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Afrique du Sud : Ramaphosa hausse le ton contre les violences xénophobes et veut restaurer la confiance africaine

Afrique du Sud : Ramaphosa hausse le ton contre les violences xénophobes et veut restaurer la confiance africaine. Article écrit par Éric Ngarlem Toldé. Publié le 28 août 2026à 08h00

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

Face à la montée des violences visant des ressortissants étrangers en Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa veut afficher une ligne de fermeté. Interpellé mardi 25 août 2026 au Parlement par le leader des Combattants pour la liberté économique (EFF), Julius Malema, le chef de l’État a promis que les auteurs d’agressions contre les migrants seraient arrêtés et poursuivis. Par Éric Ngarlem Toldé. Cette déclaration intervient alors que les violences xénophobes suscitent une inquiétude croissante sur le continent et commencent à peser sur l’image de l’Afrique du Sud auprès de ses voisins et partenaires africains. « Ceux qui commettent ces violences seront poursuivis. » Julius Malema a directement mis le gouvernement au défi. Selon lui, les auteurs et les instigateurs des violences sont identifiables et certains auraient même commis leurs exactions sous les yeux de la police sans être inquiétés. Le dirigeant de l’EFF estime que cette situation alimente le soupçon d’une forme de tolérance, voire de caution, de la part des autorités. Il a notamment dénoncé des agressions contre des immigrés africains qui se seraient déroulées en présence des forces de l’ordre. Pour Malema, cette passivité apparente ne constitue pas seulement un problème de sécurité intérieure. Elle risque également de détériorer les relations de Pretoria avec les autres pays africains. Cyril Ramaphosa a rejeté cette accusation. Le président sud-africain affirme que plusieurs personnes ont déjà été arrêtées et que d’autres interpellations suivront lorsque les enquêteurs disposeront de preuves suffisantes. Il a également assuré que les autorités ne feraient aucune distinction entre les responsables des violences et leurs éventuels commanditaires. Les personnes soupçonnées d’avoir organisé ou dirigé les opérations seraient elles aussi dans le viseur de la police. Pretoria sous surveillance du continent Au-delà des violences elles-mêmes, c’est la réputation de l’Afrique du Sud en Afrique qui est désormais en jeu. Julius Malema a estimé que les agressions contre les étrangers avaient sérieusement entamé la crédibilité de Pretoria comme puissance panafricaine. Il a notamment évoqué les relations tendues avec certains dirigeants africains, citant le président nigérian Bola Tinubu et l’accueil réservé à la diplomatie sud-africaine. Ramaphosa, lui, refuse de parler d’isolement. Il assure que l’Afrique du Sud demeure un acteur respecté du continent et continue de participer activement aux organisations régionales et continentales. Le chef de l’État affirme également que Pretoria a multiplié les contacts avec les autres capitales africaines afin d’expliquer sa position sur les migrations et les violences xénophobes. Lors du sommet de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisé récemment à Durban, l’Afrique du Sud aurait d’ailleurs présenté aux dirigeants de la région son approche de la question migratoire. Le débat dépasse la seule xénophobie Pour Ramaphosa, le problème ne peut cependant pas être réduit aux violences contre les étrangers. Il faut, selon lui, s’attaquer aux causes profondes qui poussent des millions d’Africains à quitter leur pays. L’Afrique du Sud attire notamment des migrants en raison de son poids économique dans la région. Mais nombre d’entre eux fuient aussi les conflits, l’insécurité, la pauvreté, le chômage ou l’instabilité politique. Pretoria défend ainsi l’idée d’un dialogue continental capable de traiter simultanément les migrations, leur gestion et leurs causes structurelles. Lors du sommet de la SADC, les dirigeants ont appelé à un dialogue régional « coordonné et multidimensionnel » destiné à s’attaquer aux facteurs qui alimentent les migrations et à élaborer des réponses durables. L’Afrique du Sud souhaite aller plus loin. Pretoria plaide pour l’organisation d’un sommet extraordinaire de l’Union africaine consacré à la question migratoire. La mauvaise gouvernance politique et économique ainsi que l’insécurité devraient notamment figurer parmi les sujets examinés. Le Ghana réclame des explications La question n’est toutefois pas appelée à disparaître rapidement de l’agenda diplomatique africain. Le Ghana a demandé que les violences xénophobes commises en Afrique du Sud soient inscrites à l’ordre du jour du prochain sommet ordinaire de l’Union africaine, prévu en février. Cette demande illustre l’embarras croissant provoqué par les violences anti-migrants. Pour plusieurs États africains, le sort réservé à leurs ressortissants en Afrique du Sud dépasse désormais le cadre d’un simple problème de maintien de l’ordre. Pretoria cherche donc à convaincre ses partenaires qu’elle ne cautionne ni la xénophobie, ni l’afrophobie, ni les actes de justice populaire. « Nous respectons la souveraineté » des voisins Le président sud-africain a également été interpellé sur les régimes politiques de plusieurs pays voisins, accusés de créer les conditions qui poussent leurs populations à l’exil. Ryan Smith, député de l’Alliance démocratique et porte-parole de son parti pour les affaires étrangères, a reproché au gouvernement de se réfugier derrière le principe de souveraineté pour éviter de prendre position face aux régimes autoritaires de la région. Ramaphosa assume pourtant cette prudence. Il estime que la gouvernance de chaque pays relève d’abord de ses propres citoyens et que l’Afrique du Sud doit respecter la souveraineté de ses voisins. Concernant des situations de crise au Lesotho, au Mozambique, au Zimbabwe ou en République démocratique du Congo, il privilégie une réponse collective à travers les mécanismes régionaux. Une promesse qui devra désormais être suivie d’effets Le discours présidentiel est clair : les violences contre les ressortissants étrangers ne seront pas tolérées et leurs auteurs devront répondre de leurs actes. Mais entre les déclarations solennelles et la réalité du terrain, le fossé reste à combler. Les arrestations, les poursuites judiciaires et les condamnations seront désormais scrutées de près, aussi bien par les Sud-Africains que par les autres capitales africaines. Car derrière la question de la sécurité des migrants se joue une bataille plus vaste : celle de la crédibilité de l’Afrique du Sud comme puissance régionale et comme défenseur du panafricanisme. Pour Ramaphosa, le défi consiste désormais à prouver que la fermeté promise au Parlement ne restera pas un simple exercice de communication politique. Le continent, lui, regarde..

