⏱ Temps de lecture estimé : 4 minutes
Le 2e sommet des chefs d'État de l'Alliance des États du Sahel (AES) a eu lieu les 22 et 23 décembre 2025. Les dirigeants de ce nouvel espace communautaire ont mis en branle leur plan visant à consolider l'intégration de la confédération par l'adoption de plusieurs projets communs. Éric Topona.. Des paroles aux actes. Tel est aurait pu être la thématique structurante du sommet de l’AES qui vient de se tenir à Bamako. Il faut rappeler que la création formelle de cette entité confédérale a été immédiatement suivie de grandes annonces dont l’effet recherché fut la matérialisation historique du divorce effectif avec la CEDEAO. En plus du terrain sécuritaire où l’on assiste plutôt à une détérioration croissante de la situation sur le terrain et de la réalité plutôt virtuelle de leur force militaire commune, les trois pays fondateurs ont voulu affirmer aux yeux de leurs peuples leur souveraineté dans la production et la diffusion de l’information, ainsi que dans la conduite de leurs politiques économique et monétaire. Dans cette perspective, l’inauguration en grandes pompes le 23 décembre 2025 de la télévision de l’AES se veut l’opérationnalisation d’un nouvel ordre de l’information souverain, et un pas important vers une émancipation réelle des grandes chaînes d’information occidentales, notamment européennes, accusées de tous les maux qui empêcheraient ces régimes d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. Mais lorsque l’on regarde de près l’effectivité de ce nouveau cap informationnel que ces pays sont supposés avoir franchi, on se rend à l’évidence, sans céder à la caricature facile ou malveillante que la télévision de l’AES, au-delà de la beauté du vernis, est plus virtuelle que réelle. La charrue avant les bœufs? Cette chaîne de télévision n’a pas préalablement conçu une grille de programmes à la mesure du projet géopolitique de l’AES. Si elle a bel et bien des locaux (dans la zone aéroportuaire, au sein de l’ancien bâtiment de la Société malienne de transmission et de diffusion), ceux-ci sont cependant vides de tout contenu programmatique véritable. Plus que l’absence d’une grille de programmes en adéquation avec sa vocation idéologique, cette chaîne de télévision, selon ses promoteurs, diffusera ses programmes à l’étranger à travers le bouquet de l’opérateur français Canal+. On croit rêver ; car, on ne peut guère s’empêcher de se demander comment les pays de l’AES peuvent recourir à un opérateur français pour diffuser hors de leurs frontières les informations relatives à leur confédération, alors qu’ils n’ont de cesse d’accuser les médias français de désinformation, voire de tentatives de déstabilisation ! Cette option demeure un mystère mais ne pose pas moins un problème de cohérence idéologique. La banque confédérale d’investissement de l’AES est également sujette à caution. Il est important de relever que si les Etats de l’AES ont annoncé leur départ de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ils demeurent en revanche membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). À cet égard, ils demeurent arrimés à la zone franc et à ses règles de fonctionnement. Ils n’ont toujours pas franchi le pas de la rupture systémique avec l’UEMOA et se gardent d’ailleurs d’en parler. Ces nombreuses incohérences et inconséquences tiennent au fait que dans la mise en route de ce projet confédéral, la réalité a précédé la théorie. Il a été annoncé sans avoir été théorisé. Or les peuples qui ont nourri de grandes espérances à l’annonce de la création de l’AES sont de plus en plus avides de réalisations, mais aussi et surtout d’améliorations concrètes dans leur existence quotidienne. Cet horizon tant rêvé s’éloigne chaque jour un peu plus. Au Mali, c’est probablement conscient de ce désenchantement grandissant que le mouvement qui s’est constitué autour de l’imam Mahmoud Dicko s’est décidé à rendre public son projet politique alternatif. Il n’est pas exclu de voir émerger dans les autres Etats membres des mouvements similaires au fur et à mesure que s’éloigneront les promesses de ce projet confédéral..⏱ Temps de lecture estimé : 4 minutes
Des paroles aux actes. Tel est aurait pu être la thématique structurante du sommet de l’AES qui vient de se tenir à Bamako.
