistance. L’extension incontrôlée de l’orpaillage peut ainsi aggraver la vulnérabilité alimentaire de régions déjà fragiles.
L’enjeu dépasse donc largement la protection de l’environnement. Il concerne la sécurité alimentaire, les finances publiques, la gouvernance des territoires et, dans certains cas, la sécurité nationale.
La Côte d’Ivoire illustre cette grande difficulté. Fin juillet, le Conseil national de sécurité a présenté un bilan impressionnant des opérations menées depuis 2021 contre l’exploitation aurifère clandestine.
Plus de 8 500 sites ont été démantelés et 4 474 personnes déférées, dont environ 65 % d’étrangers. Les autorités font également état de la saisie de plus de 960 millions de francs CFA et d’environ 136 kilogrammes d’or.
Ces chiffres témoignent de l’ampleur de la riposte. Mais ils mettent également en évidence un paradoxe : malgré les opérations répétées, l’orpaillage clandestin persiste.
Il se déplace.
Les zones proches des frontières sont particulièrement vulnérables. La mobilité des exploitants, du matériel et des produits facilite la reconstitution des activités après la fermeture d’un site.
Le défi n’est donc plus simplement de fermer les mines clandestines. Il consiste à identifier ceux qui financent, transportent, achètent et écoulent l’or extrait en dehors des circuits officiels.
Au Ghana, l’exploitation aurifère illégale est également devenue une préoccupation de gouvernance et de sécurité. Longtemps considérée comme un problème essentiellement local, elle est désormais analysée à travers ses conséquences économiques et régionales.
Les activités clandestines peuvent générer d’importants flux financiers, attirer des travailleurs venus de plusieurs pays et créer des espaces où l’autorité de l’État devient plus difficile à exercer.
La situation est comparable dans certaines zones du Sahel et d’Afrique centrale. L’éloignement des sites, la faiblesse des infrastructures et la mobilité des exploitants compliquent le contrôle administratif et sécuritaire.
Le principal danger réside dans la capacité des filières à franchir les frontières. L’or peut être extrait illégalement dans un pays, transporté vers un autre puis introduit dans des circuits commerciaux où son origine devient difficile à établir.
La mine est clandestine ; la marchandise, elle, peut finir par paraître parfaitement légale.
Le Tchad n’échappe pas à cette fièvre aurifère. Du Tibesti à l’Ouest du pays, l’exploitation de l’or est devenue une activité économique importante, mais aussi une source de tensions et de difficultés pour les pouvoirs publics.
Dans le Nord, Miski est devenu l’un des symboles de cette bataille autour des ressources minières. L’exploitation de l’or dans le Tibesti a attiré de nombreux orpailleurs et contribué à exacerber les tensions autour du contrôle des zones aurifères.
À Miski, la question de l’or a ainsi dépassé le simple cadre économique. Elle s’est mêlée aux enjeux de gouvernance, d’autorité de l’État et de sécurité dans une région particulièrement enclavée.
Dans le Sud-Ouest, notamment dans le Mayo-kebbi, autour de Pala, l’orpaillage a également profondément modifié les activités économiques rurales. L’arrivée d’exploitants et le développement des sites aurifères ont créé de nouvelles sources de revenus, mais aussi des difficultés liées à l’encadrement du secteur, à la fiscalité et à la redistribution des revenus miniers.
Une étude publiée dans EchoGéo souligne notamment les limites de la captation des revenus issus de l’orpaillage et relève que les retombées attendues pour les collectivités locales restent problématiques.
Le contraste est saisissant. L’or est extrait du sol tchadien, mais une partie de la valeur créée échappe aux circuits officiels. Pendant ce temps, les territoires qui supportent les conséquences environnementales et sociales de l’exploitation ne bénéficient pas nécessairement de retombées à la hauteur de leurs attentes.
C’est là que se trouve probablement l’un des principaux défis africains.
Fermer un site ne suffit pas lorsque les financiers, les intermédiaires, les transporteurs et les acheteurs poursuivent leurs activités ailleurs. Une réglementation sévère reste également insuffisante lorsque les mécanismes de contrôle sont faibles et que les populations disposent de peu d’alternatives économiques.
La lutte contre l’orpaillage clandestin doit donc combiner plusieurs fronts : surveillance des sites, traçabilité du métal, contrôle des circuits commerciaux, coopération douanière et judiciaire, protection de l’environnement et accompagnement des communautés.
Les populations locales doivent également être associées à cette lutte. Elles sont souvent les premières à constater l’apparition de nouveaux sites ou l’arrivée d’exploitants venus d’ailleurs.
Plusieurs États commencent à comprendre qu’aucun pays ne pourra régler seul un problème qui ignore les frontières.
Une opération menée en 2024 avec le concours d’Interpol et impliquant notamment le Burkina Faso, la Gambie, la Guinée et le Sénégal a permis des arrestations dans le cadre de la lutte contre l’exploitation minière illégale et les infractions associées.
La Côte d’Ivoire entend désormais pousser plus loin cette coopération. Les autorités ivoiriennes affirment que plusieurs États africains ont adopté une déclaration d’engagement et confié à Abidjan un rôle de chef de file dans la constitution d’une coalition contre l’exploitation minière illégale. Une première rencontre est annoncée avant la fin de 2026.
L’objectif est de renforcer l’échange de renseignements, la coopération entre administrations, la coordination sécuritaire et l’harmonisation des législations.
L’or peut être une formidable richesse pour l’Afrique. Mais lorsqu’il échappe au droit, il devient aussi une source de pertes pour les États et de risques pour les populations.
Miski rappelle que la question aurifère peut devenir une question de paix et de sécurité. Pala rappelle, de son côté, qu’elle est également une question de justice économique et de développement local.
La bataille ne se gagnera donc pas uniquement à coups d’opérations de démantèlement. Elle se jouera dans les administrations, aux frontières, sur les marchés et dans les circuits financiers.
Car tant que l’or clandestin pourra franchir les frontières plus facilement que les contrôleurs, les enquêteurs et les administrations, les États africains continueront de courir derrière une richesse qui, elle, sait déjà très bien où aller.
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