⏱ Temps de lecture estimé : 6 minutes

Face à la montée des violences visant des ressortissants étrangers en Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa veut afficher une ligne de fermeté. Interpellé mardi 25 août 2026 au Parlement par le leader des Combattants pour la liberté économique (EFF), Julius Malema, le chef de l’État a promis que les auteurs d’agressions contre les migrants seraient arrêtés et poursuivis. Par Éric Ngarlem Toldé

Cette déclaration intervient alors que les violences xénophobes suscitent une inquiétude croissante sur le continent et commencent à peser sur l’image de l’Afrique du Sud auprès de ses voisins et partenaires africains.

« Ceux qui commettent ces violences seront poursuivis. »

Julius Malema a directement mis le gouvernement au défi. Selon lui, les auteurs et les instigateurs des violences sont identifiables et certains auraient même commis leurs exactions sous les yeux de la police sans être inquiétés.

Le dirigeant de l’EFF estime que cette situation alimente le soupçon d’une forme de tolérance, voire de caution, de la part des autorités. Il a notamment dénoncé des agressions contre des immigrés africains qui se seraient déroulées en présence des forces de l’ordre.

Pour Malema, cette passivité apparente ne constitue pas seulement un problème de sécurité intérieure. Elle risque également de détériorer les relations de Pretoria avec les autres pays africains.

Cyril Ramaphosa a rejeté cette accusation. Le président sud-africain affirme que plusieurs personnes ont déjà été arrêtées et que d’autres interpellations suivront lorsque les enquêteurs disposeront de preuves suffisantes.

Il a également assuré que les autorités ne feraient aucune distinction entre les responsables des violences et leurs éventuels commanditaires. Les personnes soupçonnées d’avoir organisé ou dirigé les opérations seraient elles aussi dans le viseur de la police.

Pretoria sous surveillance du continent

Au-delà des violences elles-mêmes, c’est la réputation de l’Afrique du Sud en Afrique qui est désormais en jeu.