Il faut rappeler que la création formelle de cette entité confédérale a été immédiatement suivie de grandes annonces dont l’effet recherché fut la matérialisation historique du divorce effectif avec la CEDEAO. En plus du terrain sécuritaire où l’on assiste plutôt à une détérioration croissante de la situation sur le terrain et de la réalité plutôt virtuelle de leur force militaire commune, les trois pays fondateurs ont voulu affirmer aux yeux de leurs peuples leur souveraineté dans la production et la diffusion de l’information, ainsi que dans la conduite de leurs politiques économique et monétaire.
Dans cette perspective, l’inauguration en grandes pompes le 23 décembre 2025 de la télévision de l’AES se veut l’opérationnalisation d’un nouvel ordre de l’information souverain, et un pas important vers une émancipation réelle des grandes chaînes d’information occidentales, notamment européennes, accusées de tous les maux qui empêcheraient ces régimes d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés.
Mais lorsque l’on regarde de près l’effectivité de ce nouveau cap informationnel que ces pays sont supposés avoir franchi, on se rend à l’évidence, sans céder à la caricature facile ou malveillante que la télévision de l’AES, au-delà de la beauté du vernis, est plus virtuelle que réelle.
Cette chaîne de télévision n’a pas préalablement conçu une grille de programmes à la mesure du projet géopolitique de l’AES. Si elle a bel et bien des locaux (dans la zone aéroportuaire, au sein de l’ancien bâtiment de la Société malienne de transmission et de diffusion), ceux-ci sont cependant vides de tout contenu programmatique véritable. Plus que l’absence d’une grille de programmes en adéquation avec sa vocation idéologique, cette chaîne de télévision, selon ses promoteurs, diffusera ses programmes à l’étranger à travers le bouquet de l’opérateur français Canal+. On croit rêver ; car, on ne peut guère s’empêcher de se demander comment les pays de l’AES peuvent recourir à un opérateur français pour diffuser hors de leurs frontières les informations relatives à leur confédération, alors qu’ils n’ont de cesse d’accuser les médias français de désinformation, voire de tentatives de déstabilisation ! Cette option demeure un mystère mais ne pose pas moins un problème de cohérence idéologique.
La banque confédérale d’investissement de l’AES est également sujette à caution. Il est important de relever que si les Etats de l’AES ont annoncé leur départ de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ils demeurent en revanche membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). À cet égard, ils demeurent arrimés à la zone franc et à ses règles de fonctionnement. Ils n’ont toujours pas franchi le pas de la rupture systémique avec l’UEMOA et se gardent d’ailleurs d’en parler.
Ces nombreuses incohérences et inconséquences tiennent au fait que dans la mise en route de ce projet confédéral, la réalité a précédé la théorie. Il a été annoncé sans avoir été théorisé. Or les peuples qui ont nourri de grandes espérances à l’annonce de la création de l’AES sont de plus en plus avides de réalisations, mais aussi et surtout d’améliorations concrètes dans leur existence quotidienne. Cet horizon tant rêvé s’éloigne chaque jour un peu plus.
Au Mali, c’est probablement conscient de ce désenchantement grandissant que le mouvement qui s’est constitué autour de l’imam Mahmoud Dicko s’est décidé à rendre public son projet politique alternatif. Il n’est pas exclu de voir émerger dans les autres Etats membres des mouvements similaires au fur et à mesure que s’éloigneront les promesses de ce projet confédéral.
Pour offrir les meilleures expériences, nous et nos partenaires utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations de l’appareil. Le consentement à ces technologies nous permettra, ainsi qu’à nos partenaires, de traiter des données personnelles telles que le comportement de navigation ou des ID uniques sur ce site et afficher des publicités (non-) personnalisées. Ne pas consentir ou retirer son consentement peut nuire à certaines fonctionnalités et fonctions.
Cliquez ci-dessous pour accepter ce qui précède ou faites des choix détaillés. Vos choix seront appliqués uniquement à ce site. Vous pouvez modifier vos réglages à tout moment, y compris le retrait de votre consentement, en utilisant les boutons de la politique de cookies, ou en cliquant sur l’onglet de gestion du consentement en bas de l’écran.