Julius Malema a estimé que les agressions contre les étrangers avaient sérieusement entamé la crédibilité de Pretoria comme puissance panafricaine. Il a notamment évoqué les relations tendues avec certains dirigeants africains, citant le président nigérian Bola Tinubu et l’accueil réservé à la diplomatie sud-africaine.

Ramaphosa, lui, refuse de parler d’isolement. Il assure que l’Afrique du Sud demeure un acteur respecté du continent et continue de participer activement aux organisations régionales et continentales.

Le chef de l’État affirme également que Pretoria a multiplié les contacts avec les autres capitales africaines afin d’expliquer sa position sur les migrations et les violences xénophobes.

Lors du sommet de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisé récemment à Durban, l’Afrique du Sud aurait d’ailleurs présenté aux dirigeants de la région son approche de la question migratoire.

Le débat dépasse la seule xénophobie

Pour Ramaphosa, le problème ne peut cependant pas être réduit aux violences contre les étrangers. Il faut, selon lui, s’attaquer aux causes profondes qui poussent des millions d’Africains à quitter leur pays.

L’Afrique du Sud attire notamment des migrants en raison de son poids économique dans la région. Mais nombre d’entre eux fuient aussi les conflits, l’insécurité, la pauvreté, le chômage ou l’instabilité politique.

Pretoria défend ainsi l’idée d’un dialogue continental capable de traiter simultanément les migrations, leur gestion et leurs causes structurelles.

Lors du sommet de la SADC, les dirigeants ont appelé à un dialogue régional « coordonné et multidimensionnel » destiné à s’attaquer aux facteurs qui alimentent les migrations et à élaborer des réponses durables.

L’Afrique du Sud souhaite aller plus loin. Pretoria plaide pour l’organisation d’un sommet extraordinaire de l’Union africaine consacré à la question migratoire. La mauvaise gouvernance politique et économique ainsi que l’insécurité devraient notamment figurer parmi les sujets examinés.

Le Ghana réclame des explications

La question n’est toutefois pas appelée à disparaître rapidement de l’agenda diplomatique africain.

Le Ghana a demandé que les violences xénophobes commises en Afrique du Sud soient inscrites à l’ordre du jour du prochain sommet ordinaire de l’Union africaine, prévu en février.

Cette demande illustre l’embarras croissant provoqué par les violences anti-migrants. Pour plusieurs États africains, le sort réservé à leurs ressortissants en Afrique du Sud dépasse désormais le cadre d’un simple problème de maintien de l’ordre.

Pretoria cherche donc à convaincre ses partenaires qu’elle ne cautionne ni la xénophobie, ni l’afrophobie, ni les actes de justice populaire.

« Nous respectons la souveraineté » des voisins

Le président sud-africain a également été interpellé sur les régimes politiques de plusieurs pays voisins, accusés de créer les conditions qui poussent leurs populations à l’exil.

Ryan Smith, député de l’Alliance démocratique et porte-parole de son parti pour les affaires étrangères, a reproché au gouvernement de se réfugier derrière le principe de souveraineté pour éviter de prendre position face aux régimes autoritaires de la région.

Ramaphosa assume pourtant cette prudence. Il estime que la gouvernance de chaque pays relève d’abord de ses propres citoyens et que l’Afrique du Sud doit respecter la souveraineté de ses voisins.

Concernant des situations de crise au Lesotho, au Mozambique, au Zimbabwe ou en République démocratique du Congo, il privilégie une réponse collective à travers les mécanismes régionaux.

Une promesse qui devra désormais être suivie d’effets

Le discours présidentiel est clair : les violences contre les ressortissants étrangers ne seront pas tolérées et leurs auteurs devront répondre de leurs actes.

Mais entre les déclarations solennelles et la réalité du terrain, le fossé reste à combler. Les arrestations, les poursuites judiciaires et les condamnations seront désormais scrutées de près, aussi bien par les Sud-Africains que par les autres capitales africaines.

Car derrière la question de la sécurité des migrants se joue une bataille plus vaste : celle de la crédibilité de l’Afrique du Sud comme puissance régionale et comme défenseur du panafricanisme.

Pour Ramaphosa, le défi consiste désormais à prouver que la fermeté promise au Parlement ne restera pas un simple exercice de communication politique. Le continent, lui, regarde.

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